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CHAPITRE ONZIÈME

du règne de Sonni-'Ali, en même temps que le jurisconsulte, l'imam, le cadi Kâteb-Mousa, lorsque celui-ci revint de Fez, accompagné de ses deux frères, l'un le père d'Abderrahman, qui se nommait El-Fa'o-Tonka, l'autre le père de Mousa- Kosaï et de Nana, qui s'appelait Bir-Touri. L'hérétique Sonni-'Ali eut pour lui les plus grands égards, car Sidi Abd- Ailah était un homme vertueux, un ascète d'une grande réserve. Il ne mangeait rien qu'il ne l'eût acheté du produit du travail de ses mains. Il est l'auteur de prodiges et de miracles.

Une nuit un voleur entra chez lui et grimpa (ûv) à un palmier qui se trouvait dans le jardin de la maison, pour en voler les fruits. Il demeura collé à ce palmier jusqu'au lendemain matin. Mais le cheikh eut pitié de lui, le fit descendre et le laissa partir.

Autre fait qui montre sa sainteté : A une certaine époque, il éclata à Tombouctou une maladie dont bien peu guérissaient. Un jour, le cheikh, étant allé faire du bois, le rapporta sur sa tête et le vendit. Tous ceux qui se servirent de ce bois et s'en chauffèrent furent rétabhs et guéris sur-le-champ. Le cheikh recommença la même opération . Tout le monde s'étant aperçu de la chose et s'en étant fait part les uns aux autres, on afflua de tous côtés pour acheter ce bois. Ce fut ainsi que Dieu, grâce à sa bienveillance pour le cheikh, délivra la population de ce fléau.

Le successeur de Sidi Abdallah ne fut autre, si je ne me trompe, que le cheikh, l'éminent, le vertueux, le bienfaisant, l'ascète, le dévot, le savant en Dieu, le saint, Sidi Aboul- Qâsem-El-Touâti. Il habitait dansle voisinage de la grande mosquée. Sa maison, qui était située au sud^ du temple, n'en

1. Le mot employé ici est âJLâ qui désigne la direction vers laquelle doit se tourner le fidèle quand il fait sa prière. Pour Tombouctou ce serait le nord-est. Mais dans la langue courante le mot qiblâ est fréquemment pris dans le sens de sud. L'indication donnée reste donc vague.

était séparée que par l'étroit chemin aboutissant à la salle, construite plus tard auprès de la mosquée et y attenant, salle dans laquelle les enfants apprenaient à lire.

A la mort d'Aboul-Qâsem, son disciple, le seyyid* Mansour-El-Fezzâni, lui succéda; il eut lui-même pour successeur le seyyid, l'éminent, le vertueux, le bienfaisant, l'ascète, le savant lecteur du Coran, le jurisconsulte Ibrahim-Ez-Zelfî, qui fut le maître de mon père.

Ce fut le seyyid Aboul-Qâsem qui créa autour de la mosquée le cimetière actuel qui a remplacé^'ancien où l'espace faisait défaut. Il le fit entourer d un mur, mais plus tard ce mur fut démoli et il n'en resta plus de traces. Il eut le premier l'idée de faire faire une lecture complète du livre saint après la prière du vendredi; on y ajoutait la lecture d'un mot^ des Achriniyât. Le prince des Croyants Askia-El-Hâdj-Mohammed fit don, à titre de bien de main-morte, d'un coffret pour renfermer les 60 parties du livre saint ^ Ce cofî'ret, qui appartenait à cette mosquée, avait été offert en vue de cette lecture complète du Coran; on en fit usage jusqu'à l'année 1020 (161 1), époque à laquelle il fut remplacé par un autre coffret, donné également à titre de main-morte par El-Hâdj-Aliben-Salem-ben-'Onaïba*-El-Mesrâti ; ce coffret est encore aujourd'hui dans la mosquée.

Un jour que le prince était venu faire la prière du ven-

1. Le mot seyyid est souvent en Orient l'équivalent de chénf<.<. noble », c'est-àdire descendant de la famille de Mahomet. Ici il semble être mis pour Sidi, titre donné à tous les saints personnages.

2. Peut-être « un fragment », quoique le mot j^^ ne soit guère pris d'ordinaire dans ce dernier sens.

3. Pour les offices on divise le Coran en soixante parties] ou hixh ; celui qui récite ou lit un de ces cahiers se nomme hazzdb. Toutefois, quand on veut faire une récitation ou lecture complète du Coran, chaque hazzâb peut débiter deux, trois ou quatre hizb, en sorte qu'au besoin, on peut en fort peu de temps réci'ter 1(5 Coran (^n «Milier.

4. Le texte arabe imprimé porto 'Obaïda, mais le ms. C confirme la lecture 'Onaïba.

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