CHAPITRE XII
SONNI-'ALI
Quant à ce maître tyran, ce scélérat célèbre, Sonni-'Ali, dont le nom s'écrit avec un o placé après Vs et un i après Vn redoublé, suivant l'orthographe que j'ai trouvée fixée dans le Dzeil ed-dihndj du très docte jurisconsulte Ahmed- Baba (le Dieu très-haut lui fasse miséricorde!), c'était un homme doué d'une grande force et d'une puissante énergie. Méchant, libertin, injuste, oppresseur, sanguinaire, il fit périr telle quantité d'hommes que Dieu seul eu sait le nombre. Il persécuta les savants et les pieux personnages en attentant à leur vie, à leur honneur ou à leur considération.
Parlant des événements principaux du ix'' siècle, le très docte, l'érudit, El-'Alqami (Dieu lui fasse miséricorde!) s'exprime ainsi dans le commentaire de Touvrage de El- Djelàl-Es-Soyouti, intitulé El-Djami-es-ser'ir^ : « Nous
1. Le titre complet de cet ouvrage relatif aux traditions musulmanes est : j-iJI jÇU3l iloju. ^ jy^l A»l^'. Le commentaire dont il est question est celui de Gheras-ed-Dîn-Mohammed-Ei-'Alqami.
avons appris qu'il a paru au pays de Tekrour, sous le nom de Sonni-'Ali, un personnage qui fait périr les hommes et ravage la contrée. Ce personnage a commencé de régner en l'année 869^ (1464-1465). »
On rapporte que le père des bénédictions, le saint de Dieu, le jurisconsulte, le cadi Mahmoud-ben-'Omar-ben- Mohammed-Aqît, naquit un an avant l'avènement de Sonui- 'Ali. Cela est exact. En effet, j'ai vu dans le Dzeil' que Mahmoud (Dieu lui fasse miséricorde!) naquit en l'année 868 et qu'il mourut en l'année 955 le jeudi soir, 16 dumois de ramadan (19 octobre 1548).
Sonni-'Ali occupa le trône vingt-sept ou vingt-huit ans. Son règne fut employé en expéditions guerrières et en conquêtes de pays. Il s'empara de Dienné où il séjourna un an et un mois. Il conquit Djondjo et permit au Dirma-koï^ d'y pénétrer à cheval et cela à diverses reprises. Eux deux seuls jouirent de cette faveur qui appartenait exclusivement au prince du Songhaï^
11 fit également la conquête de Bara et du territoire des Senhâdja-Nounou qui, à cette époque, était gouverné par la reine Bikoun-Kâbi. 11 s'empara de Tombouctou et de toutes les montagnes, sauf Dom^ qui lui résista. Il conquit le pays des Kounta*^ et eut le dessein d'infliger le même sort au pays
1. 866, d'après le ms. C, ce qui, d'après ce qui suit, est sûrement une erreur de copiste.