CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME
Touareg, depuis leur origine jusqu'à ce jour qui est le lundi, 4 du mois sacré de dzou '1-hiddja terminant l'année 1063 (26 octobre 1653).
Aujourd'hui le pacha qui exerce le pouvoir est Ahmedben-Haduou-ben-Yousef-El-Adjenâsi. Celui qui occupe le rang de prince du Songhaï à Tombouctou est l'askia El- Hâdj-Mohammed, fds de l'askia Mohammed-Benkan, fils du Balama' Mohammed-Es-Sâdeq, fils de l'askia Daoud, fils du prince Askia-El-Hâdj-Mohammed-ben-Abou-Bekr. Le personnage qui est actuellement le prince des noirs' dans la ville de Dienné est le Djinni-Koï Abou-Bekr, que les nègres dans leur langage appellent Ankaba'la ; il est le fils du Djinni-Koï Mohammed-Benba, fils du Djinni-Koï Isma'ïl. 11 s'est révolté centre les gens du Makhzen de Dienné et il a gagné la campagne. En ce moment nous ne savons pas ce qu'il adviendra de cette affaire. Puisse Dieu arranger les choses de la meilleure façon !
Celui qui occupe le premier rang chez les Foulânes du Mâsina est le Fondoko Hammedi-Amina, fils du Fondoko Abou-Bekr-Yâm, fils du Fondoko Hammedi-Amina.
Maintenant je vais donner, par ordre chronologique, la liste des caïds et des hâkem de la ville de Dienné ; celle des cadis, imams et des chefs des Touareg à Tombouctou depuis le moment de l'arrivée de l'armée marocaine jusqu'à la date de ce jour. Les événements, qui surviendront ensuite, je les consignerai, s'il plait à Dieu, de la même façon que je l'ai fait pour tout ce qui a précédé, si je suis encore de ce monde. Je demande à Dieu le très-haut que, dans sa grâce et sa bonté, il m'accorde son appui et son aide (t* «).
Le premier hâkem de la ville de Dienné, après l'arrivée
1. Ainsi qu'on le voit, par ce passage, ie Djinni-Koï représentait l'ancien chef de Dienné avant la conquête marocaine. Son autorité s'exerçait sur toute la population indigène. Quant aux étrangers au pays, ils étaient administrés par le hâkem.
de l'armée marocaine, fut 'Ali-El-'Adjemi, qui était un des officiers* supérieurs de l'aile droite de l'armée du pacha Djouder. Il eut pour successeur le caïd Mâmi-ben-Berroun qui exerça ces fonctions lorsqu'il vint de Tombouctou pour chasser le Bàghena-Fâri Bokar, vers le milieu de l'année 1000(19 octobre 1591-8 octobre 1592). Il conserva cette magistrature pendant deux années entières ; il tira des impôts^ de cette ville une somme considérable qui s'éleva, diton, pour une seule année, à 60.000 pièces d'or.
Le sultan Maulay Ahmed-Edz-Dzehebi donna ensuite l'ordre à Mâmi de se rendre à Merrâkech et de remettre les fonctions de hâkem de Dienné à Bâqâs-Ed-Der'i. Mâmi se rendit à Merrâkech avec une quantité considérable d'or. Quant à Bâqâs, il conserva ses fonctions neuf mois, après quoi il mourut.
Le pacha Djouder nomma Bâ-Redouân hàkem lorsque le sultan Maulay Ahmed eut partagé le Soudan entre Djouder et entre le caïd Mansour-ben-Abderrahman. Djouder nomma alors à l'office de hâkem du pays, tandis que Mansour nommait aux fonctions militaires. Ensuite le sultan décida de confier les fonctions de hâkem à Seyyid Mansour et Bâ- Redouân fut alors destitué. Puis, quand le pacha Seliman vint au Soudan, il destitua Seyyid Mansour et rendit les fonctions de hâkem à Bâ-Redouân qui les exerça tloncdeux fois.
Bâ-Redouân ayant été de nouveau destitué, la fonction de hâkem fut donnée à Ben-Borhom-Ed-Derl qui fut remplacé à sa mort par El-Arbi-ould-Moumo. Ce dernier nom était celui de sa mère, car il était fils d'une négresse-^ de Tombouc-
i. Le mol traduit par officier est le mot bachout.
2. Le mot kharadj, employé ici, peut s'appliquer à la fois à l'impôt foncier et à rimp«M de capitalion.