‹ Tartarie, Beloutchistan, Boutan et NepalChapitre 26 sur 53 · MS · texte numérisé non relu

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eipaux seigneurs et les latnasles plus considérables assistèrent à cerepas. Après le dîner on tira de l’arc. Les archers les plus habiles reçurent des prix , comme les lutteurs.

Le 1 1 juillet, à quatre heures du matin, les knans et les autres seigneurs se réunirent dans la demeure du koutoukhtou, et délibérèrent jusqu'au soir sur les noms qu'on devait donner aux vain-

3ueurs qui avaient remporté les prix e l’arc ou de. la lutte. Ces noms étaient destinés à signaler à l’admiration et au respect de leurs compatriotes et de la postérité les hommes auxquels on les décernait. Le nom de Lion fut accordé d’une voix unanime au premier lutteur, qui avait déjà obtenu celui de Grand éléphatU solide. Les autres vainqueurs reçurent également, chacun selon leur mérite , des noms d’oiseaux de proie ou d’autres. animaux courageux.

L’homme qui obtenait ainsi un surnom glorieux se prosternait d'abord devant le koutoukhtou, et s’inclinait ensuite trois fois jusqu’à terre devant les khans et les vangs. Ces derniers lui donnaient un morceau d’étoffe blanche, puis on le conduisait ensuite autour de l'enceinte, en proclamant à haute voix ses exploits et son nouveau nom. Le premier lutteur obtint en prix un fusil, une cuirasse, quinze boeufs ou vaches, quinze chevaux, cent moutons, un chameau , mille briques de thé, quelqurS pièces de satin, et plusieurs peaux de renard et de loutre. Les autres reçurent des dons proportionnés à leur force et à leur adresse. Les archers furent récompensés de la même manière : le dernier prix , pour les lutteurs comme pour les archers, consistait en deux vaches et deux moutons.

I-a fête se termina le 12 juillet. Ce jour-là les Mogols partirent tous pour retourner chez eux.

Littébatohb. Si l’on excepte un certain nombre de chansons et d'autres poésies légères du même genre, les productions du génie mogol portent toutes un caractère religieux. Nous reproduisons, d’après les ouvrages deBergmann et de Timkovski,’ l’analyse d'un poème héroïque et quelques cJiansons, qui suffiront pour donner une idée assez exacte de cette littérature.

Histoire de Guessur- khan,, pocnie.

Bogdo-Guessur-khan, né pour la destruction des racines des dix maux, et régnant dans les dix partiesduciel, s’élança comme un lion et vainquit, avec les forces d’un khoubilgan, Mangoucha, être méchant à douze têtes, s’empara de son épouse Aroula , et s'établit dans ses palais dorés.

Aroula, l'âme rempliederessentiment,

Présenta un jour un philtre au bogdo, en invitant à le goilter. A peine Guessurkhan, qui savait tout, l’eut-il bu , qu’il oublia tout ce qui s’était passé.

Le bogdo demeura douze ans dans les palais de Mangoucha aux douze têtes. Pendant ce temps ses possessions furent envahies par trois khans de Cbaragol ; son empire fut détruit, et son peuple dispersé. Alors les trois sœurs bienheureuses de ce souverain jetèrent leurs regards du haut des deux, et, le cœur oppressé, parlèrent ainsi :

« Le breuvage enchanté a vaincu celui ui avait toujours été invincible; tu t’es levé avec les forces d’un khoubilgan jusqu’au trône de Mangoucha aux douze têtes, et là tu as tout oublié. » Ainsi parlèrent les sœurs bienheureuses. Elles écriyirentune lettre sur le bois d’une flèche, et l’adressèrent au souverain déchu. Il la lut, et commença à se rappeler les choses passées. Mais la méchante Aroula ne tarda pas à lui verser son breuvage fatal , et le bogdo fut de nouveau dominé par l’oubli.

I.,es bienheureuses sœurs descendirent au palais de Mangoucha pour ranimer le courage de Guessur. Elles parvinrent a le délivrer de son enchantement; le souvenir du passé revenant tout à coup à sa mémoire, sa voix de lion se Gt entendre, la terre trembla, et un tourbillon'de feu ayant enveloppé quatrevingt-huit fois les palais dores, et trois fois les remparts de la ville , tout fut dévoré par les Gammes. Le vainqueur monta un cheval bai (1) enchanté, et retourna dans son empire.

.S’étant élevé au mérite de mille khou-

(I) Dans lei temples mogols , Goessar-khan est représenté monté sur un cheval de bots petnt de «tte même ooulcur.

bilans, lesouTerain dévasta tout le pays de C'iaragol, délivra sa pieuse épouse de la prison , et rétablit le trône dans la ville qui avait deux fois treize temples et cent huit grands châteaux forts.

Ce dominateur des dix parties du ciel, voyant Tsarguin , guerrier octogénaire, et les Allés et les enfants de ce héros vaincus par les khans de Charagol, poussa un profond soupir; l’âme affligée et commençant â se souvenir des héros ses compagnons d’armes, il s’écria :

• O toi, vautour rapide, qui, d’un coeur généreux parmi les hommes , te précipitais toujours en avant, cher Sessé-Chikher, mon cher frère, où es-tu ?

Et toi , aigle parmi les mortels, toi sans peur, écrasant tes ennemis , tel qu’un éléphant, où es-tu, Aer Choumar? Où es-tu , mon Bouiantik, épervier parmi les hommes, toi qui , doué d’un cœur de caillou, me sacriUas tes forces dans un âge si tendre?

« Griffe de lion du souverain, toi qui, semblable au faucon, ne manquais jamais ta proie ; toi, vainqueur de qnatrevingt-huit nations, où es-tu, mon Nan- 6on , avec tes quinze ans? et toi , mon héros au cœur de pierre. Bars, vainqueur irrésistible , ou es-tu ? > En parlant ainsi de ses guerriers , il éleva la voix , et à ce bruit les murs agités tremblèrent par trois fois.

Le souverain ordonna de seller son cheval bai pour aller promptement aux lieux où avaient succombe ses héros.

'Tsarguin excita son grand cheval pommelé à le suivre.

Arrivé sur le champ de bataille, le souverain poussa des cris affreux; et lorsqu’il vit les squelettes de Bouiantik et de Bars, il tomMsans connaissance.

Mais l’âme de Nanson ayant passé dans le corps d’un lion, et celle de Choumar dans celui d’un éléphant, le monarque s’éveilla. Il embrassa l’éléphant etie lion; puis, s’adressant aux dieux des dix parties du ciel , il s’écria :

« O mes héros incomparables , Nanson , Choumar, et toi mon frère , mon cher Sessé-Chikherl Et toi. Bars, qui te précipitais avec fureur sur l’ennemi! Vous, morts si tôt pour madéfense; vous étiez les llambeaux éclatants qui chassiez les ténèbres de la nuit ! Adèle Bouiantik, ù vous mes héros , mes prêtres et mon

peuple , vous tous inébranlables au choc des ennemis , comme un rocher de granit. Oui! je suis le bogdo régnant; mais après avoir dompté Mangoucha aux douze têtes, j’ai été vaincu par le breuvage enchanté d’Aroula. »

Semblable au bruit du tonnerre produit dans le ciel par les dragons bleus , ainsi retentirent les lamentations du souverain. Les âmes de ces héros , sous la forme d’éléphants, de tigres et de loups, entourèrent trois fois leur monarque eu poussant des hurlements plaintifs.

Les trois sœurs bienheureuses entendirent ces gémissements, et descendirent des célestes demeures pour calmer le désespoir de leur frère; mais, le voyant Inconsolable, elles retournèrent près de Khourmousta, leur père, chef des trentetrois tengueris ou divinités et grand protecteur de la terre. Khourmousta ouvrit le livre des destins , et y lut les paroles suivantes : < Guessur-khan a quitté l’empire des tengueris à la tête de ses héros ; le sort a voulu qu’ils périssent avant leur maître. Cependant Guessur-khan , avant de livrer son dernier combat, vainquit neuf fois les trois mau vais tengueris , qui , sous la forme de trois khans, avaient réussi à le vaincre une fois sur la terre ! >

Khourmousta, entouré d’une foule de divinités, se présenta devant Bouddha, et dit avec respect : « Maître des dieux, votre envoyé sur la terre y a perdu trente de ses héros. La guerre est terminée ; mais le chef valeureux embrasse en gémissant les ossements de ses guerriers. »

Le souverain des dieux l’écoute avec un doux sourire ; et en présence de mille bourkbans il prend un vase sacré plein d’une liqueur divine , et le présentant à Khourmousta , il lui dit :

< Envoie ce vase au guerrier désolé.

Dès qu’il aura répandu sur le corps de ses héros une goutte de la liqueur qu’il contient, l’âme leur sera rendue ; la troisième goutte les rappellera entièrement à la vie. Qu’ils boivent alors ce breuvage divin , et leurs anges protecteurs, retournant auprès d’eux, sauront les douer de vertus extraordinaires. >

Khourmousta prit alors le vase, et le remit aux trois sœurs bienheureuses, en leur disant ; • Dites à celui qui a terminé

L"- . ’oc: s. 'woogle

L’UNrVËKS.

son combat : Qu’es-to dëvenu ? les dieux des dix régions du ciel veillent sur ta tête ; ton sein est défendu par les dieux vaillants , et tes pas sont protégés par le pouvoirdequatre-viiigt-huitbourknatis; cent quatre-vingts déesses gardent ta ceinture. O Guessur-khan ! tu commandes dans les dix régions du ciel, toi, le descendautdeKIiourmotista! Situn’avais pas été séparé de tes héros tu ne serais pas ainsi livré à la douleur. *

Les trois soeurs bienheureuses descendirent des nuages , accompagnées de terribles coups de tonnerre, seniblables aux rugissements de vingt dragons.

Guessur-khan, après s'étre prosterné neuf fuis devant le maître des dieux et neuffuis devant son père Khourmousta, prit le vase , et, par l'effet du breuvage miraculeux, les trente héros furent rendus à la vie , et reprirent leur forme première.

De retour dans sa patrie, après tant de combats, le monarque rassembla ses héros et les trois souches de son peuple. Des cris d'nliégresse firent retentir tous les rivages de la mer. Les parfums s’élevèrent des autels en nuages épais.

Dos lis d’un éclat extraordinaire sortaient de la terre; le jour ils étaient Invisibles, mais pendant la nuit Ils servaient de brillants flambeaux. Défendus par des remparts inaccessibies , leS héros se prosternaient devant leur souverain.

Après trois mois de têtes et de Joie, chacun retourno dans sa demeure. La force du lion du monarque avait re.ssuscité ses héros. Les destins accomplis , Bügdo- Giiessur-khan vécut dans une pai.x profonde.

liogdo-Guessur-khan régnait dans jes dix ix^iunsduciel, sur lus prêtres comme uiisuleil, et sur le peuple comme Un roc de granit.

.Aiidoulman-khan < doué d’un corps miraculeux, régnait sur Dokour-lib, avec la force d'uu démon ; il avait coût bras et cent yeux ; le milieu de son Corps était uardéparquatredivinités parjures; Imitesprits infernaux ctisuneillaientlà arlie supérieure; il avaitsoixanteut dix hoiihilgans. .Sons ses Dnlrpsétaiehttroii cent soixante béros à toute éprcuvx:, trois

mille guerrlèrs et trente-trois millions de soldats; son coursier Jaune tigré égalait la force de treize dragons. .Sur les rivages du pays de Touk il conquit cinq cent millions de provinces, et il envoya leselieftdeCes peuples à Guessurkhali avec ces paroles :

« AnüOUliiian-klian est .'irrivé de la rovinee de Dokour-tib. Lequel des haiis de Sampou-tib a pu lui résister.* Vaincus, nous nous sommes soumis à ses armes ; trois mille héros lui jurent obéissance. Son coursier Jaune tigre égale la force de treize dragons; nous avons été quinze ans à parcourir le pays de Dokour-tIb. »

Apres avoir donné aux trois princes et aux trois mille cavaliers qui composaient leur suite deux cénts chevaux pour chacun d'eux, il ajouta: « Uâtezvous; allez nuit et Jour ; daUs trois ans vous arriverez dans les provinces de Guessur ; il vous faudra trois ans pour revenir, ét alors il tous restera encore neuf ans pour traverser mes États. •

Au bout de trois ans, les princès arrivèrent aux États de Guessur, et f’étaiit approchés des palais, ils sèprosternèreiit neuf fois, et prononcèrent à haute voix les ordres d’Andoulmah, khan de DokoUr-lib. Lè souverain appela les héros. Ln apprenant la nouvelle des victoires d’Aiidoulmaii, ils sourirent, et demandèrent à l'inslailt qu’oh lui dedardt la guerre. Bouiantik, qui parle dix langues, propo.sa d’envoyer dix messagers, suivis ehacün dé dix millions de soldats , de les faire marcher nuit et jour, en annom^ant partout que Guessur Ilii-iiiême les suivait du près avec sa puissante armic. Chouinar revêt déjà sa brillante culte de mailles; il saisit son arc jiesant , et remplit son Carquois de quatre-vingt-huit flèches ornees de larges plumes; il ceint un glaive long de neuf toLses , et sautant Sur son cheval bai , il s’approciie du .souverain . et s'écrie: « Monarque redoutable. J'irai seul contre MaiigoUdia aux douze têtes.

Il a conquis Cinq millions de provinces qui nous appartenaient. Que tardonsnous P »

Le puissant monarque doiin* l'ordre de Se pn'parer à la guerre.

I.Oisqoe les guerriers fiireut tous rassemblés , il voulut que cette cainpa-

zea Dy Coogle

jjnp, qui pouvait durer dou/.e ans, fût terminée en douze mois. 11 conüe au vieux Tsarguin le soin de veiller sur le peuple et sur les troupeaux; mais le néros octogénaire adresse ces paroles à son prince :

■1 O mon maître, il est vrai, j'ai vécu quatre-vingts ans , mais Je désire encore une fois me trouver à un combat terrible. Loésque Khourmousta, du haut des deux, t’envoya à Saropoutib , il te pfédit deux guerres cruelles. La première fut excitée par les khans de Cliaragol, l’autre commence aujourd’hui ; j’ai vu beaucoup de jours, je n’ai lus longtemps à vivre. Permets donc , mon prince , que je t’accompagne au combat. »

Ainsi parla le vieillard ému. Le khan pouvait à peine retenir ses larmes. Alors un héros, le jeune Nanson, s’approche et lui dit; « Tu as toujours obéi à ton souverain , poufquoi veux-tu t’opposer à ses ortires? » Le vieux Tsàrguin répondit aussitôt : < Que penses-tu de moi, toi, Nanson, âgé de quinze ans? Je suis Tsarguiu , accablé par le fardeau de mes quatre-vingts ans ; mon cheval « au poil mêlé, peut à peine arracher l’herbe despr^; des cheveux blancs couvrent ma tête, mais je désire encore une fois combattit sous les yeux de mon souverain et dans les mêmes rangs que toi , cher Nanson. i Ainsi parla ce héros avec une voix touchante , et tous les héros joignirent leurs larmes aux siennes.

Alors le roi donne ses vêtements au vieillard , et lui dit : * Tsàrguin , mon hien-aimé , tu dis lu vérité ; mais tu as toujours respecté mes ordres ; reste donc ici , et veille sur mon peuple.

a Bénies soient tes paroles, ô Bogdo, répondit Tsàrguin; je t’ai obéi dès hia jeunesse; serait-il possible que le vieux Tsàrguin voulût se rendre criminel?

Mes os sont desséchés; mon sang noir s’est refroidi dans mes veines; la vieillesse me destine à la terre. Je désirais mourir sous tes yeuX sur le Champ de bataille, tu en ordonnes aulrement. — Tsàrguin ! tu n’as plus de vigueur; garde les foyers. — Oui, il est vrai, mes forces sont épuisées.... J’obéis ! »

Le souverain se dispose à la guerre contre Mangoucha aux douze têtes, et

donne cet ordre à Oulan et à Bouiantik : a Allez en avant; arrivez sur le territoire de l’ennemi, annuiieez que Guessur-khaii , souverain de Sampoutib, s’avance avec son armée pour couper toutes les tétee de Mangoucha l'une après l’autre. »

Oulan et Bimïontik montent joyeusement à cheval , et parviennent au pays ennemi. Tous deux se précipitent sur le haras de clieVaux blancs du khan, s'emparentdé onze mille chevaux et les anièlient au milieu d’un bruit épouvautahlè qui lit trembler la terre.

Aiidoulmaii-klian s'écrieen entendant ce bruit : « Quel est le téméraire qui ose venir jusqu’ici? Un être mortel n’aurait pas ose [lenétrer jusqu’à moi. 11 faut que ce soit Khourmousta. >>

Les gardiens des troupeaux se présentent, et racontent ce qui s’est pas.sé. « Quel était le nombre des guerriers? » dcinamie Amioulman. Les gardiens répondent : <• Il nous sembla d'abord que plus de dix mille ennemis avaient surpris le haras coiiGé à nos soins; mais plus tard nous découvrîmes qu'ils n'étaient que deux. »

Le khan s’écria ; < Il faut que cè Soient des princes envoyés par mon ennemi Guessur-khan. Vous, mes guerriers, Arklia! et Charkhaï. prenez mille soldais, et poursuivez lesfuynrds. Ne les tuez pas; amenez-les vivants, et revenez vers moi. » Arkliai et Lliarkliaï le.s poursuivirent.

Cependant Oulan et Bouiantik ayant déjà atteint les hauteurs de la montagne du Lion , choisirent le plus beau cheval du troupeau, et s’occupèreul de le seller. Pendant qu’il adressait ses prières au maître de la terre , Bouiantik entend du bruit; il s'élance sur son cheval, et après avoir regardé du haut de la montagne du Lion , il s'écrie : t Oulau , à ciieval, void l'ehnemi ! » Oulan , riant aux éclats, saute sur snn dieval. Les deux héros fondent sur l’ennemi, en invoquant l’ahge protecteur de leur souverain.

' Bouiantik crie à son ami : « Ne les tue pas , cher Oulan. » En disant ces mots, il renverse d’un coup d’éiiee les mille soldats; ensuite, les deux néros coupent les mains à Gharkbaï , les lui attachent à la celuture , et le ren-

L’UNIVERS

voient annoncer à son maître Andoulnian l'approche du terrible -Guessiir.

Oulan et Bouiantik retournent vers leur souverain avec les onze mille chevaux blancs. Le prince des dix régions célestes leur dit : « Notre entreprise sera couronnée de succès , puisque Oulan et Bouiantik sont revenus près de nous.

Onze mille chevaux sont d'un heureux augure. > En disant ces mots , il donna l’ordre de distribuer les chevaux entre les guerriers. Ces héros continuèrent leur route. Après une marche de trois mois, ils découvrent la ville d’Andoulman, et s’écrient : « Voyez! c’est la ville d’Andoulman-khan. » Tous se hâtent de suivre les traces de leur souverain.

A peine Guessur-khan approchait de l’armée ennemie , lorsque Andoulman , voyant sur les hauteurs des millions de guerriers, commença à trembler d’effroi ; Guessur Gt arrêter ses soldats, et leur parla ces termes : « Chers compagnons, vos coeurs ressemblent aux durs rochers. Le nombre des ennemis est grand , mais si vous croyez être trop faibles pour les vaincre, appelez-moi :

Guessur-khan a de la force pour neuf, et renouvellera la vôtre. Si vous êtes blessés, appelez-moi : Guessur-khan guérira vos plaies sans le secours de l'art. Si vous êtes épuisés par la soif, appelez-moi : Guessur-khan vous désaltérera avec le breuvage divin. »

11 dit, et tous ces héros s’écrient avec enthousiasme : - Puissant souverain des dix régions célestes, né pour la destruction des racines des dix maux, tu es notre appui ! »

En prononçant ces paroles, ils se prosternent devant lui. Le monarque les entend et remonte à cheval. Semblable au soleil et à la lune, la cotte de mailles du terrible Guessur brille de septpierres précieuses. Sur les épaules du héros pend un arc noir et pesant, avec un carquois de couleur éclatante. A son côté retentit un long glaive d’acier. C’est ainsi que le souverain partit pour aller combattre Mangoucha. Sa voix ressemble aux rugissements de mille dragons. Les sept couleurs de l’arc-en-ciel répandent leurs rayons sur son dos, où brillent cinq ailes de garoudine, oiseau du paradis.

Son visage est animé d’un feu céleste ,

son front ressemble à celui de Maha- Gallan (t). Des étincelles jaillissent sous les pieds de son cheval l»i et enchanté, et s’échappent de chacun de ses cheveux. C’est ainsi que le souverain s’élança sur l’ennemi , le glaive d’acier à la main.

Les trente héros montent à cheval armés de toutes pièces et remplis'de joie, comme s’ils avaient trouvé une pierre précieuse d’une inestimable valeur; ils s'écrient d’une voix unanime : < Attaquons hardiment l’ennemi ! »

Alors commença un massacre horrible. Guessur, acco'mpagné des trente héros , éleva sa voix semblable aux rugissements de mille dragons. Son glaive atteignait à la longueur de six mille coudées, et chaque coup abattait mille ennemis. Après s’être lortiQé avec le breuvage divin , il se précipita sur le khan Andoulman. Le héros attaque un des Bancs de l’armée ennemie, parvient jusqu’à Mangoucha , abat avec un glaive tranchant cinq de ses têtes ; mais aussitôt elles sont remplacées par d’autres.

Pendant ce temps , Sain-Touchimel , un des héros de Mangoucha, couiiiuodant l’aile gauche de l’armée, déracine un arbre énorme que cinq hommes n'auraient pu embrasser , et s’en servant comme d’une faux , il jonche la terre de cadavres; mais Nanson et Choumar le terrassent et le tuent. Le souverain des dix régions du ciel tranche encore cinq têtes a Mangoucha, mais elles reparaissent aussitôt.

Fatigué d’un combat inutile, Guessur baisse le glaive vers la terre. Alors Andoulman-khan fend sou ennemi en deux ; mais les parties séparées se rejoignent à l’instant. « Khourmousta , mon j^re, s’écrie Guessur-khan, je ne saurais vaincre un si redoutable adversaire ! >

Les trois grandessœurs bienheureuses, entendant ces paroles , arrivent auprès d^Khourmousta : le maltredesdieuxen-

(1) Divinité Célèbre rhfz Iff MogolK. L'idol« dece bourkhan ntpalnte en bleu, en noir et en blanc On représente Bfaha*Gallaii avec trois veux et six mains, et un visage qui inspire la terreur. Quelquefois il est monte sur un été' phant, ou sur un monstre qui tient tout h la fois de l'homme et de la brute. Les Mogols supposent qu*il habite au milieu des eaux; plusieurs d'entre eux, cependant, croient que sa demeure est située dans des forêts impénétrables qui se trouvent vers le sod>esl du monde.

TARTARIR.

voie au secours (le Guessur-khan le frère de ce prince, Sessé-Chikher. Porté sur un cheval gris à huit ailes, Sessé descend de l'empire des dieux; il regarde de tous cdtes, aperçoit son frère combattant Maiigoucha. 11 dit alors à la princesse Guimsoun : • Si je m'approche de trop près, je serai forcé de hacher Mangoucha en morceaux : l'âme de ce méchant prince est dans ses yeux. Pour que mon frère me reconnaisse, je vais aveugler l'ennemi qu'il combat. «

En parlant de la sorte, il tira, à une distance de cinq journées, une flèche qui alla trouver l’âme de Mangoucha dans ses yeux. Le géant tomba sur la terre avec le cheval jaune tigré qu’il montait, tel qu'une montagne énorme qui s’écroule avec fracas.

Guessur s'écrie : « La victoire est votre œuvre , ô mes trois sœurs bienheureuses! O mes trois divinités, la victoire est votre œuvre ! »

Sessé-Chikher lâche la bride à son cheval gris a huit ailes , et s'élance le glaive levé ; il détruit les restes de l'armée ennemie, et les disperse comme la cendre dans l’air. Un seul coup de son glaive a sufU pour tout renverser ; le héros accourt ensuite près du souverain.

Guessur-khan, reconnaissant son frère, l’embrasse tendrement. « Cher frère, lui dit-il, les khans de Charagol t'avaient vaincu. Incomparable guerrier, d’où viens-tu.’ Où veux-tu aller .actuellement ? »

Le souverain des dix régions célestes St Sessé Chikher levèrent leurs regards vers le ciel; ensuite un tourbillon fit tourner la terre par trois fois; mais ils la remirent dans sa position naturelle.

Après la victoire sur Mangoucha aux douze têtes, les héros tuèrent Badmou- Kakau , épouse de ce tyran , brûlèrent son fils, ainsi que le corps d’Andoulinnn-khan , et réduisirent ses sujets en esclav.age.

Les vainqueurs avaient déjà parcouru uinze journées de chemin depuis l’enroit ou Sessé Chikher était descendu des cieux pour tuer Mangoucha, lorsuu’ils virent arriver à leur rencontre l'épouse de Guessur, la pieuse Almour.

Elle était entourée de plus de mille liommes, et accompagnée du vieux Tsarguin, Le peuple était plein de joie

en voyant Sessé-Chikher et son souverain. Tous s’approchèrent, excepté le prince Tchoton , qui avait trahi dans le combat contre les khans de Charagol.

Le souverain des dix régions célestes retourna dans ses Ëtats avec son frère Sessé , et rentra dans la ville qui avait deux fois treize temples et cent huit grands châteaux forts. Là, dans de vastes palais , ils célébrèrent la fête de la victoire. Le grand Sessé-Chikher vida vingt coupes d’eau-de-vie, et reconnaissant le prince Tchoton, il exigea sa mort..., et le peuple l'exigea également. Alors le sou verai n d es d i X régi O ns célestes dit : < Cher Sessé, arrête, il ne faut pas qu'on le tue. Tchoton veille sur nous pendant notre sommeil. Il nous rappelle a nos devoirs, et nous lui devons les plaisirs de cette fête. Tchoton est coupable; mais le méchant est un de mes mille khoubilgans;sans ma bienveillance le perCde aurait cessé d'exister depuis longtemps. Vous savez pourquoi je l’épargne. Je livre mes raisons à votre propre jugement. » Tous gardèrent le silence.

Alors le souverain des dix régions célestes distribua le butin; il donna à Sessé-Chikher le coursier jaune tigré de Mangoucha, qui avait la force de treize dragons ; sa cotte de mailles à anneaux à Choumar; Tsarguin reçut l’énorme cheval de Saîn-Touchimel , et le jeune Nanson, âgé de quinze ans, obtint la cuirasse de ce guerrier. Les autres héros reçurent également des présents.

Enfin le sévère Guessur-khan alla dans le pays de Nouloum.et, heureux et tranquille, il s'y fixa, d’après la volonté des saintes divinités, dans de vastes palais.

Le souverain desdix régions celestes détruisit les racines des dix maux, vainquit Mangoucha aux douze têtes, et fit revenir son frère Sessé-Chikher. Ce retour fut une joie pour toutes les créatures terrestres. »

Après avoir donné un échantillon de la poésie épique des Mogols, nous croyons devoir faire connaître leur littérature légère.

Voici quelques chansons que nous empruntons à Touvrage de M. Timkovski.

1,’ÜNIVERS.

Uzounpkhaba (1), le prince de la loi, est le roi puissant de tout ce qui existe. () peuples licureux, nés dans la patrie des dieux , nous vous prions de nous transporter au delà du grand fleuve, aCn que notre âme puisse s’élancer librement vers le séjour d'OutaïcIian (2)!

Et vous, hommes pervers, qui troublez le repos de vos semblables, sachez qu’il y a un juge pour le bien et le mal : c'est l'équitable Eerlik Nomounkban (3). Les lamas nous enseignent les dogmes de la foi ; nos parents l’art de bien vivre : tâchons de proliter de leurs leçons; car, errant en aveugles dans une vallée obscure, nous ne pouvons cheminer sûrement, ni pénétrer les pensées de l’homme qui vit avec nous; mais si l’intercession du dalaï-lama nous est favorable , nous saurons échapper au piège de nos ennemis, et nos fautes cachées nous seront pardonnées par les trois bogdos (4).

Une troupe guerrière va sortirdu territoire duTsetsen-khan.Ellesecompose de trois mille cavaliers ayant le brave Tsebden beilc a leur tête. Parmi lescavaliers de la cour, Khounkhoun taïdzi aété désigné par le choix. E’audacieux beilé Uordji djonom et Banba bnuisemn noïn, guidés par leurpropre volonté, ne larderont pas à rejoindre leurs compagnons.

La valeur peu comiiiune de ces héros a déjà été éprouvée par l’ennemi dans le combat sanglantlivré sur le mont Khanggai; et lorsque le Maître Auguste (l’empcrmir ), dans sa clenience, aura mis un terme à nos travaux, nous passerons, en retournant dans notre patrie, à En-

(I) üzounqkhaba était, cnmnie nous rapprend M. Klaprulli, le dalaMania dé ta preluière génération spirituelle et te fondaleiir de la secte Jaune des lamas lilH'Uiii,v. Il p.-fssc pour upr incarnation de la divluilé inangdjourfiiri. 11 Italil le temple Galdan a laissa. Voyez lé /'(jjfiiffe à Pe/iiny, par M. Tiipkovski ,'t- 11, pagéàoi, noté de la traduction trnnçai.se.

i'i) Munlagiic célètire de la Chine, aiec un temple de Itouddlia.

(>) Dieu de renier. Il a déjà élé question de cette divinité erdevant page las, sous te nuin A'ETÎik-khnn.

(t) Ou ta trois augustes ; ce sont : le dalaïlama . le hantclian-erdeoi et le kuuluukhtoii de rourga.

ket.xla, dont les gaznns touffus et verdoyants serviront de pâture a nos excellents coursiers.

Coursier alezan à la démarche Ccre, • toi qui joins àla beauté du poil une taille sujierbe, quand tu folâtres gaiement dans le troupeau, combien tu t'embellis encore par la présence des tiens! Mais cette jeune beauté que le sort a jetée sur une terre étrangère languit loin de sa patrie ; elle tourne sans cesse le regard vers ces Ijeu.x. Ah ! si je moût Khanggai ne s’élevait entre nous, je pourrais te voir à chaque instuit; mais eu vain voudrions-nous vivre pour l’amour, le destin cpuel nous sépare,

rv.

Ainsi que les buissons sur Ips glaciers blanchâtres se courbent frappes pay les vents impétueux, les forces de.

riiomme succombent dans la vigueur de l’âge par l'excès do la boisson. Un jeune cheval égaré qui se trouve par hasard dans un troupeau étranger regrette toujiiurs les compagnons de son enfance. Une princesse que le mariage a conduile dans une terre lointaine, ohs^ée par ime foule importune qui lui déplaît, se désole et gémit. Elle ne voit que malheur dans tout ce qui rentoiire. Un nu.ige vicnt-il obscurcir l’horizon, pour elle c’est rapproche d’un orage; et si parfois, apercevant dans le lointain la poussière s'élever sur la route, elle .se dit : Ç est l'ami qui arrive! detroiiipce bientôt, elle soupire plus fort.

O quel breuvage délicieux que I arclian (I), généreux don de l’empereur.

Il a pour nous la douceur du miel.

Biivoiis-le donc dans des réunions fraternelles. Son usage immodéré engendre la stupidité; mais qui en boit

(I) On appelle arctian une eau consacrée qui, suivant les lamas, aruuierl une Vertu miraculeuse lorsqu’elle a été pre,vlalilemeiil offerte aiu hiHirkliaus. On y «ajoule une composiliun de muscade, de clous de girolle, de cardamoipe de deux especes dillereiites rl de marne ou d'argile blanche. Anus avons vu que les t'jilinoucs oui une sorte il’eaii lustrale dont l.i cumposilionae rapprociii' Iwaucoup de celle-ci. / uuez ci-dcvaul page ica.

TARTARIü, 323

sobrement connaît le comble du plaisir.

Vivent la santé, la vigueur, la jeiincsse! Rarement réunis par le liosard, savouron.s ensemble la liqueur agréable. Un banquet entre frères est la plus grande des Jüui.ssances.

C’est dans cette vasta plaine qu’est né ce coursier de couleur^ isabelle, prompt comme la flèche, l'ornement des troupeaux, la gloire du khoclioun entier. Appelé à la chasse par le bogdo, Idam vole à la forêt de Kharatehin (dans les environs de Je-Ho), renverse les chèvres et les cerfs, terrasse les sangliers féroces et les terribles panthères ; chacun admire la hardiesse du cavalier et la vitesse de son coursier.

L.i , c'est le jeune Tsyren , armé pour le service du khan; il vole à la frontière russe, à la garde de Mrndzin; il adresse sa prière aux bourkhans, i| preud congé de sou père et de sa mère ; sa femme, avec une douleur extrême, selle soa cheval noir. D'un air morne et rêveur, le cavalier s’élance vers le nord ; il traverse les steppes silencieuses. Le vent du déser^ agite à peine les plumes de ses llcches. et sou arc élastique retentit sur la selle solope. Tsyren traverse des forêts sombres et inconT nues; il aperçoit au loin des montagnes bleues qu i lui sont étrangères; les paroles amic.ales des Cosaques, .ses compagnons vaillants, rassurent suri êiiig attristée, mais toujours ses pensées le rameneni aux montagnes paternelles.

L’âme inquiète, l'esprit acc>al)lé sous un pouvoir incounu, le jeune Alogol voit, dans ses rêves , apparaître à ses yeux les ombres des guerriers ses ancêtres.

Où eet-il, notre Gengiskan menaçant et intrépide ? .Ses hauts faits re^ tentisseiit en chants mélancoliques au milieu des rochers de l'Oeou et giir les rives verduyantesdu Klieroujoun,.. Qui s'avance sur le «hemin uni de la rjve du Cliara, chantant a voix basse des parojeg clieries ? A qui appartient ce coursier bai-brun (djoro-inori ) qui court si rapir dement? Que cherche-t-il des yeux , cç joyeux bahatour (brave) qui passe devant les iourtes blanches ? sou cœur sait bien quelle est celle qui y demeure :

il cessera dans peu de parcourir ces

montagnes ; son coursier ardept luj méritera dans pen une épouse... Ce coursier bai , cp eoursier semblable à un tourbillon,il estpréparé à la course... L'hbo est couvert de spectateurs, il hennit; de son pied léger il effleure les cailloux pointus; il ronge les sillons avec impatience. Lesignal est donné, touss’élancent vers le but. Des nuages de poussière convreiit les coureurs, et le coursier bai, toujours vainqueur, arrive le premier, laissant du loin ses rivaux, eU^

Costume des hommes. Le costume des Mogols est fort simple. Les hommes portent en été une longue robe de nankin ou de soie, en générai grop bleu, attachée sur la poitrine et garnie de pluche noire. Ils ne se mettent jamais en route sans emporter un manteau à manches, de drap noir ou rouge, qu'ils placent sur la selle de leur cheval.

Une ceinture de cuir retenue pap des boucles d'argent ou de cuivre sept .i porter un couteau, un briquet et une pipe.

Leurs bonnets, de forme ronde, sont faits d'une étoffé de soie et garnis dè peluche noire, avec trois rubans rouges qui pendent gup le dos.

LÛ chemises et autres vêtements de dessous sont de nankin i|e pouieur, Las Mogols portent des bottes de cuir, avec des semelles trés-épaisses. En hiver ils se couvrent de longues pelisses de peau de mouton et de bonnets de fourrure plus ou moins beaux, suivant la fortune du propriétaire.

Le jaune est la couleur distinctive des classes élevées et des personnages éminents. L'usage en est interdit au peuple.

Les gens pauvres portent des (legux de mouton et d'agneau avec |a laine en dedans. Au printemps, les plus riches d'entre eux se parent avec des vestes de peau de cerf, de daim ou de phevresaqvage assep. bien préparées.

Costume des femmes. Les femmes pnt adopta un costume qui ressemble beaucoup à celui des hommes. Elles se partagent les clieveuz en deux tresses, ui tombent sur la poitrine , et au boqt esqiielles on attaclie de petites pièces d'argent, dq corail, des perles et des pierres précieuses de diverses couleurs.

Les ornements de corail dont les femmes mogoles se couvrent quelquefois forment Ig partie la plus codteusede leur

L’LMVERS.

ajustemcDt. On voit des personnes âgées des deux sexes qui possèdent des ceintures ornées de coraux, et dont le prix monte à une valeur de plusieurs milliers de francs. Il parait que les jeunes gens, soit par pauvreté, soit par esprit de convenance, s'interdisent ordinairement des parures aussi chères.

Abmbs. Les armes principales des Mogols sont la lance, l’arc et le sabre , qu'ils remplacent quelquefois par un grand coutelas. Les chasseurs seuls recherchent les armes à feu. On donne des fusils aux hommes qui servent dans l’année mandchoue. I.a poudre et les balles viennent de la Chine. Ces nomades ne combattent qu’à cheval.

' Habnais. Ils emploient le cuivre, l'argent et le corail à orner les selles et les harnais des chevaux. Leurs étriers sont tellement courts, que le mollet du cavalier se trouve rapproché de la cuisse. Un Européen ne pourrait pas supporter longtemps une pareille position.

Les selles des femmes ne diffèrent pas, pour la forme, de celles des hommes, mais elles sont recouvertes avec un beau tapis au lieu de cuir.

Instbuction, arts et uétiebs. a aucune époque les Mogols ne se sont distingués dans les arts ni dans les sciences. Les missionnaires nous apprennent cependant qu'on voit dans quelques pagodes des peintures qui décèlent chez leurs auteurs un certain talent. Le bizarre et le grotesque dominent dans les représentations d’hommes et d’animaux; mais les fruits et les fleurs sont Lesbien rendus. Les peintres ne possèdent aueune notion du clair-obscur, et ils Ignorent complètement les règles de la perspective. Dans leurs paysages , tous les objets se trouvent rangés sur le même plan.

Les ouvriers sont fort rares parmi les Mogols. Les princes prennent quelquefois à leur service des orfèvres pour monter des bijoux. Le talent de ces artistes est plus que médiocre ; ce qui ne paraîtra pas étonnant si l’on considère que les forgerons, les charpentiers, les charrons et les menuisiers, dont les états exigent beaucoup moins d’intelligence et d'adresse, et qui d'ailleurs ont souvent occasion d’exercer leur savoirfaire travaillent tous fort mal.

Il n'existe pas une seule fabrique dans la Mongolie, et le talent industriel des habitants se borne à la confection des feutres et à la préparation des peaux. Ils emploient des procédés analogues à ceux qui sont en usage parmi les Kirguizes (1).

Tentes. Les tentes des Mogols consistent, comme celles des Kirguizes et des Turcomans , en claies d'osier attachées ensemble par des courroies et soutenues par des perches qui se rapprochent vers le haut et laissent entre eb les une ouverture pour la fumée . La charpente , recouverte de feutre , reçoit pendant l'hiver jusqu’à trois pièces de cette étoffe placées l’une sur l'autre, précaution que les voyageurs ne signalent ni chez les Kirguizes ni chez les Calmoucs , et qui contribue quelque peu à diminuer l’intensité du froid. Les Mogols se plaignent cependant de geler sous leurs tentes. On conçoit à peine en effet qu'ils puissent résister aux hivers rigoureux du pays qu’ils habitent, avec d'aussi faibles abris.

On pratique vers le midi une porte basse et étroite qui sert d’entrée à l’iourte, et l’on couvre de sable tout le terrain environnant. Au milieu de latente est le foyer au-dessus duquel s’élève un chaudron de fonte destiné à faire cuire le thé, le lait, la viande et tous les autres aliments. Le côté droit, près de l’entrée, appartient aux femmes. Les personnes âgMs garnissent le sol de pièces de feutre couvertes de dessins. Les gens riches emploient au même usage des tapis de Perse ou du Turquestan.

En face de l’entrée, et dans la partie la plus enfoncée, on place sur une table de petites idoles de cuivre. Adroite on voit un lit de bois couvert de feutre ; à gauche sont des caisses et des coffres où l‘on serre les vêtements et quelques autres objets. 11 n’y a jamais de chaises dans ces tentes; chacun s’assied par terre les jambes croisées. Près de l’entrée, on place des seaux et autres ustensiles de ménage. On trouvera peutêtre étonnant qu’un si grand nombre d'objets trouvent place dans une tente; mais celles des Mogols sont spacieuses, et assez hautes pour que l’ou puisse s'y

(I) Voyez ci-Ucvatit page Ii7.

tenir debout. Les gens richés réunissent ensemble plusieurs iourtes, qui forment autant de chambres ayant chacune leur destination particulière.

Les Moeols mettent beaucoup de Tanité dans le nombre et la grandeur des tentes qu'ils possèdent, comme dans la quantité de leurs troupeaux.

Modbhitube et bepas. Le lait forme la base de la nourriture des Mogols. Ils mangent aussi la chair de leur bétail. L'alimentation v.arie , au surplus , suivant le pays qu’ils habitent et la facilité qu’ils peuvent avoir de se procurer des subsistances de telle ou telle nature. Ils mangent sans répugnance la chair des chevaux et des chameaux , et même celle des bestiaux morts de maladie.

Souvent ils ne boivent que de l’eau; mais le thé en briques est la boisson la plus ordinaire des pauvres comme des riches. On voit presque toujours dans les iourtes le chaudron de fonte rempli de ce thé , arec du lait , du beurre et du sel. Le voyageur fatigué peut entrer sans crainte et apaiser sa faim et sa soif; mais l’usage exige ^u’il se présente muni d’une tasse de bois, i^ue les Mogols regardent comme la partie la plus indispensable de leur mobilier. Les plus belles de ces tasses sont fabriquées dans le Tibet. Les gens riches les font quelquefois incruster d’argent.

Les repas commencent ordinairement par le thé en briques, auquel on ajoute delà farine frite et quelques autres substances qui en font un véritable potage; puis on sert des herbes salées, après lesquelles les convives se gorgent aeau^levie, ou plutôt d’esprit-de-vin qu’ils avalent tout bouillant. On mange ensuite la viande.

Lorsqu’un Mogol vent donner à son voisin de table une preuve d’estime et lui faire une politesse, il prend l'os qu'il vient de ronger, elle loi passe. Celui-ci le lèche à son tour, et le remet à son voisin, jusqu’à ce que le cercle soit fini. Après le repas, les convives essuient leurs mains sur la robe de leur hôte, en commençant depuis le col jusqu’en bas. Le maître de la tente rend aussitôt cette politesse.

Rien n’égale la malpropreté des Mogols. Sans parler de la grai.sse qui couvre leurs vêtements , ils vivent toqjours

iS* Livraison. (Tàbt.abib.)

au milieu des ordures. On sent ce.s nomades longtemps avant de les approcher, et leurs tentes exhalent une odeur insupportable ; aussi les Chinois les désignent-ils sous le nom de Tarlares puants, et cette dénomination n’est que trop bien justifiée.

UsAUE DU TABAC. Les Mogols Sont passionnés pour le tabac ; ils le respirent en poudre ; mais ils sont surtout grands fumeurs, et la première chose que font deux amis lorsqu’ils se rencontrent, c’est de s’engager mutuellementà fumer.

Ils achètent les fourneaux de leurs pipes aux Chinois, et font eux-mêmes les tuyaux, qu’ils garnissent quelquefois d’argent et de corail.

Salutations et politesses. Ces nomades ne sedécouvrent jamais la tête; ils témoignent leur respect en baissant les mains d’une manière insensible, eten pliant les genoux. Ils s’agenouillent trois fois devant les princes et les généraux, en avançant d’un pas après chaque génuflexion. Devant l'empereur, ils se prosternent neuf fois jusqu’à terre. Lorsqu’ils veulent exprimer leur reconnaissance pour un cadeau, ils touchent leur front avec l’objet qu’ils ont reçu (I). Donner à une personne le titre de frère cadet est une marque de politesse des plus flatteuses. Lorsque ces nomades veulent témoigner de la tendresse à leurs enfants, ils ne les embrassent pas , mais ils leur flairent la tête.

Divebtissements. La chasse, la course à cheval, la lutte et le tir de l’arc sont leurs principaux amusements. La danse n’est point en usage parmi eux.

En été , un de leurs plus grands plaisirs est de se régaler d’aïrak, lioueur fermentée, extraite du lait de brebis et de vache, ainsi que de koumize et d’eaude-vie, qu’ils achètent aux Chinois. Ils passent presque tout leur temps , dans cette saison, a fumer et à boire; ils célèbrent en même temps la gloire de leurs ancêtres, et les hauts faits dek grands hommes des temps passés. Ils tâchent d'oublier ainsi les peines qu’ils peuvent avoir et le joug des Mandchous. Les liqueurs spiritueuses dont ils font usage inspirent à quelques-uns d’entre

(I) Nous avons dit pins haut ( pa(;e 3o« ) que des Moeols témoienerrat de celte façon leur graUtude à M. TimfcovsU.

D, ^.joogle

i;UNIVERS.

eux des saillies, des contes et des anecdotes sur les aventures des chasseurs, sur la vitesse de quelques chevaux fameux, et sur les accidents les plus remarquables de la vie nomade. Ils chantent quelquefois des airs lugubres, avec arcompagnement de fldte ou d'une espèce de guitare garnie de deux ou trois cordes.

Msbiages. Les Mogols se marient fort jeunes. Jusqu'à l'époque de leur union, les jeunes gens des deux sexes vivent avec leurs parents.

L'homme qui se marie reçoit de son père une tente et des bestiaux. La dot de la fille consiste, indépendamment des vêtements et des ustensiles de ménage, en une certaine quantité de brebis et de chevaux. On peut dire que l'autorité des père et mère est aussi grande et aussi complète que l’obéissance des enfants. Ceux-ci, après leur m.iriage, habitent en général les mêmes cantons que leurs parents, autant du moins que le permet l'étendue des pâturages. Les cousins germains peuvent se marier ensemble. et il est permis a un homme d’épouser successivement les deux soeurs.

Les Mogols attachent une haute im-

Portance a leur généalogie, et malgré augmentation des familles et le mélange avec d'autres tribus ou même avec des étrangers , ils suivent toujours soigneusement la filiation de leur race.

Avant de conclure un mariage, on calcule , à l'aide des livres d'astrologie, le thème natal des deux éjioux, afin que l'astre de la femme ne puisse pas nuire à celui du mari ni le dominer; car la femme ne doit pas commander dans le ménage. Souvent il arrive que des mariages, parfaitement convenables du reste, ne peuvent avoir lieu à cau.se de la supériorité ou de l'antipathie qui existe entre le thème natal des deux futurs.

Le mariage est arrangé par des personnes étrangères aux deux familles.

Quand une fois on a obtenu le consentement des parties, le père du futur , accompagné de l’entremetteur et de quelques proches parents , va rendre visite au pere de la jeune fille. Il porte avec lui au moins un mouton cuit et coupé par morceaux , plusieurs

vases pleinsd’eau-de-vieetdes mouchoirs bénis. Après avoir exposé le motif de sa venue, il met sur un plat, devant les idoles des bourkhans, la tête et quelques morceaux du mouton, ainsi que les mouchoirs, ün allume des cierges, et tou tes les personnes présentes se prosternent à plusieurs reprises devant les idoles; ensuite elles s’asseyent, et 1rs visiteurs régalent d’eau-de’-vie et de viande de mouton les parents de la future, à chacun desquels ils remettent en même temps un mouchoir béni ou une pièce de monnaie de cuivre qu'on jette dans une tasse remplie de vin. On boit le vin , et l'on garde la pièce de monnaie. La conversation s’engage ensuite sur le nombre de bestiaux que l'on exige pour la fille. Dans ces sortes d'occasions, les gens pauvres débattent leurs intérêts avec tout autant de ténacité et aussi peu de cérémonie que s'ils se trouvaient dans un marclié. I-es gens riches ne stipulent rien. Les princes surtout mettent un certain orgueil à s'en reposer sur la bonne foi l'un de l’autre. Cependant la quantité de bétail dont il s'agit pour eux est extrêmement considérable. La dot , pour 1rs simples particuliers, excède fort rarement quatre cents bêtes de différentes espèces. Les femelles pleines comptent pour deux.

La livraison ne se fait pas pour l’ordinaire en une seule fois, mais à différentes époques, et les termes en sont quelquefois fort éloignés ; il y a tel Mogol qui ne peut se libérer qu’au bout de six ou sept ans.

Quand tous les points qui pourraient amener des discussions ont été. réglés, les parents de la mariée lui construisent une iourte neuve, qu'ils doivent pourvoir des objets et ustensiles nécessaires dans un ménage, afin , di.seiit-ils, que leur fille ne se trouve pas dans la nécessité de rien demander a des étrangers. On lui donne encore des vêtements et des parures conformes à son état, et jusqu'à un cheval harnaché qui doit la conduire chez son époux. I.’obligation de fournir ces objets contraint quelquefois les parents à se dépouiller eux-mêmes, pour donner à leur fille ce qu’ils possèdent.

Dès que les bestiaux ont été livrés au père de la future , celui-ci donne une

TARTARIE, j«7

fête qui lui est bientôt rendue par le jeune marié; ce dernier, accompagné de ses parents et de ses amis, quelquefois au nombre de cent personnes , va à la tente de son futur neau-père, portant des plats de mouton , une grande quantité d’eau-de-vie et des mouchoirs consacrés aux idoles. Il trouve, en arrivant, tous les convives réunis. Après avoir adoré les dieux dont les images se trouvent dans l’iourte, il offre au père , à la mère et aux plus proches parents de la mariée les mouchoirs bénis. Ensuite tous les convives sortent de l’iourte , s’asseyent en cercle, et le repas commence. Il se compose de thé en briques , de viande et de vin. Quand les convives ont cessé de manger, la jeune fille offre en cadeau à son prétendu , et souvent même au père et à la mère de celui-ci, de riches vêlements.

La fête terminée , le futur se rend , quelquefois avec les personnes de sa suite , chez des parents delà mariée; mais cette coutume n’est pas générale.

1,’tisage veut que depuis le moment où l’un a célébré les flançailles les futurs époux ne se voient plus jusqu'à la célébration du mariage. Pendant la fête dont nous venons de parler les deux parties chargent les lamas de fixer un our heureux pour la cérémonie. Quand 'époque du mariage approche , la future rend des visites à ses plus proches parents, et passe au moins une nuit, dans la maison de chacun d'eux , à s’amuser et à se promener avec les amies de son enfance, qui il’accompajçnent ensuite chez ses père et mère , ou elles passent ensemble les deux dernières nuits qui précèdent le mariage à chanter et à se régaler. La veille du jour où la jeune fille doit quitter l’iourte paternelle, les lamas s’informent s’il nest point survenu quelques obstacles, et récitent des prières; ils en prononcent aussi le lendemain, au moment du départ. Aussitôt que l'un a expédié la tente qui doit servir de demeure aux époux, et les autres objets qui forment la dot, les amis intimes de la famille de la femme se réunissent dans l’iourte et s’asseyent en cercle près de la porte avec la mariée , en se tenant très-rapprochés d’elle. Des personnes envoyées par le futur font

sortir tous ces gens un à un , et se saisissent de la jeune fille, qu'ils emportent hors de l'iourte. Ils la placent sur un cheval , l’enveloppent dans un manteau, lui font faire trois fois le tour d’un feu sacré, puis ils se mettent en route suivis des proches parents de la mariée. La mère fait toujours partie du cortège. Cet enlèvement n’a pas lieu sans une forte opposition , surtout quand la famille de la mariée compte au nombre de ses amis plusieurs champions vigoureux. Autrefois on attachait la femme il la charpente de l’iourte, aujourd’hui cet usage est tombé en désuétude.

Ordinairement le père reste dans sa " tente, et le troisième jour seulement il ^ va savoir des nouvelles de la santé de sa fille. Le marié envoie du vin et de la viande pour r^aler son épouse et les personnes qui l’accompagnent. On dresse ensuite l'iourte destinée au jeune ménage. Quand la mariée v est entrée, on l’assied sur le lit; on défait lestresses nombreuses qu'elle portait comme jeune fille, on en forme deux grosses nattes, on la revêt des habits des femmes mariées, et elle est conduite citez son beaupère pour le saluer. Là elle trouve toute la famille et les amis de son époux. On récite des prières; et, le visage voilé, elle répète les mouvements d’un homme de même âge qu'elle , et qui lui sert de guide; elle s’incline profondément vers le feu, puis vers le pere, la mère et les autres parents de son futur, qui lui donnent leur bénédiction. On distribue alors à ces différentes personnes des vêtements etquelques autres objets. Il se passe quelquefois six ou sept jours avant que le mari se trouve seul avec son épouse. La mère de celle-ci doit rester au moins une nuit avec elle.

Mais quand la mere part il est expressément défendu à la mariée de la suivre.

Un mois après, la jeune femme , accompagnée de son epoux ou de quelqu'un de ses proches, va faire une visite à ses parents, qui lui remettent une partie ou la totalité des bestiaux qui forment sa dot. On s’accorde à dire que dans ces sortes d’occasions les Mogols se montrent aussi généreux quedeur fortune le comporte. I-a jeune

femme ne peut recevoir les parents de son mari , ni leur rendre visite , sans être vêtue d'une robe courte de dessus, de nankin ou de soie et sans manches , qu'on appelle otidji. Quand ses parents viennent la voir dans l’iourte qu'elle occupe, elle doit se lever lorsu’ils approchent, et il lui est défendu e s’asseoir en leur présence ; elle évite aussi de leur tourner le dos. Quand elle se trouve dans l'iourtede son beau-père, elle doit y occuper uue place près de la porte, et n'a pas le droit d'avancer jusqu'à la partie située entre le foyer et les idoles des bourkhans. De même, le beau-père ne doit pas s’asseoir près du lit de sa bru.

Les Mogols peuvent prendre plusieursfemmes ; mais celle qu’ils ont é^usée la première est toujours la plus respectée et conduit la maison.

Divobce. Le divorce est très-commun chez ces nomades; le moindre sujet de mécontentement suflit pour l’amener. Si le mari veut renvoyer sa femme sans cause légitime , il doit lui donner une de ses plus belles robes, et un cheval tout harnaché pour la reconduire chez ses parents. Il conserve le reste de la dot, comme une compensation pour les bestiaux qu’il a livrés.

Si une femme s’enfuit de chez son mari pour cause d’aversion , et se retire chez ses parents, ceux-ci doivent la rendre trois fois de suite à son époux. Si la femme le quitte une quatrième fois, alors on s’occupe du divorce; mais dans ces occasions toute la dot de la femme appartient de droit au mari , et le père de l’épouse inconstante est oblige de rendre à celui-ci une certaine quantité de bétail fixé par les autorités légales. Les gens les plus riches ne rendent Jamais plus de trente-cinq têtes de bétail , et cette restitution n’a lieu, pour l’ordinaire, que dans le cas où la femme divorcée se remarie. Quelquefois cependant, pour s’éviter des désagréments à euxmêmes et à leur fille, ils font spontanément et sans retard la restitution.

Les séparations de cette espèce sont très-désavantageuses pour les parents de la femme et pour la femmeelie-méme.

Aussi obtient-elle quelquefois d’emporter ses meilleures robes et scs bijoux ; mais si elle a pris ces objets sans l'auto-

risation du mari , celui-ci peut l’appeltr devant des juges , qui la condamnent à tout restituer, à l’exception d’un cheval harnaché et d’une des plus belles robes qui faisaient partie de sa dot.

Funbbaillbs. On enterre quelquefois les morts, quelquefois on les abandonne dans des cercueils , ou bien on recouvre les corps d’un monceau de pierres. Les différents modes de sépulture que nous venons d’indiquer ne sont point employés indistinctement; mais on note le thème natal du défunt , son âge, le Jour et l'heure du décès, et d’après toutes ces circonstances, combinées avec les indications des livres astrologiques que les lamas interprètent, on décide la manière de se débarrasser du corps.

Quelquefois on brfile les cadavres , ou bien on les expose aux bêtes féroces et aux oiseaux de proie, qui les dévorent. Les parents qui perdent leurs enfants par une mort subite abandonnent les corps sur les chemins, après les avoir enveloppés dans des sacs de cuir, où ils déposent du beurre et quelques autres provisions, qui, suivant leur croyance, ont la vertu d’éloigner les mauvais esprits.

On célèbre des services pou ries morts. La longueur de ces cérémonies expiatoires dépend de la richesse et des regrets des parents. Elles durent quelquefois quarante-neuf jours, pendantlesquels les lamas récitent sans cesse des prières dans la tente du défunt. Ces prêtres reçoivent pour leur salaire des bestiaux et quelques autres objets. Les gens riches font aussi prier dans les temples , et ils y envoient de belles offrandes en bestiaux.

Les chamans ou sorciers sont enterrés par d’autres chamans , qui font des conjurations pour empêcher les mauvais esprits de troubler l’ime du défunÇ On enterre ces devins dans l’endroit qu’ils ont désigné. Ce sont, pour l’ordinaire, des lieux élevés et très-passants. Les Mogols prétendent que les chamans sont déterminés dans leur choix par la volonté de nuire encore aux hommes après leur mort.

Il arrive quelquefois que ces imposteurs annoncent aux personnes contre lesquelles ils ont quelque sujet de haine

qne leur ombre viendra un jour les tourmenter. Lorsqu’une personne tombe malade ou éprouve une incommodité quelconque , on attribue toujours ces malheurs à la méchanceté des âmes des chamans, et l’on s’empresse de lesapai- •serpardessacriDces. LesMogols croient que ces âmes ne peuvent s’élever jusqu’à Dieu ; mais qu’errantes surla terre, elles deviennent de mauvais esprits, et se plaisent à faire du mal aux hommes. Les chamans prolitent d’une croyance qui leur est si utile , et ils exigent les plus grandes marques de respect de la part des gens simples au milieu desquels ils vivent. Lorsqu’une personne est attaquée d’une maladie inconnue, on court aussitôt chez le chaman, pour le consulter sur la cause du mal et sur le remède qu’on doit y appliquer. Le sorcier ne manque jamais n'attribuer la maladie à quelque esprit malfaisant, qu’il faut apaiser par des offrandes et par des sacrilices.

Ces misérables jongleurs furent chassés d’une partie de la Mongolie en 1819 et 1820. Un lama qui jouissait d’une grande considération parla avec tant d’énergie contre eux, qu’il parvint à les faire expulser dupaysdesKhalkhas. Plusieurs autres cantons suivirent cet exemple.

I.es meubles et les vêtements de ces imposteurs furent brdiés.

DIVISIONS CIVILES ET MILITJtIBES.

OOUVEBNEMBNT.

La Mongolie est divisée en plusieurs principauté, toutes soumises a l’empereur de la Chine. Chaque principauté est gouvernée par un des anciens nobles du pays, ou par un officier chinois qui porte le titre de vang , correspondant à celui de vice-roi , comme nous l’avons déjà fait remarquer (I). La horde des KhalkJias, extremement considérable, se trouve placée sous l’autorité de quatre khans indépendants l’uii de l’autre. La cour de Pékin s’est toujours efforcée de partager le pouvoir dans la Mongolie entre un grand nombre de chefs. Cette politique est très-prudente ; car si les habitants se trouvaient réunis sous unseul maître habile et entreprenant, ils pour-

(1) Voyez page îoe, colonne l, note.

raient devenir fort redoutables au Cèles te-Empire.

Les hordes mogoles sont subdivisées en bannièresCAàocAoun), en régiments {dzalan), et en escadrons (somoun).

Cette organisation militaire convient à la Chine, qui se trouve avoir ainsi à sa disposition plusieurs corps de cavalerie qu’elle peut employer en cas de besoin , et de l’obéissance desquels les chefs lui répondent plus facilement qu’ils ne pourraient faire si les Mogols étaient soumis à un régime civil. Tous ces hommes enrégimentés mènent dans les steppes la vie de pasteurs. Les officiers sont en même temps chargés de l’administration.

Le territoire appartient aux princes mogols, qui reçoivent des chefs de famille un léger tribut en bétail , et sont pourvus par eux de pâtres et de domestiques en nombre suffisant pour garder leurs troupeaux. Ces princes jugent en dernier ressort, suivant les lois établies, toutes les affaires litigieuses qui s'élèvent entre les habitants des provinces qu’ils administrent pour le gouvernement chinois.

L’empereur de la Chine entretient en Mongolie des inspecteurs généraux permanents, investis ducommandementsupérieur des différents corps d’armée de la province. L’inspecteur général des Khalkhas réside dans la ville d'Ouliassoutou. Cet officier a au-dessous de lui quatre adjoints, qui reçoivent leurs instructions directement de l’empereur.

Ceux-ci sont assistés à leur tour par un conseiller. Cette organisation répond fort bien aux vues de la cour de Pékin, laquelle, voulant être toujours exactement informée des événements qui pourraient survenir dans la Mongolie, etae l’étatdes esprits dans cette contrée, a institué des officiers militaires et civils , aussi indépendants les uns des autres que le permettent les exigences du service et l’observation des règles de la hiérarchie.

Ces fonctionnaires se contrôlent et s’observent mutuellement. En partageant ainsi l’autorité, et en ne rendant les fonctionnaires responsables de la plus

§ ramie partie de leurs actes qu’à l’égard e l’empereur, le gouvernement chinois est parvenu à pouvoir livrer le pays à lui-même , sans avoir à craindre

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