‹ Tarkondemos. Réflexions sur quelques éléments graphiques figurant sur le monument appelé "Sceau de Tarkondemos."Chapitre 49 sur 69 · HÉRODOTE · texte numérisé non relu

HÉRODOTE

(3) Cf. Ibidem, V, 57 et sq. avec V, 55.

(4) Cf. p. ex. son Livre IL, 50, 1; 118,1; 160, 1 etc., ainsi que IV, 36, 2; 95-6 etc. A. Bauer, Die Entstehung des Herodotischen Geschichtswerkes, Vienne 1878, notamment pp. 46-54, a attiré l’attention sur ce point, non sans en déduire, d’ailleurs, une théorie philologique tout à fait abusive sur la composition de l'ouvrage.

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soires négligemment semés au cours de son récit, doit-on renoncer à trouver chez lui la moindre information étrangère à la lutte d'Athènes et de Lacédémone (:).

Tout nationalisme isole et circonscrit.

Or, Xanthos écrivait en un temps (époque de Xerxès) où les nations côtières pressées d’une part par les Perses, d’autre part par la marée montante de l’hellénisme, voyaient leurs ambitions, leur territoires, leur expansion de plus en plus étroitement délimités.

Le passé de leur groupe ethnique était, d’ailleurs, fort loin d’être identique à celui de leur patrie, en tant qu’ État.

Un argument tiré du silence de cet historien ne prouve donc pas grand'chose, car il a pu se borner à écrire une histoire strictement nationale. L'on aurait tort, par suite, de prétendre en déduire l’'inexistence des migrations intervenues à l’époque féodale et « héroïque » (antérieurement à 1000 env. av. J.-C.) (2).

La tradition trouve, par surcroît, un défenseur supplémentaire en Tite-Live.

Celui-ci relate, en effet, qu'au temps dés exodes asianiques provoqués par le désastre troyen, Anténor, à la tête d’un groupe d’Énètes venus de Paphlagonie, était venu s'établir au fond du golfe adriatique.

Il y avait même fondé une cité homonyme de sa patrie détruite (5).

Énée, victime des mêmes événements, s’était réfugié d’abord en Macédoine, d’où il avait gagné la Sicile, puis la région d’Ostie. Lui aussi, dans

(1) Cf. à ce sujet les si justes remarques de D. G. HOGARTH, lonia and the East, Oxford, 1909, p. 26-27 : « ... we are now in a position to say that intercourse between civilized continental societies of Africa and Asia on the one hand, and Ægean societies on the other, was far more frequent and close in the prehistoric period than in would be again till comparatively late in the historic age ».

(2) Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici le point de vue certainement beaucoup trop sévère à l’égard des zahafrepa que Thucydide énonce en tête de son œuvre. C'est là une infirmité commune à tous les historiens des époques dites « classiques ». Ils con: damnent sans examen ce qui s’écarte de leur expérience. L’esprit moins systématique et plus largement accueillant d’un Hérodote ou d’un Platon était, en réalité, bien plus apte que celui d’un Thucydide à déméler le fond de réalité historique des récits concernant une époque aussi profondément différente du monde grec du ve s. av. J.-C. En matière d'histoire les systèmes rigides et la critique dogmatique, la plus fréquente, malheureusement, Sont rarement des garants bien sûrs. Les fouilles du dernier demi-siècle ont surabondamment démontré la « vastitude » de la civilisation prégrecque ainsi que la largeur des conceptions soit économiques, soit agricoles, soit religieuses qui ont présidé à son épanouissement. Ce que dit Thucydide n’est véritablement exact que dans la mesure où son appréciation regarde la nation grecque en tunt que collectivité politique récente.

(3) Er. DE BYz., s.v. Toota; TITE-Live, I, 1.

la région lavinienne, avait fondé une nouvelle Troie. Là, liant partie avec Tarchon, roi étrusque et avec Latinus, souverain du Latium, il avait, grâce à l'appui de ses alliés, défait l’opposition rutule et jeté les bases de la plus ancienne dynastie royale en même temps que de la future grandeur romaine (:).

Inutile de rappeler l'autorité que ce récit, repris et développé en détail par le plus scrupuleux et le plus archéologue des poètes, doit au nom de Virgile, si bien informé de tout le passé romain et à qui son crédit auprès de l'Empereur non moins que son rôle de « propagandiste » en faveur de la politique d’Auguste, valaient toutes facilités pour consulter les sources les moins accessibles au vulgaire.

Réserve faite de l’inévitable (mais non toujours discernable) part de décor soit littéraire soit légendaire que les Histoires, comme l’Énéide, doivent, l’une au penchant excessif de Tite-Live pour la rhétorique, l’autre aux exigences de la poésie épique, une conclusion précise se dégage de tous ces récits.

Cette conclusion c'est que, entre l’Asie Mineure et les plus anciens cadres politiques et religieux dont lItalie romaine et impériale eût conservé le souvenir, il existait un lien; un lien étroit, un lien direct.

Mais, il en a été réellement ainsi, ces antiques immigrations ont, sans aucun doute, dû laisser d’autres traces.

L’on aurait, en effet, quelque peine à comprendre que des groupes importants dont les auteurs ne rapportent l’arrivée en Italie, que pour vanter les heureuses manifestations de leur génie organisateur pour leur attribuer la paternité des plus vénérables institutions nationales, n’aient laissé d’autres indices de leur présence et de leur activité que la « fondation », de quelques rares cités ou d’un petit nombre de centres cultuels isolés.

Si, véritablement, ces colons ont joué le rôle capital qu’on leur a attribué ; si la place qu’ils occupaient dans la mémoire des Romains de l'Empire correspond bien à leur influence organisatrice effective, nous devons être en mesure de contrôler, si peu que ce soit, l'authenticité de ces affirmations.

La tradition est un guide incomparable. Et il paraît à tout le moins douteux que, soit nos investigations, soit nos méthodes de classement, puissent aboutir à des résultats cohérents et sérieux en dehors d’elle.

Mais l'historien, qui n’a le droit ni de la nier, ni de l’ignorer, a, par contre, le droit et le devoir d’en poursuivre, par tous les moyens, l’illustration concrète. Car c'en est, en même temps, la meilleure vérification.

(1) Cf. L'Énéide.

Pour cela, plusieurs moyens s'offrent à nous ; moyens que nous allons, l’un après l’autre, mettre à l'épreuve.

L’onomastique en premier lieu.

L'un des indices que les historiens antiques considéraient comme les plus sûrs, lorsqu'ils voulaient se rendre raison de quelque colonisation datant de l’époque héroïque, consistait, on le sait, à rechercher les homonymes de la ville métropole dans la révion censée choisie et occupée par les contingents migrateurs.

Sans chercher plus loin des preuves qui, du reste, abondent, tant dans l'antiquité que dans les temps modernes (1), Tite-Live et Virgile, nous font, par exemple, assister à la fondation de deux Troies ; l’une par Anténor, sur l’Adriatique, dans la Vénétie actuelle ; l’autre, au voisinage d'Ostie, entre l’Ager Laurentum et la mer (2), par Énée.

Inutile de retracer par le menu la justification historique et logique de ces homonymies. Des besoins innés de la nature humaine, non moins que les rites de la religion, suffisent à les expliquer. Et elles sont, encore aujourd’hui, bien loin d’être passées de mode. Partout, le nouvel arrivant cherche à se donner l'impression du « home » retrouvé.

Ces « Troies » sont-elles isolées ? Sont-elles comme de rares ilots perdus en territoire étranger ? Ou font-elles, au contraire, partie d’un ensemble plus vaste dont elles ne constituent que des spécimens plus particulièrement illustrés et, dès lors, mieux et plus tôt mis en valeur ?

La question vaut la peine d’être examinée.

Il va sans dire que, si nous retrouvons dans la péninsule conquise par la descendance du fils d’Anchise des traces nombreuses, frappantes, convergentes, de rapports onomastiques intimes avec l'Asie Mineure, nous serons en possession d’un premier ensemble de présomptions singulièrement favorables aux dépositions de Virgile, de Tite-Live, d'Hérodote et d’'Hellanicus.

L'Indice generale della Carta d'Italia du Touring Club Italien (5) va d’abord nous fournir un nombre appréciable d’indications curieuses.

(1) Une étude systématique de l’onomastique moderne de l'Afrique du nord ou des États-Unis, par exemple, comporterait, à cet égard, plus d’un enseignement; car elle permettrait de saisir, en quelque sorte, sur le vif, et d’une manière sûre, les facteurs essentiels qui interviennent dans ces « éponymations ».

(2) Cette localisation que J. CarcoPINO a discutée et déduite dans sa belle thèse sur Virgile et les Origines d’Ostie, Paris, 1919, nous paraît, en effet, des plus vraisemblables et peut passer, d’ores et déjà, pour virtuellement acquise.

(3) Milan, Touring Club Italiano, octobre 1916 ; les « régions » sont celles qui servent de litres aux cartes du Touring Club Ital. Les mots se trouvent à leur rang alphabétique.

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