CHAPITRE DIXIEME
ce qui est illicite. Voyez aussi combien est dure la nécessité d'être à la charge des autres, puisque, à cause de cela (on), ce maître béni renonçait à une haute faveur divine. Nous demandons à Dieu qu'il nous fasse la grâce de nous être indulgent et de nous pardonner dans ce monde et dans l'autre!
On raconte qu'un jour, entouré d'un groupe d'étudiants, et assis hors de la mosquée au pied du minaret, il faisait son cours, quand les nuages s'élevant dans le ciel menacèrent d'une pluie si prochaine, que les étudiants se préparaient à se lever. Le tonnerre ayant grondé ensuite, le cheikh dit : « Ne vous pressez pas, restez en place, car la pluie ne tombera pas ici, l'ange lui ordonne d'aller tomber dans tel pays. » Et en effet les nuages passèrent et disparurent.
Notre maître, l'ascète, le jurisconsulte, El-Amin-ben- Ahmed (Dieu lui fasse miséricorde !) nous a raconté qu'un jour les servantes du cheikh avaient mis à cuire un poisson frais et l'avaient laissé depuis le matin jusqu'au soir sans que le feu produisît le moindre effet. Comme il les entendait s'étonner de cela, il leur dit : « Mon pied a touché quelque chose d'humide en passant dans le vestibule pour aller à la prière ce matin, peut-être est-ce le poisson qu'il a frôlé : or le feu ne peut rien brûler de ce que mon corps a touché. »
On raconte encore que, lorsque les étudiants de Sankoré venaient le trouver pour recevoir ses leçons, il leur disait : « 0 gens de Sankoré, vous devriez vous contenter de Sidi Abderrahman-Et-Temimi. » Ce personnage était venu du Hedjaz en compagnie du sultan Mousa, roi de Melli, lorsque celui-ci revint de son pèlerinage à La Mecque. Il se fixa à Tombouctou et trouva cette ville remplie d'une foule de jurisconsultes soudanais. Aussitôt qu'il s'aperçut que ceuxci en savaient plus que lui en matière de droit, il partit pour Fez, s'y adonna à l'étude du droit, puis il revint se fixer
de nouveau à Tombouctou. Il était le grand-père du cadi Habib (Dieu leur fasse miséricorde à tous !).
En Tannée 868 (1463-1464) Sidi Yahya mourut et peu de temps après lui mourut son ami le cheikh Mohammed-Naddi, ainsi qu'il a été dit précédemment (Dieu leur fasse miséricorde à tous deux !).
Le cheikh Masira-Bobo-Ez-Zoghrâni, ami du jurisconsulte Mahmoud-ben-'Omar. — C'était un théologien éminent, un homme bon, vertueux, pieux. On aurait trouvé difficilement son pareil dans sa tribu, car elle n'est guère renommée pour sa vertu, ni pour la pureté de son islamisme. A ses débuts, le prédicateur, l'ascète, le jurisconsulte Abderrahman, fils du jurisconsulte Mahmoud, fut assidu auprès de lui (ot) ; il se laissa diriger par lui et recueillit un certain nombre de ses sermons. On dit qu'un jour qu'il était dans sa medrasa on lui annonça un enterrement. « Qui est-ce ? demanda-t-il — Un Zoghrâni, lui répondit-on. — Alors, reprit-il, je veux aller prier sur lui en considération du cheikh Masira-Bobo. » Il se rendit en effet à l'enterrement et y pria sur le défunt.
Le cheikh, le savant en Dieu, le saint, l'homme doué de la double vue, l'auteur des miracles, le jurisconsulte Abou- Abdallah - Mohammed -ben- Mohammed -ben-Aliben-Mousa, 'Oriân-er-râs (Tête nue). C'était un des vertueux serviteurs de Dieu, un ascète généreux qui dépensait tout son bien en aumônes pour l'amour de Dieu. Quand il recevait des offrandes ou des étrennes,il n'en gardait rien pour lui et en faisait aumônes aux pauvres et aux malheureux . Il acheta un grand nombre d'esclaves et leur donna ensuite la liberté pour l'amour de Dieu et en vue de la vie future. Il n'avait pas de portier ; tout le monde entrait chez lui sans demander la permission. On venait le visiter de tous les pays et à toute heure, surtout le vendredi, après la prière de T'asr.