‹ Tarikh es-SoudanChapitre 50 sur 405 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Ils sont musulmans, suivent la Sonna et font la guerre sainte aux nègres. Les Senhâdja font remonter leur origine jusqu'à Himyar. Ils n'ont de liens de parenté avec les Berbers que parles femmes. Ils sont venus du Yémen et se sont rendus dans le Sahara, leur patrie actuelle dans le Maghreb. La cause de leur venue dans ce pays est la suivante : Il y avait un roi Tobba'\ qui n'avait pas eu son pareil parmi les princes de son pays, et qui avait dépassé tous ses prédécesseurs par sa supériorité, sa puissance royale, et par les expéditions lointaines qu'il avait dirigées contre ses ennemis, soumettant à la fois les peuples arabes et étrangers, en sorte qu'il avait fait oublier la gloire de tous les peuples qui l'avaient précédé. Ce prince avait appris par les récits d'un certain rabbin l'histoire des événements et l'existence des livres révélés par Dieu à son Prophète (ri) (que sur lui soit le salut!), livres annonçant que Dieu enverrait un nouvel envoyé qui clorait la série des prophètes et qui irait parmi toutes les nations. Le prince crut à ce récit; il ajouta foi à ce qui lui fut rapporté et il récita à ce sujet des vers dans lesquels il disait :

Je témoigne en faveur de Ahmed qu'il est l'envoyé de Dieu, le créateur des hommes.

Si ma vie était ajoutée à la sienne je deviendrais son vizir et son cousin.

Cette pièce de vers est longue et son histoire est connue. Le prince se rendit dans le Yémen et invita les habitants de son royaume à adopter ses croyances. Mais personne n'y consentit sauf un groupe des gens de Himyar. Après la mort de ce prince les païens eurent le dessus sur les croyants. Tous ceux qui avaient cru comme le Tobbâ furent tués,

i. Il s'agit probablement du premier Tobba Harits-Errâïch, puisque la tradition arabe veut que les Sanhâdja soient venus en Afrique sous le règne du Tobba Africous (cf. Caussin de Perceval, Essai sur l'histoire des Arabes, t. I*"", pp. 59 et 67).

chassés, persécutés ou dispersés. Ce fut alors qu'ils se voilèrent le visage à rimitation de ce que faisaient leurs femmes à cette époque, puis ils s'enfuirent et se dispersèrent dans toutes les contrées comme les tribus de Saba. Telle fut la raison qui fît partir les ancêtres des hommes voilés du Yémen, et ce furent les premiers peuples qui fîrent usage du voile. Marchant de contrée en contrée, d'endroit en endroit pendant une série de jours et de temps, ils arrivèrent au Maghreb extrême, le pays des Berbers. Là ils s'installèrent comme dans une nouvelle patrie. Le voile qu'ils avaient adopté par une faveur divine les avait sauvés de leurs ennemis, aussi dans leur enthousiasme le gardèrent-ils définitivement. 11 fit dorénavant partie de leur costume, de celui de leurs descendants et encore aujourd'hui personne d'entre eux ne l'a quitté. Leur langue prit de l'analogie avec le berber par suite du contact qu'ils eurent avec les Berbers au milieu desquels ils vécurent et avec lesquels ils s'allièrent par des mariages.

Cefut l'émir Abou-Bekr-ben-'Omar-ben-lbrahim-ben-Touariqit' le Lemtounien, le fondateur de la cité rouge de Merrâkech, qui chassa ces populations du Maghreb dans le Sahara à l'époque où, les Djedâla ayant razzié les Lemtouna, il désigna pour son lieutenant au Maghreb son cousin Yousof-ben- Tàchefin.

Ici se termine la citation dutexte que nous avons résumé.

i. Ibn-Khaldoiin dit que Abou-Hekr élait le frère de Yahya-Ibn-'Omar-Ibn- Telagaguin (De Slane, Histoire des Jierbéres, t. II, p. 68) et que ce fui Yoiiçof- Ibn-Tàchefln qui fonda la ville de Maroc (Morrâkech) en l'année 454 (1062). D'après l'auteur du El-Holel ce fut Abou-Bekr qui fit bâiir Merrâkecli en l'ann<'!e 502 (1069-1070) (f» 4 v). Dans le ms. C le dernier paragraphe de cette citation se trouve placé avant la notice sur les Touareg.

Page 1