VII
(3) L'influence des modes — donc de la prépondérance économique — tyrrhénienne au temps d’Évandre a été discrètement indiqué par Virgile (VIII, 457-8) : consurgit senior tunicäque inducitur artus|| Et Tyrrhena pedum circumdat vincula plantis. Le trait est amusant à noter en passant.
ad Tarpeiam sedem et Capitolia ducit
aurea nunc, olim silvestribus borrida dumis. |
Tam tum religio pavidos terrebat agrestes
dira loci, jam tum silvam saxumque tremebant.
-Dès ces premiers vers, l’on constate une allusion implicite à cette religion préclassique des forces cosmiques, forces conçues sous des aspects. multiples, dont les fouilles en terres égéo-mycéniennes et crétoise nous ont valu tant de vestiges. Nes
Ces restes, qui n'ont point, jusqu'ici, reçu cd explication intégrale, suffisent, en tout cas, à attester le caractère à la fois naturaliste et mystique des croyances qui s’y manifestent (:). $
Le discours du vieux roi à son hôte vient confirmer cette première impression.
« Hoc nemus, hunc, inquit, frondoso vertice coter (quis deus, incertum est), habitat deus. »
Le dieu de ce sommet demeure donc dans une sorte de pénombre mystérieuse que le poète n’a pu ou peut-être n’a voulu dissiper. Les époques cultivées ont parfois d’étranges retours de dévotion et, à examiner de près, le soin pieux avec lequel Auguste a restauré ou restitué tant d’antiques usages, tant de rites attribués aux origines romaines peut faire suspecter ici un silence calculé. Ne s’agirait-il point, par hasard, du plus ancien protecteur de l’ascendance des Iule ?
Quoi qu'il en soit, cet Éematique personnage était un dieu suprême. Et les Arcadiens — ce détail n’est pas sans valeur — l'avaient reconnu pour tel.
Arcades ipsum credunt se vidisse Tovem, cum saepe nigrantem aegida concuteret dextra nimbosque cieret.
Ce dieu était donc, à n’en pas douter, un dieu de l’orage et de la pluie, donc de la A iER) Et les Arcadiens d'Évandre l’avaient identifié.
Ceci constitue une indice d’origine, rattachant cette obscure divinité à la série des dieux fécondateurs aux noms divers; répliques plus ou moins popularisées, assurément, mais procédant toutes, nous l'avons vu, d’un archétype théo-cosmologique visiblement commun.
(1) Cf. par ex. HeLMuTH TH. BOSSERT, Altkreta, Berlin 1921, p. 10 (S VI), ouvrage plein de goût, de pensée subtile et profonde,
La physionomie énigmatique du dieu, son habitat agreste, dont émanait on ne sait quelle vague appréhension religieuse, ont également inspiré à Properce des vers bien connus (:) :
Tarpeium nemus, et Tarpeiae turpe sepulcrum Fabor, et antiqui limina capta Louis
Lucus erat felix hedérosa consitus antro,
Multaque nativis obstrepit arbor aquis ;....... (2)
Une autre de ses élégies (5) fait également allusion au caractère tonnant du Zarpeius pater.
Ces attributs à la fois fulgurants et aqueux concordent donc fidèlement avec ceux du Txpuv d'Asie Mineure et de ses variantes asiatiques.
Le commentaire de Servius se borne à reproduire la légende sabine de Tarpeia. Non sans y ajouter un détail, cependant. Car il nous est dit que Romulus avait institué un certain Lucius Tarpeius gardien de cette hauteur sacrée : et Tarpeio cuidam |dederat] aram tuendam . . .....
Ce Lucius Tarpeius, inconnu par ailleurs, protecteur de la colline romaine par excellence, a tout l’air d’une « héroïsation » du dieu éponyme local.
Et, suivant une opinion rapportée par Valère Maxime (+), ce nom même, de physionomie romaine et qui paraît devoir être rattache à lux, serait, en réalité, une adaptation latine du Lucumo étrusque : Lucii cœperunt appellari... ut quidam arbitrantur, a Lucumonibus etruscis. Les nombreux maquillages de noms propres à la latine (5) décelés par Schulze donnent assez de vraisemblance à cette interprétation.
Nous nous trouverions donc, si le renseignement est sérieux, orientés du côté des institutions politico-religieuses étrusques.
Cette allusion, qu’il y avait lieu de signaler, reste, malgré tout, trop précaire à elle seule pour autoriser une inférence de quelque portée.
Touchant le « deus incertus », le commentateur (s.v. 352) se borne à faire une brève allusion à l'antiquité du culte du Zeus arcadien, culte institué, disait-on, par Éaque, l’Achéen d’Egine, ancêtre d'Achille.
La guerrière Tarpeia, dont l'épopée évoque-“brièvement la juvénile et martiale figure, est une sorte d’Amazone, compagne de Camille, qui se
(1) IV, 4 1 sqq.
(2) Ceci paraît correspondre au caractère humidifiant du dieu, qui se retrouve également en Asie Mineure.