CHAPITRE CINQUIEME
ainsi des fortunes dont Dieu seul (qu'il soit loué!) peut connaître le chiffre.
C'est à cause de cette ville bénie que les caravanes affluent à Tombouctou de tous les points de l'horizon, de l'est, de l'ouest, du sud et du nord. Elle est située au sud-ouest de Tombouctou, en arrière des deux fleuves, dans une île formée par le Fleuve*. Tantôt les eaux du Fleuve débordent (et se rapprochent), tantôt elles se retirent et s'éloignent peu à peu. Le moment de la grande crue a lieu au mois d'août et c'est en février que les eaux baissent.
A l'origine, la ville avait été bâtie dans un endroit appelé Zoboro" ; plus tard on la déplaça pour la transporter au lieu où elle se trouve actuellement. L'ancienne ville était située près de la ville moderne dans la direction du sud.
Dienné est entourée d'un rempart qui était percé de onze portes. Trois d'entre elles ont été bouchées par la suite, en sorte qu'il n'en reste plus aujourd'hui que huit. Quand, du dehors et à une certaine distance, on regarde la ville, il semble que l'on a devant soi une simple forêt, tant les arbres sont nombreux. Mais, une fois à l'intérieur, on ne se douterait pas qu'il existât un seul arbre dans la région.
La ville a été fondée par des païens au milieu du deuxième siècle de l'hégire du Prophète (sur lui soient les meilleurs saints et bénédictions !) : les habitants ne se convertirent à l'islamisme que vers la fin du sixième siècle de l'hégire. Le sultan Konboro ^ adopta le premier l'islam et les habitants de la ville suivirent son exemple.
Quand Konboro fut décidé à entrer dans le giron de l'islamisme, il donna l'ordre de rassembler tous les ulémas
1. Il serait plus exact de dire entre le Niger et le Bani, car c'est sur les bords de cet affluent de la rive droite du Niger qu'est placée la ville de Dienné.
2. Les voyelles sont données par le ms. C. Rails écrit Zagaru, il semble bien cependant qu'il y ait dans les mss. un cj et non un ^.
3. Orthographe également fixée par le ms. C. Dans Ralfs on trouve Kanbara,
qui étaient alors sur le territoire de la ville ; leur nombre s'éleva à quatre mille deux cents. Il abjura le paganisme en leur présence et leur enjoignit de prier Dieu d'accorder trois choses à Dienné : « 1** que, celui qui, chassé de son pays par l'indigence et la misère, viendrait habiter cette ville, y trouvât en échange, grâce à Dieu, abondance et richesse, de façon qu'il oubliât son ancienne patrie ; 2" que la ville fiit peuplée d'un nombre d'étrangers supérieur à celui de ses nationaux (>t); 3° que Dieu privât de patience tous ceux qui viendraient y trafiquer de leurs marchandises, en sorte que, ennuyés de séjourner en cet endroit, ils vendissent à vil prix leurs pacotilles, ce dont bénéficieraient les habitants. » A la suite de ces trois prières on lut le premier chapitre du Coran*, aussi ces prières furent-elles exaucées, ainsi que chacun peut le constater de visu encore aujourd'hui.
Aussitôt converti à l'islamisme, le sultan démolit son palais et le remplaça par un temple destiné au culte du Dieu très-haut ; c'est la grande mosquée actuelle. Il construisit un autre palais pour y installer sa cour, et ce palais avoisine la mosquée du côté est. Le territoire de Dienné est fertile et peuplé ; des marchés nombreux s'y tiennent tous les jours de la semaine. On assure qu'il contient 7.077 villages très rapprochés les uns des autres.
Le fait suivant suffira à donner une idée de la proximité de ces villages les uns par rapport aux autres. Si le sultan, par exemple, a besoin de faire venir un habitant d'un village situé dans le voisinage du lac - Debo, le messager qu'il envoie se rend à une des portes des remparts et, de là, il crie le message qu'il est chargé de transmettre. Les gens,
\. Chaque fois que l'on conclut un marché ou qu'on enlreprenrj quelque chose d'imporlant, l'usage est de lire ou de réciter le premier chapitre du Coran.
2. Le texte porte le mot -^ qui, d'ordinaire, a le sens de « mer » ou « fleuve navigable ».