‹ Tarikh es-SoudanChapitre 283 sur 405 · CHAPITRE TRENTE-ET-UNIÉME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-ET-UNIÉME

contre lui; d'ailleurs, sous le gouvernement de ce pacha, tous les fonctionnaires de chaque pays et de chaque région du Soudan s'étaient montrés tyranniques, oppresseurs et perturbateurs de l'ordre public.

Sous le gouvernement de 'Ali il arriva à Tombouctou un corbeau blanc; on l'aperçut pour la première fois le 22 du mois de rebi' V de l'année 1024 (21 avril 16i5) et chacun put le voir de ses yeux jusqu'au mercredi, 28 du mois de djomada l*"" (26 juin 1615). Ce jour-là les enfants s'en emparèrent et le tuèrent.

Dans l'année 1025 (20 jaQvier 1616-9 janvier 1617) la crue du Fleuve fut beaucoup plus forte que d'ordinaire. Jamais personne n'avait vu une inondation aussi considérable et tous les vieillards âgés de cette époque reconnurent que jamais ils n'avaient vu une crue aussi considérable et qu'aucune des personnes qu'ils avaient connues n'avait été témoin d'une chose pareille. Tous les champs de culture furent submergés et les récoltes endommagées. Dans la région à l'ouest, dans la direction de Dienné, nombre d'hommes et d'animaux périrent emportés par les eaux. Cette même année la crue du Fleuve atteignit Ma'doko le dimanche, 10 du mois de dzou'l-qa'da (19 novembre 1616); ce jour-là était le 1 1 du mois de novembre.

Au mois sacré de moharrem, le premier des mois de l'année 1026 (9 janvier-8 février 1617), un violent conflit éclata entre le pacha et le caïd Haddou-ben-Yousef-El-Adjenâsi. Le pacha quitta la casbah et alla s'établir en dehors de cette citadelle, emmenant avec lui des hommes choisis parmi les soldats du bataillon de Merrâkech au nombre de quatrevingt-trois \ Toute cette troupe lui était très dévouée et bien décidée aie soutenir et à veiller sur lui nuit et jour.

1. Le texte dit : environ 83 ; du moment qu'on donne un chiffre fixe, il semble que ce mot « environ » ne soit pas nécessaire.

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A dater de ce moment l'autorité du pacha alla en déclinant et en s'amoindrissant, si bien qu'il fut déposé le lundi, 5 du mois de rebi' I" de cette année (13 mars 1617). Il avait exercé son autorité durant cinq ans moins deux mois.

Le jour même où le pacha 'Ali avait été déposé, toutes les troupes furent unanimes à proclamer à sa place le pacha Ahmed-ben-Yousef-El-'Euldji. Puis, après avoir jeté en prison l'ancien pacha et l'avoir chargé de chaînes, elles écrivirent au prince Maulay Zîdân pour lui exposer les méfaits dont il s'est rendu coupable, l'ignominie de sa conduite et les malversations qu'il avait commises, en dépit de l'amîn, aux dépens du trésor pubHc. L'année suivante, ainsi qu'on le verra plus loin, s'il plait à Dieu, le sultan fit régler cette aff'aire.

A tout instant la situation devenait de plus en plus critique et chaque jour amenait des événements plus graves que les précédents. Cette année-là la pluie fit défaut. Les gens se mirent à faire des prières rituelles* pour obtenir la chute des eaux du ciel (y v y) et ne cessèrent de les continuer pendant environ quatorze jours sans que la sérénité du ciel fût un seul moment troublée. A la fin cependant il tomba quelques gouttes de pluie.

La cherté des vivres fut excessive à Tombouctou; un grand nombre de personnes succombèrent à la famine et la disette fut telle qu'on mangea des cadavres de bêtes de somme et d'êtres humains. Le change tomba à 500 cauries. Puis la peste vint à son tour décimer la population et fit périr bien des gens que la famine avait épargnés. Cette cherté des vivres, qui dura deux ans, ruina les habitants qui en furent réduits à vendre leur mobifier et leurs ustensiles. Tous les vieillards furent unanimes à dire qu'ils n'avaient jamais vu une telle calamité et qu'aucun des vieillards qui les avaient précédés ne leur avait rien raconté de semblable.

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