CHAPITRE XVII
ASKIA-DAOUD
Ishâq eut pour successeur son frère, Askia-Daoud, fils du prince Askia-El-Hâdj-Mohammed. Daoud fut proclamé souverain le dimanche*, 25 du mois de safar de l'année qui vient d'être indiquée (24 mars 1549), dans la ville de Koukiya.
Il rentra à Kâglio le premier jour du mois de rebi' I^' (30 mars) et confia les fonctions de Kormina-Fâri à Kochiya, qui était Zaghrâni d'origine; il nomma Fâri-Mondzo son fils, Mohammed-Benkan, et, Koraï-Farma, son frère, El-Hàdj. Ensuite il reçut la visite du Dendi-Fâri, Mohammed-Benkan- Sinbalo, qui vint de Dendi.
En arrivant à Kâgho, Daoud déclara que tous les fonctionnaires méritaient un châtiment à l'exception du seul Hi-Koï, Mousa, qui s'était montré un serviteur dévoué, de bon conseil et qui avait scrupuleusement fait tout son devoir. En disant cela, il faisait allusion à l'ordre (\ *s) que lui avait donné le Hi-Koï de s'en retourner lorsqu'il était venu à Koukiya sans y avoir été appelé.
Ce Hi-Koï, Mousa, était un homme doué au plus haut degré d'audace, de bravoure et d'énergie. Aussi Askia-Daoud chercha-t-il le moyen de s'en débarrasser par surprise. Il enjoignit donc au fils de sa sœur, c'est-à-dire à Mohammed fils de Délia, de surveiller de près Mousa et de le tuer dès
1. C'est la date fournie par le ms. C. Les autres mss. disent le vendredi, 23 ; mais l'erreur est évidente, puisque c'est seulement le 34 que mourut Askia-Ishâq. Ralfs a également adopté la date du 23.
qu'il en trouverait l'occasion. Un certain jour, Mohammed lança son javelot contre Mousa et le tua. 'Ali-Doudo' fut nommé Hi-Koï à la place du défunt.
Le prince fit ensuite remettre en liberté Bokar-'Ali-Doudoben-'Ali-Folen et le garda auprès de lui à Kâgho. Quand le Dendi-Fàri, Mohammed-Benkan-Sinbalo, mourut, il conféra le titre de Dendi-Fâri au Hoko-Koraï--Koï,Kamkoli; mais il lui fit enlever les insignes de son costume et ne lui laissa porter que la coiffure officielle dans les réceptions ^
Bokar-'Ali-Doudo, le soir même, se rendit au milieu de la nuit à la porte de la maison du Fâri-Mondzo, Mohammed- Benkan, fils de Askia Daoud, et heurta la porte avec violence. A ce bruit, tout troublé et eff'rayé, Mohammed sortit, en tenant ses javelots à la main, et s'écria : « Qu'y a-t-il? — Il y a, répondit Bokar, que le prince, à la réception de demain, me fera certainement mettre à mort; voilà pourquoi je viens te trouver. — Et pour quel motif te tuerait-il? demanda Mohammed. — Parce que, répliqua Bokar, il veut donner demain les fonctions de Dendi-Fâri à KamkoU; je le sais, j'en suis sûr, il me faudra mourir demain. — Attends-moi ici jusqu'à ce que je revienne, » repartit Mohammed.
Aussitôt Mohammed se rendit au palais; il se présenta à la porte principale et frappa. Les portiers allèrent de suite prévenir le prince qui donna Tordre de faire entrer Mohammed et celui-ci raconta les choses comme elles venaient de se passer. « Retourne chez toi, lui dit prince; annonce à Bokar