‹ Tarikh es-SoudanChapitre 148 sur 405 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

ceux de Bokar. Le savant mit des fers aux pieds de cet être le perça d'une lance et s'écria : « Va-t'en! », l'individu disparut alors dans Feau.

Après cela, Daoud se mit en route vers Kâgho, à peine y était-il arrivé que l'Arbinda-Farma, dont il vient d'être parlé, mourut. Daoud se rendit alors à Koukiya où il arriva avant la mort de Askia-Ishâq. Le Hi-Koï Mousa eut une vive altercation avec Daoud et lui dit : « Qui t'a intimé l'ordre d'agir ainsi ? qui t'a donné ce conseil? Retourne chez toi à l'instant! » Daoud retourna chez lui; mais, peu après, Ishâq étant mort, le Hi-Koï lui fit dire de revenir et il revint.

Lorsque Ishâq s'était senti perdu, il avait choisi quarante cavaliers des plus braves et leur avait enjoint de conduire à Kâgho son fils Abdelmalek afin de le placer sous la sauvegarde du prédicateur de cette ville. Le prince en usait ainsi parce qu'il savait très bien tout le mal qu'il avait fait aux gens du Songhaï et toutes les vexations et les humiliations que, dans son arrogance et sa tyrannie, son fils Abdelmalek, lui aussi, leur avait fait endurer. Les cavahers accomplirent les désirs du souverain ; parmi eux figurait : Otsmân- Dorfan, fils de Bokar-Kirin-Kiriu, fils du prince Askia-El- Hâdj-Mohammed.

Durantles jours où son autorité était puissante, Ishâq reçut de Maulay Ahmed le Grand, empereur du Maroc, une invitation à lui livrer les mines de Teghazza. Dans la réponse qu'il adressa se trouvaient les mots suivants : « Le Ahmed qui a écouté (ces conseils) * ne saurait être l'empereur actuel du Maroc et quant à l' Ishâq qui l'écoutera ce n'est pas moi ; cet Ishâq-là est encore à naître. » Puis il envoya deux mille Touareg montés en leur enjoignant de saccager toute l'ex-

1. Celte phrase est loin d'être claire dans le texte. Cependant je crois en avoir donné le sens.

trémité de la région du Dra a du côté de Merrâkech \ de ne tuer personne et de revenir ensuite sur leurs pas. Les Touareg se précipitèrent sur le marché des Beni-Asbih ^ aussitôt qu'il fut installé et organisé ; ils pillèrent toutes les richesses qu'ils trouvèrent en cet endroit, et revinrent ensuite comme on le leur avait prescrit, sans avoir tué personne. Tout cela n'avait été fait par Ishâq que pour montrer ( > ♦ • ) sa puissance au sultan Ahmed.

Après la mort de Ishâq, on fit l'estimation des richesses qu'il avait prises injustement et par la violence aux négociants de Tombouctou. On trouva la somme de 70.000 pièces d'or. L'agent chargé de ces exactions était Mahmoud- Yaza, frère de El-Amin-Yaza, qui tous deux étaient d'anciens chanteurs. Ce Mahmoud faisait constamment la navette entre Tombouctou et Kâgho. Chacun, selon ses moyens, était obhgé de lui donner ce qu'il exigeait et personne, du vivant du prince, n'osa se plaindre, tant on redoutait sa cruauté.

Ishâq mourut, à ce que l'on croit', un samedi. C'était le 24 du mois de safar de l'année 956 (23 mars lo4'9). Entre le jour de sa mort et celui de la mort du père des bénédictions, le jurisconsulte Mahmoud, il s'était écoulé cinq mois et dix jours. Son règne avait duré neuf ans et six mois.

1. C'est-à-dire en se rapprochant le plus possible de la ville de Maroc.

2. Ou « Asih ». Il s'agit probablement du qçar des Beni-Sebih' où se tient un marché permanent (cf. de Foucauld, Reconnaissance au Maroc, p. 295). Rohlls écrit Açaé:.

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