CHAPITRE TRENTE-ET-UNIÈME
révoqua à la suite d'une querelle qui avait surgi entre eux. Il voulut lui donner pour successeur comme hâkem de Dienné le caïd révoqué Yousef-ben-'Omar; mais celui-ci refusa en désignant pour remplir cet emploi Mellouk-ben- Zergoun qui fut alors nommé caïd de Dienné,
'Ali désigna ensuite l'ex-pacha Ibrahim-El-Djerâri, pour aller comme son agent dans la tribu de Sofnetir. Celui-ci se rendit dans la tribu, fit percevoir le zenkal* pour déconsidérer le Fondoko et lui faire perdre son prestige, puis il revint. A son retour, Mellouk-ben-Zergoun ayant été révoqué, il le remplaça dans dans ses fonctions de caïd de Dienné, mais il ne tarda pas ensuite à mourir d'un accès de colère.
On raconte que Ibrahim-El-Djerâri, sur la tombe du saint de Dieu, le jurisconsulte Mahmoud-Foudiyâ-Sânou. avait souhaité de mourir et c'est ce vœu qui fut exaucé (Dieu fasse miséricorde à Mahmoud et nous soit utile grâce à lui!). Voici la cause de cet événement. Le pacha avait envoyé à Ibrahim un sabre orné d'or en lui disant : « Nul ne mérite d'avoir ce sabre si ce n'est toi qui aimes tant les biens de ce mondée » A ces mots Ibrahim fondit en larmes et souhaita de mourir : « Ces paroles, dit-il, sont une injure et une amère dérision. »
Mellouk-ben-Zergoun fut donc replacé dans ses fonctions de hâkem de Dienné et les conserva jusqu'au jour où il fut révoqué (tY^) et tué.
Le samedi, 7 du mois de djomada I" de l'année 1038
1. L'auteur ne fournil aucun renseignement sur le zenkal qui paraît être un droit qu'avait le Fondoko de prélever certaines choses sur ses sujets, droit qui était considéré comme régalien.
2. La doctrine malékite interdit aux hommes le port des bijoux ou des objets garnis d'une monture en métal précieux. Ces ornements n'étant permis qu'aux femmes, le pacha en attribuant ce sabre orné d'or à Ibrahim le traitait comme une femme et lu! faisait ainsi une cruelle injure suivant les idées des musulmans.
(2 janvier 1629), l'anaîu, le caïd Mohammed-ben-Abou- Bekr fut mis à mort sur la place du marché et son corps suspendu en cet endroit sur l'ordre du sultan Maulay Abdelmâlek. Il était resté auparavant deux jours en prison et avait été tué le troisième jour. Il fut remplacé dans ses fonctions par l'amin, le caïd Yousef-ben-'Omar-El-Qasri que le sultan lui-même avait désigné.
Dans sa lettre le sultan avait écrit qu'il fallait faire périr du plus cruel supplice l'amîn Mohammed à cause de la perfidie et de la traîtrise qu'il avait témoignées à son égard. Il avait, en effet, voulu faire tuer le caïd Yousef à la suite du règlement des comptes de la gestion de ce dernier durant l'exercice de ses fonctions ; il lui avait fait subir les plus cruelles tortures dans sa prison et était décidé à le tuer, lorsque les hommes du bataillon des gens de Merrâkech s'étaient interposés entre eux deux et avaient écrit au sultan pour le mettre au courant de ce qui se passait.
C'était dans la réponse à cette lettre que le sultan avait ordonné d'infliger le dernier supphce à l'amîn Mohammed et de nommer à sa place le caïd Yousef. Le caïd Yousef assista à cheval à l'exécution qui eut lieu sur la place du marché. Le patient, qui était garrotté, montrant un grand effroi et une vive terreur, le caïd Yousef lui dit : « 0 Seyyid Mohammed, ne songe en cet instant qu'à Dieu, car il ne te reste phis qu'à être résigné à ton sort. » Au moment où sa tête fut tranchée, Mohammed cria : « 0 ma mère ! » ; puis il mourut et son corps fut suspendu. On le détacha ensuite et on lui fit des funérailles. Après l'office funèbre son corps fut enterré dans le cimetière de la grande-mosquée.
Dans la dernière décade du mois de cha'bân de cette année (13-24 avril 1629), le pacha entreprit une expédition contre le Mâsina. Voici à quelle occasion. Peu de temps après que le pacha fut entré en fonctions, le Fondoko Selâ-