CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME
campement du sultan Hammedi-Amina. Dès qu'un messager lui eut fait connaître mon arrivée, il le renvoya en me faisant dire de choisir entre ces deux alternatives : ou d'aller le rejoindre là où il était et de voir alors le sultan pour lui présenter mes hommages, ou de rester dans son habitation jusqu'au moment où il reviendrait lui-même. Dans ce second cas nous serions retournés ensemble voir le sultan et le saluer.
Pour ne pas lui imposer la fatigue d'un double voyage, je me décidai pour la première alternative. Je me mis donc en route, entouré de tous les égards et de toutes les plus grandes attentions et le lendemain seulement je le rejoignis. Dès que nous fumes à proximité du campement, le cadi prévint le sultan de ma venue et celui-ci envoya quelqu'un à ma rencontre.
Nous arrivâmes au campement et nous installâmes dans notre habitation dans la matinée à l'instant même où la pluie commença de tomber* ; mais nous ne nous vîmes l'un l'autre, le cadi et moi, qu'après la prière du dohor. A ce moment je me rendis à l'habitation du cadi qui me souhaita la bienvenue ; il m'accueillit avec la plus grande joie et la plus vive allégresse, en faisant les meilleurs vœux pour moi.
Le cadi me conduisit ensuite dans l'habitation du sultan qui me souhaita, lui aussi, la bienvenue et quand j'entrai chez lui l'agent du zenkal y arriva en même temps que moi. On fit venir tous les notables personnages et, en leur présence, lecture fut donnée de la lettre du caïd Mellouk, lettre par laquelle il annonçait l'ordre qu'il avait reçu du pacha de lui accorder le pardon pour ce qui s'était passé et de l'autoriser à percevoir le zenkal.
Toute l'assistance fut très heureuse de cet événement et
1. c'est-à-dire (JUe c'était le commencement de la saison des pluies. {Histoire du Soudan.) 23
le sultau dit, après que le Konboma'^ Daoud eut parlé le premier, comme le voulait l'étiquette: « Maintenant je suis assuré que mon pouvoir est affermi, du moment que le pacha m'autorise à percevoir le zenkal. » Puis il donna l'ordre aux chefs, à qui le soin de percevoir le zenkal était départi, de déployer zèle et activité pour qu'il fût choisi avec soin et de bonne qualité, et il ajouta par trois fois: « Je redoutai beaucoup le pacha Ali. » Alors le Konboma prit la parole et dit : « Maintenant nous te redouterons tous du moment que toi-même tu redoutes le pacha. » Là-dessus on récita la fatiha et l'on se sépara.
Nous passâmes la nuit en cet endroit. Le lendemain, quand on eut terminé l'affaire pour laquelle on s'était réuni, le cadi alla trouver les notables et leur annonça son intention de retourner chez lui, puis il fit savoir au sultan qu'il voulait m'emmener avec lui. Le sultan lui fit répondre qu'il désirait faire plus ample connaissance avec moi, que le cadi pouvait partir avec la bénédiction du Dieu très-haut et que je le rejoindrais ensuite s'il le désirait. Le cadi n'accepta pas cette proposition et voulut absolument me ramener avec lui (vt y).
Dans la soirée de ce jour, le sultan se rendit à la demeure du cadi et j'assistai à leur entrevue. Le cadi lui dit alors: « Dieu a voulu que cette visite de mon ami n'ait eu lieu que sous ton règne et c'est une faveur qu'il t'a faite. 11 me tardait tant de le voir; je le souhaitais déjà au temps où régnait ton oncle paternel Ibrahim, mais c'est eu ce moment seulement que Dieu a décidé de réaliser mon vœu. Il faut absolument, si Dieu veut, que dès demain je rentre chez moi et je ne veux pas laisser mon ami ici sans moi. Demande-lui de te consacrer cette nuit et ainsi tu pourras faire plus ample connaissance avec lui. »
l.Le Konbom'a était sans doute le fonctionnaire qui transmettait les paroles du souverain, celui-ci ne devant pas, selon l'étiquette, s'entretenir directement avec tout le monde.