TOMBOUCTOU ET SA FONDATION
Cette ville fut fondée par les Touareg Maghcharen^ à la fin du V* siècle de l'hégire. Ils venaient dans ces contrées pour faire paître leurs troupeaux : durant la saison d'été,
1. Tous les personnages mentionnés dans ces biographies étaient donc de race nègre.
2. La transcription donnée par les mss. A, B et C est identique à celle du ms. dont s'est servi Kalfs. Il est cependant difficile de voir autre chose dans ce nom qu'une transcription fautive du mot Imajcr'en, pluriel de Majir', une des formes dialectales du nom que se donnent les Touareg, nom qui, le plus souvent, est écrit : Imochar', La disparition de la voyelle initiale se rencontre fréquemment dans les noms propres transcrits en caractères arabes ; elle est en quelque sorte naturelle, les Arabes n'ayant pour représenter les voyelles que des signes qui ne s'écrivent qu'après une consonne et un mot chez eux ne devant jamais commencer par une voyelle pure. D'un autre côté, au Soudan, on substitue souvent le c au c, et le c est employé pour la voyelle a comme on peut le voir dans la transcription de Madougou (note 9 du chap. ni). Enfin la lettre c. est dans certains dialectes remplacée par le j (cf. à ce sujet les Notes de lexicographie berbère de M. Uené Basset et en particulier son travail sur le nom des couleurs et des métaux^ p. 45).
ils campaient sur les bords du Niger dans le village de Amadagha; à l'automne, ils se mettaient en route et gagnaient Araouan* où ils demeuraient. C'était leur limite extrême dans la région des hautes terres. Enfin, ils choisirent l'emplacement qu'occupe actuellement cette ville exquise, pure, délicieuse, illustre (y>), cité bénie, plantureuse et animée qui est ma patrie et ce que j'ai de plus cher au monde.
Jamais Tombouctou n'a été souillée par le culte des idoles ; sur son sol personne ne s'est jamais agenouillé que devant le Clément. Elle est la retraite des savants et des dévots, le séjour habituel des saints et des hommes pieux.
Au début c'est là que se rencontraient les voyageurs venus par terre et par eau; ils en avaient fait un entrepôt pour leurs ustensiles et leurs grains. Bientôt cet endroit devint le carrefour des voyageurs qui y passaient à l'aller et au retour. Ils confiaient la garde de leurs objets à une esclave appelée Tombouctou ^ mot qui, dans la langue du pays, signifie « la vieille » et c'est d'elle que ce lieu béni a pris son nom.
Plus tard on commença à s'étabUr à demeure en cet endroit où, par la volonté de Dieu, la population alla en croissant. On y venait de toutes parts et de tous fieux et bientôt ce fut une place de commerce. Tout d abord, les gens de Ouaghdou étaient ceux qui s'y rendaient en plus grand nombre pour trafiquer, puis il vint des négociants de toutes les régions voisines.
Auparavant le centre commercial était à Biro ^ ; on y Voyait affluer les caravanes de tous les pays, et de grands
1. La position d'Araouan est bien connue aujourd'hui. Oskar Lenz a donné une description de cette ville (cf. D' Oskar Lenz, Tombouctou, traduction française, t. II, p. 90).
2. Si elle était exacte, cette étymologie indiquerait que les Touareg n'auraient pas désigné cette ville par un nom appartenant à leur propre langue.