CHAPITRE ONZIEME
dredi, il attendit, un instant après la fin de la prière, voulant aller saluer le cheikh éminent, l'imam Sidi Aboul-Qâsem-Et- Touâti. Il lui envoya son frère Faran-Amar pour lui annoncer sa venue dans ce but. Faran trouva l'imam en train de réciter les louanges du Prophète; il s'arrêta auprès de lui, attendant la fin de cette récitation. Mais le sultan voyant qu'il tardait à venir dépêcha un autre messager («n) qui interpella Faran à haute voix en lui disant : « Askia voudrait partir. — Ils sont encore en train de réciter l'office, » répondit Faran également à haute voix. Le cheikh lui adressa aussitôt une verte réprimande en lui disant : « Baisse le ton de ta voix. Ne sais-tu donc pas que le Prophète est présent partout où on récite ses louanges. J'ai déjà récité un hémistiche des vers composés en son honneur et le fait d'avoir prononcé son nom a eu pour résultat de le rapprocher de moi ; maintenant il est ici avec moi. » Quand la récitation fut finie, le prince vint saluer cheikh qui lui dit la fatiha.
Aboul-Qâsem conserva très longtemps ses fonctions d'imam. Il fut l'auteur de prodiges et de miracles. Il donnait souvent des repas auxquels il invitait surtout des medddh\ tant il avait de passion pour les panégyriques du Prophète. L'endroit où se déclamaient ces panégyriques était tout près de sa maison; aussitôt qu'il en entendait réciter un, il s'empressait d'aller porter aux meddâh des pains tout chauds qu'on eût dit sortir à l'instant même du four, et cela se produisait même au milieu de la nuit, en sorte que tout le monde voyait bien que c'était un miracle.
On raconte qu'un jour, pendant qu'il faisait la prière du matin, et il la faisait bien avant le jour, les fidèles virent ses vêtements dégoutter d'eau. Comme on le questionnait à ce sujet, il répondit : « Un homme qui se noyait à l'instant
1. Nom donné à celui qui récite un panégyrique et en particulier celui de Mahomet. Il s'applique également à tous les bardes.
dans le lac Debo m'a appelé à son secours, je suis allé le sauver et c'est de là que provient cette eau. »
On rapporte que la nuit étant obscure au moment où la foule entourait sa civière, les porteurs, en se bousculant, tombèrent tous par terre; mais, grâce à la puissance du Créateur, la civière resta suspendue en l'air, jusqu'à ce qu'ils se fussent relevés et qu'ils eussent pu la reprendre. On vit également ce jour-là un grand nombre de gens inconnus assistant à ce convoi funèbre; c'était le fait d'un miracle de sa part. Il mourut (Dieu lui fasse miséricorde) au commencement de l'année 922 (1516). Le jurisconsulte El-Mokhtar, le grammairien, mourut à la fin de cette même année comme je l'ai constaté par la lecture de certaine chronique.
Un jurisconsulte, doué de mémoire et s'occupant de choses historiques, m'a dit que Sidi Aboul-Qâsem était mort en 935 (1528-1529) et que le père des bénédictions, le jurisconsulte Mahmoud-ben-'Omar n'avait pas tardé plus de vingt ans à le suivre dans la tombe ; puis il a ajouté qu'il ne présida à la prière publique que lorsque son cousin maternel, l'imâm Anda-Ag-Mohammed, dût cesser ses fonctions d'imâm à cause de l'extrême faiblesse de ses membres bénis, faiblesse provenant de son grand âge. Toutefois, il présida la prière à l'enterrement de Sidi Aboul-Qâsem-El-Touâti et à celui de son assesseur Fayyâd-El-Ghadâmsi. Aboul-Qâsem fut enterré dans le nouveau cimetière où reposent un grand nombre (^^) d'hommes vertueux. On dit que cinquante Touatiens, ses émules en vertu et en piété, sont enterrés auprès de lui en cet endroit. De même, dans le vieux cimetière autour de la mosquée, il y un a grand nombre de gens vertueux qui y sont enterrés.
On raconte qu'un certain chérif, descendant de la famille du Prophète, était venu faire une retraite pieuse dans Tancienne mosquée durant le cours du ramadan. Une fois,