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CHAPITRE VINGT-HUITIÈME

La lutte s'engagea entre les deux sultans. Maulay Abou- Fàrès,pour aller combattre Maulay Zîdân à Fez, équipa une armée dont il donna le commandement à Djouder. Quand celui-ci approcha de Fez il apprit que Maulay Zîdân se portait à sa rencontre en personne. Il dépêcha aussitôt un messager à Maulay Abou-Fârès pour l'informer que Maulay Zîdân était en route pour le combattre à la tête de ses troupes et qu'il ne pouvait, lui, absolument pas entrer en lutte avec le prince et le repousser*; qu'en conséquence il fallait donner l'ordre de mettre en liberté Maulay Ech-Gheikh pour qu'il prît le commandement des troupes et qu'il engageât le combat. Maulay Abou-Fârès ayant accepté cette proposition, Djouder envoya mettre Maulay Ech-Cheikh en liberté.

Le messager était de retour de chez Maulay Abou-Fârés, quand celui-ci écrivit à Djouder une seconde lettre dans laquelle il lui disait : « Quand tu auras frappé avec cette épée remets-la dans le fourreau ^ » Or cette lettre tomba entre les mains de Maiday Ech-dheikh avant de parvenir à Djouder. Maulay Ech-Cheikh ayant lu la lettre comprit l'allusion qu'elle contenait. Il livra néanmoins bataille et vainquit Maulay Zîdân qui s'enfuit dans le pays du Sous ; puis il retourna à Fez, prit l'autorité suprême dans cette ville (v*i) et prépara, pour aller à Merrâkcch combattre Maulay Abou- Fârès, une expédition dont il confia le commandement à son fils Maulay Abdallah-Es-Seghir.

Abou-Fârès, vaincu, se réfugia dans les montagnes et Maulay Abdallah prit le pouvoir à Merrâkech, où il ne demeura que un an et neuf mois, exactement le même temps qu'y avait passé Maulay Abou-Fârès qui n'y était resté lui

1. Djouder prétexta sans doute qu'il était interdit à un fidèle de lutter contre un descendant du Prophète investi de l'autorité suprême. Il voulait se ménager les faveurs de Maulay Zîdân au cas où celui-ci aurait été vainqueur.

2. C'est-à-dire de faire disparaître Maulay Ech-Cheikh dès qu'on n'aurait plus besoin de ses services.

aussi que un an et neuf mois. A peine était-il au pouvoir que sa mère vint l'engager vivement à faire périr les grands chefs qui avaient été les fonctionnaires de son grand-père Ahmed ; de cette façon, dit-elle, il jouirait en paix de son autorité. Maulay Abdallah les fit donc tons périr; ils étaient au nombre de onze, tous caïds, et parmi eux se trouvait le pacha Djouder. Maulay Abdallah envoya les têtes de ces chefs à son père qui était à Fez. Celui-ci, en voyant ces trophées, prit en aversion les choses de ce monde et regretta d'être au pouvoir.

Maulay Abou-Fârès sortit ensuite des montagnes où il s'était réfugié et se rendit à Fez où il demeura auprès de son frère Maulay Ech-Cheikh. De son côté Maulay Zidân usant de toutes ses ressources réussit à équiper une armée qu'il dirigea contre Maulay Abdallah à Merrâkech et mit à la tête de cette expédition le fils de son oncle paternel, Maulay Abou-Hassoun, surnommé également Bou-Ech- Cha ïr. Celui-ci ayant engagé la lutte et remporté la victoire, Maulay Abdallah s'enfuit à Fez et s'y réfugia auprès de son père Maulay Ech-Cheikh ; puis il tua son oncle Abou- Fârès et enleva le pouvoir à son propre père.

Très irrité de tout cela, Maulay Ech-Cheikh s'enfuit et alla se réfugia chez les chrétiens 'où il demeura. Plus tard il leur vendit la ville deEl-'Araïch (Larache), localité très importante et d'une grande valeur dans l'empire musulman. Les chrétiens en prirent possession et aujourd'hui encore elle est entre leurs mains. Maulay Ech-Cheikh resta jusqu'à sa mort dans le pays des Chrétiens et l'on prétend qu'il abjura la foi musulmane*. Le Ciel nous préserve de pareille chose!

Maulay Abdallah demeura à Fez uniquement occupé à de

1. Il s'agit des Espagnols qui en effet conservèrent Larache jusqu'en 1689.

2, Selon le Nozhet El-Hadi, Maulay Ech-Cheikh revint au Maroc où il fut assassiné à Fcddj-EI-Ferès,prè8 de Tétuan, le 21 août 1613,

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