‹ Tarikh es-SoudanChapitre 262 sur 405 · CHAPITRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUITIÈME

vaux qui leur étaient imposés. L'un deux qui, depuis le commencement de sa captivité, n'avait jamais paru gai et qu'on n'avait jamais vu même sourire, changea subitement d'attitude ce jour-là. Il était arrêté avec ses compagnons à la porte des remparts quand les Soudanais s'y présentèrent. Aussitôt qu'il les vit, il se mit à rire et à éclater de joie, cessant immédiatement de conserver son air revêche et de mauvaise humeur. Ce fait surprit tout le monde; la nouvelle s'en répandit bientôt et parvint aux oreilles du sultan Maulay Ahmed qui fit interroger le captif à ce sujet. « Comment ne me réjouirais-je pas, répliqua le chrétien, maintenant que nos espérances vont se réahser pleinement au sujet de cette ville, car nous savons par nos chroniques que Merrâkech sera ruiné lorsque \ef> Motelettsemin * y entreront. Or, ces gens qui viennent d'arriver ofîrent précisément les caractères qui nous ont été indiqués pour les Motelettsemin. » La première calamité qui se produisit à l'encontre du sultan fut la révolte de Maulay Nasr, fds du sultan Maulay 'Abdallah ; il eut pour lui toute la population de la province du Gharb^ tant était grande l'affection qu'elles avaient pour son père. Maulay Ahmed éprouva une crainte très vive à cause de cet événement; il se mit en campagne à la tête d'une solide et nombreuse armée, après avoir rendu la liberté aux jurisconsultes qu'il avait internés et leur avoir fait grâce. Dieu fit qu'il s'empara de son adversaire et qu'il le fit tuer. Dans sa joie, il envoya annoncer cet heureux événement jusque dans le pays (y • f ) du Soudan,

1. Ce nom est donné d'une manière générale à toutes les populations du nord et du centre de l'Afrique qui portent un voile sur la figure. On sait qu'on designe aussi les Alinoravides sous ce nom. La prétendue prédiction ne peut se rapporter à l'arrivée des Almoravides qui était antérieure de beaucoup à celte époque.

2. Le mot Gharb, qui désigne surtout la partie septentrionale du Maroc dont Fez est le chef-lieu, s'emploie parfois pour désigner l'empire du Maroc tout entier.

D'autres calamités vinrent de tous côtés s'ajouter à cette première épreuve, en sorte que Maulay Ahmed se repentit de la façon dont il s'était conduit à l'égard des ulémas du Soudan. Son fils, qui était la joie de son âme et son héritier présomptif, Maulay Ech-Cheikh, se révolta dans la ville de Fez. Maulay Ahmed se mit en personne à la tête de ses troupes, et s'empara de ce fils ; puis il donna l'ordre au pacha Djouder de le conduire à Méquinez et de l'y mettre en prison. Alors il désigna pour son successeur son autre fils Abou-Fârès, le frère germain de Maulay Ech-Cheikh et il fit part de ce dessein à Djouder lorsque celui-ci revint de Méquinez.

Enfin Maulay Ahmed fut empoisonné* par sa femme, Aïchabent-Abou-Beki'-Ech-Chebbâniya, la mère de son fils Maulay Zîdân, qui l'avait accompagné, elle et son fils, durant cette expédition. Le poison était contenu dans des figues que le prince mangea, ainsi que sa petite-fille, la fille de Maulay Ech-Cheikh. A peine cette enfant, encore toute jeune, eutelle mangé une seule figue qu'elle bondit brusquement, puis retomba sur le sol et mourut aussitôt. Le sultan intoxiqué, lui aussi, se hâta de quitter la ville de Fez pour se rendre dans la rouge cilé de Merràkech, mais il mourut au cours du trajet dans la seconde décade du mois de rebi' I" de l'année 1012(18-28 août 1603).

Djouder cacha à tout le monde la mort du sultan jusqu'à son arrivée dans la ville de Merràkech ; il le fit alors ensevelir et exécuta sa recommandation au sujet de l'élévation au trônedeMaulayAbou-Fârès.En conséquence on prêta serment de fidélité à ce dernier, tandis qu'à Fez Maulay Zîdân se déclarait investi du pouvoir souverain et recevait le serment d obéissance des habitants de cette ville.

1. Cet empoisonnement paraît ôtre une légende, car Maulay Ahmed est mort de la peste. L'auteur en veut faire une punition du Ciel qui aurait ainsi vengé Je Soudan des exactions commises par les Marocains.

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