‹ Tarikh es-SoudanChapitre 333 sur 405 · CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME

de Hammedi-Amina, mise en déroute, abandonna ses troupeaux et ses tentes, s'éparpilla de tous côtés et fut entièrement dispersée.

Les soldats du pacha firent un immense butin et on rendit à Hammedi-Fàtima toutes les personnes de sa famille qu'il réclama. Les païens du Bambara s'emparèrent de tout ce qui passa sur leur territoire, personnes et biens, Dieu leur ayant ainsi permis de se venger de l'oppression des gens de Massina, de leur arrogance, de leur tyrannie qui avaient semé le trouble dans le pays en tous lieux et dans toutes les directions. Ah! que de créatures de Dieu pauvres et malheureuses avaient péri sous les coups des gens du Massina! Que de richesses ceux-ci avaient prises violemment et injustement!

Le mardi, 7 du mois de djomada I""" (12 juillet 164i), le Sana-Koï Otsmun et le Farko-Koï Mohammed quittèrent la ville de Nàkira avec treize petites barques afin d'aller, conformément à leur promesse, rendre visite au pacha Mohammed et à l'askia. Je pris passage en même temps qu'eux sur une de ces barques et nous entrâmes dans le fleuve de Zàgha ' . Là nous rencontrâmes Hammedi-Amina qui se trouvait dans la ville de Kikin. 11 eut une longue conversation avec le Sana- Koï et le Farka-Koï à qui il demanda pourquoi ils allaient ainsi au camp du paclia. Ceux-ci lui répondirent : « Nous allons faire une visite au pacha et essayer d'obtenir qu'il fasse la paix avec toi. — Nous sommes, vous et moi, répondit Hammedi,en bons rapports de voisinage depuis de longues années, de père en fils. Si vous voulez être fidèles aux liens de cette tradition, retournez immédiatement dans votre pays. Ceux que vous allez voir sont des sultans; or quiconque fait une démarche auprès d'un sultan cesse par

1. Cela veut sans doute dire le fleuve qui passe à Zâgha, qu'il porte ce nom ou un autre.

cela même d'être indépendant et de jonir de sa liberté d'action. Au cas où le pacha et l'askia vous donneraient l'ordre de faire une expédition contre moi, vous ne pourriez plus faire autrement que d'exécuter sa décision, que cela vous plaise (rv«) ou vous répugne. — Tout s'arrangera, si Dieu veut, répliquèrent ses interlocuteurs, et maintenant que nous sommes venus jusqu'ici, il faut absolument que nous fassions notre visite. »

Hammedi-Amina prit alors congé du Sana-Koï et du Farko-Koï et les invita à attendre en arrière du fleuve de Kalenka* qu'il leur envoyât des vaches pour la difa, ce qu'il fit en efl'et. Comme on s'était remis en route, je dis au Sana-Koï et au Farko-Koï en manière de conseil : « Dès que vous aurez rejoint le pacha et l'askia il faudra lui raconter tout ce qui vient de se passer entre vous et Hammedi- Amina, ce sera le moyen de montrer que votre soumission est sincère. » Ils acceptèrent mon conseil et le suivirent.

Le lundi, 13 du mois précité (18 juillet 1644), nous arrivâmes à la ville de Keren où nous trouvâmes le Djinni-Koï Isma'ïl, le lieutenant-général Mohammed-ben-Rouh, le lieutenant-général Mohamm.ed-Chimirro, le Fondoko Hammedi- Amina et les lieutenants-généraux révoqués de Tombouctou qui étaient en campagne contre Hammedi-Amina. Ils furent heureux de voir le Sana-Koï et le Farko-Koï, les traitèrent avec égards et leur rendirent les plus grands honneurs. Le Farko-Koï raconta aussitôt ce qui venait de se passer avec Hammedi-Amina au cours de leur voyage. « C'est précisément contre lui que notre expédition est dirigée, lui répondit-on. — Eh! bien,répliqua-t-il, Dieu bénisse vos armes et vous aide! nous sommes avec vous pour tout ce que vous souhaitez et désirez. »

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