‹ Tarikh es-SoudanChapitre 20 sur 405 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dans la controverse qu'il eut avec Moïse* (que sur lui soit le salut!).

Les deux frères arrivèrent à Koukiya dans le plus piteux état. Ils avaient, pour ainsi dire, perdutoute forme humaine, tant ils étaient sales et épuisés, et leur nudité n'était cachée que par des lambeaux de peaux de bêtes jetées sur leurs corps. Comme on leur demandait d'où ils sortaient, l'aîné répondit : « 11 vient du Yémen- » (dja men el-Yemen). Dès lors on ne dit plus autrement que Zd-Al-Ayaman^ en altérant la prononciation de la phrase qui avait été dite, car les gens du pays éprouvaient de la difficulté à en reproduire les sons, tant leur dialecte barbare a alourdi leur langue.

Zâ-Al-Ayaman demeura à Koukiya. Il s'aperçut que les populations au milieu desquelles il vivait étaient païennes et n'adoraient que des idoles. Le démon se manifestait à eux sous la forme d'un poisson' qui, un anneau dans le nez,

i . Le Coran, sourate xx, versets 59, 75, rapporte le récit de cette aventure de Moïse avec le pharaon d'Egypte. La légende, qui fait venir les magiciens de Koukiya, ne saurait èlre admise sans la plus extrême réserve; elle rentre dans la catégorie de celle qui fait de Tlemcen le théâtre d'un des incidents de l'histoire de Moïse etd'El-Khidr {Coran, sourate xviii, v. 76). Ces légendes paraissent avoir été imaginées dans le seul but de prouver, sous une forme sensible, la haute antiquité d'une ville.

2. On s'explique difficilement que cette réponse n'ait pas été faite à la première personne du pluriel, puisque les deux frères avaient accompli le même trajet. Dans tous les cas, elle ne saurait servir de preuve à leur venue directe du Yémen ; elle tendrait seulement à démontrer qu'ils étaient berbères ; car on sait que les )}erbcrs se croient, pour la plupart, être originaires du Yémen, ainsi que le dit notre auteur au chap. viii, en parlant des Touareg.

Le seul point que pourrait fixer cette légende, c'est que les deux frères parlaient arabe. Elle rendrait alors compte de l'orthographe du mot « Zâ » dont la prononciation est « Diâ » d'après M. Félix Dubois. La consonne arabe ^ djim sonne ordinairement, comme on sait, de quatre manières différentes : gue, dje, ze et je; on comprend dès lors qu'on ait pu écrire \jza, au lieu U. dja. Au Soudan, en outre, le djim se prononce toujours die. Enfin il convient d'ajouter que l'orthographe donnée au nom du Yémen, d'après cette étymologie, serait fautive; on écrit •j.c et non «y:! qui signifierait « côté droit ».

3, Ce poisson serait sans doute le lamantin, idole ou tenné des Mandé selon. M. Ringer {op. l.,i. II, p. 375). On a cru voir dans cette légende la marque d'une

s HISTOIRE DU SOUDAN

apparaissait au-dessus des eaux du Fleuve à certaines époques déterminées. A ce moment tout le peuple se rendait en foule près de l'animal pour l'adorer; celui-ci formulait ses ordres et ses prohibitions, puis on se dispersait; tous exécutaient ce qui leur avait été enjoint de faire et s'abstenaient de ce qui leur avait été interdit.

Ayant assisté à cette cérémonie et s'étant aperçu que ces gens étaient manifestement dans une fausse voie, Zâ-Al- Ayaman conçut le projet de tuer ce poisson et mit son dessein à exécution. Un jour que l'animal faisait son apparition il lui lança un harpon et le tua grâce à l'aide de Dieu. Aussitôt le peuple prêta serment d'obéissance à Zâ-Al-Ayaman et en fit son roi. On prétend que ce prince était musulman et l'on en donne pour raison l'acte qui vient d'être rapporté; on a dit également que ses successeurs abjurèrent leur foi 'o); mais nous ne savons pas quel est celui qui, le premier d'entre eux, donna l'exemple de l'apostasie; nous ignorons également à quelle époque Zà-Al-Ayaman quitta le Yémen, à quel moment il arrive à Koukiya et quel était son véritable nom. On continua de l'appeler au moyen de la phrase indiquée ci-dessus qui lui servit de nom propre, et le premier mot de cette phrase devint un titre * pour les princes qui régnèrent après lui.

ligion apportée au Soudan par des étrangers. Il serait plus naturel, je crois, d'y voirie souvenir d'actes de piraterie qui se reproduisai^-mt chaque année à une époque déterminée. On comprendrait alors que les habitants de Koukiya, délivrés de ce fléau, par Zà-Al-Ayaman, l'aient proclamé roi, tandis qu'on ne voit pas hien pourquoi ils auraient témoigné une si grande reconnaissance à un étranger qui aurait tué leur idole vénérée.

1. C'est-à-dire le verbe dja, orthographié Zd et prononcé Dia. Ce titre, précède, en effet, le nom de tous les successeurs de Zà-Al-Ayaman, jusqu'au moment où il fut remplacé par celui de Sonni. Cette dernière qualification fut donnée, pour la première fois, à 'Ali-Kolon, fils de Zâ-Yasiboï, qui cependant était, lui aussi, un descendant de Zà-Al-Ayaman. Ce changement de titre pourrait s'expliquer de la façon suivante : I.e Songhaï aurait subi la domination du roi de Melli sous le règne de Zâ-Yasiboï, ce que confirme l'envoi de ses fils comme otages à la cour du vainqueur; mais Zà-Douro, Zâ-Zenko-Bâro, Zâ-Bisi-

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