CHAPITRE ÏX(tv
BIOGRAPHIE DES PRINCIPAUX SAVANTS ET SAINTS PERSONNAGES QUI ONT HABITÉ TOMBOUCTOU A DIVERSES ÉPOQUES (Dieu leur fasse miséricorde, leur témoigne sa satisfaction et nous fasse proflter de leur influence dans ce monde et dans l'autre!). MENTION DE LEURS MÉRITES ET DE LEURS ŒUVRES.
A ce sujet il suffira de reproduire ce qui a été rapporté par des personnes dignes de foi d'après le maître, le docte, l'éminent, le saint personnage, auteur de prodiges et de miracles, le jurisconsulte, le cadi Mohammed-El-Kabari (Dieu lui fasse miséricorde!). Voici, en effet, ce qu'il a dit : « J'ai connu des saints de Sankoré dont les vertus n'ont jamais été dépassées par personne, sinon par les Compagnons de l'Envoyé de Dieu (Dieu répande sur lui le salut et les bénédictions et qu'il leur témoigne à tous sa satisfaction!). Parmi ces personnages, nous citerons :
Le jurisconsulte El-Hâdj , grand-père du cadi Abderrahman-ben-Abou-Bekr-ben-El-Hâdj. — Il fut investi des fonctions de cadi de Tombouctou dans les dernières années delà dynastie des gens de Melli. Le premier il ordonna de lire la moitié d'un hizb du Coran comme enseignement'. Cette lecture avait lieu dans la mosquée de Sankoré après la prière de l'asr et après la prière du soir. Ainsi que son frère, le jurisconsulte Ibrahim, il était venu de Biro, et il s'établit à
1 . Le hizh est une des divisions du Coran qui a été partagé en soixante S3Ctions portant ce nom. Je pense que la lecture ou récitation de ces hizb avait pour objet d'apprendre le Coran aux fidèles; le texte à cet égard n'est pas très précis.
Benka*, où se trouve son tombeau qui est bien connu et auquel on se rend en pèlerinage.
On assure que c'était un thaumaturge, et notre maître, l'éminent, l'ascète, le jurisconsulte, El-Amîn-ben-Ahmed, a rapporté le fait suivant : Ce fut de son temps que le sultan du Mossi fit son expédition contre Benka. La population de cette localité sortit pour combattre l'ennemi, et à ce moment un certain nombre de personnes étaient assises auprès de El-Hàdj. Celui-ci prononça certaines paroles sur du millet et invita les assistants à en manger. Tous en mangèrent sauf une seule personne, le gendre de El-Hâdj, qui n'osa pas le faire à cause des liens de parenté qui l'unissaient à lui. « Allez maintenant au combat, dit alors le saint, et vous n'aurez rien à redouter des traits de l'ennemi. » Tous, en effet, revinrent sains et saufs, et il n'y eut que la personne qui n'avait pas mangé de millet qui mourût dans ce combat. Le sultan du Mossi, mis en déroute, fut chassé ainsi que ses troupes sans avoir obtenu le moindre avantage sur les gens de Benka et cela grâce à la protection de ce saint personnage béni.
C'est de cet El-Hâdj que descendait le saint personnage en Dieu (ta), le jurisconsulte Ibrahim, fils du saint jurisconsulte, le cadi Omar demeurant à Yendibo o^ Le père et le fils furent tous deux de fervents adorateurs de Dieu.
Ce fut Askia-El-Hâdj-Mohammed qui nomma Omar aux fonctions de cadi dans cette contrée. Ce dernier avait un neveu (fils de sa sœur) qui, de temps à autre, allait en pèlerinage^ à Tombouctou. Le cadi de cette ville, le juriscon-
i. Ou : « Binga >».
2. Ou encore <' Yendiboglio ». Le ms. C orthographie Yendobo'o. On trouve très souvent le c à la place du ê et réciproquement.
3. Ou : « visiter ». Le verbe jlj s'emploie le plus souvent pour indiquer des visites pieuses.
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suite Mahmoud, vint se plaindre à l'émir Askia-El-Hâdj- Mohammed de ce que ce neveu épiait ce qu'il disait et le rapportait ensuite aux gens de Yendibo'o. Quand le prince campa à Tila, le cadi 'Omar entouré des notables de la ville de Yendibo'o vint le saluer. « Où est ce neveu ? demanda le prince. — Le voici, lui répondit-on. — Alors, ajouta-t-il, c'est toi qui rapportes à ton oncle maternel les propos tenus par le jurisconsulte Mahmoud. » En entendant ce discours, le cadi Omar s'écria plein de colère: « C'est toi qui es cause de toutes ces intrigues, puisque tu as nommé un cadi à Tombouctou et un autre à Yendibo'o ! » Là-dessus le cadi fort irrité se dirigea vers le port en disant à ses compagnons : « Partons, traversons le Fleuve et allonsnous-en! » Arrivé sur le bord du Fleuve, le cadi allait y entrer quand on lui dit : « La barque n'est pas encore arrivée, attends qu'elle vienne. — Et s'il n'y en avait pas? » répondit-il. Ses compagnons, comprenant qu'il voulait traverser le Fleuve sans attendre l'embarcation, le retinrent et le firent asseoir jusqu'au moment où la barque étant arrivée tous ensemble passèrent le Fleuve (Dieu leur fasse miséricorde et nous fasse profiter d'eux ! Amen !).
Le jurisconsulte Abou- Abdallah-Anda-Ag-Mohammed '-ben-Mohammed-ben- Otsmân-ben-Mohammed-ben-Nouh, trésor de science, de mérites et de vertus. De lui sont issus de nombreux maîtres de la science et saints personnages : les uns du côté paternel, d'autres du côté maternel et d'autres enfin des deux côtés à la fois. Cet illustre savant fut cadi des musulmans.
Le très docte jurisconsulte Ahmed-Baba (Dieu lui fasse miséricorde !) a dit: « Ce fut le premier de mes ancêtres
1. Il serait plus conforme à la transcription littérale du mot de dire « Ghamohammed »; mais, ici encore, la voyelle initiale du mot a disparu et Gha est mis pour Ag qui signifie : « fils »«
qui s'adonna à la science, autant que je puis le savoir ; il était mon trisaïeul paternel, le père de la mère de mon grand père. Il fut nommé aux fonctions de cadi de Tombouctou au milieu du ix^ siècle. — « J'ajoute qu'à ce moment les Touareg régnaient dans cette ville ». — Après lui, continue Ahmed-Baba, ce fut Omar, le père de mon grand-père ; il fut également un jurisconsulte, un théologien, un pieux personnage ; il avait suivi les cours du jurisconsulte, le vertueux cadi Mouaddib-Mohammed-El-Kabari. » Ici se termine la citation en résumé des paroles du jurisconsulte Ahmed-Baba.
Le fils du précédent, le jurisconsulte El-Mokhtâr, grammairien et érudit dans toutes les branches de la science (t^). il fut, ainsi que son père, le contemporain du jurisconsulte du savant, du pôle, du saint personnage en Dieu, Sidi Yahya-Et-Tàdelsi (Dieu leur fasse à tous miséricorde et leur témoigne sa satisfaction!). Il mourut vers la fin de l'année 922 (1516).
Le frère du précédent, le jurisconsulte Abderrahmân. — 11 possédait à fond le Tehdib^ de El-Beràdi'i. Homme pieux et doux, il mourut sans laisser d'autre postérité qu'une fille unique.
Le petit-fils d'Abou-Abdallah,, Abou- l-'Abbâs-Ahmed- Boryo-ben-Ahmed-ben-Anda-Ag-Mohammed. — Ce pieux savant se détacha des biens de ce monde et vécut dans la plus grande humilité. Il fut le professeur d'un grand nombre de maîtres de la science parmi les modernes habitants de Sankoré (Dieu lui fasse miséricorde!).
Un autre petit-fils d'Abou-Abdallah, nommé Abou-Abdallah-Anda-Ag-Mohammed, fils du jurisconsulte El-
1. Le titre complet de cet ouvrage de droit malékile est : Âîjjdl JîL«* ^ij^
Aia^\i composé en 372 (982) par Abou-Sa'îd-Khaiaf-ben-Aboul-Qâsim-EI- HecÀdi'i.
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Mokhtâr, le grammairien, le fils de Anda-Ag-Mohammed, fut imam de la mosquée de Sankoré; il fut nommé à ce poste par le cheikh-el-islam, le père des bénédictions, le jurisconsulte et cadi Mahmoud, lorsque celui-ci, à cause de son grand âge, résigna ses fonctions. C'était un savant timide, modeste, humble, plein de confiance en Dieu et connu par sa connaissance de la langue arabe : il célébra la gloire du Prophète (que Dieu répande sur lui ses bénédictions et lui accorde le salut!) et durant le ramadan, dans la mosquée de Sankoré il faisait une lecture complète du livre du cadi 'lyâd, intitulé : Ech-Chifa * ( Dieu lui fasse miséricorde !).
Abou-Abdallah-Mohammed, fils de l'imam Anda- Ag-Mohammed, le panégyriste du Prophète et le lecteur du livre de Ech-Chifa du caïd lyAd dans la mosquée de Sankoré après la mort de son père ; il y remplit cet office jusqu'à sa mort (Dieu lui fasse miséricorde!).
Le jurisconsulte El-Mokhtàr-ben-Mohamined, fils du jurisconsulte, du grammairien El-Mokhtàr-ben-Anda- Ag-Mohammed, le panégyriste du Prophète. Il payait des bardes à l'occasion de la fête de la nativité du Prophète et prenait le plus grand plaisir à les entendre; il s'occupa de cela avec la plus grande activité jusqu'à sa mort (Dieu lui fasse miséricorde!).
Le fils du précédent, le jurisconsulte, Mohammed- San, fils du jurisconsulte El-Mokhtàr, le chef des panégyristes. Il s'occupa de continuer jusqu'à sa mort l'œuvre de son père et déploya toujours dans cet office une grande dignité. C'était un homme de bien, éminent, pieux, dévot, modeste, bien élevé et exact (v») à remplir ses promesses et ses engagements. Depuis sa prime jeunesse jusqu'à la fin
{. Le litre complet de cet ouvrage connu est : ^Jauall J^i*- «-*i^ pUjl^I ; il célèbre les mérites du Prophète et fournit He nombreux renseignements sur sa vie (cf. HaJji-Klialfa, t. IV, p. 56).
[Hitloire du Soudan.) i
50 HISTOIRK DU SOUDAN
de sa vie, il pratiqua toutes ces vertus. Louanges eu soient rendues à Dieu ! Il descendait du jurisconsulte Anda-Ag- Mohammed l'aîné (ou le grand) du côté paternel et du côté maternel. Sa mère était la fdle du jurisconsulte, de l'imam, Anda-Ag-Mohammed. De même le jurisconsulte, le cadi Mohammed-Qarayenki et son frère, le jurisconsulte, le cadi Sidi Ahmed, avaient tous deux pour mère la fdle du jurisconsulte, de l'imam Anda-Ag-Mohammed, et leur père était le jurisconsulte Anda-Ag-Mohammed, fds du jurisconsulte Anda-Ag-Mohammed-ben-Ahmed-ben-Boryo-ben- Ahmed, fils du jurisconsulte Anda-Ag-Mohammed le grand. Cet imam béni avait eu cinq filles bénies qui toutes donnèrent le jour à des hommes bénis : d'abord les deux que nous venons de nommer ; la troisième fut la mère du maître des maîtres, de l'imam de la mosquée de Sankoré, le jurisconsulte Mohammed-ben-Mohammed-Koraï ; la quatrième donna le jour au porteur^ du livre saint, Mohammed-ben- Yomzoghorbir; enfin la cinquième fut la mère de Ahmed- Mâtina-ben-Asikala, frère d'Atakoraï'^
Le jurisconsulte Aboul-'Abbâs-Ahrned-ben-Anda- Ag-Mohammed-ben-Mohammed, fils du jurisconsulte Auda-Ag-Mohammed le grand. Homme pur, sagace, instruit dans diverses branches de la science, droit, grammaire, poésie, etc. (Dieu lui fasse miséricorde !).
Abou-Mohammed-Abdallah, fils du jurisconsulte Ahmed-Boryo-ben-Ahmed, fils du jurisconsulte Anda-Ag- Mohammed le grand. — Il descendait de ce personnage par le côté paternel et le côté maternel ; sa mère était la sœur du jurisconsulte Aboul-'Abbàs-Ahmed-ben-Anda-Ag-Mohammed. Mufti de son époque, grammairien, lexicographe, homme modeste, il fut célèbre de son temps par sa connais-