CHAPITRE QUINZIÈME
à la ville de Sanqari '-Zouma', ils s y arrêtèrent pour y fixer leur demeure. Bokar se maria dans cette ville et eut un enfant appelé Mârba.
Le gens du Melli se mirent à abreuver les nouveaux-venus d'humiliations et de vexations telles que 'Otsmân ne pouvait les supporter. Son frère, dans ses discours (^,1), l'exhortait à la patience. Mais un jour vint où 'Otsmân, poussé à bout par ces vexations, entra dans une si violente colère que Askia-Mohammed-Benkan dut alors se fâcher à son tour et lui dire ces dures paroles : « Je vois que maintenant tu ne nous veux plus aucun bien. » Furieux, 'Otsmân partit et alla habiter Biro, tandis que Askia-Mohammed emmenait ses enfants à Sâma, pays situé à l'extrémité du territoire des sultans de Kala, et s'y fixait avec sa famille.
On rapporte que, au moment où le chanteur proclama son avènement, Askia-Isma il eut une émotion violente et qu'il perdit du sang par l'anus. Il dit alors à ses frères : « Cela m arrive uniquement à cause du Coran sur lequel j'avais juré fidélité à l' Askia-Mohammed-Benkan; le Livre saint exerce ainsi son châtiment contre moi. Je ne conserverai pas longtemps le pouvoir ; réfléchissez donc à votre situation et soyez hommes. Trois choses m'ont déterminé à déposer mon prédécesseur du pouvoir : l"le désir de faire sortir notre père de cette île dont le séjour lui avait été imposé ; 2" l'intention de ramener nos frères à la cour; 3" enfin ces paroles que disait Yâna-Mâra, chaque fois qu'elle voyait Mohammed- Benkan : « Un seul poussin d'une autruche vaut mieux que cent poussins d'une poule. »
Le jour où Isma il fut élevé au rang d'Askia, le Fara- Mondzo, Souma-Kotobâki, descendant de son cheval, s'écria : « Prince, hâte-toi de me tuer ainsi que je te l'ai dit. — Non, répondit Isma'ïl, je veux que tu continues à occuper
1, Ou « Sonqara »,
tes fonctions et tu seras honoré et respecté par moi. — Non, je vous en supplie, répliqua le Fara-Mondzo. >> Puis, voyant que, malgré toutes ses bonnes paroles et ses cajoleries, Souma ne voulait rien entendre, le prince le fit mettre en prison.
Chaque fois que le prince descendait de cheval en venant au conseil', c'était son frère Daoud qui montait l'animal; aussi pour récompenser son frère de ce zèle le nomma-t-il Fara-Mondzo, lorsqu'il eut renoncé à l'espoir de faire accepter de nouveau ces fonctions à Souma-Kotobâki. Il éleva à la dignité de Kormina-Fâri, Hemâdou% le fils de Aryao, la fille de l'Askia-El-Hâdj-Mohammed : le père de Hemâdou était le Balama'-Mohammed-Kiraï.
Au commencement de l'année 944 (10 juin 1537-30 mai 1538) il fit sortir son père de Kankâka, où il était interné, et le fit retourner à Kâgho. En cette même année il se rendit à Douri \ Le samedi soir, veille de la rupture du jeûne (2 mars 1538) de cette année, Askia-El-Hâdj-Mohammed mourut (Dieu lui fasse miséricorde, lui pardonne et le favorise de sa grâce !).
Isma il fit ensuite une expédition contre Bakaboula dans le pays de Gourma. Quand Bakaboula vit que le prince approchait il se mit en marche avec sa famille l'^o) et ses gens et se déroba à son adversaire. Un corps de cavalerie fut confié au Kormina-Fâri, le fils de Aryao, qui poursuivit le rebelle et le rejoignit. Un engagement eut heu, mais le païen sut se défendre. En apprenant cette nouvelle, Isma'ïl fit dire au Kormina-Fâri de l'attendre, qu'il allait venir en personne. « Sousou * ! mes amis, s'écria le Kormina-Fâri
. 1. « En venant », dit simplement le texte.
2. Plus loin la forme donnée à ce nom est Hammâd : jl^, au lieu de jU* qui se trouve ici.