‹ Tarikh es-SoudanChapitre 82 sur 405 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

'< renvoie pas un homme tel que moi ». L'homme était excusable, car il était sans doute dans une situation qui ne lui permettait pas d'être vu par personne. » Je compris alors ce qu'il voulait dire; je me repentis de ce que j'avais fait; j'en demandai pardon à Dieu et allai retrouver mon voisin et confrère. Je me présentai et il me fit immédiatement ouvrir sa porte. J'entrai et il me dit : « Excusez-moi de ne pas m'être laissé voir le jour où vous êtes venu, mais j'étais étendu (o o) à ce moment sur le sol et j'avais des coliques. Je ne pouvais admettre que quelqu'un me vît dans cet état. — Dieu nous excuse vous et moi », lui répliquai-je.

Un de ses voisins a raconté le fait suivant : J'étais allé un jour chez le cadi Mahmoud-ben-Ahmed-ben-Abderrahman : « Tu as un saint pour voisin, me dit-il. — Oui, répondis-je. — Le saint qui ne vient pas à l'office du vendredi », ajouta-t-il. Je gardai le silence, puis après cela j'allai voir mon voisin Sidi Mohammed-'Oriân-er-râs. « 0 un tel, me dit-il, faut-il oui ou non pardonner? — Pardonner est mieux, répondis-je. — En effet, répliqua-t-il, si je ne pardonnai pas, il arriverait des choses qui ne conviendraient pas. Eh! bien, dis donc à celui qui prétend que je ne vais pas à la prière du vendredi que, bien avant qu'il vînt lui-même à l'office, il y avait été précédé par celui qu'il prétend n'y avoir jamais assisté. » Les anecdotes de ce genre sur son compte sont extrêmement nombreuses (Dieu lui fasse miséricorde, lui témoigne sa satisfaction et nous fasse profiter de son influence! Amen!).

Le jurisconsulte, le théologien, l'ascète, le vertueux, le pieux, le réservé, notre maître El- Amin-ben- Ahmed, frère utérin du jurisconsulte Abderrahman-ben-Ahmed, le chef d'école. Sa langue sans cesse s'humectait pour proclamer les louanges de Dieu, aussi Sidi Mohammed-'Oriâner-râs ne l'appelait pas autrement que El-Amin le litaniste.

Un de mes confrères des gens de Sankoré m'a raconté que son père, vieillard très âgé, lui avait dit : « J'ai connu Sankoré à l'époque ancienne où les vertueux personnages y étaient très nombreux, eh! bien, je n'ai vu aucun d'eux pratiquer l'islam avec autant de ferveur que le jurisconsulte El-Amin. »

Il nous a raconté, lui-même (que Dieu lui fasse miséricorde !) dans sa medrasa, que le jurisconsulte 'Omar-ben- Mohammed-ben-'Omar, frère du jurisconsulte Ahmed-Moghya, étudiait la Chifa du cadi 'Jyâd sous la direction du très docte, de l'érudit, le jurisconsulte Ahmed-ben-El-Hâdj- Ahmed-ben-'Omar-ben-Mohammed-Aqît et que lui et son fils le jurisconsulte Ahmed-Baba assistaient à ses leçons, ainsi que le jurisconsulte, le cadi Ahmed (on). Le maître n'admettait pas que quelqu'un pût lui adresser une question ; il ne faisait d'exception que pour l'étudiant interrogé et, à certains moments, pour Sidi Ahmed. Quant à son fils Ahmed- Baba, chaque fois qu'il posait une question, son père lui disait : « Tais-toi ! » Un jour cependant que le maître avait demandé à l'étudiant Omar si le verbe qahouha est transitif ou intransitif, celui-ci n'ayant pu répondre, il s'adressa à Sidi Ahmed qui, lui aussi, se tut. « Cependant, dit-il, je vous ai lu ce verset : et ils seront honnis' (s. xxviii, v. 42) ». Ce disant, il tourna ses yeux vers moi et se mit à sourire.

Nous étions un certain nombre de condisciples qui montrâmes un jour à notre cheikh, le jurisconsulte El-Amin, le livre intitulé : Deldil el-kheirdt^^ dont les copies présentent des variantes, et nous lui demandâmes de nous indiquer s'il fallait conserver le moi seijyidna ou s'il fallait le rejeter. Il nous répondit: Nous avons adressé la même question à notre

1. Le mot traduit par « honnis » est le participe passé du verbe sur lequel il questionnait. Il y a un jeu de mots intraduisible.

2. Titre d'un livre de prières et litanies on l'honneur du Prophète. Il a pour auteur : Mohammcd-ben-Soliman-EI-Djezouli.

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