‹ Tarikh es-SoudanChapitre 40 sur 405 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

tain nombre de docteurs et gens pieux, étrangers au pays, qui y sont venus demeurer ; ces personnages étaient originaires de tribus différentes et de contrées diverses. Voici la biographie de quelques-uns d'entre eux.

Mourimagha-Kankoï^ — Il était originaire de Tâïo, village situé entre Bigho et Koukir. Il se rendit à Kabara pour y faire ses études; puis, de là, il se mit en route vers Dienné au milieu du ix*" siècle de l'hégire, si je ne me trompe. Jurisconsulte, théologien, saint homme et dévot, il jouissait d'un grand renom; aussi, les élèves s'empressèrent-ils d'accourir à ses leçons, désireux de profiter de son brillant enseignement.

A minuit, le maître sortait de chez lui et se rendait à la mosquée pour y répandre sa science. Les étudiants s'asseyaient alors autour de lui et suivaient ses cours jusqu'au moment de faire la prière du matin. La prière terminée, ils reprenaient leurs places et y restaient jusqu'à midi^ heure à laquelle le professeur rentrait chez lui. On reprenait les cours après la prière du dohor et ils se terminaient après la prière de l'asr.

Telles étaient les habitudes de ce professeur lorsque, un certain jour qu'il faisait la prière du matin avec l'imam, il entendit un homme placé à côté de lui faire l'invocation suivante au moment de la prosternation : a 0 mon Dieu ! Mourimagha-Kankoï attriste notre ville, débarrasse-nous dehii! »

Aussitôt qu'il eut fait la salutation finale^, Mourimagha s'écria : « Seigneur! j'ignore quels torts j'ai eus envers la

1. Ou « Mouri-Magha » eu deux mois. Les voyelles ne sont pas indiquées ici dans le ms. C;mais elles le sont plus loin. Pour tous les noms propres l'orthographe donnée est presque toujours celle du ms. C,

2. Le mot jlj^l désigne l'heure de midi; la prière du dohor n'a lieu qu'une Jieure après. Quant à celle de l'asr, on sait qu'elle a lieu au moment intermédiaire entre midi et le coucher du soleil.

3. « De la prière ». C'est-à-dire qu'il eut complètement achevé sa prière.

population de cette ville pour qu'on me maudisse ainsi. » Le même jour il quitta Dienné pour aller à Kouna où il demeura. Les gens de Djindjo, ayant appris ce qui s'était passé, lui envoyèrent une embarcation qui le ramena chez eux où il resta jusqu'à sa mort (Dieu lui fasse miséricorde et nous fasse profiter de ses mérites!). Le tombeau de Mourimagha est bien connu à Djindjo et l'on s'y rend en pèlerinage.

Le jurisconsulte Foudiya-Mohammed-Foudiki'-Sanou-El-Ouankori. — Ce jurisconsulte, théologien, saint personnage dévot et vertueux, s'établit à Dienné à la fin du ix^ siècle de l'hégire (>v). Il avait quitté sa patrie, située sur le territoire de Bito, à la suite de troubles qui y avaient éclaté et se rendait à Dienné, lorsqu'il lui arriva l'aventure suivante :

Un jour qu'il avait marché jusqu'au coucher du soleil, il s'attarda dans un certain endroit pour y faire la prière du maghreb. Il étendit à terre son burnous, s'installa dessus et lit la prière obligatoire. Celle-ci terminée, il se mit en devoir d'en faire d'autres surérogatoires lorsqu'un voleur vint par derrière lui et tira tout doucement la partie du burnous qu'il avait sous un de ses pieds ; le saint ayant retiré son pied, le voleur tira alors la partie du burnous qui était sous l'autre pied. Même manège du dévot qui retira son autre pied et resta debout, immobile sans interrompre sa prière. Voyant cela, le voleur, eilrayé, remit le i>urnous comme il était avant qu'il l'eût tiré et fit acte de repentir entre les mains de sa victime. Dieu sait mieux que personne si cela est vrai .

Dans le cours de ce voyage, Foudiya-Mohammed atteignit Tourà, bourgade située entre Dienné (;t Chini^ où il de-

1. Ce nom Foudiki manque dans les mss. A et B, et celui de Sanou, qui vient ensuite, remplace celui du ms. A, Sagou, qui a été reproduit dans le texte ini» primé.

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