CHAPITRE TRENTE-DEUXIEME
Le sultan accepta cette combinaison. Il me fit cadeau de dix vaches, bien que ce ne soit pas l'usage chez eux de faire des cadeaux, tant les biens de ce monde ont de prix à leurs yeux. Puis nous partîmes avec le cadi pour regagner ses pénates. Le cadi me combla d'attentions délicates et d'égards ; il me donna une large hospitalité et me fit en tout le plus cordial accueil durant les nombreux jours que je passai chez lui.
Quand je fus décidé à rentrer chez moi à Dienné, le cadi me fît don de vingt vaches et, en outre, de dix moutons destinés à ma nourriture. Enfin le jour de mon départ il monta à cheval et m'accompagna jusqu'à une assez grande distance de chez lui; là, en me faisant ses adieux, il me dit: ce La visite que tu viens de me faire m'a fait plus de plaisir que n'importe quelle autre chose. Si Dieu nous accorde la faveur d'être encore de ce monde l'un et l'autre, l'année prochaine, reviens me voir. » J'y retournai en effet l'année suivante et je ne cessai d'entretenir avec lui les meilleures relations d'amitié et de courtoisie jusqu'au jour où vint son heure dernière et où il alla en compagnie du Compagnon le plus élevée Dieu lui fasse miséricorde, lui pardonne ses fautes et lui soit indulgent. Puissions-nous un jour être réunis tous deux à l'ombre du trône de Dieu dans les sphères les plus élevées du paradis. C'est la grâce et la faveur que je demande à Dieu.
1. « L'ange de la mort ». C'est une allusion aux dernières paroles que prononça le prophète Mahomet quand il se sentit mourir; il demanda que ce fût l'ange le plus élevé de ceux qui venaient vers lui qui emportât son âme au ciel.