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L’UNIVFJIS.
en hauteur et en largeur ; 3” la Montagne de CoreiUe de cheval, qui a 2,635 yodjanas;4‘' la Montagne helleà-voir, qui en a 5,350 ; 5° la Montagne du santal, de 10,500 yodjanas; 6" la Montagne de [essieu, qui en a 31 ,000 ; 7° la Montagne qui relient ou qui sert d'appui , ou encore la Montagne qui sert de soutien, laquelle a 42,000 yodjanas, c'est-à-dire la moitié de la dimension du mont Sou-Merou, qu'elle entoure , comme elle est elle-même entourée par les six autres (I). M. Abel Rémusat pense que c'est à ces cercles de montagnes qu'on doit rapporter la division des sept mers. On compte la mer salée , qui est renfermée dans une roue de diamant en mouvement; la nier de lait; la mer de crème, la mer de beurre; la mer d'hydromel; la mer qui renferme les plantés d'heureux au-
fure, et la mer de vin. Les auteurs ouddhistes consultés par M. Abel Rémusat n'entrent dans aucune explication sur ces mers.
On compte en allant du sud an nord :
1» les Montagnes de Neige (Himalaya), riches en substances médicinales; 3° les Montagnes des Parfums; 3” la montagne Pitholi , qui contient un nombre infini de choses précieuses; 4* la Montagne des Génies , ainsi nommée parce que les génies et les dieux y font leur séjour; 5“ la Montagne du double soutien. C'est dans le sein de cette dernière que se forment les matières les plus pures et les plus précieuses , et le roi d'une classe d'étres particuliers et supérieurs à l'homme y a établi sa demeure; 6* le Mont de [oreitle de cheval, qui produit des choses précieuses et un nombre considérable de fruits; 7" la Montagne soutien des limites; 8" le Mont de la roue, formé d'une roue de diamant. Cette montagne est remarquable par ses productions et par le séjour des immortels délivrés des peines de la renaissance ; 9° le mont A'itou-mo-li, où demeurent les princes des nsonras, génies opposés aux dieux (2);
( I ) On na comprend pas comment une chaîne de monlagnes relallvemeni pellle peut en entourer une aiiire plus étendue, mais les bouddhistes no sont pas toujours arrêtes par les impos.slbililés.
(Il) I.es asouras sont en çuerre perpétuelle avec les dévns. Voyct les /.ou de Manou , Ira-
10° enfin le Sou-Merou, séjour des dieux. Le Sou-Merou est entouré de grandes masses d'eau, et c'est là ce qui explique comment, la chaleur du soleil étant absorbée par ces eaux, le froid va en augmentant du midi au nord. Il existe une niasse d'eau entre le Ojambou-Owipa et le mont de la Roue de diamant; une autre entre ce dernier et le mont Tiao-Fou , et ainsi de suite jusqu'à huit.
Kn récapitulant la largeur assignée à ces differentes masses d'eau et aux montagnes placées dans l'intervalle, on reconnaît qu'un espace de plus de 300,000 yodjanas est supposé séparer l'extrémité septentrionale du Djambou- Dwipa du pied de la montagne Polaire ou du Sou-Merou, qui a 8LOOO yodjanas d'élévation. Le Sou-Merou est le séjour des devas ou dieux (1). Ije soleil, la lune et les étoiles tournent autour de cette montagne, révolution oui établit la distinction des nuits et des jours , des années et des autres révolutions du temps.
Le soleil est habité par un adorateur de Bouddha , à qui ses vertus , ses bonnes actions et sa piété ont mérité de renaîtra dans cet astre. Le saint personnage occupe un palais dont les murs et les treillis sont ornés d'or, d'argent et de saphir. Ce palais a une étendue de 51 yodjanas dans tous les sens. Il est par conséquent de forme cubique, et l'éloignement seul le fait paraître rond. Cinq tourbillons de vent l'entraînent sans cesse autour des quatre continents, sans lui permettre de s'arrêter j;ntiais. L'un de ces tourbillons le soutient et l'empêche de tomber dans l’éther, le second l’arrête, le troisième le ramène, le quatrième le retire, et le dernier le pousse en avant et produit le mouvement circulaire.
duclion (te U. Loiseleor-DnloDgchainps, p. 9, notes. M. Abel Rêmusat donne plus loin ijuelqnes explications sur lis dltferenles (dassrs de génies et de divinités.
il) Les dévas sont des génies ou des divinités qui ont pour chef IniTra . roi du ciel. Un les nomme aussi sauras , et aditÿas , du nom de leur mere Jditi, femme de Cosiapii. ( Voyei Lois de Manou, p. 8, note 2. ) Il en ser.v ques- Uon plus loin.
Daus la mythologie des sectateurs de 7xvroastre , les Jrws ou dires sont des mauvais
gi'nles.
TARTAIUE.
Il est midi dans le Djanibou-Dwipa quand le soleil est parvenu en face du côte du Sou-Merou qui répond à ce continent. Le jour baisse alors dans le continent oriental et commence à pointer dans le continent occidental.
Il est minuit dans celui du nord. Les quatre points du jour sont ainsi déplacés successivement à l'égard des quatre continents.
La lune est un palais habité de la même manière que le soleil , et entraîné de même aussi dans un mouvement circulaire, autour du Sou-Merou, par cinq tourbillons de vent qui ne lui permettent jamais de s’arrêter. Mais ce palais n’a que 49yod^anas d’étendue, deux de moins que celui du soleil, ou, selon d’autres, 50, un seul de moins que ce dernier ( I ). Le jour de la pleine lune, ce palais est devant celui du soleil, et le jour de la nouvelle lune il est situé en arrière. C’est la réverbération des rayons du soleil qui produit la pleine et la nouvelle lune.
Les plus grandes étoiles ont seize yodjanas de tour. Les vingt-huit mansions lunaires sont disposées dans l’espace avec la destination de protéger plus spécialement certains êtres, certaines profes-sions et certaines localités.
L’une exerce son influence sur les oiseaux ; l’autre sur les religieux et sur les hommes qui s’occupent de la recherche des choses divines. Les femmes, les potiers, les orfèvres, les rois, les
f;rands , les guerriers , les montagnes , es trésors, les voleurs, les navigateurs, les marchands , la race entière des dragons, des serpents et des autres animaux qui rampent sur le ventre , enfin les gandharvas (2) et les musiciens sont placés sous la protection de certaines mansions lunaires.
Les flancs du Sou-Merou sont de cristal au nord, de saphir au midi, d’or a l’orient et d’argent .à l’occident. Cette montagne est partagée en plusieurs étages habités par des devas.
U) .M. Abel Remusat observe que c’eit h peu prèi la diriéieDce dra diamélrea apparents mojens du soleil et de la lune.
pi) Les gandharvas ou gandharbas sont des especes de génies ou musiciens celestes de la cour d'Indra, rot du iirmamenl. Voyex les Lois de Manou, tradniles du sanscrit par feu H. A. Lolseleur-Deslongctiamps, page 9, note i.
D’après la cosmographie tibétaine, l’écliptique est supposée répondre au troisième des étages du Sou-Merou.
Cette montagne est formée de quatre matières précieuses et exquises. Elle a huit faces et quatre étages. Au nord elle est couleur d’or, à l’orient couleur d’argent, au midi couleur de saphir, et à l’ouest couleur de cristal de roche. Tous les êtres et toutes les substances qui existent , oiseaux ou quadrupèdes ,
filantes ou minéraux, prennent la coupur des parties du Sou-Merou dont ils approchent, et la gardent pour jamais, sans aucun changement. Les vents les plus furieux ne sauraient ébranler cette montagne entourée de sept cercles concentriques, par les sept Montagnes d’Or et les sept mers aux eaux parfumées.
Les dieux et les êtres qui ont acquis des facultés divines peuvent seuls y liabiter. Le Sou-Merou est immuable et semble veiller sur les quatre continents. Il forme le centre autour duquel tournent le soleil et la lune, comme nous l’avons déjà vu. Il donne naissance à un arbre dont l’ombrage est favorable aux dieux, et dont les fruits, qui leur servent de nourriture, répandent un agréable parfum jusqu’à la distance de cinquante yodjanas. LeSou-Mérou cstd’ailleurs la première montagne formée lors de la reproduction des mondes, et la dernière qui se détruit à leur anéantissement, car l’univers se forme et se décompose comme le corps humain.
« Le mouvement circulaire du soleil et de la lune autour du Sou-Merou est une circonstance qui fait assez voir, dit M. Abel Remusat, que la position de cette montagne doit être cherchée aux pôles de la terre et du ciel , confondus par l’ignorance de la véritable constitution de l’univers. Cette montagne est donc tout à la fuis la partie la plus élevée du monde terrestre, autour duquel sont placés les quatre continents, et le point central du ciel visible, autour auquel se meuvent 1rs corps planétaires et le soleil lui-même. Le nom de montagne polaire , par lequel je l’ai désigné précMemment, doit être pris dans cette signifleation (1). »
A moitié de la liauteur du Sou-Me-
(I) Voyez Journal des Savants, isai, p. 009.
□; VjOOglf
L’UNIVERS
rou , c'esl-a-dire au quatrième des étages que l’on y reconnaît, commence la série des six cieux superposés lesuns aux autres, lesquels constituent ce qu’un appelle le monde des désirs , parce que tous les êtres qui l’hab.tent sont suumis également, quoique d'une manière différente, aux effets de la cunciipiscenca. Les uns se multiplient par rattouchement des mains, les autres par le sourire ou le regard, etc. Au premier des six cieux , en commençant par en bas, habitent quatre dieux qui président aux rovaumes des quatre points cardinaux. Le second ciel est nomme le ciel des Trente-trois, parce qu’Indra (l)y fait son séjour avec trente-deux personnages p.irvenus comme lui par leurs vertus de la condition humaine à celle de deva ou divinité. Le troisième ciel est appelé ciel cC Yatna {2) , parce que le dieu de ce nom y réside avec d'autres êtres semblables à lui. Dans le quatrième ciel, appelé séjour de la joie, les cinq sens cessent d'exercer leur influence. C’est là (jue les êtres purifiés, parvenus au degre qui précède immédiatement la perfection absolue , c’està-dire au grade de bodhisattwa, viennent habiter, en attendant que le moment de descendre sur la terre en qualité de Bouddha soit arrivé. Au cinquième ciel, appelé ciel de ta conversion, les désirs nés des cinq atonies ou principes des sensations sont convertis en plaisirs purement intellectuels.
Au sixième enfla habite Iswara (S).
Tous les êtres qu’on vient d'énumérer, à l’exception de ceux des deux deux inférieurs, résident non plus sur le Sou-Merou, mais au sein même de la matière éthérée.
Au-dessus des six cieux du monde des désirs commence une seconde série de deux superposés, qui constitue fe monde, des formes ou des couleurs , ainsi nommé parce que les êtres qui y
(t) On peut oonsuller inr Indra le DIelion- Mire de» nom» propre* Joint par M. Lanalols à »a traduction de» Cke/t-d'auvre du thsMtre indien , et les Lois de Manou , traductloii fraoçatse, p. as, note première.
(S) Voyez le DicUoimaire de* nom» propre* de M. Ltnglnis , »o mot Yama , et le» Lou de Manou, p. se, noie J.
(3) Voyei ce mol dan» le Dictionnaire »«n»çril-anplaia de Wilson . Doee I3fc , colonne S, de I* seconde édlUoo.
habitent, quoique supérieurs en pureté à ceux dont nous venons de parler, sont encore soumis à une des conditions d’existence de la matière, savoir la forme ou la couleur. On compte dixhuit degrés d'étages superposés dans le monde des formes , et les êtres qui les habitent se distinguent par des degrés correspondants de perfection morale et Intellectuelle, auxquels on atteint par quatre modes de contemplation désignés sous les noms de première, seconde, troisième et quatrième A la
firemière conleniplation appartiennent esbrabmas, les ministres des brahinas, le grand brabma-roi , êtres qui se distinguent par la pureté morale ou l'absence de souillures. Trois cieux de la seconde contemplation sont doués d’éclat ou de lumière, trois cieux de la troisième contemplation ont pour attribut la vertu ou la puissance. KnQn divers genres d'une perfection encore plus grande caractérisent les neuf cieux de la quatrième contemplation.
Quand on a dépassé le monde des formes, on trouve le monde sans forme, composé de quatre cieux superposes , dont les habitants possèdent des attributs encore plus nobles. Ceux du premier habitent l'éther, ceux du second résident dans la connaissance, ceux du troisième vivent dans l'anéantissement, et ceux du quatrième, .au-dessus duquel il n’existe plus rien , également exempts des conditions de la connaissance localisée et de l’anéantissement qui n'admet pas de localité, sont désignes p.ir une expression sanscrite qui signiâe littéralement ni pensants ni non pensants.
• Nous sortirions du champ de la cosmographie pour entrer dans celui de la métaphysique, dit M. Abel Rémusat, si nous entreprenions d'éclaircir en ce moment ce qu’il y a d'énigmatique dans ces dénominations. Il suffira de remarquer que tout va en se simjiiiliantetcii s’épurant dans l’échelle des mondes superposés, à partir de j'enfer, qui est le point le plus dcclive, jusqu'au sommet au monde sans forme, qui est la partie la plus élevée. On trouve d'abord la matière corrompue avec ses vices et ses imperfections ; l'âme pensante enchaînée par les sensations, les passions et les désirs;
^ .’.lv
rSme puriGée ne tenant plus à la matière que par la forme ou la couleur; la pensée réduite à l'étlier ou à l'espace pur; la pensée n'ayant poar svbstratum que la connaissance; puis tout cela même anéanti dans une perfection qui est tout ce qu'il est donné a rhomnie de concevoir, et qui toutefois est encore fort au-dessous de çelle qui caractérise l'intelligence conçue, soit dans son rapport d'amour avec les êtres sensibles ou Irodliisattwas , soit dans son état absolu et libre de tout rapport quelconque ou Bouddha (I). »
Les habitants qui peuplent les différentes parties de l'univers sont partagés en six classes : I ° les devas. On a coutume de rendre ce nom par celui de dieux ou divinités. Mais M. Rémusat fait observer que l'équivalent n'est pas tout à fait exact ; car, suivant l'opinion des bouddhistes, les dev.as, bien
?|ue doués d’une grande puissance de acuités surnaturelles et d'une longévité extraordinaire, sont cependant encore soumis aux vicissitudes de la naissance et de la mort , et exposés à perdre leurs avantages par le péché.
Ils habitent leSou-Merou et les étages célestes qui y sont pratiqués; 2" les hommes; 3° les asouras ou génies, qu'on partage en gandharvas , en pisatchas, engaksclias, en rakschasas.
Ces génies vivent sur les bordsde la mer, au fond de l’Océan, ou dans les escarpements du Sou-Merou; 4° \esprilas, ou démons faméliques, qui endurent pendant des périodes immenses tous les tourments de la faim et de la soif- Ceuxci habitent au fond de la mer, parmi les hommes , dans les forêts , sous une forme humaine ou sous celle d'animauir de toute espèce; 6" les brutes; 6" les habitants des enfers. Les quatre dernières classes sont nommées les quatre conditions mauvaises. A ces six classes d’êtres il faut joindre les nagas ou dragons qui ont une existence équivoque entre les bons et les mauvais génies; les aaroudas, oiseaux merveilleux ; les kinnaras et un nombre considérable d’autres êtres plus ou moins parfaits, lesquels ont avec les précédents cela de commun , que les mêmes
Ames peuvent animer successivement des corps appartenant à toutes ces différentes catégories, selon que de bonnes ou de mauvaises actions Tes font renaître à un degré plus ou moins élevé dans l'échelle des êtres vivants. « Il n'est pas question ici, dit M. Abel Réiniisat, des gradations morales et intellectuelles , par lesquelles on peut passer pour devenir successivement shmvakn ou auditeur de Bouddha, prntyeka Houddha, bodhisalltva, et enfin Bouddha, quand on a réussi a s'affranchir des conditions d'existence auxquelles restent soumis tous ceux qui habitentl'enceintedestroismondes(I). »
L’ensemble des trois mondes forme un univers. L’univers que nous habitons se nomme saralokadbalou, c'est-àdire, suivant l'explication des bouddhistes, le séjour ou le monde de la patience, parce que les êtres qui y vivent sont sujets a la transmigration et à toutes les épreuves et les vicissitudes qui en découlent.
Pour comprendre le système cosmographique qui précède, il faut se rappeler que le Sou-Merou ou la montagne Polaire est le centre autour duquel le soleil fait sa rotation avec les autres astres, pour éclairer successivement les quatre continents.
Au-dessus du Sou-Merou se trouvent les deux du monde des désirs, puis ceux du monde des formes distingués en cieux de la première contemplation , de la deuxième, etc. En s’arrêtant au premier ciel de la deuxième contemplation, on doit se représenter mille montagnes polaires, mille soleils, raille fois les quatre continents, mille fois les six cieux du monde des désirs, mille fois les trois premiers cieux du monde des formes, habités par les brahmas et par le grand brahma-roi , le tout recouvert par le premier ciel de la deuxième contemplation; on aura ainsi mille mondes semblables à celui que nous habitons.
O C’est ce qu'on nomme, dit M. Abel Rémusat, le petit chiliocosme. On me pardonnera de forger cette expression , qui rend exactement la dénomination sanscrite, afin d’éviter la confusion que produiraient les mots de mondes et
(1) Journal de$ Savants, 1831, page M9. (I) Voyez Journal Ses Savant», 1831, p «70.
L’UNIVERS
(l'univers pris en des sens différents et subordonnés les uns aux autres. Il faut ensuite concevoir mille petits cliiliocosuies ou un million de soleils, un million de continents, un million de montagnes polaires, un million de deux, habités par Brahma, recouverts par un ciel de la troisième contemplation ; c'est ce (lu’on nomme un moyen chiliocosme.
Enun mille moyens chiiiocosmes recouverts par un ciel de la quatrième contemplation constituent le grand chiliocosme, qui comprend mille millions de soleils, de lunes, de montagnes polaires, de deux de Brahmas, un million de deux de la deuxième contemplation et mille cieux de la troisième (1). »
Le grand chiliocosme, ou, comme les bouddhistes l’appellent encore, la grande terre , repose sur un tourbillon ou roue de métal ; cette roue repose ellemême sur un tourbillon d’eau (le 08,000 yodjanas d’épaisseur. Celui-ci repose à son tour sur un tourbillon d’airou de vent de la même épaisseur, et le tourbillon d'air est appuyé sur un tourbillon d'éther qui , bien'qu’il ne soit appuyé sur rien . est contenu par l'effet de la conduite des êtres vivants dans le monde; c’est-à-dire que l'existence du monde matériel tient à la moralité des actions, laquelle prolonge le séjour de ces êtres dans le monde, ou les réunit finalement à la substance universelle. Les tourbillons empêchent la matière de se dissoudre et de se séparer ; ils la tiennent en repos, lui procurent la durée, marquent ses limites , et lui assurent la solidité. Le métal se produit au-dessus de l'eau, comme la crème sur du lait chaud, par l'effet du vent qui souflle à la surface.
« Le degré où nous sommes parvenus, ajoute M. Abel Bémusat, et où semble s'être arrêtée l'imagination de plusieurs cosmographes bouddhistes, parait, au contraire, avoir été le point de départ pour quelques autres auteurs.
Toujours préoccupés de l’idée de l’infini en espace, et toujours renouvelant les plus vains efforts pour la saisir, ceux-ci prennent l’univers tel qu’il vient d’être constitué, avec ses trois mondes desdésirs, des
(I) Voyez Journal da Savanli , 1831, pages ^0 et 671.
formes et sans formes, et tous ses cieux superposés, pour l’unité dont se compose un nouvel ordre d’univers. Un nombre d'univers qui ne saurait être exprimé que par des nombres tels que ceux dont j'ai parlé en commeni^ant (I) forme un étage dans la série des univers superposés. •
L’univers dont fait partie le monde où nous vivons occupe le treizième étage.
On en compte douze au-dessous et sept au-dessus; en tout vingt étages, qui forment un système complet d’univers, ou, suivant l'expression des bouddliistes, une graine des mondes. Cette expression sera expliquée plus loin.
Au premier (les vingt étages, en commeni^nt par le bas, il n'existe qu’un seul terrain. On désigne par cetleexpression tout l'espace sur lequel peut s'étendre l’inlluence des vertus d’un Bouddha et où a heu sou avènement. Autour de ce terrain sont placés des mondes en nombre égal à celui des atomes dont se compose un Sou-Merou ou montane Polaire. Le second étage comprend eux terrains, le troisième trois, et ainsi de suite jusqu’au treiziéme, où est notre monde et qui en contient treize; puis jusqu’au vingtième et dernier, qui en a vingt. Les terres de Bouddha sont entourées dans chaque étage de ce nombre de mondes que M. Abel Bémusat appelle atomttê/fues. Chaque étage d'uni vers a sa fonne particulière, ses attributs caractéristiques , ses Bouddhas, son nom. Chacun aussi repose sur un appui d’une nature spéciale. Parexeiii-
f)le, le treizième étage, dont le Savaokadhatou fait partie, est porté par un enlacement de fleurs de lotus que soutiennent des tourbillons de vent de toutes les couleurs. Son aspect est celui de l'espace ou du vide.
L’étage inférieur, ou le premier des vingt, repose sur la fleur d’un lotus appelée fleur des pierres précieuses. Et comme il occupe dans ce lotus la place du pistil, on désigné le système entier des vingt étages d’univers par le nom de graine des mondes. Le lotus est l'emblème des émanations divines, et de toutes les productions qui du sein de l’être absolu et souverainement parfait
(i) Ceot quioUllioDs ou mâioe plut.
TARTAJUE.
se manifestent dans l’existence relative et secondaire. C’est ainsi que les dieux, regardés comme des effluves sortis immédiatement de la substance divine, sont toujours représentés sur des fleurs de lotus. De même ici . placer la graine des mondes au sein du lotus, c’est, dans le système panthéistique , base du bouddhisme , déclarer son origine et la rapporter à un acte de la puissance suprême (1).
Le lotus qui porte la graine des mondes sort de l’océan des parfums , contenu lui-même par un nombre atomistique de tourbillons de vents. Le nombre de ces lotus chargés de systèmes d'univers par myriades de myriades est tel nue pour l’exprimer on accumule les chiffres les plus innombrables, les plus indicibles , et qui s’élèvent à plusieurs millions. C’est toujours afln d'exprimer que des mondes sans nombre |aillissent en tout sens et dans un espace infini du srin de la substance divine.
Les bouddhistes prétendent que la vie des hommes, d’abord de 84,000 ans, décroît d’une année par siècle, et Gnira par ii’être plus que de dix ansseulement. La durée de la vie augmentera ensuite dans lu même proportion , et atteindra ainsi de nouveau le chiffre de 84,000 ans. La premiers période qui succùe à la destruction d'un monde antérieur est marquée par l’apparition d'un nuage de couleur d'or dans le troisième ciel de la seconde contemplation. De ce nuage sort
(I) M. Abel RémusAt pensait que comme le
firemler des étages de la ualne des mondes a a formed'une pierre précieuse, et s’appuie sur un lotus appelé ^ur des pierres précieuses^ celte croyance oiTre reipllcatioii de la lormule célèbre : Om mani padme hom! qui doit sienllier : Adorution, à pierre précieuse^ qui es dans le Mus! Ce rapprochement servirait a constater un dogme fondamental du bouddhisme , la production de l’univers matériel par l’élre absolu , et slgnlUerall que tout ce qui existe est reuiermé dans le sein de la substance divine qui l’a produit. Les expressions la pierre précieuse est dans le lotus voudraient dire s Le monde est en Oieu. Cette explication parait extrêmement plausible, et ne ooniredit point la traductiou de M. Klaproth que nous avons donnée plus baul ( page 20«). M. Al>el Rémusat observe au surplus qu’il donne son Interprétatlon sans en repousser plusieurs autres, que l’on pourrait étayer de doctrines non moins authenliques. Car, ajoute-t-il , le bouddhisme admet la pluralité des systèmes, et n’est, à vrai dire , qu'un composé de panthéisme , de rationalisme et d’idolâtrie.
uae pluie abondante; il s’élève un grand vent qui amasse de l’écume, et donne naissance au Sou-Merou et aux autres montagnes. A celte époque tous les êtres vivants sout réunis dans le troisième ciel dont nous avons parlé. Les dieux se trouvent trop pressés dans cet espace, et ceux d’entre eux dont le bonheur commeuce à décliner, et qui voient approcher le terme d’une carrière longue, mais non pas éternelle, descendent pour renaître dans le monde inférieur. La première de toutes ces divinités est un fils des dieux qui, après être sorti du ciel de la r.ole lumineuse, alla renaître dans le ciel du grand Brahma et devint le Brahma-radja de l'dge qui commence. La duree de la vie de ce dieu est d’un milliard huit millions d’années. Dans la seconde période de formation les dieux du ciel de la voie lumineuse descendent dans les deux de Brahma et y deviennent les sujets de ce dieu. Ils vivent pendant trois cent trente-six millions d’années. Ainsi descendent de nouveaux dieux pour renaître dans les deux du monde des désirs. Ceux des dieux habitants du ciel de la voix lumineuse dont le bonheur est épuisé sont transformés et changés en hommes. Ils jouissent de plusieurs prérogatives qui leur sont particulières , et notamment de celle d’avancer en volant comme des oiseaux (I). Il n’existe parmi eux aucune distinction de sexe. Mais la terre fait jaillir de son sein une source dont l’eau est douce au goût comme la crème et le miel. Ces dieux en avalent quelques gouttes, et aussitôt la sensualité naît en eux. Ils perdent leurs attributs divins, et entre autres l’éclat lumineux qui émanait de leurs corps. Le monde se trouve au milieu des ténèbres. Un vent violent souffle à la surface des mers et en soulève les eaux. Le soleil et la lune paraissent sur les flancs du mont Sou-.Merou et éclairent les quatre continents. Alors naît la distindtion du jour et de la nuit. Mais les êtres vivants s’attachent aux choses terrestres, et prennent une couleur sombre et grossière.
Ils mangent du riz qui a poussé spontanément. Cette nourriture produit en
(I) Us portent en chinois an nom que M. Abel Rémusat traduit par LJosmni vulando asubutantes ( Journal des Savants, laai , page 718 ).
L’UNIVERS
eux des désirs dont le résultat se mani- n’admct pas de création proprement festedans la différence des sexes. Les dite; cette religion n’accorde pas à la
habitudes de violence engendrent la con- cause première une existence distincte de
ciipiscence et la cohabitation des époux, ceiiedesoneffet.ettendloujoursàiden-
Par la suite, les dieux du ciel de ia voie tifier Dieu et l’univers. « Cependant,
lumineuse qui doivent renaître sont dit M. Abel Rémusat, il serait intéres-
soumis à être renfermés dans le sein sant de connaître ce que les bouddhistes
d’une mère, et c’est de cette manière pensent sur l'origine du monde, sur la
que commence la naissance par l’uté- manière dont l’unité a enfanté la multi-
rus. plicité, et sur les circonstances qui font
L’univers est alors dans un état sta- que l'absolu et le relatif, l’éternel et le
tionnaire. C’est l’âge qu'on appelle d’or- variable, le parfait et l’imparfait, l’es-
rit ou de repos. prit et la matière, l’intelligence et la na-
Lc monde se détruit ensuite. Dca ou- ture peuvent coexister, au moins en apragans, des cataclysmes, de vastes in- parence, dans les opérations du monde cendies anéantissent quelques (larties de phénoménal... M. Hodgson a eu raison l’univers. Ces différents rféaux destruc- d’admettre comme base du système enteurs atteignent par degrés toutes les tier l’existence d’un être souveraineparties du monde, et n’en lais.sent bien- ment parfait et intelligent, qu’il nomme tôt subsister que la charpenteou, comme Vinletligence primordiale. On ne saudisent les textes originaux , fe ro-ve vi- rait opposer à son opinion que des de (I). I.orsque tons les êtres vivants arguties mystiques, fondées sur une inont disparu, le vase lui-même est anéan- telligeiice incomplète des textes ou sur ti. Cette dernière catastrophe a pour des obscurités résultant moins encore cause la méchanceté des hommes, dont de la diflicultédela matière que de l’inoles crimes amènent le grand incendie, perfection du langage philosophique Le ciel ne verse pas de pluie; les se- chez les différents peuples qui ont emmences ne germent plus; les sources, brassé le bouddhisme, et qui en ont traies rivières et les ruisseaux tarissent ; la duit les livres dans leurs idiêmes. L’ansécheresse continue. Un grand vent pé- tériorité de l’intelligence à l’égard du nètre jusqu’au fond de la mer, enlève le monde peut ne pas être dans le temps, palais du soleil, le porte sur le Sou-Me- mais dans l’action. Dire que les Boudrou, d'où il répand sa lumière sur tout dlias sont des hommes divinisés, c’est l’univers. Les plantes et les arbres se oublier uiie les hommes doivent être vedessèchent et tombent. Enfin, tout ce nus de Bouddha directement ou indiqui n’est pas éternel se trouve anéanti, rectemeiit. Admettre même l'existence Ce bouleversement se fait sciitirjusqu’au de plusieurs Bouddhas, c’est-â-dire de ciel de Brahma , et les hommes, les bru- plusieurs êtres parfaits , de plusieurs abtes, les damnés et les mauvais génies solus, de plusieurs infinis au mêmeorsont complètement anéantis. Ainsi se dre, c’est parler la langue mythologique, termine le troisième âge du monde , ou c’est poser une assertion qui peut être la période de destruction. de mise dans les vallées du Tibet ou dans
Le monde est remplacé ensuite par le les steppes des Calmoucs; mais c’est vide ou l’éther. Il n’existe plus ni soleil, énoncer en philosophie une monstrueuse ni lune, ni jour, ni nuit, mais seulement absurdité, un véritable non-sens, (i) • de vastes et profondes ténèbres qui sub- Suivant le philosophe que nous venons sistent durant toute la période du vide, de citer, le bouddhisme bien compris pendant vingt petits calp.as (1). considèrerintelligencecommecnusesou-
Dans le .système quenous venonsd’ex- veraine, et la nature comme un effet. Si poser, la formation et la destruction des les légendes comptent des milliers de mondes sont les résultats d’une révolu- Bouddhas, la doctrine ésotérique n’en tion perpétuelle et spontanée, .sans fin admet qu’un seul. Ainsi lorsqu’on dit et sans interruption. Le bouddhisme d’un être qu’il est devenu Bouddha, on
U) .ÇfTwmtos 1881 , p. 721. (i) Journal des tavanU , (831 , oaeei 784 et
(I) LepetltcalpttMtde iMW.ouü année*. 72J.
TARTARIK.
veut dire , non pas gu'ii est allé grossir le nombre de ces divinités imaginaires, mais qu’il est parvenu à atteindre le degré de perfection absolue qui est indispensable pour se confondre de nouveau avec l'intelligence iniinie, et se voir di^ livrer de toute individualité, et par conséquent des vicissitudes du monde phénoménal.
Bouddha a deux corps, l'un sujet à la naissance et qui vient a’un père et d’une mère : c’est celui qu’il revêt dans ses transformations. L’autre est la loi ellemême. Ce second corps est éternel, immuable et exempt de toute modiQcation.
Le corps éternel, souverainement libre, est doué de toutes les vertus et capable de toutes les actions. Le corps non éternel est celui que prennent les Doudillias lorsque, pour sauver et délivrer les êtres vivants, ils entrent dans la route de la vie et de la mort, et qu’ils prêchent la loi. Le véritable corps, le corps éternel, est identifié avec la loi et la science. Le corps relatif est en rapport avec les êtres du monde extérieur, sauve les vivants, et les inonde de bonnes influences, se plie à la mesure de leur intelligence, et se manifeste dans plu.sieurs sortes de corps, comme la lumière d’une lune unique se réfléchit à la surface de •outes les eaux.
.Suivant un auteur bouddhiste, il est impossible de découvrir d’où viennent tous les êtres de l’univers, de savoir où ils vont, comment ds ont commencé, et où ils doivent renaître finalement. La formation des mondes est pareillement au-dessus de l’intelligence humaine.
Nous avons déjà remarqué que la moralité des actions influe sur la constitution de l’univers physique. Dette opinion singulière ne se trouve pas suffisamment e.vpliquée dans les livres bouddhistes.
l'nvidya c’est-à-dire \'iynoTance et X'obscurité morale sont présentées comme le principe de l’individualité psychologique, et l’on rapporte à la même cause la formation des mondes.
Voici une explication de la cosmogonie bouddhique , d’après un célébré auteurchinois. Nous copions la traduction française sans y rien changer, car il nous semble très-difficile de la comprendre, et nous craindrions de l’altérer en cherchant à y faire des modifications. Abel
Rémusat lui-même, dont l’esprit était si pénétrant, déclare cètte exposition presque inintelligible :
« 'Tous les êtres, dit l'auteur bouddhiste , étant contenus dans la très-pure substance de la pensée , une idée surgit inopinément et produisit la fausse lumière. Quand la fausse lumière fut née, le vide ( l’éther) et l’obscurité ( le chaos) s’imposèrent réciproquement des limites. Les formes oui en résultèrent étant indéterminées, il y eut agitation et mouvement. Ue là naquit le tourbillon de vent qui contient les mondes. L’intelli-
Îtencc lumineuse était le principe de soidité d’où naquit la roue d’or qui soutient et protège la terre. Le contact mutuel du vent et du métal produit le feu et la lumière, qui sont les principes des changements et des modifications.
La lumière précieuse engendre la liquidité qui bouillonne à là surface de la lumière ignée, d’où provient le tourbillon d’eau qui embrasse les mondes de toutes parts. La même force que celle des actes produits par les êtres vivants feit que ces mondes s’appuient sur le vide et s’y soutiennent en repos. Il y a des périodes pour leur formation et leur destruction, hétruits, ils se reforment; formés , ils se détruisent de nouveau.
Leur fin et leur commencement se succèdent sans interruption : c’est ce qu’on nomme la succession des mondes. (1) • illÉBABCHIB LAMAÏQUK. LCS peuples qui suivent le bouddhisme appelé lamaique reconnaissent le dalai'-lama pour leur chef suprême spirituel. Ils considèrent ce nontife comme la divinité incarnée,dont l’àmeabandonneun corps décrépit pour entrer dans un autre corps brillant de pureté et d’éclat. A plusieurs époques, la politique de l’empereur de la Chine, opposée à celle des chefs et des souverains tartares, a fait soutenir les armes à la main les anti-dalaï-lamas, appuyés par une fraction des habitants du pays. Il résulte de ces dissidences de véritaPles schismes.
Dans le sud du Tibet, c.omme nous l’avons dit plus haut, il existe un autre pontife suprême, que Ton désigne par le nom de bogdo-lama. Les partisans du dalaï-lama ou les houppes rouges,
(I) Voyez leJournaldis savanU pag.
comme ils s’appellent, pour se distinguer (le la s(xte df$ bonnets blancs ou du hugilo-laina. placent au second rang ce dernier patriarclie. Ils le considèrent cependant comme un dieu incarné, passant d’un corps humain dans un autre.
I.es Calmoucs le regardent comme plus ancien que le dalaï-lama, et ils adorent les images de ces deux pontifes.
Lorsqu'un dalaï-lama veut quitter ce monde (et les Tibétains assurent que cela arrive à l’époque, aux heures, et su i vaut les circonstances qu'il a I ui-méme déterminées), il laisse un testament dans lequel il désigne son successeur; il écrit ce testament de sa propre main , et le dépose dans un lieu secret. Le pontife indique le rang, la famille, l'âge et les autres qualités auxquelles on pourra reconnaître son successeur, l’époque à laquelle on devra le rechercher, suivant que son âme AkoMIganique (destinée à renaître) a la volonté de reprendre un nouveau corps , après un espace de temps plus ou moins long. Ce testament est cherché et ouvert immédiateutent après le décès du dalaï-lama par le chef supérieur du temple ou vicaire, en présence des plus saints khoubUgans ou régénérés et du haut clergé. Quand on a découvert le successeur du dalaïlama, on procède à son installation.
Le corps du pontife décédé est brûlé, et los cendres, considérées comme des reliques, sont partagées en petites boules.
Vers le milieu du siècle dernier, un dalai-lama annonça par son testament que l’esprit divin qui résidait en lui ne se manifesterait plusaa’une seule fuis, dans un enfant qu’il désignait , et qu'ensuite le dieu incarné, chef de la religion lamalque, cesserait de |jaraltre sur la terre. Cette prédiction mit en émoi tous les sectateurs de la doctrine; les lamas eux-mémes éprouvèrent les plus vives inquiétudes sur le sort futur de leur religion. Toutefois il n’est rien arrivé de fâcheux, et le pontife suprême existe toujours , sous le protectorat de l'empereur de la Chine, il est vrai.
Un illustre philosophe, M. Vincent Gioberti, croit cependant le bouddhisme destiné à disparaître du reste du monde, comme il a disparu de l'Inde.
« Le bouduhisme, dit-il, de même que toutes les institutions humaines, ren-
fermait dans son sein des germes funestes de déclin et de mort. Sa morale douce et compatissante ( supérieure en ce point à celle des autres peuples idolâtres), le dogme de l'égalité religieuse de tous les hommes , l’union et la force de sa hiérarchie, le nombre et le zèle de ses apdtres furent des causes qui contribuèrent à le répandre de proche en proche dans toute la péninsule en deçà du Gange, dans l’Ile de Ceylan, à l’ouest de rindus, dans le Transoxane, dans le Tibet, dans l'Asie centrale, dans les
ns au delà du Gange, dans l’Archipel ien, au Japon et à la Chine; et on peut supposer qu’il passa en Amérique avec des essaims de peuples de race jaune , et que Vodan ou Votan , Quetzaleohuatl, Boquica, Manco, Amalivaca (I), qui donnèrent des institutions religieuses aux Chiapanèqiies, aux Toltèqties du Mexique, aux Muisques, aux Péruviens, aux 'Tamanaques, étaient des prêtres bouddhistes. Mais cette religion qui se propageait ainsi-commença après le cinquième siècle à se flétrir et a se dessécher sur le sol qui l'avait vu naître. Le bouddhisme, persécuté et vaincu au huitième etau neuvième siècle, disparaît de l'Inde entre le quatorzième et le quinzième. Nul doute que le brahmanisme moderne n’aurait pas pu prévaloir contre une religion enracinée depuis aussi longtemps, si d'ailleurs il n'avait été soutenu par les princes, par les grands et par les peuples. Il faut croire que la multituae excessive et le relâchement des moines, et le tort que recevait l'Etat de l'existence d'une tourbe oisive de célibataires et de contemplatifs, ainsi que la pauvreté intestine et la faiblesse militaire, résultats d'un pareil ordre de choses, refroidirent graduellement le zèle, affaiblirent la foi , lassèrent la patience des masses. L'opinion, de favorable qu'elle était, devint hostile; au respect succédèrent le mépris et la haine.
Or, lorsqu'une institution humaine est viciée dans son principe, on ne saurait
(1) Je ne joins pas a ce nombre , dit le savant auteur, le Carnmurù des Brésiliens, lequel élait évidemment un Portugais.
On peut consuller sur la légeode ou l'histoiie du Caramurü , et sur le poème portugais qui porte ce titre, une excellente esposuion de M. Charles Magnin. Voyes C'ausenri e< mtdttalions, t. II , p. 441 et suiv.
la réparer. La gangrène empêche l’effet du remède, comme une affection grave enlève tout espoir d’une réaction salutaire. Le bouddhisme devait disparaître de l’Inde, comme il s’éteindra graduellement dans les pays où il se conserve encore, grâce à l’habitude, et nonobstant la dépravation de ses sectateurs.
Nous admettons l’existence de cette dépravation, car il n’est pas vraisemblable que les missionnaires catholiques ui ont laissé une peinture effrayante es passions brutales et grossières qui souillent les Talapoins et les bonzes de i’Indo-Chine, du Japon et de la Chine, nous nient tous fait des récits empreints d’exagération. Le panthéisme conduit fatalement à une mysticité trompeuse, qui engendre elle- môme l’inaction et les vices de toute espèce : tous les efforts et les tempéraments Iwmains pour arrêter ou mitiger les effets d’un germe funeste ne sauraient prévaloir d’une manière durable et définitive (I) «.
Les sectateurs du lamisme honorent comme leurs principaux chefs, après le pontife suprême, sept koutouklitous, auxquels ils attribuent également un esprit divin, qui, après le décès d’un corps, ne peut se manifester de son propre pouvoir dans un autre, mais qui reparaît dans celui que désigne le dalaï-lama. Nous avons vu qu’un de ces koutoukblous réside parmi les Mogols.
Après les koutoukhtous viennent les autres dignitaires ecclésiastiques, tels ue les tcliéedchi- lamas; les eremdiamba-lamas et les guilloung-lamas, prêtres ordinaires. Les ghetzulls sont des esp^esdediacres,qui ne peuvent donner la bénédiction, et qui servent d’aides aux prêtres ordonnés. Tous les autres disciples du clergé sont compris sous ia dénomination de tandis ou khoubaragouls.
Le dalaï-lama ne donne la bénédiction avec la main qu’aux souverains et aux khans qui se rendent en pèlerin.age auprès de sa personne. Il bénit les autres laïques avec une espèce de sceptre ou de baguette élégante et dorée, de la longueur d’une aune en\i-
(I) Voyez l'ouvrage intitulé Del Buono,pn f'incrn:o (lioherti. Bruxelles, IS43 , in-S" ( tome XIII des enivres complètes ), pages iss et suivantes.
ron, de bois ronge et odoriférant. Un des bouts est garni d’une poignée , l’autre est sculpté en forme oe nymphsea.
Du milieu de cette baguette sort un ruban de soie jaune d’environ deux pouces, avec trois morceaux d’étoffe de soie de couleur différente et à franges, attachés ensemble et longs d'un palme.
Avec cette houppe de soie, le dalaïlama touche la tête des personnes qui viennent l’adorer à genoux. S'il s’en présente un grand nombre, ouelquesuns des lamas les plus distingué se placent à côté du troue, et soutiennent le bras droit du pontife. Les docteurs laïques invoquent d’abord les idoles , ensuite ils se prosternent devant le dalaïlama autant de fois que leurdévotion les y porte. Enfln ils se mettent à genoux devant lui, -et reçoivent la tête baissée, les mains sur le visage et dans le recueillement le plus profond, la bénédiction, dont ils témoignent leur reconnaissance
fiar des prosternations réitérées. Ledaaï-lama ne refuse à personnesa bénédiction; mais les fidèles qui viennent pour l’adorer n’ont pas toujours le bonheur d’être admis en sa présence.
Les lamas persuadent au peuple que lorsque plusieurs personnes se tiennent en adoration devant leur patriarche, cette incarnation divine apparaît à chacun sous unefigure différente : à celui-ci le pontife-Dieu se montre jeune, à fautre il semble plus âgé ; partout où il passe il répand une odeur agréable. A son commandement , des sources jaillissent dans des plaines arides ; des forêts poussent tout â coup, et il produit par sa toute-puissance plusieurs autres merveilles semblables.
Le bogdo-lama se sert également d’un sceptre pour donner sa bénédiction, et le souverain temporel du pays ou l’officier qui le représente se fait bénir par ce haut dignitaire religieux , comme par le dalaï-lama. Mais lorsque le bogdolama est en visite chez le dalaï-lama, celui-ci a seul le droit de donner la bénédiction. Il bénit alors le bogdo-lama lui-même, en lui touchant la tête avec son front. Les koutoukhtous bénissent les gens du commun avec la main droite enveloppée d’une pièce d’étoffe de soie. Les religieux d’un ordre moins élevé prennent leur chapelet dans le creux de
LUNIVERS.
la main et pn touchent la tête du 6dèle.
Les prêtres tibétains , mogols et calmoucs s’accordent à dire que les sécrétions du dalaï-lama et du bogdo-lama sontconservéescommedes objets sacrés.
Avec ces différentes substances on fabrique des amulettes et on fait des fumigations pouides malades. Les personnes pieuses emploient mémeces reliques à l’intérieur. La partie liquide, distribuée par petites gouttes, est donnée comme spéciflque dans les maladies graves. Les lamas attestent que leurs deux pontifes prennent une si petite quantité d'aliments et de boisson, qu'on ne sauraitêtre assez économe de ces déjections fort rares.
Parmi les prêtres ordonnés , et même parmi les docteurs non ordonnés, il existedes prophètes élus et confirmés par le dalaï-lama lui-même. Suivant les idées superstitieuses des Tibétains, ces devins passent pour recevoir de temps à autre le.s Inspira tionsde la di vinité. Quelques auteurs considèrent l’existence des sorciers comme un reste de l’ancienne superstitiou chamanique. On appelle les prophètes dont nous parlons nantctùtus. Quand un d’entre eux veut annoncer l’avenir , il se revêt de ses plus beaux habits , prend son carquois , un arc, une épée , une lance , et invoque le dieu jusqu'à ce qu'il en ait reçu une réponse à la question qui l'intéresse. Si un lui amène de prétendus possédés, il ordonne pour leur guérison quelques prières que ces malheureux doivent lire eux-mêmes ou faire lire par un prêtre; ou bien il prend, suivant l'inspiration, une flèche, une lance ou une épée et en frappe le patient. Quelque violent que soit le coup, il ne doit en résulter aucune blessure, mais seulement une marque rouge, et le mauvais esprit doit abandonner aussitôt le malade. Quand le propMte commence à être inspiré, il tourne très-rapidement sur lui-même, et lorsque l’inspiration l'abandonne, il se dépouille de ses ornements et adresse au dieu des remerctments solennels. Le chef de ces jongleurs jouit d’une trèsgrande considération, et accompagne toujours le dalaï-lama lorsque celuici se rend d'un couvent à un autre. Il a un templeparticulier danslequel on conserve ses habits et ses ornements. Les
Tibétains débitent un grand nombre de contes ridicules sur les qualités surnaturelles qu’ils attribuent à ce grand prophète.
Rblioibiix. Il existe au Tibet deux classes de moines. Ceux de la première reçoivent la consécration, observent cer tailles règles de vie, s’adonnent à des pratiques religieuses ; mais ils ne sont pas contraints de vivre dans le célibat. Les gens mariés qui entrent dans cet ordre’ continuent à vivre ensemble, et les célibataires qui en font partir peuvent se marier sans pour cela enfreindre leurs voeux. Les moines, portent comme toutes les personnes attachées à l'état ecclésiastique, des robes rouges et jaunes, avec une écharpe rouge jetée sur l'épaule. Ils se rasent entièrement la tête. Les femmes qui adoptent la vie religieuse portent des vêtements semblables pour la forme à ceux des autres (lersonnes de leur sexe ; mais elles choisissent les couleurs spécialement affectées aux moines.
Elles s'attachent un ruban rouge sur l'épaule droite, et ont la tête couverte avec des bonnets jaunes pointus scmlilables à i«ux des lamas. Elles laissent croître leurs dieveux, et en forment deux nattes de chaque côté, tandis que les autres femmes n’en ont qu'une derrière chaque oreille. Toutes les personnes, hommes ou femmes, qui appartiennent à cet ordre , s’abstiennent de viande les 8 , 15 et 30 de chaque mois, et jedncnt toute la journée. Il leur est cependant permis oe prendre du thé avec un peu de lait. Ces religieux tiennent toujours à la main un rosaire et un cylindre à prières (1). Ils évitent de répandre le sang et craindraient de tuer le moindre insecte.
Les moines de la seconde classe sont de véritables ermites. Ils vivent seuls dans des cavernes, évitent la .«ociété des hommes, s'ab.stiennent de toute nourriture animale, et laissent pousser leurs cheveux .
D'autres enfin sont réunis sur des montagnes, dans différents couvents, et envoient dans les villes des frères quêteurs pour demander des aumônes en argent ou en nature.
Jeunes et abstinences. Les bâti) f'og. ci-devânt, p. iss, col. S.
bitants du Tibet obsertent dos jours de jeûne et de prière dans la première lune du printemps (février), dans la première lune d'été (mai) et dans la première lune d’hiver (novembre). On fait en février pendant dix-sept ou dix-huit Jours, en mai pendant vingt jours, en novembre pendant un mois et deux Jours des prières solennelles auxquelles assiste tout le clergé. Ces jours-la on s’abstient de manger de la viande. Les 9, 19 et 29 de chaque lune sont encore spécialement consacres à la prière. A ces diverses épo-
3 lies de l’année , des prêtres, au nombre e 1,000, 2,000 et 3,000, de toutes classes et de tous ordres, se réunissent, sous la présidence d’un chef, autour de chaque temple. Le dalaï-lama et les koutoukhtous ne paraissent pas ce Jour-là au milieu de rassemblée. Ces pontifes ne sont tenus de célébrer eux-mémes l’office divin que dans les fêtes solennelles. Le service est accompagné du son des instruments de musique en usage chez les Calinoucs, comme chez les Hogols.
Si nous en croyons Pallas , ce frécjuerit emploi de la musique dans les temples et la pompe qui accompagne toutes les autres céremonies religieuses ont puissamment contrihué à faire des prosélytes aux croyances lamaïques parmi les peuples grossiers de l’Asie centrale.
Les prêtres sont seuls chargés du service du culte, et les laïques ne peuvent entrer dans les temples que pour adorer les idoles et recevoir la bénédiction.
Au Tibet, comme chez les Calmoucs et chez les Mogols, les prêtres composent une sorte (feau lustraledans laquelle iis fout entrer des épices, et dont ils versent, moyennant unelégère offrande en argent, quelques gouttes dans le creux de la main des fidèles, qui la boivent pour se sanctifier.
Le dalaï-lama délivre des commissions aux prêtres qu’il envoie au milieu des hordes converties à la religion lamaîqiie, à l’effet de recueillir des dons et des offrandes pour son temple et son trésor.
Les personnes chargées de ces sortes de commissions distribuent en même temps des indulgences. Pallas eut sous les yeux une lettre de ce genre imprimée avec beaucoup de luxe en chinois, en mandchou et en tibétain , sur une pièce
de satin Jaune de la dimension d’une très-grande feuille de panier. On voyait en tête les portraits du dalaï-lama et de plusieurs divinités bienfaisantes, et on avait placé au bas, par opposition , l’image de quelques mauvais génies. Celte lettre était roulée sur un cylindre et déposée dans une botte delà même forme.
Un lama inogol l’avait dérobée après la mort de celui à qui elle appartenait lé-
§itimement. Il sVn était servi pour se onner de la considération parmi les autres mogols de son canton, et plus encore sans doute pour faire des collectes. Mais le chef du clergé l’actionna devant l’autorité compétente, et il fut privé de la pièce. Voici la teneur de celle lettre : « D’après les ordres du plus grand des empereurs, le présent écrit est donné par Outchir-Dara , dalaï-lama, vicaire fortuné sur cette terre du grand dieu saint, siégeant à sa droite (à l’ouest) , et appelant a une seule doctrine tous les vrais croyants qui demeurent sous le ciel. ( Ici était apfiosé le sceau de l’empereur de la Chine qui autorisait à délivrer un passeport au porteur de la commission.)
« Aux différents peuples épars sur la terre, aux Mogols divisés en quarante tribus, aux sept communes des khalkas, aux quatre tribus confédérées des Calmoues, aux treize gouvernements des Karakhitaï, à tous les très-honorables lamas, khans, hoangs, beïs et boïlis, ambans, grands et petits commandants , à tous les nobles et a tout le peuple demeurant autour du lac Bleu, nous faisons savoir que notre disciple DJinba-DJalsaii, de lasouverainetéde DJonia arabschamba, qui nous adonné précédemment des
Îireuves de son zèle sincère dans la colecte de différents présents et offrandes des bonnes êmes pour le trésor du temple Veissandabce (lieu pur central) et de tous ses bât i inents accessoi res.est de nouveau envoyé jiar uous dans lesdiles contrées, pour solliciter de la même manière , auprès des fldeles bien intentionnés, les dons qui doivent être employés au salut de leur âme ou de toutes les âmes. >’ul ne portera obstacle audit lama, soit par larcin, vol, offense, refus de nourriture ou de dievaux pour relayer, mais au contraire on devra lui prêter de cœur et d’affection aide et assistance.
L’UNIVERS
Tout le bien qui se foit de cette manière, ainsi que tous les dons volontairesofferts avec foi. tendront à procurer un bonheur durable dans ce monde-ci, et à faire atteindre le salut étemel. En foi de quoi le présent acte a été donné dans notre grand palais de Botala , l’année des chiens ae bois mâles (1754) , le premier bonjour du premier mois.
( Place du .Sceau. )
« cachet du dalaï-lama, habitant heureusement à l’ouest du dieu du ciel , conservateur de la vraie croyance et élevé par-dessus tout. »
Funrbailies. Au Tibet, lorsqu’un homme est mort, on rapproche sa tête des genoux, on lui place les mains entre les jambes, et on le maintient dans celte position avec des cordes ; puis on le revêt des habits qu'il portait ordinairement, et on le place dans un sac de cuir ou dans un panier. Les hommes et les femmes le pleurent, après avoir suspendu le corps à une poutre avec des cordes.
On invite ensuite le lama à dire des prières pour le repos de l'âme de la personne décédée, et, suivant les richesses de la famille, on porte dans les temples une certaine quantité de beurre pour le brûler devant les idoles. La moitié des effets laissés par le défunt est donnée au temple de Mtala ; l’autre moitié est
consacrée à offrir du thé et plusieurs autres choses aux lamas qui ont récité des prières pour le mort; de sorte que les parents n’en conservent rien.
Quelques Jours après la mort, le cadavre est transporté à un endroit où se trouvent les découpeurs. Ceux-ci ayant attaché le corps à une colonne de pierre, le coupent en petits morceaux, qu’ils donnent è manger aux chiens. Ce mode de sépulture s’appelle sépulture terrestre. Quant aux os, on les pile dans un mortier de pierre , on les mêle avec de la farine grillée, et on en fait des boulettes qu’on Jette encore aux chiens, ou bien on en nourrit des vautours : c'est la sépulture céleste. Ces deux modes de sépulture sont considérés comme très-heureux. Les découpeurs ont un chef, duquel ils dépendent. Les frais pour faire découper un cadavre montent au moins à quelques dizaines de pièces d’argent de la valeur d'un franc vingt-cinq centimes chacune.
I.e8 cadavres des gens pauvres sont jet& à l'eau : c’est la sépulture aquati-
Îue ; on la regarde comme malheureuse, .es corps des lamas d’un ordre inférieur sont brûlés, et on recueille les cendres , qu’on renferme dans de petites si.alues de métal qui sont conservées avec soin.