CHAPITRE DIXIÈME
il se rendit chez son frère, le jurisconsulte Ahmed, dont il vient d'être question et lui dit : « Sidi Mohammcd-El-Bekri est-il venu te voir aujourd'hui ? — Oui, répondit Ahmed; il est même resté plus tard que d'habitude. » Alors le maître lui raconta ce qui s'était passé entre El-Bekri et Mohammed-Ad*-'Ali-Mousa, comme l'appelaient les gens de Sankoré.
Plus tard le cheikh eut l'esprit troublé au point qu'on crut qu'il était devenu fou. Il ne couchait plus que dans les mosquées (ou la mosquée). Mohammed- El-Bekri a entendu dire que le cheikh avait annoncé qu'il avait vu Celui qu'on ne peut voir ^ et qu'en conséquence sa fm serait heureuse. Or, un de ses étudiants dignes de foi m'a raconté avoir demandé au cheikh si quelqu'un en ce monde avait vu Dieu. « Oui, lui aurait-il répondu ; il y a dans cette ville en même temps que toi une personne qui a vu Dieu le Très-Haut ». Comme (ot) je parlais de ce fait à mon maître, le très docte, le jurisconsulte Mohammed-Baba, le fils du jurisconsulte Kl-Amin, sans lui dire qui avait prononcé ces mots, mon maître me dit : « Celui qui a dit cela est celui-là même qui a vu le Seigneur (qu'il soit béni et exalté !). »
Un certain vendredi, après la prière de l'asr, nous étions au nombre de trois auprès du cheikh, moi et deux autres personnes. Le cheikh était dans un de ses moments d'expansion et il causait avec nous. Tout à coup les nuages s'élevèrent dans le ciel. Changeant aussitôt de visage, le cheikh devint maussade, interrompit sa conversation et demeura extrêmement agité dans sa salle de cours. A peine les premières