‹ Tarikh es-SoudanChapitre 41 sur 405 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

meiira. De là, tous les vendredis, ilserendait àDienné pour y accomplir ses dévotions et personne ne savait qui il était.

Un jour, un des grands personnages de l'entourage du sultan vit en songe quelqu'un qui lui dit : « Cet homme, qui vient de Tourâ faire chez vous la prière du vendredi, assurera contre tout trouble la ville dans laquelle lui et ses enfants établiront leur résidence ; et, son tombeau, dans quelque ville qu'il soit, jettera, chez ceux qui voudraient effrayer les habitants de cette ville, une panique plus grande que celle que les assaillants chercheraient h produire. » Ce songe se répéta trois fois. A la troisième fois, le grand personnage obtint une description du saint homme.

Aussitôt il alla raconter dans tous ses détails son songe au sultan, qui lui donna l'ordre de guetter l'homme et, dès qu'il l'aurait vu, de le lui amener. Quand le courtisan vit celui qui lui avait été décrit en songe, il l'amena au sultan en lui disant : « C'est bien le personnage qui répond au signalement que j'ai vu dans mes rêves. »

Le sultan enjoignit à Foudiya de demeurer dans la ville de Dienné. Foudiya se mit aussitôt à faire démolir le temple de Tidole que les païens avaient adorée et à faire abattre en même temps les maisons qui se trouvaient dans son enceinte ; comme (> v) depuis la conversion des habitants à l'islamisme elles étaient restées désertes, il les fit restaurer pour servir de maisons d'habitation. Le sultan en fit don au saint qu'il traita avec les plus grands honneurs et qu'il entoura de la plus haute considération. Malgré tout cela, le saint homme ne voulait fréquenter personne, ni accepter aucune invitation à dîner. Le sultan insista à diverses reprises sans pouvoir vaincre sa résistance.

Un jour, cependant, un des vassaux* du sultan, qui avait

1. Mot à mot : « des gens obéissant au sultan ». On pourrait donc aussi traduire par « serf».

â2 HISTOIRE DÛ SOUDAN

déserté et qui était menacé de mort pour ce fait, vint trouver le saint et le pria de l'accompagner jusque chez le prince et de lui sauver la vie. « Ce n'est point mon habitude d'aller chez lui, répondit Foudiya. — Alors, répliqua l'homme, vous serez responsable de ma mort, car dès demain mon âme vous accusera quand elle sera devant Dieu, si vous ne venez pas avec moi. » En entendant ces paroles, le saint, qui en saisit toute la gravité, surmonta sa répugnance et partit immédiatement et en toute hâte pour accompagner son interlocuteur auprès du sultan. Celui-ci fut tout surpris de cette démarche quand on l'en avisa : il donna l'ordre de faire entrer le saint et dès qu'il fut informé du but de sa visite il lui dit : « Je fais grâce à ton protégé et à tous ses parents de tout crime et de tout délit et je les exonère pour le reste de leursjours de toute redevance royale. Toutefois c'est à la condition que tu mangeras avec moi de ma cuisine *. » Foudiya accepta. On servit le repas et le cheikh tendit la main pour se servir; mais, avant même d'avoir touché aux mets, sa main enfla horriblement. « Vous voyez ce qui m'arrive, dit le cheikh, qui se leva et partit entouré d'estime et d'égards. » Le sultan néanmoins laissa en paix le vassal et ses parents comme il l'avait promis. Telle est la puissance que Dieu accorde aux saints et aux hommes vertueux.

Lorsque le saint homme en Dieu, le jurisconsulte Sidi Mohammed-ben-'Omar-ben-Mohammed-Aqitvint à Dienné, il vit Foudiya et admira beaucoup sa conduite. De retour à Tombouctou il en fit grand éloge. Ce fut à la suite de cela que lors de son retour du pèlerinage,le prince des Croyants Askia-El-IIâdj-Mohammed, investit Foudiya des fonctions de

i . C'est une croyance assez répandue que de se croire à l'abri de toute trahison de la part de celui qui a mangé avec vous. Le prince craignait sans doute que le saint ne voulût à un moment donné agir contre lui.

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