‹ Tarkondemos. Réflexions sur quelques éléments graphiques figurant sur le monument appelé "Sceau de Tarkondemos."Chapitre 69 sur 69 · IV · texte numérisé non relu

IV

(4) De praenom. 4.

(5) Cf. SCHULZE, op. cit., p. 314, par ex.

bat dans les rangs de Turnus. Elle brandit d’une main vigoureuse sa hache de combat d’airain.

Et Virgile (XI, 659 sqq.) ajoute :

Quales Threiciae cum flumina Thermodontis pulsant et pictis bellantur Amazones armis

seu circum Hippolyten seu cum se Martia curru Penthesilea refert magnoque ululante tumultu feminea exultant lunatis agmina peltis.

Fantaisie, imitation poétique, pastiche, dira-t-on. Il faut, sans doute, faire la part de tout cela.

Mais nous avons affaire dans l’Énéide, il ne faut jamais le perdre de vue, au moins imaginatif des écrivains. Volontairement, en eflet, l’auteur subordonne son talent poétique à l’histoire, aux données des archives. Il pousse même le scrupule à tel point qu’il n’hésite pas, malgré sa santé délicate, à prendre la mer pour se rendre sur l'emplacement même de Troie afin d’y vérifier ses allégations topographiques.

Collaborateur de l’œuvre de restauration politique et morale entreprise par Octavien, il sait que son concours sera d’autant plus efficace que sa reconstitution épique sera plus historique ; que l’auteur s’effacera toutes les fois qu’il le faut devant RE et n’avancera rien qu'il ne puisse justifier.

Le tableau qu’il évoque nous représente donc l’idée qu’il se faisait — et Auguste avec lui — de cette ancienne société où les femmes jouaient un si grand rôle, soit comme prêtresses, soient comme citoyennes actives ; où « elles partageaient avec les hommes plaisirs et dangers; où, seules, à l’occasion, elles allaient à la chasse et combattaient contre les bêtes sauvages » (ï).

Or, comme le type le plus ancien de cette conception sociale se trouve en Anatolie, d'où il a gagné l’Égée et l’Hellade, l’Énéide, œuvre savante qui RAA par Re à un public instruit, peut être considérée comme donnant ici l'opinion des classes cultivées touchant cette caractéristique importante du monde italique préromain (?).

() H. BossERT, op. cit., pp. 13-14.

(2) Le soin et la ténacité dont Auguste a fait preuve pour raviver la plupart des antiques collèges, de leurs rites, de leur culte, implique, outre des préoccupations dynastiques, une documentation religieuse que sa situation lui rendait aisée. Il paraît difficile que son ami, auxiliaire et incomparable confident littéraire, n'ait pas largement profité de cette riche information.

Ce personnage, purement épisodique, ne nous aide donc guère encore à percer le mystère où s’enveloppe la nature du pater Tarpeius.

L'histoire de la Vestale Tarpeia nous sera, par contre, d’un secours plus appréciable.

Des traditions qui la concernent, nous avons sommairement rappelé les données essentielles.

Le détail de sa soi-disant trahison nous intéresse, en somme, peu, bien que l’on puisse trouver quelque antinomie entre ce rôle, plutôt: fâcheux, et les honneurs qu’on lui rendit plus tard.

Il est vrai que, suivant d'autres parties de sa légende, son intervention politique, loin d’avoir été funeste, aurait été bienfaisante. Elle passait, en effet, pour s'être utilement interposée entre Romains et Sabins (*).

L'époque de la féte dont elle constituait le centre tombait en février.

Or, l’octave lustratoire du 13 au 21, dies parentales (?) consacrés aux cérémonies accomplies en l'honneur des défunts, débutait par un parenlatio des Vestales à la tombe de Tarpeia (5).

Ceci implique une double coïncidence qui n’est certainement pas le fait du seul hasard.

Coïncidence chronologique, d’abord.

Car le mois de février était le temps, par excellence des purifications tant publiques que privées (4).

Il devait ce caractère aux miasmes que déchainait le réveil périodique de la nature. Et ces miasmes eux-mêmes provenaient d’une sorte de libération annuelle des mânes, associés à l’œuvre de régénération du printemps ; associés dont le frôlement, bien qu’invisible et subtil, n’en provoquait pas moins une souillure. Souillure indispensable, mais souillure tout de même, dont il importait de conjurer sûrement les effets (5).

(1) Cf. pour toute cette histoire E. Pais, Ancient legends etc., chap. v.

(2) Ces jours figuraient au calendrier sous les rubriques de Parentalia et de Feralia. Cf. MoMMsEx et MARQUARDT, Manuel des antiquités romaines, t. XII, pp. 372-3 (Trad. G. HuMBERT, Paris, 1889).

(3) DEN. D'HaLic. II, 40.

(4) Cf. par ex. FEsrus, de signif. verb. s.v. Februarius. L’on remarquera la coïncidence de cette période avec celle des émigrations ou entreprises de colonisations. Ceci est un signe, entre cent, du parallélisme voulu, établi par la religion pré-classique entre les manifestations de l’activité humaine et celles de la vitalité universelle. Partout, au reste, se constatent des traces que le ver sacrum avait, « à l’origine, été un sacrifice réel et ne s'était converti que plus tard en un rite liturgique ». Cf. MOMMSEN et MARQUARDT, 0p. cit., p. 336, n. 3, et DAREMBERG et SAGLIO, s.v. devolio.

(5) Cf. lé rôle des pitäras R.V. VII, 35, 11; X, 154, 5. Pour tout ceci, que je me réserve de justifier, le moment venu, en détail, mais qu’il est impossible de détacher du

Aussi, pendant toute cette période impure (*), les temples demeuraientils clos, les fonctions publiques étaient-elles suspendues, les unions interdites. | AA Te jt

Mais ces purifications avaient pour conséquence, pour but pratique et. concret de stimuler la fécondité de la terre et l’heureux croît de tous les êtres vivants (2). tte Le parallèle exact s’en retrouve, comme on le sait, en Grèce, dans les Antesthéries (5). | |

C'était là, l’on se le rappelle, l'objet commun de toutes les cérémonies du mème genre que célébraient, au même moment, d’autres sanctuaires ou collèges religieux locaux : rites en l’honneur de la Junon

vaste ensemble auquel il se rattache, je me borne à de simples indications ne me considérant nullement comme quitte d’une démonstration détaillée, qui sera fournie.

(x) L'on sait que le dieu Februus, que l’on identifia plus tard avec Dis paler et avec Pluton — dieu qui, selon certaines traditions (ANysius, ap. Jean Lypus, de Mensibus IV, 20) était d’origine étrusque — était, d’une part rattaché au monde des forces souterraines, d'autre part préposé aux lustrations rituelles (MACROBE, Salurnales, 1, 13, 3, et WALDE, D. E: s.v. februo). Ce mot nous parait être dans le même rapport à l'égard de réppa que ficus à l'égard de obxoy | =üxov, écubpés à l'égard de rufus et rubor, libra à l'égard de Aicça [pour le caractère propre de l’occlusive dentale, et la nature toute spéciale de la labiale, cf. ce qui a été dit pp. 48, et 110-1]. Nous pencherions donc pour un rattachement de sens radical avec febris — fièvre, l'idée fondamentale étant celle d’une purgation où purification dont la flamme (réelle ou physiologique) était, évidemment, le principal agent (cf. VarRON, de L. L. VI, 13 : februm Sabini burgamentum). L'on trouve encore dans nos campagnes des conceptions médicales de ce genre. Que l’origine du mot soit donc étrusque et/ou sabine, une forme archétype *beBr- nous paraîtrait rendre compte à la fois de la forme et du sens. L’histoire, certainement très compliquée du plus ancien monde italique; les interréactions mutuelles des parlers sabin, ombrien, osque, étrusque, sicule, latin ; les concurrences de phonétismes et de formes dont le latin a conservé tant de visibles traces (cf. par ex. popina [sabin] à côté de coqguo ; rufus [ombrien ?] à côté de rubor) ; les échanges de suffixes d’un groupe à l’autre (cf. levenna — levis AULU-GELLE XVI, 7, 10-11) sans compter les innombrables noms propres aux caractères métissés relevés par Schulze, montrent à quel point l’interpénétration a été profonde, le chimisme linguistique complexe. Pour bien faire, il faudrait pouvoir restituer en détail histoire de chaque mot. Cela fût-il praticable, il nous paraît qu’en certains cas l’on aurait peine à distinguer, en fin d’analyse, entre. le bien propre de lindo-européen et l'élément allogène. Un amalgame dont chaque composant est lui-même le produit d’un mélange constitue un produit terriblement rebelle à l’analyse. Quoi qu’il en soit, l’équivalence februus — xaray Üôvos alléguée par Anysius (oc. cit. et III, 13) paraît devoir être écartée, du moins en tant que traduction littérale et immédiate.

. (2) DAREMBERG et SAGLIO, 5. v. Februus.

(3) Cf. DAREMBERG et SAGLI0, 5. v. et les excellents Prolegomena: de Miss J. HARRISON, que complètent son étude intitulée THEMIS, Cambridge 1912, ainsi que ses Epilegomena to The Study of Greek religion, Cambridge 192r. RE

de Lanuvium ou Juno februata, februalis, februlis dont les Lupercalia coïncidaient avec les nones de Février (:).

- Acette occasion, les femmes februabantur a lupercis amiculo Tunonis, id est pelle caprina ; quam ob causam is quoque dies Februatus appellabatur (°). Le sacrifice constituant la première phase des Lupercales comportait comme victimes des chèvres et des boucs (5). Selon Servius (+), le dieu, d'identité mal assurée, que ces rites avaient pour objet d’honorer, n’était pas sans rapports avec le Pan (5) d’Arcadie, bien que, selon d’autres, il présentât également des affinités avec un dieu belliqueux, avec Liber, dont « le bouc est la hostia propria ». La peau de cet animal portait chez les anciens, comme on se le rappelle, le nom de februum : « nam pellem ipsam capri veteres februum vocabant ().

La course des Luperques, qui formait le second acte de la liturgie, avait

(1) Février était le dernier mois de l’année. Cf. VaRRON, de L.L., VI, 13. Le rapport sémantique préclassique signalé par les auteurs entre Februus et chèvre reçoit de l’Iliade une confirmation aussi amusante que curieuse. L’on sait, en effet, que le géant Botapeux, mot de la langue des dieux (Iliade 1, 403-4), donc : cappadocien (cf. p. 10 note) dont HÉSIODE (Théog. 617,734) nous a conservé une forme plus complète : OBpiapews, a pour correspondant (— comme traduction) dans la langue des hommes — en langue éolienne épique : Atyaiwv. Or, si l’on tient compte :

10 qu’il s’agit d’un nom propre religieux, c’est-à-dire d’un nom transmis, en définitive, par les archives et par les « livres » , par conséquent, d’une transcription ;

20 que l'O tient parfois lieu dans les noms égéo-méditerranéens de la semi-voyelle (ou semi-consonne) labiale, surtout à l’initiale [cf. Berrukos — see Avernus — A0pvos ; Ap6a — Apon; Aaopoa — Daversi, Oukeus, piles, etc. ; Oaftor — pañto], phonème que le crétois rend, à l’occasion par un 8 [entre-autres] et le pamphylien par un # (cf. gixatt — pixatt) —, tous ces expédients n'étant que des à-peu-près pour exprimer le *8 asianique — ; |

30 que Aiyaiwy signifie : le « caprin »; l’on conclura, sans doute, avec nous, que Ofptapews — *Babriareos — Februliarius ; en d’autres termes, que Februus est un vocable de. la langue des dieux. Ceci ne préjuge, d’ailleurs, nullement de son indo-européanisme ou non-indoeuropéanisme éventuel, le parler des immortels n'étant, certes, pas plus exempt de mélange que celui des hommes. Nous serions, toutefois, assez tenté de voir un -Ofprapews dans le génie à tête caprine reproduit par A. J. Evans, Scripta Minoa I, p. 34, fig. 15,n° 1

(2) FEsrus, de signif. verb. s.v. Februarius.

(3) PLUTARQUE, Romulus, 21. OVIDE, Fastes Il, 361.

(4) ad Æn. VIII, 343.

(5) Cf: Servius, loc. cit. et ad Georg. III, 2 [Wiroilii Maronis interpretes veleres ed. À. Mai]

(6) Peut-être le rite admettait-il aussi le chien comme victimes (cf. PLUTARQUE, Loc. ci.). L'on sait que le chien, chez les Carieris était sacrifié à Arès. Ceci est à rapprocher de l’ancien caractère belliqueux dont le Lupercal du Palatin semble avoir conservé la trace. P. le chien, animal religieux, cf. suprà, pp. 178 et seq.

288 ï CHAPITRE III

comme participants les membres du collège, revêtus pour la circonstance de la toison des chèvres immolées.

Cette toison, découpée à son tour en minces lanières, servait à l’accomplissement de flagellations rituelles ayant pour objet de rendre femmes et jeunes filles frappées propres à concevoir.

Comme on l’a remarqué, à propos d’un passage d'Ovide concernant cette verbération, ceci se rattache aux rites perpétrés en l’honneur de Faunus Inuus, autre bouc sacré, « dont l’action mystérieuse devait procurer aux femmes la fécondité » (*).

(1) DAREMBERG et SAGLIO, s.v. Lupercalia, Faunus et Februus. L'auteur fait preuve, à notre sens, d’une exégèse beaucoup trop étroite à l’égard des différentes répliques de ce dieu fécondateur. Il est, pourtant, de toute évidence que l’évolution de sa personnalité ne comportait pas les mêmes possibilités en Arcadie et dans le Latium et que son caractère devait, dans le premier cas, devenir plus exclusivement pastoral. Nous avons affaire, en l'espèce, à des différenciations d’un type originel correspondant à peu près à celles que l’on peut constater encore aujourd’hui entre les Jésus luthérien, catholique et grec orthodoxe, ou italien, français, allemand, hollandais, espagnol, l'imagerie, comme de juste, ayant sa large part de responsabilité dans la différenciation de chaque type.

Lorsque l’on étudie cette période de l’histoire il faut, à notre avis, ne jamais perdre de vue : 10 que la familia (ou la gens) y fait fonction d’archétype de l’État, qu’elle constituait seule, dans le principe ; 20 que la société préclassique périméditerranéenne était une société foncièrement féodale, constituée par d'innombrables tribus (cf. par ex. Taucyp. I, 2, 1) de type « culturel » sensiblement identique. Mais la concurrence qui ne pouvait pas ne pas résulter de leur présence commune: autour du champ clos méditerranéen devait avoir pour conséquence inéluctable de les contraindre, en quelque sorte, à s'opposer les unes aux autres pour mieux se différencier. Phénomène de polarisation singulièrement normal, somme toute, conforme à l’histoire de toutes les collectivités, fois, nations ou partis. À ce jeu, le système cosmo-théologique fondamental, création synthétique faite une fois pour toutes, impliquant une architecture du monde qui s’était vulgarisée et que personne, au reste, ne se souciait de changer, a tenu bon. Mais il n'en pouvait aller de même des personnalités divines suprêmes dont chaque groupe, bien au contraire, entendait se réserver l’exploitation intégrale et qu’il conservait avec ses ministres, même après amalgame avec d’autres éléments. L'histoire du christianisme abonde en manifestations similaires que la Papauté, gardienne avant tout d’unité, limite à l’intérieur du catholicisme, au minimum nécessaire à la vitalité du culte, sans ‘que, toutefois, le christianisme dans son ensemble en soit exempt. Tout comme le moyen âge préhellénique, le moyen âge occidental, sous l’influence de causes politiques et sociales analogues, a connu ces tendances. La floraison des hérésies cathare, vaudoise, albigeoise etc., en est la preuve. Mais, rencontrant devant lui Rome, adversaire irréductible de cette diffraction religieuse, il s'est rabattu sur les saints et les dévotions particulières. L’on saît de reste la prodigieuse prolifération des « patrons » canonisés jusqu’au temps des guerres de religion. Ce parallèle n’a d’autre but, on le conçoit, que de faire saisir sur le vif le jeu de cet invariant humain. L'histoire intérieure du bouddhisme et de ses sectes aboutirait, pour les mêmes raisons, à des constatations identiques. L’on voit donc comment et pourquoi Kronos, Saturne, Faunus, Pan, Volcanus- l'ehyavos, Hermès, etc. tous dieux du même

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