CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME
sa route, il fut rejoint par un certain nombre de soldats ; mais quand les troupes stationnées à Dienné apprirent cela, elles expédièrent successivement par terre deux envoyés aux habitants de Kâgho, afin de les engager à faire cause commune avec eux et à s'entendre pour se révolter contre le pacha. Cette proposition fut acceptée et l'accord se fit entre eux. •
Aussitôt que cette résolution fut prise, les habitants de Kâgho se hâtèrent de livrer combat; en im clin d'oeil le pacha et ses compagnons furent mis en déroute et réduits à prendre la fuite. Les vainqueurs s'emparèrent de la barque qui portait son trésor et de sa femme' qui se trouvait abord. Le pacha ressentit un vif chagrin de cette dernière circonstance. On s'empara également de l'askia Mohammed- Benkan, mais on le traita avec beaucoup d'égards et de respects. Les gens de Kâgho hii demandèrent de venir habiter parmi eux, afin d'attirer sur leurs têtes les bénédictions du Ciel.
L'askia intercéda en faveur du frère du pacha, le caïd Mohammed-El-'Arbi et obtint qu'on lui fît grâce et qu'on le laissât sous sa protection. Puis il rétablit la paix entre le pacha et les gens de Kâgho qui rendirent sa femme au pacha. Mais, à peine de retour à Tombouctou, le pacha équipa une armée pour aller de nouveau attaquer Kâgho et en exterminer les habitants.il envoya remettre 700 mitsqal d'or au caïd Mellouk en lui disant de les distribuer en cadeaux et en gratifications aux soldats qui étaient à Dienné, désirant ainsi se concilier leurs bonnes grâces (vf «).
A la suite de ce premier message, le pacha en envoya un second à Dienné à son serviteur Mohammed-ben-Moumen-Es-Sebâ'i. Dans la lettre qu'il adressait à celui-ci, le
1. Plutôt concubine que femme légitime, d'après le mot employé dans le texte.
pacha lui enjoignait d'arrêter Salti-Ouri-Mohammed-Qali, de piller tout ce que contenait sa maison, de vendre ses femmes et ses enfants et ensuite de le lui envoyer à Tombouctou chargé de chaînes. Le pacha voulait tuer Salti, parce que celui-ci avait gardé par-devers lui de l'argent qu'il devait lui remettre au moment où il se disposait à partir pour le pèlerinage. Salti s'étant fait attendre trop longtemps, le pacha avait du partir sans recevoir cet argent.
Or il arriva que le second messager devança le premier et arriva à Dienné dans la matinée du lundi, deuxième jour de la fête des Sacrifices*. Dès que le serviteur du pacha, qui à ce moment se trouvait chez le caïd dans la salle du conseil, eut lu la lettre, il fit mander Salti qui était dans la maison duDjinni-Koïen train de se divertir, ainsi qu'il était d'usage durant les jours de fête. Aussitôt que Salti se présenta il fut arrêté, chargé de chaînes et emprisonné dans la casbah.
On me convoqua alors avec un autre notaire^ pour faire l'inventaire de tout ce que renfermait, à ce moment, la maison de Salti. Comme cet inventaire avait été fait sans comprendre les esclaves, nous reçûmes l'ordre de revenir le lendemain, afin de procéder à cette nouvelle constatation. Puis le lendemain, cette opération terminée, le serviteur du pacha nous donna l'ordre de l'accompagner à la prison, afin de recevoir du prisonnier la déclaration que c'était bien là tout ce qu'il possédait. Le mardi, quand nous entrâmes dans la prison, nous trouvâmes le malheureux Salti, dans un état pitoyable. Je lui lus alors le registre d'inventaire, et comme
1. La fête qui a lieu le 10 du mois de dzou'i-hiddja et qui dure trois jours.
2. Le mol traduit par notaire signifie exactement « témoin ». Ces témoins sont chargés de la rédaction de tous les contrats, mais ils ne peuvent opérer valablement qu'avec l'assistance d'un autre témoin honorable qui, comme eux d'ailleurs, a qualité pour rédiger les actes que nous appelons notariés.