‹ Tarkondemos. Réflexions sur quelques éléments graphiques figurant sur le monument appelé "Sceau de Tarkondemos."Chapitre 21 sur 69 · C. AUTRAN. — Tarkondemos · texte numérisé non relu

C. AUTRAN. — Tarkondemos

FLS : PflLs Ed.

À bd

$O CHAPITRE Il

Bpsvdiarins () ; Kashavar et Kasravax (2) ; Iludios et [urios (5) ; Ouoyana et Tapynhtx, Etc. (hi

L'examen de ces variantes est intéressant à plus d'un titre.

En ce qui concerne. spécialement locclusive dentale, seul phonème dont nous ayons à nous occuper ici, les faits précités démontrent que l'articulation asianique était, au point de vue grec, perçue indifféremment soit comme sourde simple, soit comme sourde aspirée, soit comme sonore, et qu’elle était même susceptible d'évoluer vers la siflante sonore.

Ce caractère est d'autant plus remarquable qu’il suggère deux observations importantes : l’une, que justifient certaines constatations d'ordre graphique; l’autre, qu’impose Panalogie des formules phonétiques.

Il est impossible, en effet, de n’être point frappé du parallélisme existant entre l'équivalence 3 = + — 0 résultant des doublets qui précèdent et les valeurs phonétiques des signes correspondant du syllabaire cypriote (5).

Transcrit en cypriote Tarku donnerait, comme on le sait: Ta-ra-ku ; Tarkon — Ta-ra-ho-ne.

Mais il faut remarquer en outre que les signes — Ta et *X = #4, ainsi que À — ko, ont également les valeurs respectives : tha et da ; ku, bbu et gu; ko, kho et go, en sorte qu'une graphie cypriote sufhrait à rendre raison de la plupart des variations que nous avons eu l’occasion de constater en établissant notre liste:

Ta ku Ja ER ko NAT X 7 Tha FAR khu That kho FAR TS FIN Da gu Da go

(1) Fleuve de l’Arcadie, le « conservatoire » préhellénique (P.-B.).

(2) V. de. Thessalie, ancienne terre de colonisation pélasgique.

(3) Ethnique d’un ancien foyer du culte asiano-crétois d’Apollon (cf. Hymne à Apollon Pythien, P.-B.). Pour Apollon, cf, mes « Phéniciens », pp. 18 et sq. |

(4) Nom d’origine caro-asianique (cf. SITTIG, De Graecorum nominibus theophoris [Dissert. philol. Halenses], 1911, p. 57-58). Ce nom renferme l'élément Tarku, dont Apollon n’est qu’une des modalités plus récentes, comme j'espère le démontrer un jour.

(5) L’étroite parenté de ce syllabaire avec l'écriture hiéroglyphique anatolienne a été, dès longtemps, signalée par A. H. SAYCe, J. MÉNanT et d’autres. Cf. BERGER, Histoire de l'écriture dans l'antiquité, Paris, 1891, pp. 84 et sq.

La graphie crétoise, comme on le sait, distingue rarement entre les occlusives sourdes et les aspirées. Cette particularité peut s'expliquer autant par les habitudes articulatoires que par l’influence du syllabaire antérieur.

et te ete mains Le. td

L'étroite affinité, notée dès longtemps, entre le syllabaire cypriote et les hiéroglyphes anatoliens : les liens, encore mal définis mais certains; unissant les pays côtiers : Cilicie, Lycie, Carie, Lydie, Troade, au monde cappadocien suffisent à exclure ici toute idée de hasard.

Nous pouvons donc conclure, semble-t-il, en toute: assurance — car les indications de la phonétique convergent ici avec celles de la tradition et de l’histoire — que, pour se retrouver sous une graphie appropriée à son articulation originelle, c’est en syllabaire cypriote, ou, si l’on préfère, en hiéroglyphes anatoliens cursifs, que-ce nom doit être transcrit.

Le document que nous étudions en ce moment faisant précisément partie du corpus hiéroglyphique anatolien, pareille déduction ne présente absolument rien d’inattendu. Nous sommes donc en droit de la considérer comme acquise.

Cette constatation n’est pas, toutefois, sans jeter un jour assez vif sur l’un des traits les plus caractéristiques de la phonétique asianique. Elle montre qu'ici, tout comme en Cappadocien, en Mitannien, en Elamite, en Etrusque, les occlusives ne sont, à proprement parler, ni de vraies sourdes, ni de vraies aspirées, ni de véritables sonores; mais bel et bien des phonèmes mal définis au point de vue indo-européen classique (:) et singulièrement proches de ce que l’on commence à entrevoir aujourd’hui du système occlusif caucasien (+). |

Comme on l’a déjà remarqué, en effet, le Hétéen cunéiforme ne connaît pas davantage de distinction entre les sonores b, £, d'et les sourdes p, k, t. L'on trouve Du-ud-ba-li-ja-as et Tu-ud-ba-li-ia-as ; L-ia-ru-wa-daaÿ-wa-aÿ et T-ja-ru-wa-ta-a$ ; pa-da-nu et pa-ta-nu (VAT: 7478, IV, 45;

(1) J'entends par ce terme, qu'il n'arrivera d'employer parfois, car il me paraît commode et ne préjuge rien de Ja linguistique de demain : l’ensemble des équivalènces actuellement constatées entre les différents groupes ressortissant de la famille indo-européenne, : équivalences grdce auxquelles il a été possible de restituer THÉORIQUEMENT la forme initiale présumée de quelques centaines d'éléments communs. 11 va sans dire que l’accès à des groupes linguistiques ayant eux-mêmes éventuellement inffué sur la constitution des formes ainsi restituées aurait pour conséquence de nous permettre d’entrevoir un état de l’indoeuropéen antérieur, différent par conséquent, de celui qui nous apparaît aujourd’hui. Aussi la question, si débattue en ce moment, de savoir si, les langues asiano- hétéennes se rattachent ou non à la famille indo-européenne, me paraît, en un certain sens, dépourvue de signification.

(2) C'est à dessein que j'emploie un terme aussi général, malgré les différences linguistiques profondes séparant les langues caucasiennes du Nord (Tcherkesse, Abchaze, Tchétchène, langues du Daghestan) de celles du Sud (Géorgien, Laze, Mingrélien, Souane). Les langues anciennes de l'Asie Mineure paraissent, en effet, devoir établir un trait d'union linguistique entre les deux groupes.

ibid. IV, 49); u-an-ta (BoISSIER, Babyloniaca IV, 224, n° 2; 10) et u-an-da (Ibid. Revers, 5), etc. ("). Aussi, dans la transcription hétéenne des mots sémitiques et sumériens, constate-t-on une indifférence absolue à l'égard de la qualité de l’occlusive dentale.

De même, le Mitannien rend indifféremment les sonores sémitiques soit par des sourdes, soit par des sonores, sans règle fixe, cependant que les transcriptions assyro-babyloniennes de norns mitanniens témoignent des flottements évidents dus à l’embarras des scribes pour exprimer des sons qui n'étaient, en réalité, ni des sonores ni des sourdes sémitiques, mais qui se rapprochaient plutôt de ces dernières. Ce sont là deux indications convergentes.

Les Jranische Eigennamen, les Elamische Studien de Hüsing montrent qu’en Elamite il n’en allait pas autrement, et cette constatation est d'autant moins inattendue que les claviers phonétiques de l'Elamiteet du Mitannien sont, dans leur ensemble, identiques l’un à l'autre (2).

L'on constate par ex. quele Susien artastana correspond au vieux-perse ardastana (terme d'architecture); bala (= p. = pays) est écrit aussi pa-la ; dakkime (forme collective en -me du Partic. Pass. de da/ta, faire) = takkime ; durna (— connaître, savoir) — turna; budda — butta (= faire) ; kaïle] — v. p. gabav- (— emplacement, siège, trône) ; ta-yi-ya-uÿ, correspondant au v. p. dahyav- (= contrée, pays); etc. ().

Les familles indo-européenne classique et sémitique établissant, dés l'époque commune, une distinction très nette entre ces deux catégories de phonèmes; cette particularité demeure donc le propre des langues appartenant à un tiers groupe, qui est, en l'espèce, le groupe asiano-cappadocien (4).

Est-ce à dire qu'on ne la constate que Jà ? Assurément non ; car, vu la

(1) L’excellent travail de E. F. WEIDNER, Sudien zur Hethitischen Sprachwissenschaft Y, Leipzig, 1917, $2, p. 13 et seq., renferme nombre d'exemples du phénomène, parmi lesquels on retrouvera ceux donnés ci-contre. L'on relèvera d’utiles aperçus sur les habitudes phonétiques caucasiennes dans R: BLEICHSTEINER, Kaukasische Forschungen T; Vienne, 1919.

(2) Cf. F. Bork, Die Mitanni sprache. MVAG (1909): E. F. WEIDNER, 0p. cil., pp. 31 et 32.

(3) OPrErT avait déjà attiré l'attention sur ce fait dans le Peuple et la langue des Mèdes, Paris, 1879; de même F. H. WeEïssBACH, dans ses XKeilinschriften der Achämeniden, Leipzig, 1911, p. XLI (qui renvoie à HüsiNG, BORK, Foy). Mais la raison linguistique de cette anomalie échappait encore.

(4) L'on n'entend point affirmer par là l’origine commune de ces parlers, mais seulement les grouper sous une rubrique d'ensemble, par pure commodité, sous réserve des classements linguistiques à intervenir. —

diffusion de l'élément asianique dans toute la Péninsule et, par suite, dans les contrées adjacentes, les tendances articulatoires des sujets parlants ont continué à se manifester sur leurs anciens terroirs d’élection, bien que leurs idiomes aient cédé la place à d’autres. C’est là un fait d'expérience linguistique constante (*).

Anssi relève-t-on de plusieurs côtés des traces de leur influence phonétique.

En Iranien, par ex., où tant de termes d’origine inconnue témoignent de la présence de facteurs allogènes dont l’asianisme, sans aucun doute, représente l’un des principaux.

C’est ainsi que le sanscrit katards — réresos — l’avestique katäro ; sscr. läpäyali — täpayeti; sscr. pdtanti — patanli, correspondances des plus régulières. Mais, ailleurs, la dentale sourde sanscrite a pour équivalent avestique non plus un # mais : sscr. cikitod — par le diligent — av. cicipwü ;sscr. ksatram — royaume av. bsapram; sscr. satyds — vrai, fidèle — av. haïpyo etc. L'on constate également le passage de la sonore à la sourde, par ex. dans adkam et atkim = sscr. dtkam — manteau, robe: ubda, parlé — sscrit uktäb, etc. (?).

L’hébreu mishnique, talmudique, et l’araméen des Targums, ces témoins si précieux et, cependant, si rarement invoqués, du phonétisme asianique, portent, eux aussi, la marque indélébile des habitudes articulatoires anatolo-cautasiennes.

La comparaison des mots grecs avec leurs répliques mishniques, talmudiques ou targumiques ne saurait laisser subsister le moindre doute à cet égard. Cf. par ex. : Baadaoëc et NI092; doyiaroos et DITONTINN ; Iraïis et NON ; afeprh et NUOTN; Griunrov et jronron ; avbevrixés et DPTITN ; raSewrns et NIDDONT; Jelouivn et VIMONDOT ; xataphaurns et NODITOIN ; eb0Ews et DU ; a)0evtia et NYOINN ; Torabcc et FNID ; vitoov et UN; Acxtixa et NPTADA ; vapOnoy et PIN; Aextiuoy et npYTp02 ; Être:

(1) Cf. par ex. l'influence caucasienne sur l’arménien classique dans A. MEILLET, Esquisse d’une grammaire comparée de Arménien classique, Vienne, 1903, début.

(2) L'on trouvera les exemples ci-contre dans an Avesta Grammar I, de A. V. ViLLraMs Jackson. Les indo-européanisants tentent, je le sais, d'expliquer ces faits d’une autre manière. Mais ils paraissent, depuis une trentaine d’années, avoir négligé à l'excès l'influence, pourtant évidente, et nulle part peut-être plus profonde qu’en Asie Mineure, des couches linguistiques antérieures sur la phonétique indo-européenne. A cette limitation, par trop doctrinale, de leur champ d’observation, des travaux, pourtant de tout premier ordre, comme la Griechische Grammatik de BRUGMANN-THUMB, 4e éd. Münich 1913; le Handbuch der Griechschen Dialekte d'A. THaums, Heïdelberg, 1909 (à un degré moindre) doivent d’être exposés à une prompte cadusité, à |

S4 CHAPITRE Il

Même constatation pour les labiales. Ex. : serpéruhcy et NNÈME ; vhurTov et p2v3; mupyos et ere La9;aso, Læmo;as ; déhotc

et 207 : BtBourst (— duumviri) VD ; BBoutoy et TAN, FENIDNN (MS);

ravaptov et VINS optio — T'ON — brtiwy; Péhoapoy et DOS ;

raodalie et D'1111; dim et 197 ; répun et NOM2; pocoära et NOND1, F > is He L 4

gskKäptoy (monnaie) et Bwndptoy (tas) — l’un et l’autre "M ; Egccos —

DID2N . "Erigavic GE DIANDNEN ; rarne et NU'DD ; ror duo 20e ;

chvtevos €t DIUPYTID ;

AOTAOLOY VIT ; otparuwwrns — DTOTCD et DNTID ; omxpgnroy et JMD ; Ù 5

ozauoväpios JYOUD ; oouddpuov TD ; GUTLAL2G | ER n

A 2 S' LES KpTD; etc. ("); de même en Egyptien ‘T3ÿfepes et nl NS EE

Un autre témoin du vieux monde méditerranéen, l’Étrusque, offre le même phénomène, comme on l'a depuis longtemps signalé (5). Citons seulement à titre de rappel : 4prûe (CIE 3806-7) et Aprte (4892-4894); Apurbe (3802 et seq.) ; Apurte (4893-4895); Arnd (386) et Arnt (386; 178) ; raco (Agram V, 8) et rad (IL, 103 IV, 9-10, 13, 21 etc.) ; caÿnis (K, 8) et catnis (X, + 4), cluchras (VIE, 9) et cluctrai (XIE, 13) ; clutmsta et cludumusoa (Pontrandolfi, pp. 129-130); xamic (VIIL, 10) et zamtic (XII, 12); xilat et xila (Pontrand. p. 148); bu (CIE 48) et hut (RRALE, Agram p. 52); Oania (CIE 100) et Tania (90); Garyi dans Oaryimetia (Fabretti CII. 2033 bis, n° 8 a, l. 4)et Taryi (CIE 3757); Oercna (1116) et Taryna (Fabretti 2379); Ouceri (CIE 862) ; Ouker (388) et Tocro (818); Lar0 (1768; 1305; ro30et seq.), Lart (200; 206 ; 180; 738 ; 467 etseq.), Larthia (489); raco (Agram V, 8) et ray6 (IL, ro; IV, 9, 10, 13,21 etc.);

(x) Ces exemples $e trouvent dans l’Aramäisch-Neuhebräisches W.-B. de G. H. DaLman et Th. ScHÂrr, Francfort-sur-le-Mein, 1897 vol. I s. v. ; le Lexicon Syriacum de C. BROCKELMANN, Edimbourg, Berlin, 1892. Il serait aisé d’en allonger la liste.

(2) Cf. W. Max MüLLer, Asien u. Europa, p. 98. 3 . (3) Voir à ce sujet G. PONTRANDOLFI, Gli Etruschi e la loro lingua, Florence, 1909, traduction et remise au point par les auteurs eux-mêmes des articles de KôRTE (Etrusker), de Skursca (Etruskische Sprache), de THuLIN (Etrusca Disciplina) parus dans 'Encyclopédie de Pauly-Wissowa. Ce qu’il y a de mieux sur le sujet. L’on n’entend point, toutefois, accepter par là toutes les conclusions des auteurs, que les progrès de la science ont, d’ailleurs, certainément dû modifier [CIE = Corpus inscrip. etrusc. (vol. I, Leïpzig, 1893- 1902 par DANIELSSON et PauLI; vol. II, DANIELSSON, HERBIG et NoGaRA, en cours de publication. FABRETTI= Corp. inscr.italicarum de FABRETTI (Turin, 1867) avec ses suppléments de 1872, 1874 et 1878 et l’Appendice de GamurRINi (Florence, 1880). — ScHuLzE désigne l’admirable travail de W. ScHuzze, Zur Geschichte lateinischer Eigennamen (Abh. Gôtting, Ges d. Wiss. VII. 4-1904)]. tft

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BASE PHONÉTIQUE DU NOM s5

semôni (3967) et semini (3968); $erburne (1209) et serturu (509 et seq; 567); selrni, sethrni, seûre, sature (2726 et seq.); smintiis (FABRETTI, 2° supplém. n° 134) et sminte (CIE 5201), smindinal (FABRETTI, 1143, 1145 ; CIE 3736 et seq.) ; sw0i (CIE 216) et suti (49) ; lautniba et lautnita (= liberta; Pontr. p. 136) ; turmna (CIE 4264) et Ourmna (1375, 137, 4263 et seq.). |

L'examen des variantes latines d’un même #héme étrusque n’est pas moins instructif: cf. p.ex.: Adenna et Aitennius (SCHULZE, p. 348); Audenius, Autius, Audius (p. 130); Etusius, Edusius (p. 405); Satrius, Satricum, Sadrius, Sadrico (pp. 225-6) ; Mudasenus, Motasius, Motalius, Modinnius, Mutiinus (p. 362) (*).

On le voit : en ce qui concerne le système des occlusives, ce sont bien les mêmes particularités que tout à l'heure: sourdes qui ne sont pas de vraies sourdes ; sonores qui ne sont pas de vrais sonores ; occlusives simples qui sont aussi perçues comme des aspirées. Manifestement, ces phonèmes, qui ontun caractère à part et tout à fait distinct de leurs correspondants

apparents grecs et latins, sont transcrits dans un alphabet qui n’est pas fait pour eux. Qu'on les rétablisse, par la pensée, en écriture cypriote et ces discordances cesseront aussitôt ; car ces noms auront retrouvé l'expression graphique qui leur convenait. Dès lors les variantes, si elles existent, ne seront plus qu'insignifiantes.

L'on n'entend point, cela va sans dire, tirer pour le moment de ces coïncidences des conclusions de plus vaste portée qui courraient peut-être le risque de dépasser les prémisses. Il a paru, cependant, nécessaire de les signaler en passant, car nous aurons, chemin faisant, plusieurs occasions encore de procéder à des constatations du‘ même ordre, dont l’ensemble ne laisse pas que d’être assez impressionnant.

2° La liquide. Le cas de la liquide r, plus complexe, sous certains rapports, mérite un peu plus d'attention. |

Ce qui frappe, au premier abord, lorsque l’on considère la liste des exemples précités, c’est la variété des transcriptions auquel il donne lieu. L’on trouve ar et ra, ro et or, er, ur, et c’est probablement un effet du seul hasard si la graphie 4 manque à notre collection.

Cette indécision des transcripteurs prouve à elle seule que le phonème

(1) En raison de son caractère semi-occlusif, cette dentale a facilement évolué vers la siflante (cf. Ouufoa, Avpfpa, Zoufoa [cf. Ficx, Hattiden u. Dannbier, pp. 2-3] et l’analogie de suxn — tuxn — ficus montre que, à l'instar du #h anglais dans #hought, elle a pu être perçue comme une fricative et être rendue par f. L'on doit donc, en principe, admettre l’existence de variantes en T, @, A,Z,F initial du type Apaxa-, Apaxo-, Apaxn-, Acoz-etc.

De date QU GENE RD due ie + DS ce DPE # CES EE, G

56 CHAPITRE Il

original n’avait pas en grec de cérrespondant graphique satisfaisant. Ceci ne saurait beaucoup surprendre, vu les divergences profondes existant entre les tendances articulatoires proprement helléniques et celles des tribus asianiques. Ces divergences sont telles, nous l'avons rappelé, qu’elles rendent les deux systèmes phonétiques à peu près insuperposables.

La nature de ces variations démontre, en outre, que nous avons affaire à une sonante, de type plus ou moins analogue à celui du r sanscrit dans samskrta, ghria, pitrnäm, krechra, etc. Cette voyelle-consonne, de caractère si particulier, était vraisemblablement produite avec la pointe de la langue, à peu près comme l’er final allemand dans Lager, Leber, Pflaster. Ce son se rend, on le sait, en Iranien par le groupe 2r2. Ex. : sanscr. krnoti — il fait — Avest. kranaoïti ; ssc. mrlyis — mort — avest. marapyus; sscr. sakrt — de suite— avest. : hakarat.

Le phonème se décompose donc en deux sons vocaliques indéterminés et très fugitifs du type 2, entre lesquels s’intercale la vibration linguale qui constitue en quelque sorte, le centre de résistance articulatoire.

En Jranien, où le 2 (*) est courant, surtout dans la langue des Gäbas, dont lidiome représente un état linguistique beaucoup plus ancien, et, par suite, beaucoup plus pénétré d’influences asianiques, il a pour équivalents les vocalisations les plus diverses. Parfois il correspond à la: Ex. : 90. : barant et baramio ; jasantu et jasantu ; sous l'influence d’un y, d'un c, d’un /, d’un 7 précédents, il tourne à V3: yim = yam — sscr. yém; vâcim== väcam —= sscr. vücam — vocem lat.

En d’autres cas, il se substitue, par une sorte de dissimilation, à un ou à un’. Ex. : Avestique gäñique : draovart — celui qui est pourvu de la Druj = le méchant << à “drugvant ; quant à l’3, très commun dans les gabas, il y tient lieu tantôt d’un 2 tantôt d’un 4, d'un 6 ou d’un a (— a nasal), sans règle bien fixe.

Ces quelques exemples peuvent suffire à montrer toute l’inconsistance d'un pareil phonème. À cet égard, le monde iranien, héritier et continuateur sous tant de rapports, linguistiques aussi bien que politiques et

religieux, du monde asianique qui l’a précédé et préparé, n’a, visiblement,

fait que maintenir la tradition phonique de la période antérieure. Il y a d'autant plus de raisons d’admettre cette explication que l’2, comme nous l'avons indiqué, devient d’autant plus fréquent que les monuments considérés sont plus anciens (2).

(1) Un phonème analogue existe en Lycien et en Lydien. Les exemples ci-dessous se trouvent dans la grammaire de JACKSON.

(2) Une fois pour toutes je tiens à bien préciser que c’est de phonétique pure, et non de

Mais les sonantes existaient-elles dans les langues asianiques ?

En ce qui concerne les mieux connues d’entre elles, le Lydien et le Lycien, la réponse n’est pas douteuse: Non seulement ces idiomes ont connu l'emploi des sonantes, mais ils en ont même fait un très large usage, et l'étroite corrélation qui se constate entre les différents membres du groupe autorise à penser qu'il en était de même pour tous.

Or, si l’on examine les variations des transcriptions helléniques, l’on constate sans surprise que ce sont précisément ces sonantes qui donnent lieu aux indécisions orthographiques maxima. Alors, par exemple, que dans les différents graphiques du mot AzBoav3se, la plupart des articulations ont trouvé une expression graphique approximative et à peu près constante, le groupe av qui renferme la sonante nasale prend les formes les plus diverses : -auv-, -auuy-, -auv-, -aiv-, -aev—, =ev—, --. L’r de AapBnvoc prête exactement aux mêmes observations. Il est rendu par -ie, -ce- (°), “vép- —ve-, voire même -e-. Dans ce dernier cas la mowillure de l’r, qui paraît avoir été lingual, a seule subsisté.

Ces variantes ne sont toutes, en réalité, que des expédients plus ou moins heureux ayant pour objet de rendre les sons *Lbrñndos et *Lrbnnos. Aussi, les incertitudes de transcription que l’on relève dans tous les cas — nombreux — où un mot renferme une sonante doivent-elles être moins imputées aux fantaisies ou aux fautes des copistes qu’à l'embarras du pho-

nétisme hellénique, obligé de s'adapter tant bien que mal à des résonances

qui s’accordaient très imparfaitement avec son clavier articulatoire propre.

Il est aisé, d’ailleurs, de multiplierles exemples attestant la constance de ce phénomène. C’est, naturellement, l'Asie Mineure qui nous en vaut les plus nombreux spécimens. Cf. p. ex.: Axapascoc (Lycie; P.-B.) et Ayopnoos (Carie ; P.-B.) < à *4krx ; rafuptov et Oaéwe << à *[7-]abr (Palestine ; Rhodes) ; Aouadarmiuc (?) et Epuadamuns (Lycie; CIG III 4314 et Reisen in Lykien Il, 132et 95) <* Rma- ou Hyma- ; Apuoane (lbid.; II, 218) et Eopous CERTAIN ESS 8) <'*Rmu-; Aouac (Lycie; CIG IT 4242); Epyuac (Pisidie ; CIG add. 4380* 3); Qouas (STERRET, Wolfe Exp. p. 75) <*Rma- où *Hrma- ; T'apBavns — TupBavns — Tpufarns (Lev. v. HERWEERDEN?, Il, pp. 1429 et 1489) < *Trb- ; Tapsos et Tepose <C*Trs- (ou * Trz-)(Er. DE BYZANCE ); Tuoonvos et Taponvec

parenté linguistique qu’il s’agit. En d’autres termes notre objet exclusif est d'essayer de définir les fendances articulatoires d’une aire linguistique donnée. Il ne s’agit pas d'autre chose. Les effets que le phonétisme caucasien a produits sur la structure de l’Arménien n'empêchent pas les deux groupes d’être parfaitement distincts sous le rapport grammatical.

(1) Ces deux graphies s’équivalent,

58 CHAPITRE Il

(ParE-BENSELER, s. v. Tubënvor); Abrpwy et Abvouwv (HIEROCLÈS); Arepa et Arprdai (Ibid.) — *46y- et *Apr- ; Ilebpauos et Ilpiaues (P.-B.) — *Primm- ; Casu-as et Covu-spis (éléments de noms ciliciens; E. SACHAU, Zeitsch-f. Assyr. 1892 p. 97 et seq.) << à *zym-5; depfepus et Spufepuc (d°)et Tox%ara (Lycie, P.-B. s. v. Tpavara) ainsi que Tpefme (Reis. in Lykien Il, 176), Tepbrure (Lycie; JHS XV, 121), Aptfeuuxç (Isaurie; STERRETT, Wolfe Exp. n° 81); Tphofaktosos (Carie ; Cozurrz, SGDI 5755, LL ThsBnuoc et Bnuas (Lycie, Klio, Beitrige 1913, p. 213) à *Irb- (ou *Trp-); Eou ; Lode ; Hode (Cilicie ; HeserDEY-WiLHeLM, Reisen in Kilik. pp. 140 et 124) << à *t- ou *hrt; l'oafcc (Carien; BCH XIE, 27 et seq.; Collitz SGDI 5755, 15. 16, 18); Koafoc (v. de Lycie; P.-B.) ; KusGn (v. de Pamphylie; Jbid.) ; Kap£aovavèa (Carie ; P.-B.) ; KopBaox (v. Pisidie- Pamphylie ; P.-B.); KopBasa (Carie ; P.-B.) << à *Krb- ; Kopufas = K subas — KioBac (prêtres crétois d’origine asianique; P.-B.) << à “Krb/p-; Tocroacis (HererDEY-WiLHELM, Reisen in Kilikien p. 137) et Taprvaprs (Ibidem pp. 53, 88) à “Trku-; Beppoia — Buspstz (nom héroïque, d’origine asianique à *Br/Pr; P.-B.); le thème *Zybbe devient tantôt Zuwofus (Lycie; P.-B.), tantôt Seuefie (Cilicie ; CIG III, 4428 et add.); cf. ZoupBravos (Isaurie-Pisidie ; art Wolfe-Exp., p.271 et seq.), tantôt Zepx- dans Deoroèe (Lycie Reisen in LiKien I, p. 2 À 4), tantôt Zapr- dans Zaernôwy (Lycie) ; tantôt sorp- dans Sorpara (Cappadoce ; BB X, p. 183), etc.

La restitution fictive de ces noms en orthographe indigène, disons’ lycienne, qu'il est possible en quelques cas de contrôler par des textes épigraphiques, montre effectivement que c’est de ly sonanñt qu’il s’agit ici.

Il peut paraître étrange, toutefois, que les modalités d’expression graphique et, par conséquent, vocale, soient aussi multiples, car la constance relative des lois phonétiques est l’une des constatations les mieux assurées de la linguistique moderne. L’r indo-européen, par ex., qui représente un phonème similaire au 7 asianique, donne en grec +9 ou pa devant /; ap devant j; et cette correspondance est à peu près régulière. :

Ce n’est pas, néanmoins, que l'expression hellénique n’en comporte un certain nombre d’irrégularités. Comine on l’a déjà remarqué (:), l’on trouve doaros malgré Sépw et cod; tér(F)oaros malgré téooepec êt téropes; aprte maloré zxpéocwv et xocitruy.

En certains cas, même, au lieu du &, ou ox (pour /) attendu, lon trouve un vs où un vn. Ainsi œyvpie, &yderns correspondent à &ysfpw; orupis

(1) BRUGMANN-THUMB, Griechische Grammatik 4, p. 99 ; voir aussi K. BRUGMANN, Abrégé de grammaire comparée (trad. Bloch, Cuny, Ernout, Paris, 1905, p. 136). Mon pro: chain ouvrage donnera l’explication d’une grande partie de ces anomalies apparentes. :

ET aies Re ETES D te r' à

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