‹ Tartarie, Beloutchistan, Boutan et NepalChapitre 35 sur 53 · tome I, juge 37S · texte numérisé non relu

tome I, juge 37S

(S) loü., page 377.

(S) Itid., page 37S.

néral qui lui succéda , jugeant mi’il n'avait pas assez de forces pour s'emparer d’une ville aussi considérable, se retira. Il partagea ses troupes en deux corps : avec l’un il marcha sur Sebzevar, qu’il enleva d'assaut au bout de trois jours, et dont il Ot égorger tous les habitants, au nombre de soixante-dix mille ; l'autre pénétra dans le district de Thous, et prit les diâteaux forts de la contrée , notamment ceux de Car et de Nocan , dont tous les habitants furent massacrés.

La première opération de Touloui à ton entrée dans le Khorasan fut l’attamede Merve-Schahidjan. £n s’éloignant des bords du Djihoun, le sultan Mohammed avait envoyé à Merve des ordres portant que les fonctionnaires publics et les troupes eussent à se retirer dans le château de Méraga, et que les habitants qui resteraient dans la ville faute de pouvoir émigrer reçussent les Mogols sans leur opposer dé résistance. Mais déjà l’effroi de Mohammed s’était communiqué à ses ofGciers. Le gouverneur , Benaï-ul-Mulk, croyant qu’il n’y aurait pas de sdreté pour lui dans le fort de Méraga, alla s’enfermer dans celui d’Alatac. Plusieurs chefs retournèrent à Merve i les autres se dispersèrent. Le lieutenant de Behaï-ul-Mulk était, ainsi que le moufti , décidé à se rendre. Le cadi et le chef des Séids voulaient , au contraire, qu’on se défendit. Dès l'arrivée de Tchébé et de Souboutaï dans le district de Merve appelé Maroutchac, une députation alla leur annoncer que la ville était prête à faire sa soumission. Maisun ofBcier turcoman, nommé Boca, ayant réuni quelques troupes , se jeta dans Merve, et ceux des habitants qui voulaient se défendre se réunirent à lui.

Cependant la domination de Boca n’eut pas une longue durée. Il fut bientôt dépossédé par un autre chef, et Touloui arriva devant la ville avec une armée de soixante-dix mille hommes, composée en partie de soldats levés dans les provinces conquises. Les Mogols s’occupèrent d’abord de détruire un corps de dix mille cavaliers turcomans campés non loin de Merve et qui auraient pu entraver leurs opérations. Iis les attirèrent dans une embuscade, en tuèrent un grand nombre, mirent les autres en

20* Livraison. (Tabtabis.)

fuite , et s’emparèrent d’une immeuse quantité de bétail.

Le lendemain , Touloui , à la tête de 500 cavaliers, alla reconnaître les fortifications de .Merve. Les assiégés firent deux sorties sans aucun succès , et des détachements de troupes mogoles placés autour des remparts empêciièrent que personne ne pût fuir de la ville. Le gouverntur envoya vers Touloui un iman auquel le prince mogol fit les plus belles promesses ; et, sur ces assurances, legouverneur se rendit au camp ennemi avec de riches présents. Le perfide Touloui l’assura que son intention était de conserver la vie sauve à tous les habitants de Merve. Il le fit revêtir d’une robe d’honneur, et témoigna le désir de voir ses amis et ses clients, auxquels il avait l’intention d’accorder des emplois et des distinctions. Le gouverneur manda ses gens : aussitôt qu’ils furent en présence de Touloui , ce prince les fit garrotter, ainsi que le gouverneur, et les somma de lui indiquer les habitants les plus riches de Merve. Il dressa, d'après ces renseignements, une liste de six cents personnes, marchands, propriétaires, artistes ou artisans, qui reçurent l’oidre de se rendre au camp mogol.

Aussitôt que Touloui les eut en son pouvoir, les troupes assiégeantes entrèrent dans la ville et en firent sortir toute la population. Chaque habitant était accompagné de sa faniille, et emportait ses effets les plus précieux. C'était l'ordre de Touloui. L'évacuation de la place dura quatre jours. Le prince, assis au milieu de la plaine sur un siège duré, donna ordre qu’on amenât en sa présence les militaires captif, et qu’on leur tranchât la tête à la vue des habitants. Après cette exécution , les hommes , les femmes et les enfants furent séparés les uns des autres. L’air retentissait de cris et de sanglots. Ces malheureux ne connaissaient pas encore cependant le sort qui leur était réservé. Ils furent nartagés entre les soldats mogols, qui les massacrèrent. On n’épargna que quatre cents artistes ou artisans, dont les Mogols supposaient avoir besoin plus tard, et quelques enfants des deux sexes destinés a l’esclavage. I.,es gens riches furent appliqués à la torture jusqu’à ce qu’ils eussent fait connaître les endroits

L'UNIVERS

où ils avaient caché leurs richesses. La ville fut livrée au pillage. Les Mogols détruisirent le monument funéraire du sultan seidjoukide Sandjar, apres avoir violé la tombe de ce prince, dans laquelleilseslérnient trouver des trésors. Les murailes et la citadelle forent rasées. Touloui laissa à Merve un commandant mogol assisté d'un des principaux habitants de la ville, dont il crut utile pour ses i ntéréts d’cpargner la vie. L’armée assiégeante s’étant un peu éloignée , cinq mille personnes qui s’elaient cacliée.s dans des souterrains sortirent de leur retraite. Mais c’était en vain que ces infortunes espéraient échapper a la mort. Quelques troupes iiiogoles qui pas-aieiit par Merve pour aller rejoindre l’armée les massacrèrent. Ces mêmes soldats tuèrent dans la campagne tous ceux des habitants qui s’y étaient enfuis et dont ils purent se rendre maîtres.

En quittant Merve, Touloui s'était dirigé avec son armée vers Niscliaboiir, ville alors très-populeuse et s tuée à une distance dedouze journées de Merve. Les habitants, bien persuadés que tôt ou tard les Mogols voudraient venger la mort de Togatschar, et qu’ils ne pouvaient rien esperer de ces barbares, avaient combattu avec fureur tons les corps ennemis qui osaient se montrer dans les environs, et s’étaient préparés à la défense. Ils avaient établi sur les remparts trois mille halistes et cinq cents catapultes. Les Mogols , qui prévoyaient toutes les difilcultés du siège, avaient commencé, suivant leur usage, par ruiner eoraplétement la province de Nischabour; puis ils dressèrent contre les remparts trois mille balistes, trois cents catapultes, SMt cents machines à lancer des pots de naphte , quatre mille échellM et deux mille cinq cents charges de pierres. Cei préparatifs formidables intimidèrent les assiégé, qui envoyèrent è Touloui une députation composée des personnages les plus éminents delà villeet delà province, s'offrant de lui ouvrir les portes et de payer un tribut annuel. Touloui refusa d'écouter ces propo.sitions; et sans égard pour le droit des gens, il retint (•Tisonnier le grand iiige de la province de Rhorasan, chef de la dépulation. Le lendemain, iSdesafar de l’an de l'hégire 618 (7 avril I33t ), les

Mogolsdonnèrcnt un assaut général. IjS lutte se prolongea pendant toute la journée et la nuit suivante. I..e matin les fossés avaient été comblés. Les murailles étaient entamées par soixante et dix brèches, et dix mille Mogols venaient de les escalader. Les assiégeants entrèrent dans la ville de tous les côtés à la fois. Citaue rue, chaque maison devint le théâtre 'un nouveau combat. Dans la journée du vendredi I4desafar, la veuve de logatschar, lille deGengiskan, entra dans nischabour arenmp.ignée de dix mille Moitols (|ui firent main basse sur tonte la population. Le massacre dura quatre jours. Personne ne fut épargné. I..es assiégeants tuèrent jusqu'aux chiens et aux chats. Touloui, ayant entendu dire que lors de la prise de Merve un nombre assez considérable d'habiiants s’étalent sauvés en se couchant parmi les morts, lit couper toutes les têtes, dont les Mogols formèrent ensuite des pyramides : les unes de têtes d’homines. les antres defétes de femmes, et les dern'ères de têtes d’enfants. I.,a destruction de cette ville florissante coûta (|iiinze jours d'efforts, de travail et de meurtres. Niscbabour disparut, et l’on .«ema de l’orge sur le lieu où elle s’élevait auparavant. La population fut anéantie, â l'exception de quatre cents ouvriers, que les .Mogols épargnèrent [tour les employer à leur service. Quelques détacbemenu de soldats furent laisses dans les environs pour mettre à mort les personnes qui auraient pu échapper au massacre général.

Touloui se dirigea ensuite sur Hérat, la seule place du Rhorasan dont il ne fût pas encore maître. Un eoiqts de troupes sous ses ordres alla piller Thous, et détruisit non loin de cette ville le tombeau du calife Uaroun-al-Raschid et d'Ali-Razi, descenriantdn calife Ali, pour lequel les sdiiites ont une grande vénération. Touloui ravages la province de Cobistan, et assit son camp devant Hérai, a cinq journéesau sud-est de Nisebabour, dans une plaine bornée par dee montagnes et couvertes de villages et de jardins. Le gouverneur de Hérat ordonna qu’on mit h mort le parlementaire envojté pour sommer la place de se rendre; et il engagea leshabitantsà faire une vigoureuse résistance. La lutte se prolongea avec acharnement de part et

d'autre pendant huit jours. Mais le gou* verneur ayant été tué en coinbatlaiil, un parti qui s'était formé parla de se soumettre. Touloui, informé de la disposition des esprits, s’engagea à coiiser- Yer la vie sauve aux habitants, s'ils voulaient se. rendre sang différer. Ces propositions furent acceptées. Touloui lit cependant mettre à mort tous les gens attachés à la personne, du sultan Djelalouddin, au nombre de I3,00i> hommes, et il établit dans la \ille un préfet mahométau et un coiumaudant supérieur inogol.

Huit jours apr&s, Toulon! reçut l’ordre d’aller rejoindre son père dans le canton deTalécan. Après a>oir détruit cette plac.e, Gciviskan s'établit jusqu'à l’autornue dans les districts montagneux situés aux environs. Informé une le sultan Djelal-uiiddiii se trouvait aaris le pays de Gar.oa, il se dirigea vers cette contrée. Il prit, après un niois de siège, la forteresse de Kerdouan, puis il traversa l'Iudoukousch, etalla mettre le siège devant finmian. Moatougan, fils de Djagataï, ayantété luéparune llècbe devant cette place, son grand-père, qui l'alTnait tendrement, fit donner l'assaut a la forteresse , et l'ayant prise , il ordonna à ses soldats de niassatTer toutes les personnes qu'ils y trouveraient, et de n'y faire aucun butin. La place fut détruite.

Pendant qu'on démolissait Bamian , Ujagatai, qui était absent, arriva. Quelques jours après, Gengiskan se trouvant à un repas avec ses trois fils, leur reprocha avec une colère affectée de ne pas obéir à ses ordres. En parlant ainsi il regardait fixement üjagataï. Ce prince, effrayé, se jeta à genoux, et protesta qu'il mourrait plutôt que de désobéir a son père. Gengiskan renouvela ses reproches plusieurs fois. A la On Djagataï, persistant toujours à répéter la même chose, Gengiskan lui dit : « Mais es-tu sincère, et tiendrais-tn ta parole? — Si j'y manque, répondit Ujagatai, je consens a mourir. — Eb bien! reprit alors Gengiskan, ton fils .Moatougan a été tué, et je te défends de te plaindre. » Djagata! fut assez maître de lui pour retenir ses larmes.

Cependant, Djelal-ouddiii partit de Gazna au printemps de i'anuee 617 de l’hegire (1231), à la tête de soixante ou soizanteetdix mille hommes de cavalerie.

et se dirigea vers le canton de Bamian. Il remporta un avantage sur un corps de troupes mogoles auquel il tua un millier d'hommes. Dès qu'il apprit la nouvelle de ce succès, ^hiki Coutouoou, qui se trouvait à la tête de trente mille Mogols sur la frontière montagneuse du Caboul et du Zahoidistan , marcha contre Djelal-ouddin. Les deux armées se rencoiitrèreiit dans les plaines de Pérouan ; nombre de soldats furent tués ; la victoire resta indécise, et la nuit séfiara les comb.iltants. Le général inopol, voulant persuader aux ennemis qu’il avait reçu des renforts, ordonna que chaque cavalier plaçât sur son cheval de main un mannequin de feutre, en ayant soin de le soutenir par derrière. Le lendemain, les généraux de Djelal-ouddiii, voyant l’armée inogole rangée en bataille, crurent u’elle avait été renforcée, et ils parlaient éjà de battre en retraite. Mais le sultan relusa de se soumettre à cet avis, et il ordoimaà ses soldats decoinbattre à pied, comme ils avaient fait la veille L'ébte de la cavalerie mogole se lança contre l’aile gauche de Djelal-ouddin ; mais ces troupes, reçues par Une nuée de flèches, tournèrent bride presque aussitôt. Elles revinrent encore b la charge. Alors là sultan ordonna à ses soldats de remonter à cheval ; et ils se précipitèrent sur les Mogols, qui prirent la fuite en désordre. Une grande partie de cette armée fut taillée en pièces. La victoire, qui pouvait être si avantageuse à Djelalouddin, lui devint funeste. Deux chefs de son armée se di.sputant la possession d’un superbe cheval arabe, l'un frappa de son fouet la tête de l’autre. Celui-ci, outré d’une pareille injure , et ne pouvant obtenir de Djelul-ouddin aucune satisfaction , quitta le camp pendant la nuit à la tête des troupes qu'il commandait. Djelal-ouddin , voyant ses forces considérablement réduites, se retira vers le Siiide, afin d’éviter la rencontre de Gengiskan, qui s'etait avancé pour venger fécliec qu’avaient reçu ses troupes.

Le conquérant mogol arriva a Gazna quinze jours après le départ du sultan, et il atteignit bientôt ce prince sur les bords du Smde , au moment où il se disposait à ie passer. A l'aurore, les Mogols attaquèrent leurs ennemis. Djelal-onddin et ses troupes combattirent avec

L’UNlVEtlS.

courage jusqu'au milieu du jour; mais, voyant qu'il ne pouvait parvenir à entamer les ennemis , le sultan sauta sur un cheval vigoureux, courut vers le Oeuve, et s’y précipita d’une hauteur de vingt pieds , son oouclier sur le dos, son étendard à la main , et il traversa ainsi le fleuve. Gengiskan arrêta ses soldats, qui voulaient poursuivre le sultan dans les eaux, et appelant ses fils, il leur proposa ce prince pour modèle. Les Mogols tuèrent a coups de flèches un grand nombre de cavaliers qui s'étaient précipités dans le fleuve à la suite du sultan , et détruisirent les débris de son armée.

La famille de Djelal-ouddin tomba au

ftouvoir de Gengiskan, qui Ut périr tous es enfants mâles.

Deux généraux chargés de poursuivre Djelal-ouddin , ayant d'abord perdu ses traces, allèrent investir Moultan. Mais les chaleurs étant devenues insupportables aux Mogols, ifs levèrent le siège, et, après avoir ravagé plusieurs contrées voisines, ils repassèrent le Sindeetpour rejoindre l'armée de Gengiskan, qui retournait en Tartarie.

Au printemps de l'année 1223, Oktaï, fils du conquérant mogol , détruisit la ville de Gazna et en massacra les habitants, à l'exception de quelques gens de métier qu’il envoj'a en Tartarie.

Un autre général fut chargé de détruire Uérat, qui s’était soulevé. Le chef mogol attendit pour mettre le siège devant la ville l’arrivée de 50,000 hommes de milice qu’il avait levés dans les pays environnants. Le siège dura six mois et dix-sept jours, et peut-être les Mogols ne se seraient-ils pas rendus maîtres de la place, si la discorde ne se fdt mise parmi les habitants. Pendant une semaine entière les assiégeants ne firent que tuer, piller et détruire par le fer et le feu. Quelques jours apres, un corps de deux mille Mogols fut renvoyé pour mettre à mort tous ceux des habitants qui avaient pu se soustraire au massacre général.

ÎÆ ville de Merve s’était un peu repeu- (iléc. Un officier du sultan de Rharizine, s’en étant rendu maître, fit mettre à mort un chef persan uui y avait été placé par Touloni. Cet événement amena une nouvelle catastrophe. Cinq mille hommes reçurent l’ordre d’entrer dans la ville

fiour la détruire de nouveau, et en tuer es habitants. En s’éloignant, les Mogols laissèrent un officier et quelques soldats chargés de mas.'^acrer les habitants qui auraient pu échapper à la destruction générale.

Vers le milieu de l’année 1223, Gen giskan , dont l’armée venait de souffrir les ravages d’une maladie épidémique, résolut de retourner dans la Mongolie, en passant par l’Inde et le Tibet. Avant de partir, il ordonnaaux prisonniers, qui étaientextrêmementnombreux, de monder une grande quantité de riz pour ses soldats. Ce travail étant achevé, on égorgea tous les captifs, et l’armée se mit en marche pour le Tibet. Au bout de quelques jours, Gengiskan reconnut toutes les dimcultés qu’il éprouverait à traverser ce pays montagneux et couvert de forêts. L^armée retourna à Peïsebaver, pour de là rentrer en Perse par la route qu’elle avait déjà suivie. Gengiskan établit ses quartiers d’été dans le canton de Bacalan, où ilavait laissé ses bagages, et il se remit en route à l'automne. Se trouvant dans les environs de Baikh', il fit égorger tous les gens qui étaient venus habiter cette ville. On prétend que les hommes, en fort petit nombre, qui restèrent dans la province, furent réduits, pour vivre, à manger des chiens et des chats ; car les Megols détruisaient partout les grains , en sorte que les habitants qui avaient pu éviter le fer mouraient par la famine.

Gengiskan repassa le Djihoun. Arrivé à Boukhara, il ordonna au principal ma-

f'istrat de la ville de lui envoyer un théoogien profondément versé dans la connaissance de la loi musulmane, et il se fit expliquer les dogmes et les préceptes moraux de l’islamisme. Il les approuva tous, à l'exception du pèlerinage de la Mecque; car, disait-il , le monde entier appartient à Dieu ; et les prières parviennent jusqu’à lui en quelque lieu qut>n les fasse. Arrivé devant Samarcande , il fut salué par les notables de la ville qui s’avancèrent à sa rencontre. Il ordonna qu’on y fit la prière publique en son nom.

Le souverain mogol passa l'hiver de l’année 1323 dans la province de Samarcande. Au retour du nriotemp il continua sa marche, et fut rejoint sur les bords du Siboun par ses fils Djagatai

«t Oktal, qui avaient chassé durant la saison froide dans les environs de Boukhara. Toutes les semaines ils envoyèrent à leur père cinquante charges de gibier. Pendant l’été de l’année 1324 Gengiskan s’arrêta dans le canton de Colaiitaschi. Le prince Djoutschi dirigea vers cette contrée d’immenses troupeaux de bêtes fauves et d’ânes sauvages. Gengiskan se livra alors au plaisir de la chasse. Quand il se fut lassé de cet amusemeat, les soldats tirèrent des flèches contre les ânes sauvages, qui étaient tellementexcédésde fatigueqaiisse laissaient prendre sans résistance. Après que Gengiskan et son armée eurent satisfait leur passion pour la chasse, on rendit la liberté aux ânes sauvages qui restaient. Mais lesMogols imprimèrent auparavant leur marque sur chacun de ces animaux. Gengiskan passa en voyage le reste de l'été et de l'hiver. Deux de ses petits-fils, Koubilaî et Houlagou, dont les noms devinrent plus tard si célèbres, allèrent à sa rencontre près de la rivière d’Imil. Le premier de ces princes, âgé de onze ans, avait tué en route un lièvre. Le second , qui n’avait encore que neuf ans, avait pris un cerf. C’était alors l’usage, parmi les Mogols, de frotter avec de la chair et de la graisse le doigt du milieu aux enfants la première foisqu’ils allaient à la chasse. Gengiskan pratiqua lui-même cette cérémonie sur la personne de ses petits-fils. Il continua ensuite son voyage, et arrivé dans un lieu appelé Bouca SoutcAicou, il y donna une fête à l'armée, et se trouva de retour à sa borde au mois de février 1235.

Nous allons quitter Gengiskan et reprendre les événements de plus haut pour suivre ses lieutenants. Deux généraux de ce prince, Tchébé et ^uboutai, ravagèrent l’Irak- Adjémi. Reï, Kom et Zendjan furent successivement

fiillées. Les habitants de Casbin , dont a ville avait été prise d’assaut, se défendirent dans les rues à coups de couteau avec le plus grand courage, et tuèrent un grand nombre de Mogols: ils succombèrent ensuite. Tauris , où commandait un prince turc nommé Euzbeg, obtint la paix , moyennant une contribution très-considérable en argent, en vêtements et en chevaux. Les deux armées mogoles quittèrent alors l’Aderbidjan, et

allèrent établir leurs quartiers d’hiver dans lesplainrsduMogan, sur lesbordsde la mer Caspienne. Tchébé et Souboutaî firent une incursion dans laGéorgie, et détruisirent un corps d’armée géorgien fort d’environ dix mille hommes. Ils pénétrèrent ensuite jusqu’à une petite distance de Tiflis , mettant tout a feu et à sang sur leur passage.

Au printemps de l'année I32t les Mogols évacuèrent la Géorgie, et se dirigèrent sur Tauris. Cette ville fut obligée de se racheter une seconde fois par de fortes contributions. Ils allèrent ensuite assiéger Méraga, dont ils se rendirent maîtres au bout de quelques jours. Les habitants furent massacrés suivant l’usage, et la place incendiée. Les généraux firent annoncer alors leur retraite, et les personnes qui s’étaient tenues cachées ayant reparu furent toutes mises à mort. 1^ Mogoisse portèrent de là sur Hamadan, et demandèrent, pour épargner la ville, une contribution consinérable en argent et en étoffes. Les habitants, qui avaient déjà été rançonnés l’année précédente, coururent' chez le principal magistrat, et se plaignirent de ces nouvelles réquisitions, disant qu’il ne restait plus rien pour satisfaire les barbares.

■ Que faire, répondit le magistrat?

nous sommes les plus faibles, et nous n’avons pas d’autres ressources que de sacrifier nos biens. » Alors ces gens lui reprochèrent d’être plus dur que les infidèles eux-mêmes. Le magistrat, les voyant fort irrités, se montra disposé à faire ce qu’on exigerait de lui. Il fut décidé aue l’on chasserait le gouverneur mogol, et que l’on se préparerait à la défense. Mais le peuple , furieux, massacra le gouverneur. La place fut aussitét investie. Les habitants firent plusieurs sorties, et combattirent avec tant de courage pendant lesdeux premiers jours, qu’ils firent éprouver aux Mogols des pertes considérables; le troisième, privés du secours de leur chef, ils furent vaincus et passés au fil de l’épée.

Quand le carnage eut cessé , les Mogols incendièrent la ville.

Se dirigeant ensuite vers le nord , ces barbares saccagèrent Ardebil , exigèrent de Tauris une troisième contribution en argenteten étoffes. Ils prirent ensuite S&ab et Bailecan , et en tuèrent les babi-

L’ÜHIVERS.

Unis. lU tirent alur» une nouvelle inairsion dans la Géorgie, d'où ils sortirent chargés de butin. Ils entrèrent dans le Seliirvan, s'emparèrent des villesde Scliamakhi et de Derliende, et traversèrent le Caucase. Là, ils trouvèrent lesAlansou Ases, les I.ezguis, les Cireassieus et les Kiptchacs, qui s'étaient ligués pour les combattre. La victoire resta indé(!ise.

Alors les kiogols eurent recours a leur moyen habituel, la perfidie. Ils eng-agèrent les Kipichacs à abandonner leurs alliés et à se retirer chez eus, leur promettant à cette condition de riclies présents et de nombreux avantages. I.es Kiptchacs consentirent; et, après avoir reçu le prix de leur désertion, ils retournèfriit par petits détachements dans leur pays. Les Mogols se mirent alors a leur poursuite, les dépouillèrent et les tuèrent. Les Alaus, les I..ezguig et les Circassiens, n'étant pas assez forts pour résister seuls aux efforts des soldats de Geiigiskan, furent complètement battus.

A la suite de cette expédition, les Mogols entrèrent dans le pays de Kip- Icliao, qui s’étendait au nord de la mer Noire, du Caucase et de la Caspienne, depuis les bouches du Danube jusqu'à celle du Jaïk. Les habitants se retirèrent vers les extrémités de leur territoire, abandonnant les meilleurs pâturages. Les klogols établirent leurs quartiers d'hiver au centre du pays. Dix mdle familles de Kiptchacs passèrent la Danube et entrèrent sur le territoire de l’empire grec. Plusieurs diel's de la Russie méridionale résolurent alors de faire eaiise commune aveo les Kiptchacs contre les Mogols. Oux-ci, prévoyant un dangerdauscettealliance . envoyèrent aux

firi lices russes dos dc|>utés chargés de cor (lorter des paroles de (hiix, et de les engager a se venger des déprédations des K iptchacs. Les princes russes, voyant bien où tendaient res proposilioiia insidieuses, tirent mettre i mort les députes mogols et passèrent le Diiir|ier. I.es deux ariiii-es se trouvèrent en présence le >1 mai I32>. Les Mozola remportemit line victoire complète sur les fon-es oonibinèes des Russes et des Kipt( liar.s. Un curps de troupes russes renfermé dans un oainp fut iNentât obligé dt se rendre, lit prince de Kiev, qui comman- Jeit ous troupes, demanda la vie pour lui

et pour deux de ses gendres, nwyennmt rançon. Le général mogol accepta ces conditions sous serment. .Mais dés que les Russes se furent rendus, il les Ht tous massacrer. trois princes furent condamnés à souffrir une mortienle etdouloureuse. On les fit étendre par terre, et l'on plaça sur leurs corps des plancJies qui servirent de sièges aux vainqueurs ^)ur célébrer un festin. Les Moguls entrèrent ensuite en Russie. I-es habitants de Norogorod et de Seviatopol sortirent avec des croix a la rencontre des barbares, et implorèrent leur compataioi). Ils furent masaacrés au nombre de dix mille, et les Mogols mirent à feu et i sang toute la Russie méridionale. Des bords du Diiiéper, ils s'avancèrent jusqu'à la mer d’Azow, entrèrent dans la Crimée, et prirent la villeopulentede Soudae.

Vers la lin de l'année I33>, ils Ureot une invasion dans le pays des Bulgires, qui habitaient des contrées situées entre le haut Volga et la Cama. Les Bulgares marchèrent courageusement à la rencontre de l'ennemi; mais, ayant donné dani une embuscade, ils furent défaits. Après cette expédition, les généraux de Gengiskan paisèrent par le pays des Khasars pour rejoindre le conquéraut m»

gol, qui traversait alors la Perse.

Au commencement (le 1334, un corps de trois mille Mogols parut tout à coup devant Reï, surprit une petite armée de six mille Kharizmiens campes près de cette ville, et massacra tous les habitants qui étaient venus la repeupler, kom , Gactiaii et liainadan furent détruites par ces Mogols , qui se portèrent en.su ite sur l'Aderbidjau, où ils rançonnèrent de nouveau le prince Kuzbeg et les habitants de Taiiris ; puis ils s'éloignèrent. Les déprédations , la cruauté et la peiV' lidie des Moguls avaient ré^ndu TA’ pouvante jusqu'en Europe. L'empereur Jeun Ducat, craignant ^ur set Etats, Ht fortilier les places les plus im|ior> tantes, et les pourvut du munitions de bouche et de guerre. Les Grecs éprouvaient une horreur telle pour les Mogols, qu'ils aihiiettuient comme véritables toutes les fables qu'on débitait sur cea barbares, ün disait d eux, comme nous l'atteste l'historien Pachymére <l), qu’ils

(I) é'eyM loier I", p, ST.

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araient des têtes de chien et se nourrissaient de chair humaine.

C'est ici que nous devons placer la relation de la conquétede la Chine septentrionale par les Mogols. Moucouli, lieutenant de Gengiskan, était entré dans ce pays dès l’année 1217. Au mois d'aodt 1220, la cour de Nankin envoya un ambassadeur au souverain mognl pour demander la paix. Ces propositions furent rejetées, iiis renouvelées en 1222. MaisGengisan, ayant remarqué que les conditions qu'on lui apportait étaient les mêmes ii’il avait déjà repoussées, dit à l'amassadvur: « Voici ce que je l’accorde en considération de ton long voyage. Le pays au nord du fleuve Jaune est déjà en mon pouvoir; mais plusieurs villes dans l’ouest du Schen-si ne se sont pas encore rendues. Que ton souverain me les cède, et qu’il garde le Ho-nan avec le titre de roi. • Ces conditions ne furent pas acceptées.

La Chine septentrionale avait été ruinée par une guerre de quinze ans. L’empereur des Kiiis envoya encore en 1227 un ambassadeur à Gengiskan, alors occupé à ravager le Tangoute. Le souverain mogol avait quitte la Tartarie en 1225 pour faire une expédition dans ce pays. Le prétexte qu'il prit pour l’attaquer fut que le roi avait reçu à son service un lie ses ennemis, et n’avait pas voulu lui donner son fils eu otage. Gengiskan entra dans le Tangoute en février I22C, après avoir laissé en arrière Ujagataî avec un corps d’observation. Cette campagne offre une suite non interrompue de succès ; tout fut mis à feu et à sang. Les habitants, dit un auteur, se cachaient en v.dn dans les montagnes et dans les cavernes pour échapper au fer mogol : à peine un ou deux sur cent parvenaient a se sauver. Les champs étaient couverts d’ossements humains.

Gengiskan alla pas.ser la saison des clialeurs dans les monts Liou-pan. 11 vit bientôt arriver dans ce pays des ambassadeurs de l’empereur Jes Kins qui venaient lui faire des propositions de paix. Au nombre des présents que ce souverain lui offrait était un plat rempli de perles magniûques. Gengiskan en lit distribuer quelques-unes à ceux de ses officiers qui portaient des pendants d’oreilles. Quand ces largesses furent faites.

le reste fut répandu à terre et livré au pillage.

Gengiskan avait été s’établir ensuite avec son armée :i une duuzaine.de lieues de la ville de Tsin-teheou. Là il fut atteint d’une maladie grave. Déjà l’année précédente, si nous eu rroyoïis les historiens orientaux, amis du merveilleux, un songe lui avait fait pressentir sa fin prochaine. Après le repas du malin, il dit aux officiers qui se trouvaient dans sa tente de s’éloigner; puis il donna à ses deux fils Okteîet Touloui plusieurs avis, qu’il termina en disant : « Mes enfants, je touche au terme de ma carrière. Je vous ai conquis, avec l’aide de Dieu, un empire si vaste, que de son centre à ses extrémités il y a une année de chemin.

Si vous voulez le conserver, restez unis et agissez de concert. Il faut que l’un de vous occupe le trône : üktaî sera mon successeur. Respectez ce choix après ma mort, et que Djagataî, qui est absent, n’excite pas de troubles. >

A son lit de mort , il traça aux principaux officiers de l’armée niogole le plan qu’ils devaient suivre pour pénétrer ju.squ’à N.inkin. Il leur recomiiianda en même temps, s'il venait à succomber, de cacher soigneusement sa mort ; et lorsque le roi du Tangoute quitterait sa capitale, suivant une convention qui avait été arrêtée entre eux , il leur ordonna de le tuer, et de traiter avec lu même rigueur toute la population de la cap taie. Ce testament, si digne d’un barbare, reçut son exécution lidele. r,e conquérant mogol mourut au bout de huit jours de maladie, le 18 août 1227, à l'ôge de soixante-six ans et dansla vingt-deuxième année de son règne. Le corps fut transporté secrètement dans la Mongolie. Voulant empêcher que cette nouvelle ne fût connue, les soldats qui escortaient le cercueil tuèrent toutes les personnes qu'ils rencontrèrentsur leur mute. Arrivés près des sources du Kheroiiloun, ils annoncèrentla mortdeleursouverain. Le corps fut porté successivement dans les hordes des principales épouses du defunt. Les princes et les chefs militaires accoururent de toutes les parties de l'empire, pour rendre les derniers devoirs à lai conquérant. Quelques-uns ne purent arriver qu’au bout de trois mois de voyage. Le cercueil fut ensuite inhumé sur une des

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montagnes qui appartiennent à la cliaine ilu Bourcan-Caldoun, d'où sortent l’Onon, le Kheroulounetla Toula. Un jour, étant à la chasse dans ce pays, Cengiskan s'était reposé à l’ombre d'un grand arbre isolé, et avait dit, en partant, qu’il voulait être inhumé dans ce lieu. Le terrain des environs se couvrit avec 1e temps d'une épaisse forêt , et bientôt il devint impossible de reconnaître l’arbre sous lequel Gengiskan avait été enterré. Plusieurs descendants de ce souverain furent inhumes dans la même forêt, dont la garde fut confiée pendant longtemps a mille hommes appartenant à une tribu exemptée pour cette cause du service militaire. Des p.arfums brûlaient sans cesse devant les images de ces princes, qu'on avait élevées près de leur sépulture.

PABOLRS REMABQUABLES DE OEN- OISKAN.

« L’homme, disait Gengiskan, ne peut pas être, comme le soleil, présent partout. Il faut donc que la femme, lorsque son mari est à la guerre ou à la chasse, tienne le ménage en si bon ordre, que si un messager du prince ou tout autre voyageur entre dans sa tente, il la voie bien arrangée et puisse y trouver un bon repas. Un pareil soin fera honneur au mari. On connaîtra le mérite de l'homme par celui de la femme. «

Gengiskan voulait que ses officiers tinssent leurs soldats tellement en haleine , qu'ils fussent toujours prêts à monter à cheval au premier ordre. Il disait que l’ofOcier qui commandait bien ses dix hommes méritait qu’on lui en confiât mille. •> Mais si un chef de dix ne sait pas conduire son peloton , je le punis de mort lui, sa femme et ses enfants, et j’en choisis un autre dans la dizaine, .l'en use de même à l’égard des chefs de cent, de mille et de dix mille ». Il engageait ses officiers à se rendre auprès de lui, au commencement de chaque année, pour prendre ses ordres et recevoir ses avis. «Ceux, disait-il, qui, au lieu devenir auprès de moi pour entendre mes instructions, resteront dans leur cantonnement , auront le sort d’une pierre qui tombe dans une eau profonde, ou d’une flèche lancée dans les roseaux : elles disparaissent. De telles gens ne sont pas

dignes de commander. » Il exigeait que les chefs militaires fissent exercer leurs fils à monter à cheval, à tirer de l’arc et h lutter, afin que plus tard ces jeunes ens pussent mettre tout leur espoir ans leur courage, comme les marchands le mettent dans les riches étoffes et autres objets précieux dont ils trafiquent.

Il se vantait d’avoir toujours employé les hommes suivant leur capacité. « Je donnais, disait-il, le commandement des troupes à ceux qui joignaient l'esprit à la bravoure ; à ceux qui étaient actifs et alertes , je confiais le ^in des bag.'jges ; quant aux gens lourds , je leur faisais donner un fouet, et ils allaient garder le bétail. C’est de cette manière et par l’établissement de l'ordre et de la discipline que je vis ma puissance s'accroître de jour en jour comme une lune nouvelle, et que j'obtins l’appui du ciel, le respect et la soumission de la terre. Si mes descendants suivent les mêmes règles que moi, ils seront dans cinq cents ans, dans mille, dans dix mille ans, également protégés du ciel.

Dieu les comblera de ses faveurs, les hommes les béniront, et ils jouiront pendant de longs règnes de toutes les délices de la terre. »

Il disait qu’avant d’entreprendre une expédition , les chefs devaient inspecter les troupes et examiner leurs armes.

Indépendamment de l’arc , des flèches et de la hache, chaque homme était muni, suivant l’ordonnance, d'une lime pour aiguiser les traits , d'un crible , d’une alêne , d’aiguilles et de fil. L’homme auquel il manquait un seul de ces objets recevait une punition. Quelques soldats ortaient des sabres légèrement recoures , et possédaient pour armes défensives un casque et une cuirasse de cuir garnie de lames de fer.

Il avait coutume de dire qu’en temps de paix le soldat devait être, au milieu du peuple, doux etcalme comme un veau; mais qu'à la guerre il devait fondre sur l'ennemi comme un épervier affamé tombe sur sa proie.

Parlant du mérite de ses généraux :

« Aucun homme, dit-il, n’est plus brave qu'Iessoutaï ; personne ne possède des qualités plus éminentes que lui; mais, comme la marche la plus longue ne lui fait éprouver aucune fatigue , comme il

ne sent ni la faim ni la soif, il s'imagine que ses ofBciers et ses soldats n’en sont pas incommodés. C’est pourquoi il n’est pas propre au commandement.

Un général ne doit pas être insensible à la faim et à la soif, afin de pouvoir comprendre les souffrances des hommes auxquels il commande. Ses marches doivent être modérées , afin de ménager les forces des hommes et des chevaux, •

Un jour il demandait à un de ses chefs militaires quel était le plus grand plaisir que l’homme pdt trouver sur la terre. « Cest , répondit le général , d'aller à la chasse par un jour de printemps, monté sur un beau cheval, tenant sur le poing un épervier ou un faucon , et de voir l’oiseau abattre sa proie. • Il adres.sa la même question à d'autres officiers, qui firent la même réponse. Il reprit alors : > Non ; la plus grande jouissance de l'homme , c'est de vaincre ses ennemis , de les chasser devant soi , de leur ravir ce qu'ils possèdent, de v>ir les personnes qui leur sont chères le visage baigné de larmes, de monter leurs chevaux , de presser dans ses bras leurs filles et leurs femmes. •

Il blâmait l’usage immodéré des boissons fortes. « L’homme ivre, disait-il, est sourd , aveugle et privé de raison. Il ne peut pas rester droit. Il est étourdi comme celui qui a reçu un coup sur la tête. Tout son savoir, tous ses talents ne lui sont plus d’aucun usage. Il ne recueille que de la honte. Un souverain adonné à la boisson est incapable de rien de grand. Un officier qui s’enivre ne peut pas bien conduire sa troupe.

L’intemperance perd tous les hommes qui s’y adonnent ; si l'on ne peut pas s’em- ^her de se livrer à la boisson , il faut tâcher du moins de n’étre ivre que trois fois par mois. Une seule fois serait bien préférable. Me pas boire du tout vaudrait encore mieux. Mais où est l’homme qui jamais ne s’enivre! >

Gengiskan sanctionna par ses lois plusieurs opinions superstitieuses. Il attribuait à une foule d’actions indifférentes des effets désastreux, tels, par exemple, que la chute de la foudre , que les lUogols redoutaient excessivement.

Ce fut pour détourner de semblables malheurs qu’il défendit, sous les peines

les plus sévères, d’uriner dans l’eanousur des cendres , de sauter par-dessus le feu , par-dessus une table ou une assiette, de tremper les mains dans l’eau courante , que l'on doit seulement puiser avec un vase. H défendait également de laver les vêtements; on devait continuer à les porter jusqu’à ce qu’ils fussent complètement usés. Ilnesoufifraitpasqu’ondlt, en parlant d’une chose, qu’elle était sale ; suivant lui , tout était propre.

Il était tellement superstitieux, qu’une nuit, dormant chez une de ses femmes appelée Abica , il se réveilla tout à coup effrayé par un songe. Il dit aussitôt à cette princesse qu’elle ne lui avait jamais donné aucun sujet de plainte; mais que, dans un songe qu’il venait de faire, il avait reçu de Dieu l’ordre de la céder à un autre, et qu'il la priait de ne pas lui en vouloir pour cette action. Puis il demanda à haute voix quel était le chef qui montait la garde près de son pavillon ; c’était un prince du nom de Kehti. Gen-

f;iskan la ut entrer, et lui annonu qu’il ui donnait Abica en mariage. Comme Kehti ne savait que penser de ces paroles, Gengiskan l’assura qu’il parlait sérieusement. Puis il fit présent à la

firincesse del’ordou qu’elle habitait, avec es esclaves , les effets et les troupeaux ni en dépendaient. Il ne se réserva, e tout ce qui lui avait appartenu, qu’un seul esclave et une coupe d’or qu’il conserva comme souvenir. Il voulait que les Mogols exerçassent la plus grande hospitalité , jusqu’à partager leur repas avec toute personne venant s’asseoir près d’eux. L’hôte était tenu de goûter les mets avant son convive, quelle que fût la différence qui existât entre eux pour le rang.

Les lois de Gengiskan peuvent se diviser en vingt-deux titres, dont nous allons indiquer les principales dispositions.

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