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Ce n’est point ici le lieu de discuter en détail les multiples questions que soulève ce passage, tant au point de vue du lieu de débarquement
présumé de ces clans asianiques (?) que du chiffre éventuel de leurs con-
(1) Je me borne, bien entendu, à résumer cette tradition que MoNTELIUS, MopEsTov et PONTRANDOLFI, pour ne citer que des travaux d’ensemble aisément consultables, ont exposée et discutée dans ses détails. L’on s’est contenté de remémorer ici les points les plus importants.
(2) Il semble qu'Hérodote ait également pu vouloir désigner par les mots xx oïxéerv uéyot toÿde tant les côtes méditerranéennes de la Toscane que les côtes de l’Adriatique.
Suivant Trre-Live, I, 2, les Étrusques ont prévalu sur l’Italie entière, des Alpes au détroit de Messine. Les indications de l’onomastique (cf. W. SCHULZE, op. cil., passim) prouvent également leur présence en Corse et en Sardaigne en même temps qu'elles confirment les traditions ci-dessus. Mais les populations italiques paraissent avoir, au bout de quelques siècles, éliminé une grande partie de cette aristocratie allogène. Remarquons, toutefois, en passant, l’épanouissement économique qui accompagne partout, en Grèce, comme en Égypte, l’arrivée de ces immigrés d'Asie Mineure. L'on ne saurait donc guère douter qu’il n’en ait été de même dans la plus ancienne Italie. La ‘chose est sûre, en ce qui concerne le Latium, lors de l’avènément de la dynastie tarquine. Une vingtaine de siècles plus tard, la reprise des relations de commerce de l'Italie du nord avec l'Orient et l'expansion qui s’ensuivra aura également comme conséquence prochaine la pénétration d'importants éléments commerciaux en France, pénétration qui aboutira au XVIe s. à porter les descendants de banquiers italiens sur le trône de saint Louis. Sur ce curieux côté de l’histoire de la Renaissance et du pouvoir royal, dans leurs rapports avec le réveil mercantile de l'Italie, voir Pierre BONNASSIEUX, Les Grandes Compagnies de Commerce, Étude pour servir à l'histoire de la colonisation, Paris, Plon, 1892, pp. 22-25. Cette remarque incidente n’a qu’un seul but : attirer l'attention sur la constance des processus politico-économiques à travers les âges. Pour les relations commerciales
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tingents. Il nous suffit, pour le moment, de n’en retenir que les données essentielles, savoir :
1° Que Finsuffisance des récoltes obligea d'importants éléments asianiques (1) installés ou réfugiés en Lydie à chercher vers l'occident méditerranéen de nouvelles terres plus clémentes susceptibles de les recevoir ;
2° Que cet exode eut lieu, non de toute la côte lydienne, mais du grand port de transit vers l’occident : Smyrne; que, de ce chef, bon nombre d’émigrants de toute provenance, mécontents de leur sort en Asie et guettant l’occasion de convois pour l’ouest, eurent toute facilités
# pour se joindre au gros de la troupe (2);
3° Que l'expédition fut conduite par l’aristocratie lydienne et dirigée, entre-autres, par un prince portant un nom théophore dérivé d’un thème en Tyq“u (5). |
4° Que les éléments n’en parvinrent pas directement en Italie mais seulement après divers essais — probablement peu fructueux — d’établissement en diverses régions intermédiaires (4).
Toutes ces affirmations sont parfaitement naturelles, convergentes, et certaines analogies historiques, signalées en passant, autorisent à considérer le témoignage d'Hérodote comme exact, dans son ensemble.
Car les grands facteurs géographique et humain s’exercent à travers les âges, le plus souvent, de manière à peu près uniforme.
Le monde, en définitive, change peut-être moins et moins vite qu’il
du monde étrusque avec le nord-ouest de l’Europe, cf. H. GENTHE, Ueber den etruskischen Tauschhandel nach dem Norden, neue erweit. Bearb. Heiïlbronn 1874; quant à leurs rapports avec l'Orient méditerranéen ils résultent nécessairement des témoignages traditionnels concernant leur immigration, non moins que des influences orientales et maritimes qu’atteste une partie de leurs monuments (musée grégorien de Rome et musée arch. de Florence p. ex.).
(1) C'est à dessein que l'on emploie ce terme de préférence à celui de Lydien, à raison de la oiyyusts é0yGv signalée par SrraBoN (XIV, C. 678) en Asie Mineure après la guerre de Troie.
(2) C’est là un facteur dont il y a d’autant plus lieu de tenir compte que la situation politique devenait, à ce moment, nettement défavorable au « monde troyen ».
(3) Cf. chap. 11 à ce sujet (noms en 77s-). Remarquer d’ailleurs, que, suivant STrRra- BON V, C. 219; EUSTATHE, Com. Den. le Périèe. 347; ET. DE ByYz. (s.v. Tapyuiveov et Tapzuvia), l’un des compagnons de Tvussnv6s portait effectivement le nom de Tapxwy (ou Tapyuwv).
(4) Ce détail, combiné avec le fait d’une migration par mer, rendrait, semble-t-il, assez bien raison d’une pénétration en Italie de plusieurs côtés à la fois, ce qui, nous le verrons, a certainement été le cas. Voir plus bas à ce sujet. La tradition de l’Enéide touchant les vagabondages d’Enée témoigne dans le même sens.
ne semble. On l’oublie peut-être, un peu trop volontiers, surtout en histoire ancienne.
Ce passage reçoit, d’ailleurs, une confirmation formelle d’Horace (Satire I, 6, 1 et sq.) et de Tacite (Annales IV, 55). Dans le premier de ces morceaux (1), le poète ami de Mécène rappelle à son protecteur l’affinité traditionnelle unissant les Étrusques au monde de la Lydie.
Cette affinité se trouve confirmée par l'historien, sur la foi d’un instrument diplomatique officiel. Les ambassadeurs de Sardes y allèguent, en effet, publiquement lantique consanguinité qui les relie aux Étrusques(?) : Sardiani decretum Etruriae recitavere ut consanguinei :nam Tyrrhenum Lydumque Atye rege genitos ob multitudinem divisisse gentem ; Lydum patriis in terris resedisse, Tyrrheno datum, novas ut conderet sedes ; et ducum e nominibus indita vocabula illis per Asiam, his in Italia ; auctamque adhuc Lydorum opulentiam missis in Graeciam populis, cui mox a Pelope nomen.
Le récit d'Hérodote se trouve donc corroboré par deux auteurs différents, auteurs qui n’ont pu se concerter ; qui appartiennent l’un et l’autre à la société la plus cultivée de leur temps ; tous deux en relation avec les milieux officiels; ayant eu, de ce chef, toutes facilités de consulter les archives de l’Empire et les registres des pontifes.
Ce sont, en outre, deux esprits ouverts, positifs, dont le sens critique et la vision du réel semblent avoir été rarement en défaut.
Ils n’avaient, en outre, en la circonstance, aucune raison, ni personnelle, ni politique, à altérer des faits de tradition constante.
L'on peut, par conséquent, accorder crédit à leur déposition.
Denys d’Halicarnasse (3) rapporte la même tradition.
Mais il ajoute (+), il est vrai : Toÿrw +5 A8ÿw toAAodS nai a ous quyypaoeïs Rep! to T'uponvoy yévous yonoamévous Etiorauar, tobs pÈèv xara Tadta, robc dè merafévras Tov olxoudy ai toy ppévor (5). "EXsËay yap Dh rives HpaxAéouc
(1) Non quia, Maecenas, Lydorum quidquid Etruscos || incoluit finis, nemo generosior est te etc.
(2) Ce document à, comme on le sait, un curieux parallèle dans la correspondance échangée entre le grand-prêtre Jonathan et les Spartiates (MACCHABÉES I, XII, 5-23 et XIV, 16-23 ; cf. JoSÈPHE, Antiqu. XII, 4 et sq.) où d’anciens liens de parenté entre Lacédémone et le monde palestinien sont formellement énoncés. Le premier volume de « la Grande Bleue » essaiera de justifier ces témoignages que des critiques beaucoup trop pressés ont eu le tort de traiter à la légère pour l’unique et faible raison qu’ils ne concordaient pas avec l’idée a priori qu’ils se sont faite du développement historique.
(3) Antig. Rom., I, 27.
(s) Nous avons indiqué plus loin les raisons, à notre avis, très fortes qui autorisent à admettre plusieurs points de pénétration de ces contingents en Italie, ainsi qu’un
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Ainsi, le seul argument auquel Denys ait recours pour contester le bien-fondé des allégations traditionnelles, qu’il n'ignore point, est un argument tout négatif.
Xanthos, homme instruit, s’il en fut, de la plus ancienne histoire et du passé de la Lydie, sa patrie, ne mentionne ni prince du nom de Tyrrhenos ni colonie méonienne immigrée en Italie.
Comme on le voit, la raison invoquée par l’auteur des Anliquités romaines est, en somme, assez faible.
C'est une pure et simple déduction tirée d’une prétérition, prétérition que pouvait, au surplus, parfaitement justifier le plan suivant lequel Xanthos avait conçu son histoire.
L'existence de la tradition relative à la venue en Italie de contingents partis de Lydie n’en demeurait pas moins vivace dans la capitale du royaume de Crésus. Car le passage de Tacite cité plus haut ne saurait laisser subsister le moindre doute à cet égard.
Autant que les vestiges subsistant de l'ouvrage de Xanthos permettent d’en juger, celui-ci ne parlait pas davantage des entreprises des T'yrsènes, venus avec leurs femmes et leurs enfants, à la suite, sans doute, de quelque calamité nationale (guerre de Troie ?) tenter un établissement en Égypte. |
Cet épisode important de leur histoire n’en est pas moins acquis de par les documents trouvés dans la vallée du Nil.
échelonnement des dates d'arrivée. L’on ne doit, non plus, pas perdre de vue que l’ancienne civilisation continentale, dont les cadres se réfugièrent dans la suite en Arcadie, en Illyrie, en Thrace (cf. les traditions relatives à Kadmos, à Oreste, à Évandre, à Énée et à la famille de Priam, Antenor, etc., et la survivance de Tosques dans l’Albanie actuelle) procédait, elle aussi, de la même culture. Mais une situation politique, économique et territoriale différente ; d’autres sujets ; moins de facilités d'échanges et de communication avaient amené ces régions à se développer moins promptement et d’une manière tout autre. De là les similitudes de fond existant entre la culture étrusque et la plus ancienne culture italique.
(1) Cf. ce nom avec le cappadocien Te-le-pi-nu-ux.
Au reste, plus que d’autres, en raison de leur éparpillement mème, de leur mode de propagation et d’action, de leurs destinées, variables suivant les temps, les dynasties locales, les régions, ces clans aux migrations faciles se trouvaient exposés aux omissions de ce genre.
“La manière dont cette histoire se présente amène, en effet, facilement l’auteur qui entreprend d’en rapporter la moindre partie à faire l’histoire générale du monde méditerranéen. |
C’est là une conséquence fatale de ces déplacements innombrables qui font ressembler la Méditerranée, sitôt qu’elle nous apparait dans l’histoire, à une ruche en activité.
N'oublions point, au surplus, que la naissance des nations classiques, après un long et obscur moyen-âge, résulte, tout comme cela se produirait aujourd’hui, de l'apparition et de l'épanouissement progressifs de nationalismes locaux; puis, de l’institution d’organismes centralisés : État maritime crétois ; Nouvel Empire ; Confédération hétéenne; patrie grecque (:) ; patrie latine et romaine.
Sous l'influence de cette différenciation, que favorisent les milieux gouvernants, les conceptions du vieux monde s'effacent.
Il faut opter; être Athénien ou Lycien, et non plus lun et l’autre, comme Lycos, fils de Pandion (2) ; « Phénicien » ou Béotien ou Athénien, et non plus l’un et l’autre, comme Kadmos ou les Géphyréens ().
La transformation qui s'opère, s'effectue, en somme, suivant un processus assez analogue à celui qui a substitué aux points de vue paroïssiaux de notre moyen âge ceux, plus administratifs et plus purement politiques, de notre grande féodalité et de notre monarchie.
Les aperçus se limitent.
Hérodote, pourtant si peu grec d'âme, sous certains rapports (+), embrasse un horizon sensiblement moins vaste qu'Homère.
Alors que la pensée du poète épique embrasse d’un coup d'œil égal les deux partis qu'il met aux prises, Hellade et hellénisme constituent déjà le centre des préoccupations d’Hérodote. |
Avec Thucydide, les frontières se définissent plus nettement encore. Aussi, à part ses premiers chapitres et quelques renseignements acces-
(x) Notion déjà bien visible chez Homere.