FIN DE LA TARTARIE
BÉLOÜTCIIISTAN,
ou CONFÉDÉRATION DES BÉLOUTCHIS,
PAR MM. L. DÜBEÜX ET V. VÀLMONT.
La plus Jurande partie du Béloiitchiatan appartient au plateau de la Perse, qui s'eteml à l'est jusqu'aux monts Brabouiks. U'autres cliatues de moutagnes courent de l'est à l’ouest, dans une di> recliun parallèle, et sont séparées par des yailees longitudinales. La partie orientale du plateau , eoupee par d'effroyables delilés, atteint dans les environs de la ville de Kélut une hauteur absolue de 1 400 toises. Un trouve dans l'inteneur du pays le désert d^Benpuur, entouré de rochers. Au nord et au nord-est s’étend le désert du Beloutchistan , dont le sol est f^orméde sables, à l'exception toutefois de quelques oasis peu étendues , rafraîchies par des sources et inhabitées.
Vers le milieu du desert, d'épais taillis couvrent les bords d’une riviere desséché.e , et servent de retraite aux bétes sauvages. Les vents qui soufllent avec viuleuce dans cette solitude puriü'ent l’atmospiière; mais ils souléveaten même temps d’immenses tourbillons de sable, l^semoun s’y fait sentir quelquefois- Les saisons se sucrèdent a peu près comme en France. Les chaleurs sont si violentes dans le Mekran et le pays de Loua depuis la ün de mars jusqu’au commencement d’octobre, que les naturels eux-mêmes peuvent a peine les supporter, et ne sortent presque pas de chez eux tant qu'elles se font sentir.
On peut dire en général que les cdtes de la mer sout malsaiiies, tandis que l’intérieur du pays est salubre. Les maux d’yeux y sont cependant endémiques. Le sol produit des grains, des
dattes et des amandes, de l’indigo, du sucre , du coton et des melons d'eau d'une grosseurextraordiiiaire ; mais il est en général peu fertile, et plus propre à la nourriture des trouiieaux qu'à 1 agriculture.
On trouve sur aifferents points de belles forêts.
Le chameau et le dromadaire se plaisent dans les sables du Béloulchistan ; le cheval y devient grand , robuste et plein de feu; mais presque toujours rétif ii perd inüniment de son prix.
On voit dans ce pays les animaux domestiques de l'Kurope, une grande variété d’oiseaux , d’abeilles et des vers à soie. Les insectes et les animaux venimeux n’y sont pas communs. Le-, solitudes sont pt uplées de bous, de léopards, d'bycaes , de loups , de chacals , d'antilopes et de singes. Les flancs des montagnes recelant des inioesd'or, d'argent, de plomb, de fer, de cuivre, d'etuiu, d’antimoine, de sel gemme, d'alun, de soufre et des carrières de marbre. La
flèche est fort abondante sur la câte, mais es rivières ne sont pas poissonneuses.
l.a population s'eleve à peu près à 3,000,000 d'âmes.
Position asthonomiqub. — Longitude orientale entre S8“ et 67" (1) ; latitude entre 25" et .30°.
Limites. — Au nord le royaume de Candahar , à l’est le royaume de Lahore et la principauté du Sinde , au
(I) Nom laiwoDS en dehors de ce calcul, oomnie M. Balbl, qui nous sert de guide, le disUM séparé de Horraad-Dalel sur l’iodua.
LUNIVERS.
sud le golfe d’Oman, à l'ouest la Perse.
Flkl'ves. — Le fiéloutchistan , quoique très-vuste, est fort peu arrosé.
Les géographes ne comptent pas parmi les fleuves de cette contrée ('Indus, qui baigne la province de Uarrand-Daïel.
Presque tous les cours d'eau du pays restent à sec pendant les chaleurs. Les principaux fleuves qui se rendent dans le golfe d’Oman sont : le Doust , le i\ougor, qui descend du plateau du Mekran occidental et baigne Kassarkand et Gouttar ; le Pourally , qui sort du plateau du Dialavan et traverse le pays de Lous; le Nari, qu'on regarde comme une dépendance du bassin hydrographique de rindus.
Divisions ADMiNisTHATivES et to- FOGBAPHiE. — Le Béloutchistan ou pays des Béloutchis est une réunion de petites provinces confédérées, gouvernées par des serdars ou chefs qui reconnaissent l'autorité du plus puissant d'entre eux. Celui-ci réside à Kélat ; quelques-uns de ces serdars se regardent comme tout à fait indépendants.
La confédération e.st partagée eu six provinces, qui se subdivisent ellcs-mémes en districts dépendants de serdars particuliers.
PBOVmCES. VILLES ET UEDX l£S PLC8
HElUaQIUBLES.
Saravnn Kélat, Kbarati, KvouUi.
Kat‘ h’Ganddvfi. GaodâvA , auRsi grande que (Culcb*Gandava Kéiat« mais mieux bâties
des ftéographea résidence du khan pendant
anglais). l'htver; Dudnur, Harrand
(Hurruod), cbeMieit du district de ce nom qui sVlend le long de l'indus.
Djutavan Zouri, 2 a 3,üOû mai!>ons
Kliozdar, siège d*un serdar.
Lou» Bêla ; Leyarie.
Mekran Keüje ; Koussourkound ,
cheMieu du district de ce nom.
Kouhûkin. . Pouiira, siège du chef des
Ourabhi tribu de Beiout»
cliis ; c’est un des serdars les plus puissants ; on pt‘ut le regarder comme indépendant. Sourboud , près de riches mines de fer et de cuivre.
kélat, c.ipiiale de tout le Béloutchistan, est situee sur une hauteur qui domine la partie occidentale d'une plaine
fertile couverte de jardins. La ville forme un carré. Trois côtés sont entourés par des murailles de terre d'une vingtaine de pieds de hauteur et flanqués de bastions. Ces ouvrages, en fort nlau^ais état, ne pourraient recevoir du canon. Le quatrième côté est défendu par le flanc occidental de la montagne , qui est coupée a pic. Le palais, situé dans la partie la plusélevre de la ville, est une réunion de bâtiments sans élegance et recouverts de toits plats en forme de terrasses. Ces constructions sont entourées de murs peu élevés , garnis de parapets et percés de meurtrières. Le cliâteau est également entouré d'un mur de terre, avec des bastions. La porte en est gardée par un détachement de soldats dont l'armement et l'équipement méritent d'étre d’écrits.
« Le soldat béloiitchi armé de pied eu cap offre, dit sir Henri Pottinger, un aspect réellement formidable. Il porte un fusil, un sabre, une lance, un poignard et un bouclier , indépendamment d'une quantité de cornets à poudre, de pulvérins pour amorcer, et de poclies; celles-ci sont remplies de balles, de lingots, de pierres à fusil, de bottes à amadou, et d'autres munitions de guerre oui, lorsque l'homme est de service, doivent le gêner au delà de toute expression , et l'on estime souvent la vaillance d'un guerrier d'après le poids de son équipement. Ces soldats sont tous excellents tireurs , et c'est pour cela que dans une bataille ils cherchent, autant que possible, à ne pas combattre de près. » Leurs meilleures armes de guerre sont de manufacture étrangère. Ils reçoivent de la Perse, du Kliorasan et de riiidoostan, des fusils, des épées, des poignards, des boucliers et des lances. Il existe à Kélat une manufacture de fusils,d'épées et de lances, qui appartient au souverain ; les ouvrages qui en sortent sont mauvais et faits grossièrement.
On compte environ 3,600 maisons à Kélat, et à peu prés la inoiiié autant dans les faubourgs. Ces maisons n'ont pas uiie belle apparence; elles sont bâties de briques à moitié cuites et de buis , le tout recouvert d'une sorte de mortier de terre. Les rues sont eu général assez larges, etgarnies de chaque côté detrot-
Digili/oc i;y f - »Il
BÉLOUTCHISTAN.
toirs à l’usage des piétons. Au milieu on a pratiqué un ruisseau , toujours plein d'ordures, d'immondices, et d'eaux stagnantes qui infectent l’air; les maisons avancent sur la rue. (>s dispositions rendent la ville sombre et numide.
On voit à Kélat un bazar vaste et bien garni de marcliandises et de denrées de toutes sortes. On y trouve chaque jour de la viande et des légumes en abondance et à fort bon marclté. Une source qui sort d'une montagne voisine fournit à la ville une eau excellente.
• Le ruisseau auquel cette montagne donne naissance est si abondant, dit sir Henri Pottinger, qu’à moins d'un quart de mille de Kélat il met en mouvement plusieurs moulins. La source se trouve dans une caverne creusée naturellement dans le roc. Je pénétrai jusqu’à environ trente-six pieds au delà de l'entrée.
L’eau , qui a cet endroit est profonde de trois pieds et limpide comme du cristal, coule très-rapidement, et se partage en uatre ou cinq brandies. Les cavités 'où l’eau sort s'abaissent à cet endroit et se rétrécissent tellement, qu'il devient impossible d'avancer plus loin.
Il n’existe pas, à ma connaissance, de source aussi abondante que celle-ci.
D'ailleurs, une particularité remarquable, c’est que les eaux acquièrent un certain degrede chaleur depuis le commencement de la nuit jusqu'au lever du soleil ; alors elles deviennent extrêmement froides et conservent cette température jusqu’au soir. »
Les moulins à eau que ce ruisseau met en mouvement sont placés immédiatement au-dessous d’un banc ; ou bien lorsqu'il n'existe pas de chute naturelle, on creuse le terrain pour s’en procurer une. La roue est verticale. On accélère ou l'on ralentit son mouvement en rabaissant ou la soulevant, suivant le poids de l'eau. Cette précaution est indispensable, car souvent la pluie ou la fonte des neiges gonfle considérablement le ruisseau ; quelques moulins ont un canal de décharge, pour le trop plein des eaux.
Mékr AN. Cette province, la plus vaste, la plus stérileet la moins peuplée de toutes celles du Béloutchistau , répond à l'ancienne CedrosUt. On se rappelle les
souffrances et les privations que l’armée d’Alexandre eut à supporter dans ce pays désert.
KEDiB( l'ancienne Chodda), capitale de la province . n’a guère que 2,000 maisons, d’un aspect misérable.
Population. — Les Béloutchis forment la presque totalité des habitants de la confédération. Ils se partagent en deux grandes familles ; les premiers sont appelés proprement Béloutchis, et les autres Brahouis. Chacune de ces deux classes se subdivise encore à l’infini. La physionomie des individus des deux races offre de grandes différences ; mais les mariages et les alliances ont souvent confondu les types, qui, dans un grand nombre de familles , n’existent plus dans toute leur pureté. Les Béloutchis proprements dits se partagent en trois tribus principales, dont la pl us impor ta n te est cel le des N é rou i s . Ces gens, en général grands, bien faits et actifs , ne se distinguent cependant pas par une grande force musculaire; ils résistent au changement de température et a la fatigue. « Ils ne craignent pas la mort, dit sir Henri Pottinger, et l’on assure qu’à la guerre ils combattent avec la plus grande bravoure, et ne demandent qu'un chef qui les conduise au poste le plus convenable pour y déployer leur valeur impétueuse. Ne connaissant aucune loi et dépourvus de tout sentiment d’humanité , les Nérouis sont plus féroces et plus adonnés au pillage que leurs compatriotes. Ils considèrent le larcin comme un acte déshonorant et honteux à l'extrême; mais en même temps ils regardent le pillage et la dévastation d’un pays entier comme un exploit digne d’admiration. Imbus de ce préjugé, ils racontent avec orgueil combien d’hommes, de femmes et d’enfants ils ont massacrés ou emmenés captifs, les villages qu’ils ont brûlés et saccagés, et les bétee qu’ils ont égorgées lorsqu’ils ne pouvaient point les enlever. Ces sortes d’expéditions, qu'ils appellent Ichapao, sont presque toujours conduites par les chefs eux-mêmes ou ar des hommes investis de leur conance. Le Neroui qui part pour une expédition est ordinairement monté sur un chameau. Il se munit, suivant la distance qu'il doit parcourir, d'une
L’ÜKIVERS.
quantité sufBsante de Tivres, qui con> aistent en dattes, fromage aigre et en pain. Il porte aussi de l’eau dans de petites outres. Lorsque tout est prêt, il se met en route et va sans s'arrêter Jusqu’à une distance de quelques milles de l’endroit qu’il veut attaquer. Alors la troupe fait halte dans un hailier, ou dans quelque lieu désert, aflii de donner aux ciiameaux le temps de reprendre haleine. Lorsque la nuit approche, et que les habibints sont plonges dans le sommeil, l’attaque commence. Le ?iéruui brille, détruit ou entraîne en captivité tout ce qu’il rencontre. Jamais il ne s’arrête durant ces expéditions , si ce n'cst pour laisser reposer ses bêles. Il parcourt des distances de 80 a 90 milles par jour, jusqu’à ce qu'il ait réussi à charger tous ses chameaux de butin. Pour l’ordinaire il retourne chez lui en faisant un détour, et en prenant une route différente de celle qu'il a d’abord suivie.
Il trouve ainsi l’occasion d’exercer de nouveaux brigandages et surtout de dérouter les habitants qui voudraient se mettre a sa poursuite. Ces expéditions sont très-fatigaiiies et tres-dangereuses. Les hommes qui restent en arrière ou s’égarent sont mutilés et massacrés de la manière la plus cruelle par les habitants; d'autres périssent en combattant; quelques-uns succombent à la fatigue. On devr.iit supposer d’après cela que. les tcliepaos offrent des profits considérables à ceu.\ qui les entreprennent ; il n’en est cependant pas toujours ainsi : quelquefois l’expédition échoue parce que les habitants, avertis d’avance, ont pris des mesures pour repousser les agresseurs. D’autres fois le succès est incomplet et dédommage à peine les brigands de la perte des chameaus qui sont morts de fatigue. Mais s’ils réussissent, ils font des captures d’une grande valeur. Un chef raconta à sir Henri Pottinger que dans une expédition dirigée contre le Lanstan, province de Perse , il avait en pour sa part des esclaves et du butin montant à une Valeur que l’otlicier anglais estime à 7à0 liv. St. ou près de 19,000 francs de notre monnaie.
L’hospitalité des Béloutchis est pro- Terbiale, et voler l’homme qui leur demande asile passe chez eux pour fac-
tion la plus mépriaable. « Lorsqu’une fois , dit sir Henri Pottinger, ils offrent ou promettent d'accorder leur protection à quelqu'un qui en s besoin ou qui la demande , ils mourraient plutét que de manquer à leur parole. Ils obéissent à leur chef avec promptitude et empressement; mais cette obéissance me parut plutôt le résultat d’un intérêt bien entendu que l’effet d’un sentiment de déférence et de respect ; car j'ai remarque que dans maintes circonstances ils agissent comme s’ils n’avaient aucun compte à rendre à leurs serdars. Les Béloutchis ont en général les habitudes des peuples pasteurs. Ils vivent sous des tentes ou guédan», recouvertes de pièces de feutre noir ou de couvertures grossières jetées sur une charpente de brancités de tamarisc entrelacées. La réunion d’un certain nombre de tentes' compose un totanen ou village, et les habitants forment entre eux une société ou Meit.
Quelques Béloutchis préfèrent cependant les huttes aux tentes, surtout aans les contrées où le froid se fait sentir.
Les étrangers reçoivent un accueil simple mais alfectueux. Lorsqu’une pei^ sonne arrive dans un toumen, on étend un tapis devant la porte du Mehmam- Ahanehou maûon des hôtes, llenexiste une dans chaque ville ou village. Le chef de l’endroit parait aussitôt'. L’étranger et lui s’embrassent et se baisent mutuellement la main. Les personnes mii forment la suite du nouveau venu s'avancent, chacnne à leur tour, et pressent contre leur front et sur leurs lèvres la main du chef. Tout, jusque-là, se passe dans un profond silence ; puis le chef s’adresse à son hôte, et lui demande des nouvelles de sa santé et de celle des personnes qui l’intére.ssent. Il demande même, dit Pottinger, des nouvelles des gens de sa suite qui sont présents. Le voyageur se tourne vers ceux-ci comme pour leur adresser des questions.
Il font tous un signe pour certilier qu’ils se portent bien, et la cérémonie se termine par un nombre égal do questions faites par l’étranger et concernant la famille, les compagnons et les amis du chef.
Sir Henri Pottinger venait d’arriver dans un toumen dont le chef était absent; les Béloutchis, dit-il, attroupés autour
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de nous commençaient à être importuns et grossiers. Dons cette perplexité, nous réflécliissions à ce (|ue nou.s devions faire, quand un homme nous conseilla d'aller au Mehman-Khâneh, ou maison drs éfranjters. • Vous y serez en sdreté et à l'abri de toute incommodité, nous dit-il ; ce soir, à son retour, le serdar tous donnera un guide. • Nous adoptâmes cette proposition, et la conduite de la foule cli.ingea aussitôt à notre égard : quoique ces gens-là continuassent toujours à témoigner beaucoup de curiosité pour découvrir qui nous étions, ils se mnntrcceiit cependant fort attentifs à pourvoir à nos besoins; ils étendirent un tapis, nous apportèrent de la maison du serdar des coussins pour nous coucher; en un mot, du moment où nous filmes entrés dans le Méhman Khâneh , ils parurent nous respecter comme les bâtes de leur chef, et comme fondés à jouir de tous les droits de l'hospitalité. Les av.intagi'S ne furent pas, au re-tc, bornés à nous et à notre suite , car on chargea un homme du soin de mener paître nos chameaux.
• Le Méhman-Khâneh était une tente de branchages; une couverture en garnissait le sommet, ce qui le rendait extréiiii-nient frais et agréable pour nous, ui avions été assis pendant trois heures ans le sable brûlant et exjiosés au soleil du iiiidi. Nous débarrassant de nos armes , jious nous endormîmes libres de toute crainte pour nos jicrsounes et nos effets. Au coucher du soleil, l’on nous envoya de chez le serdar un plateau de pain chaud, et une gamelle, de soupe aux pois. Peu de tenips'après notre dîner, le serdar vint lui-meme nous rendre visite. •
Les voyageurs s'accordent à dire que les Béloutchis sont d’une extrême indolence; et l'on assure qu’à moins d’avoir l'occasion de s’occuper à leurs amusements favoris, ils passent des journées entières allaut d'une tente à une autre pour fumer et Jouer.
« Nous avons été importunés toute la matinée, dit sir Henri Pottinger, par une foule de Béloutchis fainéants, qui nous ont fatigués de leurs visites interminables et de leurs quesiions impertinentes. jNous nous étions préjiarcs a subr des épreuves de ce genre; mais celle-ci fut réellement plus in-
supportable que nous n’avions pu l'imaginer. Queli|iies-uDs de ces désœuvrés restèrent près de cinq heures de suite à fumer, à bavarder et à chanter; ils avaient à leur tête un effronté personnage, nommé DJoumaa-Khan, qui, nous l'apprin.es bientôt, était le flis allié du serdar, celui-là même qui nous ét.iit destiné pour guide principal. Tout ce monde était fort curieux de savoir si nous étions sunnites ou schiites. La blancheur de notre teint leur faisait soupçonner que nous étions Persans, et par conséquent schiites; ils Unirent par nous demander très-froidement de répéter la profession de foi musulmane. Sachant qu'ils étaient sunnites , nous répétâmes la profession de foi conformément au dogme de cette secte Dans la .‘oiree le serdar vint iuiniéme nous tenir compagnie. Comme il nous restait encore un peu du the que n.jus avions apporté de Bombay , nous l,ii en affrliiies une tasse : cette attention le Batta beaucoup. Il vint ensuite nous rendre visite régulièrement, et toujours nous le voyioD^ avec plai.sir, car non-seulement il tenait les Béloutchis en respect, mais aussi, comme il était fort instruit et an fait d'un grand nninbro d'anecdotes, il se trouvait toujours prêt à réjioudre aux questions que nous lui adressions.
• Le plus grand nombre d’entre eux mâchent de l’opium et du beng ; niais ils connaissent à peine l’usage du vin et des liqueurs spirilueuses. »
Les femmes même font usage de l’opium. Un voyageur cite à ce propos l’.anecdote suivante : « Je m’étais, dit-il, toujours refusé à rendre visite à Dhaï-Bibi , vieille daine de la plus haute distinction et qui habitait Kélat. Elle espérait pouvoir recouvrer par mon savoir la vue, qu’elle avait perdue rom|detemeiit. Un matin son fils, suivi d’une foule d’esclaves portant des mets pour un repas somptueux, vint me voir. On m’expliqua que Dhaï-Bibi voulait m’offrir l'hospitalité. Je iis expli juer à ce jeune homme que les politesses de sa mère, tout en étant trés-llatteuses pour moi, m'étaient pénibles , parce que Je savais n’avoir aucun moyen d'y répondre. Il me dit que son devoir était de me presser. Je me trouvai daus la nécessité de rendre visite à
ses
L’UNIVERS
la vieille dame. A travers ses soixante et dix ans je vis qu'elle avait dû être fort belle. Elle exigeait que Je fisse de deux choses l'une :ou que je lui rendisse la vue, ou que je lui ôtasse Phabitude de manger ae l'opium. Elle m'offrait des récompenses magnifiques : des chevaux , de l'or, des terres, et demandait que j’allasse m'installer chez elle. Vouhnt me recevoir avec tout son sang-froid , elle s’était abstenue de prendre sa dose matinale d'opium , et par conséquent elle était fort agitée. Enfin , ne pouvant plus y tenir, elle s’en fit apporter par une esclave, et en avala une quantité considérable. Bientôt sa conversation se ressentit de l’effet de cette drogue, et je pris congé d'elle. Comme j’étais contraint d'ordonner quelque chose, je lui envoyai du laudanum pour qu'elle en fît une application sur ses yeux. Au bout de deux ou trois jours on me dit qu'elle s’imaginait voir iin peu. Alors je lui envoyai encore le même remède, et j’engagai son fils à lui en faire continuerM’usage si elle éprouvait quelque soulagement. I..a cécité était occasionnée par une croûte épaisse qui lui rouvrait la cornée. •
La nourriture des Béloutchis consiste en galette de froment et d'orge, en riz , dattes, fromage, lait doux et aigre; ils préfèrent ce dernier. Ils prennent assez souvent une sorte de soupe ou de potage fait avec des pois et relevé par du piment et d'autres plantes échauffantes.
Ils mangent de la viande toutes les fois qu'ils peuvent s’en procurer. Ils se montrent surtout fHands du gibier et de la chair des jeunes chameaux. Ils mangent beaucoup d’oignons et d'aulx; les tiues et les feuilles de la plante de l’assafœtida bouillies dans du beurre passent chez eux pour un excellent régal. Voici ce que raconte à ce sujet sir Henri Pottin^r :
« L’hospitalité du serdar, dit le voyageur anglais, était toujours la même ; chaque matin il nous envoyait du pain, du lait aigre, et du fromage en plus grande quantitéque nousn'en pouvions consommer. Scs esclaves nous servaient et nous donnaient de l’e.iti pour laver; la même chose avait lieu le soir. Deux fois nous achetâmes et nous tuâmes des chevreaux, dont nous envoyâmes un gigotait serdar :et une partie du reste aux Indous;
mais nous fûmes taxés de prodigalité, quoique ces animaux ne coûtassent qu’une roupie la pièce. Un Béloutchi, par reconnaissance, nous apporta un Jour, à l'heure du dîner, ce qu’il regardait comme un mets bien plus délicat.
II en faisait l'éloge avec le ton passionné d’un vrai gourmand; c’était une jeune plante d'assa-fœtida cuite dansdu hieurre rance; il rut bien de la peine à se persuader que nous lui parlions sérieusement quand nous lui dîmes que cette friandise ne nous plaisait pas : l'odeur en était réellement insupportable; car la plante fraîche répand une puanteur plus forte et plus nauséabonde que la drogue. Notre odorat en fut péniblement affecté pendant les deux ou trois jours qui suivirent l’arrivée de la provision apportée par le pâtre branoui; chaque habitant du toumen en ayant eu sa part, non-seulement ces gensrépandaient une odeurrepoussante, mais l’air même était empesté. »
L’assa-fœtida croît naturellement dans les montagnes do Béloutchistan septentrional ; c'est de là que les bergers l’apportent au marché.
Quand elle est mûre, sa large ombelle est d’une coideur jaune paille légère; la tige a de un à deux pieds et demi de hauteur, ses feuilles sont grandes et trèsdécoupées. La drogue connue en Europe sous le même nom , et dont on exporte tous les ans des quantités prodigieuses dans l'Indoustan, est extraite de la tige fort près de la racine, et quelquefois de la racine elle-même, à l’époque de la maturité de la plante , que l’on reconnaît au changement de couleur des feuilles, qui de vert foncé deviennent d'un jaune tendre : alors on coupe la tige à six pouces de terre environ , on nettoie le sol tout alentour, et l’on fait une incision d’un pouce de longueur à peu près immédiatement au point où les racines se ramifient. Une tige donne ordinairement une livre de suc, quelquefois plus; on peut la récolter dans les trois jours après que la tige a été coupée; l’été .suivant la racine produit de nouveaux jets. »
n n’entre pas dans l’Inde d'assa-frrtida du Béloutchistan ; ce dernier pays n’en produit même pas assez pour la consomm.ation des habitants.
La polygamie est autorisée par la re*
BÉLOUTCHISTAN. Ï69
ligion , car les habitants sont mahomé- un homme fiancé de cette manière vient tans sunnites; cependant on voit un à mourir, son frère est obligé , par les assez grand nombre d’hommes qui se lois de l’honneur et de la convenance , contentent d’une seule épouse. Les d'épouser la fille. Le prétendu fait des chefs en prennent nuatre ; quelquefois prmnts qui consistent en chameaux , même des gens de la dernière classe en brebis, chevres , ou autre bétail. Il les ont jusqu’à sept ou huit. Ceux-ci sont envoie, peu de jours après la conclusion loin de manquer d'attentions et d'é- du sangue, à la maison de son beaugards pour leurs femmes, et se mon- père futur, avec des mets préparés, et trent moins jaloux que les autres mu- en quantité suffisante pour régaler tout sulmans. le kheil, lorsque sa fortune lui per-
« Les cérémonies du mariage et des met de faire cette dépense. Il arrive funérailles, dit Pottioger, étant celles qui assez souvent que le sangue se consont prescrites et réglées par le Coran , dut avant que la jeune fille soit nubile; sauf quelques particularités de peu dans ce cas , les fiancés ont la permisd'importance, et ressemblant par consé- sion de se voir. Le futur est admis quant à toutes celles qui ont lieu chez les chez le père de la jeune fille comme musulmans , j’aurai peu de choses à en un membre de la famille. Mais la fille dire. Quand on suppose qu’un malade est ne peut, sous aucun prétexte, rendre dans un danger imminent, on fait venir visite aux parents de son prétendu; il unprétreou mollah, qui luilitetluiexpli- n’est permis d’ailleurs m au jeune que des passages du Coran , et continue homme ni à la jeune fille d’avoir auainsi jusqu’à ce que le malade aille mieux cune familiarité l’un avec l’autre, ni ou expire. Quand il est mort , on envoie même de se parler autrement qu’en préaussitôt chercher des pleureurs , et pen- sence de témoins, dant trois jours et trois nuits l’on tient Quand la fiancée arrive à l’âge coudes mets préparés pour tous ceux de ses venable pour remplir les devoirs d’éamis qui viennent assister à la lecture pouse, la cérémonie du mariage est cèdes prières pour les morts. Cest une lébrée par un mollah en présence des fonction du mollah ; et soit que le dé- amis des deux familles. Le marié régale funt ait été riche ou pauvre, ses parents encore le kheil le plus somptueusement mettent le plus grand intérêt à réunir qu’il lui est possible, et passe quelques dans ces occasions un grand nombre jours chez son beau-père : on lui permet de personnes; quelquefois ils se ruinent ensuite de partir avec sa femme, pour régaler tous les assistants. I.a nuit Quand il s'en va on lui offre des prése passe en plaisirs, et quoique les Bé- sents, comme cela a été convenu parle loutchis ne s’enivrent pas, cependant ils sangue;il reçoit, indépendamment d’une sont fortgaisdanscessortesd'occasions, quantité plus ou moins grande de bélail et un étranger aurait de la peine à devi- de la même espèce que celui qu'il adonné, ner le sujet et le but de la cérémonie. » des étoff'es , oes tapis , et d’autres objets Voici ce qui se passe pour les ma- de ménage; suivant la richesse des pariages. Quand un jeune homme désire rents delà fille, se marier , il envoie ordinairement son On voit chez les Béloutchis un grand frère ou un de ses proches parents au nombre d’esclaves des deux sexes. Ce père de sa prétendue pour entamer l’af- sont des malheureux qu’ils ont enlevés faire avec lui, et proposer l’alliance. Si dans leurs expéditions. Aussitôt qu’ils le père approuve le mariage, il donne se sont rendus maîtres d’eux, les Béloutson consentement, et les deux parties chis leur bandent les yeux, les attachent conviennent aussitôt des préliminaires sur des chameaux , et les font voyager concernant l’échange des présents. Ce dans cet état, afin qu’ils ne puissent pas contrat réciproque se nomme \e sangue reconnattre la route qui les conduirait ou promesse; et quoique dans les hautes chez eux. Ils coupent les cheveux aux classes il ait quelquefois lieu avant que femmes, rasent les hommes et détruiles fiancés se soient vus, il est regardé sent même la racine de leur barbe avec comme tellement sacré, qu’il ne peut une préparation de chaux vive. Il parait être rompu dans aucune circonstance. Si cependant que ces esclaves , d’abord si
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!ï u-ooj(li;
L’UNIVERS
mallifiireut, st* voyant ensuite traités avec houle, supportent leur sort patiemment et deviennent des domestiques tres-liiléles.
Les lîélontchis ont des jeux tels qu'on peut les attendre d'un peuple harbare.
Ils aiment passionnément la eliasse, à laquelle Ils eonsacrent une notable partie de leur existenee. Ils s'appliquent à avoir de bons i biens , et surtout des lévriers. Les animaux de cette espèce, lorsqu'ils sont bien dressés, valent ileux ou trois chameaux et q^uelquel'ois même davantage. On assura a sir Henri Pottinger (|ue le kbnu de Rélat en avait payé un environ 1,200 francs de. notre niônnaie. I.es plaisirs favoris des ftéloiitebis sont de tirer au but, de jouer du bâton, de lutter, de faire des armes, de lancer le javelot, etc. Ils se délient mutuellement les uns les attires. On voit parmi eux des gens qui à une distance de 150 à IHO pieds tuent avec une balle des alouettes et d'autres oiseaux aussi petits. Ils ont un autre genre d'exercice, qtt’ils appellent le jeu de la tance. Voici comment ils y jouent : On fiche en terre un pieu de moyenne gtÿ)sseiir, Pt un cavalier courant à toute bride le perce avec la pointe de .sa lance de manicrc à l'arracher île terre dt à l'emporter. La difliiulté et le danger augmentent ou diminuent suivant la
Srofondeur à laquelle il e.st enfoncé, lais lors même que ce jeu est le plus aisé, il exige cependant toujours beaucoup de force et d’adresse dans le bras et le poignet, et une grande habileté à diriger le cheval et la lance.
I,'“S Hrabnuis sont, comme les I5é- Iniitchis , divisés en tribus. Ils montrent encore plus de prédilection que ceux-ci pour la vie err.aiite , et ils changent de résidence deux fois par an , au coniniencement de l’été et de l'hiver, afin de procurer de bons pâturages à leurs bestiaux. On voit peu d'hommes plus actifs, [ilus forts et plus robustes que les liralinuis. Ils sup[iortcnt également bien le froid de leurs montagnes et la chaleur excessive des edtes. Au physique, les Rrnbuiiis diffèrent tellement des Reloutebis, qu’il est impos.siblc de confondre les hommes de ces deux races. I.es premiers, au lieu de la haute stature, du visage long et des traits pro-
noncés des Réloutchis , ont les os courts et gros, le visage rond, la face aplatie. On voit parmi eux beaucoup d'hommes qui ont la barbe et les cheveux bruns. Ils sont fort laborieux, et se montrent Iwbiles pour les travaux de l'agriculture. Oux qui vivent dans le voisinage de la plaine au-dessus de Kélat cultivent de grands espaces de terrain, et vendent leurs produits à des Indons qui les exportent. Si I on joint à cela un peu de froment et de gui ou beurre clarifié, des couvertures, des tapis et des feutres d’une qualité grossière, on aura une idée exacte de l'agriculture, de l’industrie et du commeree des Brahouis.
Leur nourriture est à peu prés' la même que celle de Béloutcbis ; mais il faut remarquer toutefois qu'ils préfèrent la viande à foule antre espèce d’aliment, et la dévorent à moitié cuite, sans pain, San: sel , et sans aucune espèce de légumes. l's passent |)our avoir un trèsgrand appétit. Les nombreux troupeaux de moutons et de clièvrea qu'ils possèdent les racitent .à même de satisfaire leur godt. Ces gens assurent, et peutêtre ne se trompent-ils point , que dans les montagnes froides qu'ils habitent il serait impossible de vivre pendant l’hiver sans une certaine quantilç de nourriture animale, qu'ils regardent comme infiniment plus succulente, et à laquelle ils attribuent les propriétés éch.iuffantes des liqueurs spirilueuses. Ils sont dans l'usage, vers la Un de l’automne, de mettre eu réserve une provision de viande qu’ils sèchent au soleil et qu’ils fument ensuite à un feu de bois vert. I.a viande préparée de celte manière n’est joint desagréable. Les Brahouis exercent l’hospitalité aussi généreusement que les Béloutehis, et leur caractère semble bien préférable à celui de ces derniers. Ils sont plus tranquilles, plus industrieux. et leurs habitudes répugnent à ces actes de rapine et de violence auxquels se livrent les Belontchis. Il semble que l’on doive attribuer cette différence a rinflnence de quelques idées morales, car ils sont, cela est prouvé , plus braves et plus forts pour résister à la fatigue que tous les autres habitants du jiays. Leurs mneurs sont douces quoique grossières, et les essais maladroits qu’ils font pour se montrer polis ne sauraient
BÉLOUTCHISTAN. 371
être vus avec indifférence , parce qu'on y reconnaît le désir d'obliger sans aucune vue d'intérêt personnel. Enfin ils ne sont ni avares, ni vindicatifs, ni cruels, comme les Béloutchis.
I.e Bralmui porte toujours le même vêtement été et hiver. Tout son habillement consiste en une chemise de toile de coton blanc, un pantalon de la même étoffe et un bonnet de feutre. Les bergers s'enveloppent Quelquefois d'une couverture de feutre blanc, qui couvre tout le corps et se termine en pointe audessus du sommet de la tête. Ce vêtement garantit très-bien de la pluie et de la neige. Les occupations domestiques des Brahouis sont fort simples. Les hommes gardent les troupeaux, cultivent la terre et se livrent a tous les autres travaux du dehors. I.es femmes les aident lorsque cela est nécessaire ; mais ordinairement elles s’occupent des soins du ménagé, vont traire le bétail, font 1e beurre et le fromage, et fabriquent des tapis, du feutre, et une sorte de drap blanc grossier. Elles ne sont poiut exclues de la société des hommes, et tous les membres d’une famille vivent et mangent ensemble. Leur vêtement se compose d’une longue chemise et d'un pantalon de toile de coton. Lorsqu'elles ont atteint l'âge de puberté, elles placent sur la chemise une espèce de corset, qui se lare par derrière et dont le devant est orné de Ggures fantastiques d'animaux ou d'oiseaux brodées en laine de couleur.
Les Béloutchis sont tous mahométans sunnites. Ils se montrent pleins de zèle pour leur religion. Il existe dans leur pays un pèlerinage fameux au sommet du mont TcheheUen, ou des quarante personnes. Voici à quelle occasion cette montagne fut appelée ainsi :
Deux époux mariés depuis longtemps , dit la légende, regrettaient de n'avoir
Eas un seul enfant, fruit de leur union.
.a femme se rendit chez un saint du voisinage, afin qu’il la bénit et la rendit féconde. Le sage lui adressa une réprimande, lui disant qu'il n'avait pas le pouvoir d’accorder ce que Dieu refusait.
Cependant le fils du saint homme , devenu plus tard très-iilustre lui-même par ses vertus, s'écria qu’il croyait pouvoir exaucer les vœux de cette femme ,
et il jeta sur elle quarante cailloux, prononu quelques prières , et la renvoya.
Au Dout d’un certain temps la femme accoucha de quarante enfants ; c’était plus qu’elle ne demandait. Le mari , désespéré de se voir tout à coup chargé d’une si nombreuse famille, abandonna sur le Tchehelten trente-neuf de ces enfants et n’en réserva qu’un seul. Tourmenté ensuite par le remords, il retourna sur la montagne, afin de recueillir les os de ses enfants et de leur donner la sépulture. Mais quelle ne fut pas sa surprtse lorsqu'il les retrouva jouant au milieu des ruchers et des arbres. Il retourna aus.sitêt vers sa femme, à laquelle il raconta ce qu'il avait vu. Celleci l'engagea à prendre l’enfant qu'ils avaient gardé chez eux , et à le conduire sur le Tchehelten pour qu'il servit a ramener les autres. Le père suivit ce conseil ; mais à peine arrivé au sommet de la montagne, ayant placé l’enfant à terre pour attirer les trente-neuf antres, ceuxci, saisissant leur frère, l’emportèrent sur les hauteurs inaccessibles du Tehebelten. Les Brahouis croient que ces quarante petits êtres, vivant dans une enfance perpétuelle, habiteront à jamais les cimes de la montagne.
Les béloutchis sont' extrêmement enclins au vol; et aussitôt qu'ils rencontrent un être sans défense, ils le dépouillent. M. Charles filasson, un des derniers voyageurs qui ont visité leur pays, rapporte que ces gens ont la sinauliere habitude de toujours faire précéder leur vol par un échange. C’est ainsi qu’il lui arriva plusieurs fois d’être oblige d'ôter ses souliers et de les échanger contre d’autres souvent meilleurs. Il faut croire u’il y a dans ce manège un subterfuge e conscience. M. Masson eut le bonheur de se tirer toujours bien de ces sortes de rencontres, grâce à l’apparition subite de quelques personnes qui arrivaienlà propos pour lesortird’emharras.
Un jour il marchait seul , lor>qu’il aperçut tout à coup unBéloutchi,qui s’approcha et, voyant bientôt qu’il avait affaire à un étranger, lui adressa trois ou quatre questions d’un ton dur et impérieux, s’attachant surtout à savoir s'il était seul. Les réponses de M. âlasson étaient inintelligibles pour le brigand , et celui-ci se disposait à user de violence, lorsque
L’UNIVERS
parut le guide de M. Masson qui mit nn à ce colloque (1).
Les cas de meurtre sont toujours jugés par le khan. Lorsqu'un homme en tue un autre , il est ordinairement condamné à l'emprisonnement et à une grosse amende , si les parents du mort y consentent. Dans le cas où ils ne veulent accepter aucun arrangement, ils
euvent oemander sang pour sang. Le
han évite toujours de prononcer luiméme la sentence de mort, et il livre le coupable aux parents , pour qu'ils fassent de lui ce qu'ilsjugent à propos. C'est un moyen de sauver la vie du criminel , que les parents retiennent en esclavage , et qu'ils emploient à de rudes travaux.
Cette loi est cependant soumise à une exception, invariable qui fait honneur au sentiment d'humanité et à la sage politique des chefs béloutchis. Lorsque l’homme assassiné est un étranger, toutes les personnes qui ont pris part au crime sont exécutées. Les vols commis avec effraction , ou pendant la nuit , lorsqu'ils sont prouvés, entraînent la peine capitale; le vol pendant le jour, l’escroquerie, le larcin, etc,, sont punis du fouet et de l’emprisonnement, suivant le nombre et la valeur des objets volés.
Un mari quL surprend sa femme en adultère peut la tuer avec son complice I mais il est obligé de produire deux témoins recommandables qui attestent le fait ; autrement il est traité comme un meurtrier. S'il peut prouver par quatre témoins oculaires l'inOdétité ue sa femme, quoiqu'il l’ignore lui-méme, il a le droit de tuer les deux coupables. Dans ce cas on fait au khan un rapport; si les preuves sont suffisantes, l’affaire s'arrange ; mais s’il s’élève quelque doute sur la validité des témoignages , l'homme qui a vengé un tort supposé est condamné à l'amende la plus forte, et les témoins sont livrés à la famille de la femme injustement mise à mort.
Cette loi met un frein aux vengeances et aux fausses accusations.
Si un homme séduit une fille, et que le père s’en aperçoive, il peut exiger que les deux coupables soient mis à mort,
O) Narrativt of'varima journeu in BalorhisUn , MÿhanihtaH , and Ih* Padjab , by Charte» Maton. Loodrea, IS4S, tome II, page 19.
et le Uian est obligé de sanctionner l’arrêt paternel ; mais ce cas ne se pr^ sente jamais ; et l’on obvie a tout par un mariage.
' Les querelles, les petits vols, et les contestations entre les habitants d’un même kheil , sont arrangés par le serdar. Les parties peuvent en appelw de sa décision à celle du clief de tribu. Si l'affaire est grave, elle peut aller jusqu'au khan de Eélat ; mais comme celui-ci trouve rarement son intérêt à casser le premier jugement, et qu’il faut du temps et des démarches pour obtenir une audience de ce chef, les partis s’en tiennent presque toujours au jugement.
Il résulte de cet état de choses que l'administration de la justice appartient en grande partie aux serdars et aux chefs de tribu.
Le seul cas où nn criminel peut être exécuté sans l’aveu ou l’ordre préalable du khan de Eélat, c’est l’assassinat d’un voyageur. Le chef voisin met alors à exécution la loi, et dresse sans délai son rapport sur les circonstances qui ont précédé et suivi le crime.
Pottinger assista à une affaire qui fut jugée par le serdar du lieu. Il s’agissait d'un vol commis pendant la nuit. Les plaignants étaient des Brahouis, et les défendeurs des Béloutchis. Les deux parties comparurent et plaidèrent l’une contre l’autre; « voyant, dit Pottinger, qu’elles ne pouvaient pas prétendre à l'élégance de la diction , elles voulurent apparemment que la longueur et la véhémence des paroles suppléassent à>ce défaut. Pendant trois heures ce fut un vacarme épouvantable : chacun racontait son histoire à sa façon ; tous parlaient ensemble, de sorte que celui qui avait les meilleurs poumons pouvait se flatter d'attirer l’attention a un plus haut degré. Le serdar les écouta tous avec une patience et une bonne humeur difficiles a imaginer; puis il donna son avis, et prononça un jugement en bonne forme, après lequel l’assemblée se sépara.
• D’après ce que je pus apprendre , le procès venait d’une difficulté peu importante et relative à un droit de pâturage sur Une montagne voisine. Les Béloutchis essayèrent d’abord d’en exclure les Brahouis pardes raisonnements;
BOUTAN
et voyant que cela'ne réussissait pas, ils finirent par avoir recours à un autre expédient, ce fut de saisir les troupeaux de leurs compétiteurs; mais ces derniers obtinrent l’avantage dans la lutte judiciaire, le serdar ayant décidé qu'ils avaient au moins un droit égal à celui des Béloutchis. En exposant cette opinion, qui fut reçue sans le plus léger murmure , le serdar invita les défendeurs à se souvenir que les Brahouis s’étaient originairement établis près du pâturage en question avec l’autorisation du khan et la sienne, et qu’en conséquence ils avaient le droit de jouir de tous les avantages accordés aux autres habitants.
Ces audiences se tiennent toujours dans le Mehman-Khaneh, quand il n’est pas occupé; mais comme nous en avions pris ossession, les tapis de feutre furent tendus à terre devant la porte , et chacun vint s’y asseoir tranquillement.
« Au milieu des plaidoiries un malheureux montagnard parut avec deux ânes
chargés d’assa-fœtida qu’il avait ramassée pour la vendre, lies Béloutchis se montrèrent si empressés de la lui acheter, qu’ils s'élancèrent en masse, et renversèrent le montagnard dans le sable avec sa marchandise. Pendant près d’une demi-heure ce fut une véritable bagarre; chacun tâchait de prendre quelque chose. Le serdar était resté seul en place ; cette mélée nous faisait rire de bon coeur.
Le pauvre diable que l’on traitait avec si peu de cérémonie se dégagea le plus vite qu’il put avec ses deux ânes, et bientôt après il vint se plaindre au serdar de la réception qu'on lui avait faite. Il fut généralement reconnu que les Indous, ui voulaientavoir ladrogue pour la vente en détail , avaient les premiers commencé l’attaque contre les paniers , et s'étaient emparés de la plus grande partie du butin : on leur enjoignit de dédommager le montagnard . et il leur en coûta un peu de sucre et de tabac. >
BOUTAN
Aspect du pays. — Le Boutan est une contrée montagneuse. La hauteur des cimes y varie de 1 ,000 à 35,000 pieds anglais. Ce pays est borné au nord par le 'Tibet, au sud par l'Assam et le Bengale , à l’ouest par le Sikkim , et à l'est par le pays de Kampa. Sa plus grande largeurest d’environ 90 milles anglais et sa plus grande longueur de 310.
Cours d'eau. — Les rivières mériteraient plutôt le nom de torrents. Leur cours est irrégulier, et souvent interrompu par des cascades. On voit non loin de la ville de Pounakha des fontaines d’eaux chaudes sulfureuses.
Climat. — La température offre des variations assez notables , suivant les localités. Le pays est exposé à des vents impétueux qui' soulèvent la poussière des plaines et la lancent jusque sur les
montagnes. Les pluies ne sont pas abondantes. On peut dire en général que le climat est sain.
VEGETATION. — Lcs parties inférieures des montagnes sont dépourvues de végétation. Les arbres ne commencent à pousser qu'à 7,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. A cette hauteur on voit des chênes, des magnolias, des rhododendrons et plusieurs espèces de pins.
Le Boutan est un pays très-accidenté et de l’aspect le plus pittoresque. On y voit desmontagnes couvertes d’une éternelle verdure et des forêts d'arbres magnifiques. Tous les endroits qui ce sont pas absolument coupés à pic et où il se trouve un peu de terre végétale sont défirichéset mis en culture. Ony a formé des gradins pour empêcher les éboulements.
L’UMVERS.
Il n'y a point de vallées, point de pentes douces où l'on ne reconnaisse la main de l'a»;ricultrur. I,es montagnes sont presque toutes arrosées par de rapides torrents, et il n'en est aucune où l’on ne voie, même sur le sommet, des villages populeux entourés de jardins , de vergers et d’autres plautatioos. Ce pays offre tout à ia fois l'aspect de la nature la plus aftreste et de la culture la plus intelligente.
Les animaux domestiques n’ont rien de remarquable. On trouve dans le pays une grande quantité de ehevres. I,es pourceaux sontde|>etite race; mais leur chair est tré.s-délicate. II existe au Boutai) des chiens d'une es|)èce partiruliere. Ils sont d'une haute taille , ont le museau pointu, la tête du renard et de longs poils roiiles. Ces animaux vigoureux mais tres farouclips sont tenus coiistominent à la cliaiue. On les emploie pour garder les mai.sons. Plusieurs forêts sont peuplées de singes qui ont une taille extraordinaire, la faee noire et entourée de poils blancs, avec les poils du corps gris. Ouelques voyageurs prétendent qu'il y a des ours et des onces dans les parties septentrionales de la contrée. La volaille est as'cz commune; mais on ne voit nulle part ni oies, ni canards, ni dindons. Le climat est trop froid [lour ces derniers oi.seaux , et les autres ne trouveraient pas dans le pays une eau tranquille pour s'y baigner. Le Bouton, excepié dans les provinces méridionales, est exempt de lézards et de reptiles venimeux.
Le beurre est fort bon ; mais la malpropreté des gens qui le fabriquent fait u’il est toujours mêlé de poils et d'orures. Le Boutan est peu riche en subsistances; la viande y est rare, et l’on en mange fort peu. Les domestiques qui accompagnèrent Samuel Uavis ne recevaient chacun par Jour que deux poissons secs, un peu de riz et de farine, et tous les voyageurs européens qui ont visité ce pays se plaignent également de la trop petite quantité de vivres qu'on leur fournissait et de la difficulté de s’en procurer par eux-mêmes. Le- fruits sont assez communs; maison cultive peu de légumes. Les navets sont loin de valoir ceux d'Europe. Les fraises , les framboises, les abricots, et surtout les
poires,' sont inférieurs aux nfitres.
I.esBoutaniensne savent pas greffer, et ils ne taillent Jamais les arbres.
Les besoins des gens de basse classe sont extrêmement restreints et se bornent au strict nécessaire. Leur nourriture est très-simple, et leurs vêtements consistent pour l’ordinaire en une sorte de tunique de drap fort et grossier et en une couverture de laine rouge dont ils se servent toujours. Quand une fois ils se sont enveloppés dans ces vêtements, ils n'en changent plus, et se gardent bien d’en accélérer la de.struction en les débarrassant de la couche de graisse et d’ordure qui les recouvre. Cette malpropreté des Boutaniens doit surtout être attribuée à leur pauvreté extrême.
Ijes vêteinents des nobles sont de beau drap ou d’étuffe de soie de la Chine brodée. Les principaux ofUciers se distinguent par lin riche ceinturon brodé, auquel est suspendue une épée lourde et étroite. On peut dire en général que les vêlements des Boutaniens sont incommodes. Les bottes que portent les personnes appartenant aux classes élevées ne sont pas faites dans le pays et viennent de la Chine. Les gens du' peuple fout u.sage de bottines de cuir.
Divisions administh.xtivks. — Le Boutan forme trois provinces subdivisées en districts et gouvernées par des chefs que l’on appelle piliot. Chaque province porte le nom de la capitale ou réside le pillo.
GoüVEBNiîMEiXT. — Lepavscst gouverné par deux souverains : fe dharmaradja ou roi spirituel et le deb-radja, qui représente l’autorité temporelle. 1æ premier est une incarnation semblable à celle du grand lama du Tibet (I). Il passe sa vie dans une sorte de réclusion perpétuelle. IjC deb-radja, redoutant son mllueiice, a soin de le tenir toujours éloigné des affaires. Le deb possède en réalité l’autorité suprême ; mais il ne peut prendre aucune décision importante sans consulter les pillos, qui ont le droit de s’opposer è ses desseins. Le deb-radja n’exerce le pouvoir que pendant trois ans, après lesquels il se retire. Celui qui gouvernait le pays en dernier
U) ^ojn d-devant, pag. SS3.
BOÜTAN.
lifu était un pillo. Ces monarques éphémères proGtont du peu de temps qu'ils possèdent l'autorité pour s'enrichir , et les voyageurs s'accordent à dire qu'ils commettent de grandes exactions.
Vjllespbincipalfs. — Tassisoudon est la capitale du Boutan. Cette ville, fort petite, ne renferme qu'un seul édiflce remarquahle; c'est un château élevé de sept étages, et dans lequel ré.sident le deb-railja et le dharma radja. Ta^sisoudonest situé dans une vallée fertile, entourée de montagnes bien boisées.
Non loin de cette capitale se trouve Pounaklia, petite ville remarquable par la douceur de sou climat. C'est la résidence d'hiver du dharma-radja ; le château est plus grand et plus richement décoré que celui de Tassisoudon.
l’Iiari, forteresse importante, élevée dans un délilé. Oji remarque dans son voisinage Tschamalouri , une des plus hantes montagnes du globe Habitants. — Les Boutaniens ont les cheveux noirs, et les coupent trèscourt. Leurs yeux sont petits et noirs, avec les angles des paupières longs et pointus. Ils ont les cils et les sourcils peu fournis. I.eur front est plat, et leur visage se rétrécit notablement vers le menton. Ils ont la peau très-unie. La plupart d'entre eux atteignent un âge a.ssez avancé sans avoir de barbe. Ils laissent pousser leurs moustaches, toujours peu épaisses. Les hommes sont grands.et un grand nombre d'entre eux atteignent la taille de cinq pieds six pouces. En général, ces montagnards ont le teint assez blanc.
Les Boutaniens ne reconnaissent pas la distinction des castes; mais ils forment plusieurs classes. La population se partage ainsi : les laboureurs, les prêtres , Tes employés et les chefs. Les premiers sont fort pauvres; les guélongs ou prêtres forment la classe la plus considérable et la plus inutile. Ils fuplent les châteaux, les palais, et haitent en outre des villages entiers, que l’on reconnaît sans peine à la beauté des maisons et à l'emplacement, toujours bien choisi. Le eostume de ces prêtres est assez beau : ils portent une tunique sans manches, ordinairement de couleur brune bordée de noir ou de jaune.
Quoique attachésà leurssuperstitions.
les Boutaniens se montrent tolérants envers les personnes qui professent une religion différente. "Tout pèlerin qu arrive dans le pays est traité avec respect, quelles que soient d'ailleurs sa caste, fa nation et ses doctrines. Les Boutaniens accueillent volontiers les prosélytes, mais sans chercher à en augliienter le nombre. Ils croient (|ue les differentes routes que l’on imlimie pour arriver au ciel peuvent toutes être bonnes à suivre, pourvu que l'on se conforme aux pratiques du culte extérieur, et que l'on s’acquitte des devoirs moraux. Un radja montrant à des Anglais les images et les ligures de [ilusieurs divinités (|ui ornaient ses appartements, leur demanda s'ils en po.>sédaient de sembl.diles ; et connne les voy igeurs répondirent négativement, il répliqua; « Peu importe , puisque naus adorons tous le même être. »
Voici l'abrégé ilu système de runivers, suivant les Boutaniens; on y reconnaîtra pour base les croyances bouddhiqin s, que nous avons déjà fait connaître (I). Les régions célestes, disent-ils, sont situées .au sommet d'un rocher carre et d'une Grandeur immense. Les côtes sont, le premier de cristal, le .second de rubis, le troisième de saphir et le quatrième d’émeraiide. C’est l.à que réside l'Étre suprême, dans un séjour où les hommes veriiienx sont admis après leur mort. Ils y trouvent des liabits, de la nourriture et tous les objets qui peuvent leur être agréables ou nécessaires.
Vers la moitié de la hauteur du rocher est située la région du soleil et de la lune. Ces astres occupent chacun une face opposée, et tournen^^onstannnerit, afin de distribuer le jour et la nuit au monde inférieur. Les saisons tiennent à l'irrégularité de leur révolution mensuelle. Sept bandes de terrain aride et quelques îles ceignent le pied du rocher. C'est lâ qu’habite le genre humain. L'Océan entoure le tout. Les régions infern.iles se trouvent sous la terre. Les méchants doivent y être tourmentés dans un feu éternel, et ils sont contraints d’avaler du soufre fondu.
Il n’existe guèred’édifices séparés destinés à la célébration des cérémonies
(I) Voyez d-<leTtot, pag. S74.
876 L’UNIVERS
religieuses ; mais les prêtres élèvent leurs autels au milieu de grandes salles dans les palais et les châteaux qu'ils habitent. La divinité suprême est représentée par une idole colossale et dorée, assise les jambes croisées. Devant celle-ci on remarque son agent principal, d'une dimension moins grande et entouré de petites images de lamas décédés. Le pouvoir destructeur est placé à côté de ces idoles. On le représente avec un visage qui annonce une colère furieuse. Ses bras nombreux, levéset menaçants, tiennent différentes armes. Devant l’autel est un banc couvert d’une rangée de petites tasses de cuivre, remplies d’eau et quelques-unes de riz. On y place aussi une lampe allumée, des vases avec des fleurs, des miroirs et quelque autres ornements. Cette salle ou dtapelle a quelquefois la hauteur de deux étages. 1^ partie supérieure est carnie d'une balustrade en forme de galerie et dans laquelle les spectateurs se placent pour voir les cérémonies religieuses.
Les prêtres se réunissent dans ces chapelles pour prendre leur repas. Assis en rond , les jambes croisées , ils reçoivent leur portion en récitant des actions de grâces et des prières , tandis que les trompettes, les tambours et les cloches se font entendre par intervalles. Chacun peut entrer dans ces salles ; on exige seulement que nul ne s’approche de Tautel.
Les pratiques de dévotion des guélongs consistent principalement à répéter, étant assis, de longues prières accompagné d’inclinations de corps et de prosternations. Ces prêtres seuls prennent part au service divin ; le reste du peuple n’est pas tenu d’entrer dans les chapelles.
On voit le long des routes des espèces de petits oratoires, généralement de forme carrée et où se trouve la représentation d’une divinité. On distingue l'idole à travers un grillage. Les guélongg reçoivent parmi eux de jeunes garçons destinés â devenir prêtres par la suite. Il est nécessaire de prendre ces novices dans un âge assez tendre pour qu'ils s'accoutument à supporter l’existence triste et monotone qui leur est réservée dans l’avenir. Plusieurs guélongs sont employés comme tailleurs, bro-
deurs ou peintres dans les palais royaux. D'autres, en petit nombre, servent de secrétaires au souverain, ou remplissent auprès de sa personne quelques emplois de confiance. Mais la plus grande partie d’entre eux passent leur vie dans une oisiveté complète.
Le sommeil ue les soulage que fort peu. Ils passent la nuit assis, les jamnes croisées, les pieds placés sur la partie supérieure de la cuisse du côté opposé. Le corps droit , les bras appliqués contre les flancs et les mains, avec la paume en dehors, placées également sur les cuisses. Le dos est appuyé' contre le mur ; mais les membres se trouvent dans une position tellement ^ênée, que sans une longue habitude il est impossible de la supporter pendant longtemps. Un ^uélong est régulièrement occupé à faire la ronde, une lumière et un fouet à la main, pour voir si chacun est dans la posture convenable, et pour châtier quiconque ne s'y trouverait pas. Quand un membre du clergé montre des penchants sensuels, on le chasse; et si on parvient à le convaincre d’avoir eu commerce avec une femme il est puni de mort.
On voit quelques guélongs qui mènent une vie austère dans des ermitages situés au milieu des rochers et des bois. Il exista aussi dans plusieurs cantons des sociétés de femmes pieuses, qui vivent sous la conduite d’une supérieure.
On leur fournit des vivres et les denrées de première nécessité. Elles doivent observer une continence parfaite; tout homme que l’on rencontrerait dans leur demeure aprte le coucher du soleil serait soumis à une punition exemplaire.
La croyance à la métempsycose n’existe guère au Boutan que relativement au dharma-radja.
Quoiqu’ils fassent souvent parade de leur courage, les Boutaniens ne sont
fias toujours braves. On rapporte dans a relation de l’ambassade au capitaine Pemberton qu’un corps de 700 Boutaniens fut mis en déroute par moins de 80 soldats assamois. « Dans l’instant même où il affecte le plus d'audace, dit Turner , un Boutanien n’oublie pas de songer à sa sdreté et de se tenir en garde contre les coups qu’il pourrait reoe-
BOUTAN
Toir. II fait des sauts et des pirouettes, brandit son sabre , agite son bouclier, et par des cris sauvages défie ses ennemis d'oser l'attaquer. Mais si on le couche en joue, il se jette par terre et se cache derrière le premier objet qui se présente. Les Boutaniens, ajoute le même auteur , sont des hommes forts et robustes, qui ne manquent pas de courage personnel. Leur mauvaise manière d’attaquer et de se défendre en corps d'armée doit être imputée au défaut de discipline, àce qu’ils ne combattent ni en ligne ni par peloton, et au peu de confiance qu'ils ont dans le courage les uns des autres. On peut aussi l’attribuer en partie à l’inexpérience, car l'armée nombreuse que nous vîmes combattre n’était composée que d'artisans et de laboureurs arrachés tout à coup à leurs paisibles occupations pour être conduits sur le champ de bataille. *
Lorsqu’ils font la guerre, les Boutanirns ne s’inquiètent pas des règles de la discipline et de la tactique. Ils songent moins à attaquer ouvertement qu’à emplojrer des stratagèmes. Ils cherdient l’occasion de faire feu sans être vus , et ils apportent un soin tel à se couvrir, qu’on n’aperçoit guère que la crête de leur casque; aussi ne perdent-ils que fort peu de monde dans leurs combats.
L’équipement d’un Boutanien complètement armé est très-embarrassant. Il porte plusieurs larges vêtements piqués et ouatés afin d’amortir les coups. Son casque, qui a la forme d’un cône, est fait avec des roseau.x tressés ou des cordes de coton et garni en dehors et en dedans d’une étoffe matelassée. Oechaue côté se trouve un prolongement estiné à garantir les oreilles et sur le devant est un couvre-nez. Ce casque , ainsi que les vêtements piqués dont ils font usage , ne sont point à l'épreuve du sabre ni de la flèche ; mais ils en affaiblissent considérablement l’effet. Le soldat boutanien porte à son bras gauche un grand bouclier convexe fait de roseaux tressés et peints; un sabre fort long pend à sa ceinture ; il est en outre armé d’un arc, qu’il tient dans la main droite, et d’un carquois, attaché sur l’épaule gauche. L’arc est de bambou, long de six pieds ; la corde est de chanvre. On a remarqué que le bambou dont les
Boutaniens se servent pour leurs arcs est d’une espèce particulière à leurs montanes. Il est à la fois très-solide et trèslastique. On le fend pour faire les arcs, et l’on n’emploie qu’une seule moitié de bambou. La partie extérieuredu bois forme le dehors de l’arc. Lorsqu’ils veulent décocher une flèche, les Boutaniens tirent à eux la corde avec le pouce, toujours garni d’un anneau ou d'un morceau de cuir fort épais.
Les flèches sont faites d’une autre espèce de bambou, plus petit que le premier et qui croit aussi dans les montanes du Boutan. On les garnit d’un bout e fer aplati et très-pointu. Il v a de chaque côté une petite rainure, destinée à retenir le poison dans lequel on les trempe quelquefois. Ce poison est un suc végétal épais, noir et gommeux. U ressemble par la couleur et la consistance a de l’opium cru.
• La petite maison dans laquelle nous étions logés, dit Turner, pouvait s’appeler un pavillon. Elle était située sur une éminence et à l’extrémité d’une longue pelouse où les Boutaniens ont coutume de s’assembler l’après-midi pour s'exercer à tirer de l’arc. Il y a deux blancs placés à deux cents pas de distance Tun de l’autre. Chaque archer est muni d’une flèche qu’il tire tantôt à un blanc tantôt à l’autre, il existe entre eux une grande émulation, et l’adresse reçoit toujours sa récompense, car j’ai remarqué que toutes les fois que le plus faible ou le plus jeune des concurrents approchait le plus près du but on applaudissait à ses succès. Il est impossible de voir cet exercice sans admiration. Les Boutaniens sont, comme
I'e l’ai dit , presque tous robustes et lien proportionnés. Ils portent un costume très- pittoresque, et lorsqu’ils tirent de l’arc leur corps se déploie avec une grôce vraiment martiale. L’art de l’escrime ne saurait donner à un homme des poses plus avantageuses. »
Quelques Boutaniens font usage de fusils à mèche, auquel est attaché un petit bâton fourchu sur lequel on les appuie quand on veut tirer. Ces armes, presque toutes de fabrique chinoise, sont détestables ; on ne peut guère s’en servir que par le beau temps. Dès qu’il fait bumiae, l’amorce, qui se trouve
L’UNIVERS
dans un bassinet découvert, ne prend pas, et la mèche s’éteint.
Les Boutaniens regardent les femmes comme des êtres d'une espèce inférieure et les traitent en esclaves. Les hommes sont extrêmement fainéants, et passent leur vie à boire du tchong et h aormir. Ce sont les femmes ou les esclaves assamois qui font tout le travail. Les deux sexes sont d'une malpropreté repoussante , ne se lavent point, et ne changeât presque jamais de vêtements.
« Je ne crois pas, dit un voyafjeur, qu'il existe un pays au monde ou les femmes soient plus maltraitées qu'au Boutan. Là on semble ne les souffrir que pour l'indispensable nécessité de la
f>ropagatiun de la ràce humaine et pour es soumettre aux plus rudes travaux.
Depuis l'enfant qui a tout juste la force neee.s.saire pour se tenir debout, jusqu'à la femme que l'dge commence à faire chanceler, on les voit toutes porter des fardeaux. >
.. « Non loin de notre logement, dit Samuel Turner , il y avait une douzaine de femmes qui battaient du blé. Leur force et leur adresse attirèrent notre attention. Elles étaient placées trois par troi-s les unes vis-à-vis des autres. Leurs fléaux étaient triples, c’est-à-dire u’ils étaient composés de trois b,àtons, ont deux frappaient le blé et I autre servait de manche. Ces femmes les maniaient avec tant d’adresse que , bien qu'elles ne laissassent pas un seul épi sans être battu , leurs fléaux ne se rencontraient jamais. •
L'etat d’abandon dans lequel languissent ces femmes et les travaux exces-
sifs qu’elles supportent sont cause sans doute du peu de soin qu’elles prennent de leur personne et de l'infériorité physique qu’on remarque en elles, si on les compare avec les hommes.
Les Boutaniens appartenant aux classes élevées ont des manières polies et une conversation assez spirituelle. Ils paraissent intelligents; mais ils manquent d'instruction , quoiqu'ils possèdent un nombre assez considérable de livres imprimés, presque tous relatifs à des matières théologiqups.
Les Boutaniens ne manquent pas d’une certaine habileté en chirugie, et sont assez bons architectes. On trouve dans le dessin de quelques-uns de leurs châteaux un talent remarquable. Avec un peu plus d'attention à la symétrie dans la disposition des portes et des fenêtres , ces édilices seraient parfaits dans leur genre. La hauteur du toit se trouve dans une juste proportion avec l’épaisseur et la pente des murs. Les pièces sont élevées et d’une bonne dimension. Le changement le plus utile qu’on pourrait faire dans leurs mai-, sons serait la substitution des escaliers aux échelles.
« Notre maison, dit Turner, était petite, bâtie en sapin et très-propre. Le toit, le plancher, les cloisons, les lambris, tout était du même bois. Je n’ai jamais remarqué que les Boutaniens employassent ni fer ni aucun autre raétal ’dans la coiistniction des maisons.
Ils sont bons menuisiers. Leurs cloisons sont enchâs,sées dans des rainures et les portes tournent sur des pivots. »
NEPAL
Le Népal se compose d’une réunion dectiainrsdenionta|;nesquj courent dans divers sens, et sont. séparées par des vallées profondes et très-étroites. Le Népal propre, qui est la plus grande de ces vallées, n a guère que quatre lieues du nord nu s\id, et trois de l'est à l’ouest. Quoique relativement peu élevées, si l’on considéré les montagnes qui les dominent, ces vallées sont beaucoup plus hautes que les plaines de l'Indoustan.
Suivant Haniilton , leur niveau est six cent soixante-sept toises au-dessus de celui de Bénarès. Quoique la partie la plus septentrionale du Népal suit située par ^7° 30' de latitude, cependant le climat se rapproche beaucoup de celui de l’Europe méridionale, et le pays bien arrosé est très-fertile lorsqu’on le cultive convenablement La terre est émaillée de fleurs charmantes, et l’on trouve dans le pays de très-belles forêts ; mais les variations extrêmes de la température et la grande humidité empêchent plusieurs fruits d’y mdrir. On a observé que les oranges et les ananas y sont exquis. Les pluies causent de grandes inondations. Suivant une croyance généralement répandue dans l'Indoustan, le Népal est très-riche en nr. Les faits sont cependant loin de jnstilier cette opinion. On ne trouve dans le Népal que des grains d’or épars dans le lit des rivières; mais le cuivre, le ter et le plomb se trouvent dans le pays en grande quantité. Le fer surtout passe pour être d'une qualité excellente. Le Népal renferme aussi des mines de soufre; mais on ne peut les exploiter, à cause de la grande quantité d’arsenic qu’elles contiennent.
Limites. Le Népal est borné au nord par le Tibet, à l'est par la principauté de Sikkim, au sud et à l’ouest par le territoire de l’empire anglo-indien.
Rivières. La Gogra et le Kali, son affluent; le Gandak (Gundiik des géopaphes anglais), et le Roussy, qui se )cUenl tous dans le Gange.
DiVISIOXS ADMINISTEATIVES ET VII.I.ES l•nl!vclPALKs. Le Népal forme neuf districts, très-inégaux en etemiue, savoir :
DISTRICTS. ÏIU.ES LF.S PI.IS Un-OBTAUTTS.
nVprit prnpre- KalmamJoii. I-Tlil,i-Pal.in. B.ilhme/it dit. gong. Nuakolr, TamlH-klmnii.
Pnt/sdesvini/l- (;orkha, Argha, Makliun.
auutn füd~
Jus.
CUiWi, Chlnachin^ Ciurdon, (feux rtidjas. Taclagur.
Mahwaupour, M.ikuanpour, fortoirfscimpur- (anlt*
Pays des ATi- Ce dislrlcU parlaac enlre un ruts. àsser. urand iioniFire de petits
chefs, ne r»i»f»rrae aucune vide considérable.
Khatang, Hldanc * Rawah.
Tehayenpour. Tchayenpour, place forte.
Saptal. Narngnri, Djimakpour.
Moranq. Vidjavapour, Sorabagh.TchaN
tra.
Le Népal proprement dit est habité principaleincDt par les N'évars, qui se livrent surtout a ragriculture et au commerce. On a remarqué que leur architecture offre les mêmes caractères que celle des Tibétains, [.es Névars sont bouddhistes; mais ils admettent la distinction des castes. TTn très-petit nombre d’entre eux sont brahmanistes. Les Névars brillent leurs morts, mangent dit buffle, de la cbèvre,du mouton , de la volaille, et boivent avec excès des liqueurs spiritueuses ; ils habitent des villes et des villages. Leurs maisons sont de briques cimentees avec de l’argile et Couvertes de tuiles. Elles se composent pour l’ordinaire d’un rez-de-cbaussee et de deux étages. Le rez-de-cliaiis.sée est pour le bétail et la volaille, et on y place aqssi les cuisines; le premier pour les domestiques, et le second pour les maîtres. 1, 'intérieur est sale et toujours plein d’insectes et de vermine.
< Dans les villes, dit Francis Hnmil-
ton (I ), ies maisons ont en général trois étages , et quelquefois quatre. Il n'y a pas de fenêtres au rez-de-chaussée , et la fumée des cuisines s’échappe par la porte. Cette circonstance donne à l’extérieur des habitations un aspect de saleté et une couleur de suie fort désagréables à l’œil. Les fenêtres du premier étage sont petites et presque carrées. Toutes sont garnies d’un treillis de bois sculpté avec goût, et qui donne passage à l'air et à la lumière, en même temps qu'il empêche les gens du dehors de voir ce qui se passe dans l'intérieur. Ces treillis ne peuvent ni se fermer ni s’ouvrir. A l'étage supérieur les fenêtres sont fort grandes, et oecupent presque toute la longueur de chaque pièce. On y pratique en général un balron fermé par un treillis également de bois sculpté. Le toit du balcon est en pente. A l'intétérieur se trouve un banc peu élevé, sur lequel on peut s'asseoir lorsou’on veut regarder ce qui se passe dans la rue. Les chambres sont toujours étroites, disposition qui tient à la difficulté d'amener des montagnes de gros bois de construction. On n'emploie guère que des solives de sapin d’environ six pouces carrés. Toutes ces solives dépassent les murs, en sorte que le premier passant peut compter le nombre qu’il en entre dans chaque bâtiment. Les maisons les plus grandes sont carrées, avec une cour découverte au milieu.
« Dans les villages les maisons sont bâties de briques crues ; elles ont pour l’ordinaire le même nombre d'étages que dans les villes , mais on ne voit pas de balcon à l’étage supérieur. »
Les débris des boucheries et le sang des victimes qui jonchent le sol des rues rendent le séjour des villes aussi malsain que désagréable.
Les femmes névars ne sont jamais enfermées. Quand une fille a atteint l'âge nubile, les parents « après avoir obtenu son consentement, lui choisissent un mari de la même caste qu’elle. La femme apporte en se mariant une dot qui devient la propriété de l’époux.
« Les femmes des Névars, dit Francis Hamilton (2), ne sont pas enfermées.
(I) Voyez Jn ,4ceoHnt of Ou hmgdom <if Népal, pag. 30.
(*) Ibtd., pag. 40.
A l'âge de huit ans on les conduit dans un temple, et là on les marie, avec les cérémonies usitées chez les Indous , à une sorte de fruit appelé dans le pays bel{\). Quant une jeune fille a atteint l'âge de puberté , ses parents la fiancent avec son consentement à un homme de la même caste ou’elle. La dot qu’ils lui donnentdevient la propriétédu mari.
On célèbre ensuite la noee par un grand repas, accompagné de plusieurs cérémonies religieuses. Dans les hautes castes on exige que les jeunes filles observent la chasteté Jusqu au moment des çailles ; mais dans les classes moins élevées on se montre fort indifférent sur ce point. Une femme peut quitter son mari quand bon lui semble , et si elle s'attache à un autre homme, pourvu que celui-ci ne soit point d’une caste inférieure â la sienne; elle est toujours libre de retourner chez son mari et de se remettre à la tête de la maison. La seule formalité qu’ellealt à remplir lorsqu'elle quitte son ménage, c'est d'annoncer son départ en plaçant deux noix de bétel sur son lit.
« Un homme ne peut pas prendre une seconde épouse tant qu’il plaît à la première de rester chez lui, à moins qu'elle n’ait dépassé l'âge d'avoir des enfants. Mais si sa femme le quitte, ou si elle est trop âgée pour devenir mère, alors il est libre de prendre une seconde épouse. Quant aux concubines, il peut en avoir un nombre illimité. Il est défendu aux veuves de se remarier ; mais rien ne les oblige à se brûler avec le corps de leur époux, et il leur est permis de devenir concubines de tout homme qui leur convient. Les enfants de la femme qui a été fiancée héritent de préférence à ceux des concubines ; mpis ceux-ci ont cependant droit à une certaine partie des niensde leur père. Nul homme ne peut prendre sa fiancée en dehors de sa propre caste, mais il peut choisir ses concubines dans toutes les castes dont il lui est permis de boire l'eau. >
Les brahmanistes enferment leurs femmes, et les obligent à se brûler vivM avec le corps de leur époux. Le lieu où s’accomplit cette cérémonie barbare est singulièrement triste et sauvage.
(I) Ce fmlt est VÆgte marvulot, Roxb., comme noos l’apprend l'aoteor.
3/ Vjoogle
Népal. mi
Plasieun Népalaises ont le teint colo* K. Mais la plupart sont d’une couleur enirrée. Les voyageurs assurent qu'on en voit quelques-unes douées de fibres agréables. Les femmes tissent des toiles de coton grossières, qui servent pour les vêtements de la classe moyenne et de la classe inférieure. On fait aussi dans le pays des couvertures de laine.
Les Névars fondent des cloches , fabriquent des vaisseaux de cuivre et de laiton, ainsi que des vases et des lampes de fer. Ils expédient dans le Tibet une partie de ces objets. Ils font avec l’écorce d'un arbrisseau qui croit dans le pays un papier très-fort et bon pour emballer. On a remarqué qu’ils sont bons charpentiers , quoiqu’ils n’aient pas d’autres outils que le ciseau et le maillet, et qu'ils ne connaissent pas l’usage de la scie.
Us font des sabres et des couteaux de bonne qualité. Je doute, dit Kirk-Patrick , que ce peuple ait jamais été guerrier. Il s’occupe principalement de l'agriculture et des arts mécaniques.
On trouve dans le Népal une terre excellente pour faire dos briques et des tuiles, et les ouvriers qui se livrent à ce métier sont très-adroits. Indépendamment des briques et des tuiles ordinaires, qui ressemblent tout à faitaux nétres, ils font des briques sculptées d’une grande élégance, et qui servent i orner la façade des maisons des gens riches.
Les maçons excellent aussi dans leur art ; et si les bâtiments n’ont pas toujours la solidité désirable, ce défaut tient uniquement à la qualité des matériaux qu’ils emploient, et surtout au manque de chaux. « Dans le Népal, dit Francis Hamilton (1), la chaux est tellement rare que les habitants se servent uniquement d’argile pour faire le mortier. Il existe cepenoant sur une mouline appelée Nag-Ardjovn une carrière d’ou l’on extrait de la chaux pour blanchir les maisons et pour mâcher avec le bétel. »
Les hommessontd’une taille moyenne, nerveux et robustes; ils ont les épaules et la poitrine larges , le visage allongé et légèrement aplati , les yeux petits et le née peu proéminent. Leur physionomie
(U An Account of tht kingdom <tf Kcpal, p. 81.
est ouverte et gaie. Les Névars sont des hommes paisibles et industrieux.
Les manométansdeviennent plus nombreux dans ce pays. On r voit aussi quelques Indous , les uns de race pure , les autres de race mélangée et issus de mariage avec les indigène.
Katmandou , viUe principale du Népal et résidence du radja , est situé sur la rive gauche du Bichenmoutty.
Elle, est longue d’à peu près un mille et fort peu large. Cette ville tire son nom de la grande quantité de pagodes de bois qn^elle renterme. On volt é^lement dans ses environs une grande quantité de ces temples, et principalement sur les bords d’un grand étang appelé Jiani Pokra. On y voit aussi plusieurs temples de briques, avec trois ou quatre toits comme ceux du Tibet et terminés en pointe. Les étages supérieurs sont dores, ce qui produit un effet pittoresque et agréable. Près du palais du rad|a est le temple de Toulasi-Bhavani, qui, avec Gorak-Hanath, sont les divinités tutélaires de la famille régnante.
On ne voit pas d’idoles dans le temple où la divirau est représentée par une ligure symbolique. On n’admet dans ce sanctuaire que le radja, la reine son épouse , leur guide spirituel et le prêtre officiant. Les maisons sont de briques et garnies de tuiles avec des toits en pente vers la rue. On en voit qui ont trois ou quatre étages. Toutes sont de chétive apparence. Le palais du radia est grand ; mais il n’a du reste rien ae remarquable. Les rues de la ville sont étroites et sales. Le nombre des maisons est d’à peu près cinq mille , et la population de 20,000 âmes.
Il existe un singulier usage chez les Névars de Katmandou. Vers la lin de mai et au commencement de juin , pendant quinze jours, les jeunes gens qui habitent le nord de la ville et ceux du quartier opposé combattent les uns contre les autres. Pendant les quatorze premiers jours , les jeunes garçons seuls prennent part au combat ; mais le soir du quinzième la lutte devient beaucoup plus sérieuse, et les hommes eux-mêmes viennent s’y mêler. Les pierres sont les seules armes admises. Une heure avant le coucher du soleil, la grande bataille commence, et elle se prolonge jusqu'à
L’UMVEUS.
ce que l’obscurité oblige d'y mettre fin. L'année où M. Francis llamilton assista à cette lutte, quatre hommes furent grièvement blessés. Il y a en général un ou deux morts. Autrefois , si un des partis faisait quelques prisonniers, ou entraînait ceux-ci derrière le lieu du coiubat, et on les a'-sominail avec des os de biifile. Aujourd'hui rien de semblable n’a lieu ; on porte seulement des os de biiffie sur le champ de bataille, maison n'en fait plus aucun usage. Ou retient seulement les prisonniers; les vainqueurs les emmeneiit en triomphe, et les gardent jusqu'au lendemain matin.
Ou les reinet ensuite en liberté.
Dans le pays on attribue à deux causes l'origine de cette lutte. Les uns disent que la vide de Katmandou était autrelois soumise à deux princes, dont les adhérents en ven,ajent souvent aux mains, et que l’usage de combattre les uns contre les autres s'est perpétue depuis lors parmi les habitants. D'autres, avec plus de raison, .soutiennent que cette lutte acte instituée en commémoration d'un combat entre un fils de Maliadeva et un Uakchasa ou mauvais génie. Cette derniere opinion semble plus probable au voyageur anglais. 11 observe que l'on est convaincu à Katmandou que la victoire d'un parti doit entraîner les plus grands malheurs , tandis que le trioinpiie de l'autre assure une belle récolte et un temps f.ivorable
fioiir le reste de l’amiée. D'ailleurs la laine n'entre pour rien dans cette lutte, et les malheurs qui en sont la suite n’amènent jamais ni vengeances ni repré-adles.
Lalita-Patan , à un mille et demi environ au sud de Katmandou. Celte ville, où l'on compte aujourd'hui 24,000 âmes, est plus propre et plus belle que la capitale.
Piès de Katmandou se trouve SionbouHalh , temple situé sur le sommet d’uiie colline, isolée. On y arrive par un escalier taillé dans le roc et dont les côtés sont liordes de Iwaux arbres. Au pied de l'e.scalier est une statue colossale de Bouddha. Le temple est un édifice très-ancien. Le premier objet qui frappe les regards lorsqu’on arrive sur le suminel de la colline est une construction cylindrique de nia(;onoerie, ayant
uatre pieds de haut et trois pieds de iamètre. Ce piédestal est surmonté d'une feuille de cuivre circulaire, couverte de figures et de caractères, et qui soutient la foudre d'iiidra, assez semblable à un double sceptre. Le temple est situé au milieu d'une terrasse, et se distingue par des obélisques couverts de plaques de cuivre très-bien durées. Kirk-Patrick monta à l'entrée du sanctuaire par une échelle fort roide. L’intérieur du temple ne forme qu'une salle. Au moment de la visite du voyageur anglais elle était tellement remplie de funu-e et encombrée de vases etd'autres ustensiles semblables, qu'on l'aurait prise plutôt pour une cuisine que pour un temple. Un prêtre , assis entredeux vases pleinsdeÿuî ou beurre liquide, était fort occupé à garnir un nombre considérable de lampes. Le teinpie est principalement célèbre pour son feu perpétuel. On assure que la lumière des deux plus grandes latiipes se conserve depuis un temps immémorial.
La vallée au Népal contient, dit-on , presque autant de temples que de maisons et autant d'idoles que d'habitants.
Les offrandes que l'on fait dans les grands temples consistent en bufOea, dont les |irétres mangent la chair sans scrupule, parce que, disent-ils, une révélation particulière leur a enseigné qu’il était pi'rmis aux Névars de se nourrir de la viande de cet animal.
Il y a au Népal, comme nous l’apprend Francis Hamilton, deux sortes üe ti'uiph-s. Les un.s, bâtis de briques et destines uiiiqueiiient aux bouddhistes, ressemblent aux temples du même culte que l'on voitàAva. Les seconds, adoptés parlcsbouddliistes aussi bien que parles sectateurs des Védas, ont beaucoup d'analogie avec les temples des Cliiiiois. Ces temples sont de.stine.s à des idoles; leur forme est carrée; ils ont de deux à cinq étages, qui rentrent jusqu'au sommet, ti rminé en pointe. Le toit de ebaqiie etage est en pente, et dans les lieaux temples il est de cuivre doré. L'etage inférieur est entouré d’une colonnade de bois d'un travail grossier. A chaque coin du toit, et quelquefois tout autour, sont sus[iendiies de petites cloehes avec des battants trés-légcrs, qui dépassent de hcaitroup les cloches et sc terminent en forme de coeur ; de sorte que le moia-