CHAPITRE VINGTIÈME
Mohammed-Es-Sàdeq, et firent battre du tambour sur les terrasses des maisons. Les gens de Tombouctou avaient en réalité une grande affection pour ce prince qui s'illusionna lui-même et illusionna les autres.
Après cela on cessa à Tombouctou d'avoir des nouvelles de Kâgho. On rapporte que le jurisconsulte Abou-Bekr- Lanbarô, secrétaire et ministre de la plume, a dit : «Kâghô, à la fin de la semaine qui suivit la proclamation au trône de Askia-Ishâq, était devenu comme un corps sans vie tant on y redoutait le Balama' Mohammed-Es-Sâdeq, et tant était grande la frayeur qu'il inspirait. Voyant cela et sachant que le Balama' était impitoyable, que sa dureté se ferait sentir tout d'abord aux savants (nxi) et aux jurisconsultes, Abou- Bekr, qui se considérait lui-même comme un savant, se rendit auprès de l'Askia, au moment de la méridienne et se présenta à lui: «Quel sujet t'amène à cette heure, demanda le prince? — Dieu vous accorde sa bénédiction et embellisse votre règne! répondis-je *. Depuis que je suis entré dans ce palais auguste jamais on n'avait entendu parler d'un second roi du Songhaï. — Je n'ai jamais su pareille chose, ni ne l'ai entendu dire auparavant, s'écria Askia-EIfa^ Y auraitil donc un second roi du Songhaï ? — Dieu bénisse votre existence, répliquai-je, il y en a un. C'est celui qui, au dehors, impose sa domination à vos sujets, tandis que vous êtes ici inactif à l'intérieur de ce palais. Et alors je me mis à lui énumérer tout ce qu'il avait fait^, depuis l'époque de son grand-père jusqu'au temps de Askia-Mohammed-Bâno. — C'est cela que tu voulais dire, me demanda-t-il. — Oui, repartis-je; Dieu bénisse votre existence. — Mais,
1. Le texte emploie ici le discours direct doal il a'a pas fait usage au début de ce récit.