CHAPITRE TROISIEME
Melli qui s'empara du Songhaï. Prince pieux et équitable, il ne fut égalé par aucun autre roi de Melli en vertu et en droiture. 11 fit le pèlerinage à la sainte demeure de Dieu (La Mecque) et accompli ce voyage dans les premières années du neuvième siècle de l'hégire ; mais, mieux que personne, Dieu sait^ à quelle date exacte.
Le prince avait avec lui un immense cortège et des forces considérables, car le nombre de ses hommes s'élevait à soixante mille. Toutes les fois qu'il montait à cheval, il était précédé de cinq cents esclaves, chacun d'eux tenant à la main une baguette d'or du poids de 500 mîtsqâls^ en or.
Kankan-Mousa fit route vers Oualâta^ dans El-'Aouâli et arriva à l'emplacement actuel du Touât. Là, il laissa un grand nombre de ses compagnons qui avaient été atteints au cours du voyage d'une maladie du pied que, dans leur langue, ils appelaient touât. La localité, où cette séparation eut lieu et où les malades se fixèrent à demeure, prit le nom de leur maladie*.
commise les copistes en lisant un j à la place du j final. Cette confusion provient de ce que, au Soudan, on note souvent le point diacritique du ^ final, ce qui ne se fait pas d'ordinaire dans l'écriture maghrébine.
1. Celte locution est d'usage toutes les fois qu'on n'a pas une certitude absolue, qu'il s'agisse d'une date ou d'un événement. Je la rendrai souvent par w si je ne trompe », Quant à la date exacte du pèlerinage de Kankan-Mousa, elle est de 724 (1324) d'après Ibn-Khaldoun (cf. de Slane, Histoire des Berhers, L H, p. 112).
2. Le mot mitsqâl s'emploie souvent pour désigner une monnaie d'or valant aujourd'hui environ 16 francs; mais il désigne aussi le poids de la huitième partie de l'once, et alors il équivaut à : Okg,G0469. C'est dans ce dernier sens qu'il faut l'entendre ici sans doute, et chaque baguette aurait donc pesé 3kg,H8125.
3. Oualâta, dont le nom s'écrit aussi Oualùten et loualàlen, était la capitale d'un royaume situé au nord-ouest de Tombouctou, à l'est du district de Houd; on l'identifie avec Ghana. Je suppose que le mot « EI-'Aouàli » est le nom de la contrée dont Oualâta était la capitale. Peut-être que ce nom, qui signifie « les élevées» ou « les hautes terres », fait allusion à la nature montagneuse du pays par opposition au nom de la province voisine appelée Houd, mot qui en arabe signifie « cuvette, bas-fonds » (cf. à ce sujet les Voyages d'Ibn-Batoutah, t. IV, p. 385). Le Bulletin du Comité de l'Afrique française de mars 1893 contient une carte de M. Vuillot donnant la position de Oualâta.