‹ Tarikh es-SoudanChapitre 299 sur 405 · CHAPITRE TRENTE-TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-TROISIEME

il déclara que c'était bien là toute sa fortune, nous le constatâmes par écrit sur le registre pour en faire foi.

Le premier messager envoyé par le pacha arriva le jeudi, 14 du mois sacré de dzou'l-hiddja de l'année 1041 (2 juillet 1632). Quand on lut la lettre qu'il apportait et qu'on y vit les termes conciliants et aimables du début, on crut d'une façon positive et tout à fait certaine que le pacha était dans une situation critique et que son autorité faiblissait.

Or, comme tout était arrangé et organisé à ce moment pour ime révolte, les gens se soulevèrent aussitôt, arrêtèrent Mohammed-ould'-Moumen et le jetèrent dans la prison où se trouvait Salti-Ouri. Puis ayant mis celui-ci en liberté, ils lui ôtèrent les fers des pieds pour les mettre à ceux de Mohammed-ben-Moumen. Le caïd et les principaux chefs de l'armée me convoquèrent alors {xr^) avec un autre notaire pour aller dans la maison de Mohammed et y faire l'inventaire des richesses qu'elle contenait. Nous dressâmes cet état sur un registre, mais sans y comprendre aucun des esclaves mâles ou femelles. Nous reçûmes alors l'ordre de revenir le lendemain pour faire le recensement de ce personnel.

Cette nouvelle formalité ayant été accomplie le lendemain, vendredi, 15 du mois précité (3 juillet 1632), nous fumes invités à nous rendre à la prison et à interroger Mohammed sur la situation exacte de sa fortune. Dans cette visite, qui eut lieu le mardi, nous trouvâmes le prisonnier dans une situation identique à celle dans laquelle nous avions trouvé Salti-Ouri. Louanges soient rendues à celui qui fait dans son empire tout ce qu'il lui plaît et qui, en moins de temps

1. Le mot' « ould » remplace souvent « ben » entre deux noms propres et l'on emploie indifTéremment l'un ou l'autre pour le même nom. C'est ce que fait l'auteur qui, trois lignes plus loin écrit Mohammed-ben-Moumen, après avoir écrit ici Mohammed-ould-Moumen.

qu'il n'en faut pour lancer un coup d'œil, délivre les affligés de leurs souffrances !

Mohammed fut d'abord laissé en prison, puis on décida de le mettre à mort, ce qui fut fait la veille au soir de la fête d''Achoura\ au mois sacré de moharrem ouvrant l'année 1042 (27 juillet 1632).

Revenons maintenant, pour en achever le récit, à ce qui se passa entre le pacha 'Ali-ben-'Abdelkader et les habitants de Kâgho. Ceux-ci mirent en liberté l'askiaMohammed-Benkan qui retourna alors à Tombouctou. En arrivant dans cette ville, l'askia trouva le pacha sur le point d'entreprendre une expédition vigoureuse et décisive contre Kâgho, après avoir préparé toutes sortes d'engins pour terrasser les habitants et les châtier.

Le dimanche, 2 du mois de moharram de l'année précitée (20 juillet 1632), le pacha donna l'ordre, aux embarcations de quitter le port de Kabara; mais arrivées au village de Bouri, le dimanchesoir, les troupes se révoltèrent contre le pacha et nommèrentpour le remplacer dans ses fonctions 'Ali-ben-Mobârek-El-Mâssi ; puis elles retournèrent au port de Kabara avec leurs embarcations.

Le pacha 'Ali-ben-'Abdelkader, qui prit la voie de terre et se mit en marche dans la matinée du lundi, n'avait connu, avant son départ, ni cette révolte, ni sa déposition. Il poursuivit donc sa marche pour rejoindre ses troupes et ce fut en cours de route qu'il apprit la nouvelle des événements qui venaient de se passer. 11 rebroussa chemin aussitôt et rentra à Tombouctou; mais il fut abandonné par tous ses compagnons, sauf par le caïd Mohammed-ben-Mesa'oud- El-Merràkechi, qui était un homme loyal et fidèle à ses engagements.

1. Cette fôte a lieu le 10 du mois de moharrem. Suivant certains auteurs, elle devrait avoir lieu le 9.

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