CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME
treprendre le pèlerinage à La Mecque, car c'était en vue de remplir ce pieux devoir, disait-il, qu'il avait fait la paix. Il désigna les soldats de l'armée de Tombouctou qui devaient l'accompagner et fit demander aux gens de Kâgho de lui expédier de chez eux un nombre déterminé de soldats, c'est-à-dire cinquante hommes, qui, pour lui faire escorte, devaient se joindre à ceux qu'il avait lui-même choisis à Tombouctou. Mais les gens de Kâgho refusèrent absolument d'accéder à son désir et ce fut là l'origine de la colère qu'il conçut contre eux.
Le cadi, Seyyid Ahmed, et tous les jurisconsultes de la ville de Tombouctou décidèrent d'empêcher le pacha d'exécuter son projet de voyage. Ils lui adressèrent des remontrances à ce sujet et, dans une réunion qui eut lieu alors dans la mosquée de Sankoré et à laquelle assistait le pacha, ils lui énumérèrent toutes les raisons qui auraient pu le faire renoncer à son projet. Mais le pacha fit la sourde oreille et résista.
Le 14 du mois de safar de l'année 1041 (11 septembre 1631), il fit ses adieux à la population et à l'armée et, après avoir désigné pour faire son intérim son frère, le caïd Mohammed-El-'Arbi, il prit le chemin du Touât. Parmi ses compagnons de route figuraient : le seyyid béni, le pieux, l'ascète Seyyid Ahmed-ben-Abdelaziz-El-Djerâri et le jurisconsulte seyyid Mohammed, le fils du très docte jurisconsulte Ahmed-Baba. Au premier croissant du mois de rebi' P' (26 septembre) ils étaient à la ville de Araoûan.
Quand ils arrivèrent au Touât, El-Filâli-ben-Tsâ-Er-Rahmâni-El-Berbouchi, à la tête de ses partisans, fondit sur eux pendant la nuit dans le dessein de tuer le pacha ; mais celui-ci s'enfuit auprès des deux seyyid* et pénétrant dans
1. Ou les deux personnages pieux qui raccompagnaient : Ahmcd-ben-Abd- Aziz-EI-Djerâri et Mohammed, fils de Ahmed-Baba.
leur tente, il leur demanda de le protéger. Les assaillants le laissèrent personnellement sous la protection des deux seyyid, après avoir (Y^f't) tué un certain nombre de ses soldats. Puis ils empêchèrent ceux qui restaient de continuer le pèlerinage et les contraignirent de regagner Tombouctou. Le pacha dut donner à ses agresseurs une somme d'argent considérable pour obtenir d'avoir la vie sauve, mais ils laissèrent les simples pèlerins continuer leur voyage avec les deux seyyid.
Quand il fut de retour à Tombouctou, au mois de redjeb de la même année (23 janvier-22 février 1632), le pacha expédia aussitôt son serviteur Mohammed-ben-Moumen-Es-Sebâ'i porter un message de sa part aux habitants de Dienné. Il envoya ensuite son frère, le caïd Mohammed- El-'Arbi, auprès des habitants de Kâgho, afin qu'il fut le caïd de cette ville. Son but était de pouvoir ainsi se venger des gens de Kâgho contre lesquels il avait conçu une vive colère parce qu'ils lui avaient refusé les cinquante soldats qu'il leur avait demandés.
A peine arrivé à Kâgho, Mohammed commença à exercer sa vengeance ; mais les habitants se soulevèrent, l'arrêtèrent, l'enchaînèrent, pillèrent ses biens et voulurent ensuite le tuer. Il demanda protection aux grands cheikhs* qui consentirent à lui faire grâce de la vie. Dès que le pacha apprit les mauvais traitements que l'on avait fait subir à son frère, il partit en personne pour aller combattre les gens de Kâgho.
Toutefois il ne laissa rien paraître de son dessein aux gens de son entourage et il quitta la ville au mois sacré de dzou'l-qa'da de cette année (20 mai-19 juin 1632), comme s'il eût voulu aller cultiver de ce côté-là. Poursuivant ensuite
1. Il s'agit de personnages religieux et non de personnages politiques, bien que le texte ne soit pas très précis à cet égard.