‹ Tarikh es-SoudanChapitre 260 sur 405 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

Au mois de rebi' II, si je ne me trompe, le caïd 'Ali marcha à la rencontre de l'ennemi à la tête d'un grand corps d'armée dans lequel se trouvait le cheikh Ahmed-Tourik*- Ez-Zobéïri. Il joignit son adversaire à Chirko-Chirko, localité au fin fond du pays de Binka dans la direction de l'est ^ Chacune des deux armées en présence s'arrêta en face l'une de l'autre, puis on se sépara sans combat en se tournant le dos pour prendre deux directions opposées. L'askia Bokar aurait, à ce qu'on rapporte, dit à cette occasion : « Je n'ai jamais vu deux nations perdre à la fois leur pouvoir ^ à l'exception de ces deux-ci. »

On assure que le caïd 'Ali avait envoyé de l'or au Dendi- Fâri Seyyid Kiraï par l'entremise de l'askia Bokar, afin qu'il se retirât sans combattre. Ce Dendi-Fâri était le fils de la sœur de l'askia Bokar. Quand il revint auprès de l'askia El-Amîn, celui-ci, qui avait entendu parler de cette affaire, la lui dévoila ouvertement pendant l'audience qu'il lui donna, et, outré de colère, il lui reprocha vivement d'avoir reçu un pot-de-vin pour renoncer au combat. En rentrant chez lui, le Dendi-Fâri ayant bu de l'eau de hals^^ mourut aussitôt. On trouva parmi ses bardes de l'or, dont personne ne lui connaissait la possession auparavant, et c'est ainsi que les soupçons à son encontre furent fortifiés.

Ensuite, le caïd 'Ali ramena ses troupes à Tombouctou; il déposa le pacha Mahmoud-Lonko, dont il prit les fonctions dans la matinée du mercredi, 15 du mois de cha'aban, le brillant de l'année susdite (11 octobre 1612), au mois de

1. Peut-êlre faut-il ajouter une voyelle à la fin de ce mot qui n'est pas voyelle dans le texte.

2. Au Soudan le mot j^ signifie « est », alors que d'ordinaire il s'emploie ailleurs pour indique le sud.

3. Ou : « partir chacune de son côté » sans livrer combat après s'être trouvées ainsi en présence l'une de l'autre.

4. J'ignore de quel poison il s'agit. Au lieu de « eau de hais », on pouvait traduire : « sucde/ta/s ».

juillet \ si j6 ne me trompe. Puis il monta aussitôt à cheval et parcourut toute la ville. Descendant ensuite de cheval, il entra chez le pacha Mahmoud. Celui-ci le salua, le félicita et fit des vœux pour lui. Toutefois, parmi les paroles qu'il prononça en cette circonstance, il ajouta ces mots : « Vous venez d'ouvrir une porte par laquelle vous sortirez de la même façou que vous y êtes entré. » 11 faisait allusion à sa révocation prochaine, et, en effet, il en fut ainsi. Peu de temps après cela, Mahmoud mourut, après avoir conservé le pouvoir huit ans et sept mois. Il fut le dernier des pachas envoyés de Merrâkech^ et l'on prétend qu'il mourut empoisonné.

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