‹ Tartarie, Beloutchistan, Boutan et NepalChapitre 51 sur 53 · Les ttasairs · texte numérisé non relu

Les ttasairs

Toutes les tribus dont nous avons parlé iusqu’ici sontétablies à demeure sur des territoires qui leur appartiennent : il en est autrement des Nassirs, ceux-là vivent sur les terres des autres.

Au printemps on les voit établis par campements de ouatre ou cinq tentes sur le territoire des Ghiidjis, au nord des monts Soliman ; vers la fin de l’été ils se rassemblent par camps de deux ou trois cents tentes , et se mettent en marche par de courtes étapes, en quête de pâturages pour leurs troupeaux; puis quand l’automne tire à sa nn , ils tiennent conseil , lèvent leurs lentes, et se dirigent sur les chaudes plaines du Damân.

La tribu traverse alors le pays ennemi des Viziris en deux divisions; le khan et les moushirs décident l’ordre de la marche. Le rendez-vous général est à Kanzour sur le Gomal.

Dans le commencementde cette longue migration ils traversent d’affreux dé-

serts où ils ne rencontrent personne; mais à Kanzour, où ils .se réunissent pour résister à l'ennemi, il ne se trouve jamais moins de trénte mille personnes, avec leurs innombrables troupeaux de moutons et de chameaux.

On conçoit le désordre qui doit réner dans une pareille assemblée, endant lejourdes partis se détachent pour aller au fourrage et au bois ; à la nuit, les valléesordinairementsi désertes retentissent des voix confuses de la multitude, des bêlements des moutons, des cris rauques des chameaux, des chants des Nassirs.

Lorsque tout le monde est réuni , on nomme des Chelouashtis, et on prend definitivement la route du Damân.

De leur côté les Viziris, qui n’ont jamais voulu reconnaître ce droit de passage, se préparent à I attaque. Les guerriers s’assemblent, les vigies postées sur les sommets des montagnes épient le silence de la solitude, jusqu’à ce (ju’enfin elles entendent les rumeurs de la foule qui s’approche et débouche par les vallees sur les bords du Gomal. Aussitôt la nouvelle se répand dans le pays; les Viziris placés en 1 mbuscade dans tous les déQlés des montagnes enlèvent les traînards, ou même attaquent ouvertement cette foule désordonnée, suivant le plus ou le moins de vigilance qu’ils remarquent chez leurs ennemis. Pendant ce temps de dangers, qui dure huit ou dix jours, les Nassirs se tiennent perpétuellement sur le qui-vive, toutes les querelles intestines sont oubliées , les Chelouashtis sont obéis sans conteste, règlent l’ordre de la marche, et organisent la défense; des détachements d'hommes choisis éclairent la marche, protègent les flancs, couvrent l’arrière-garde, tandis que les autres conduisent les troupeaux et se tiennent prêts à repousser l’ennemi :

et ils ont raison d'être vigilants, car les Viziris ne font jamais quartier, et tuent impitoyablement tous ceux qui tombent entre leurs mains. EnGn ils arrivent à ia passe de Zir Kamy , débouchent dans les plaines et se répan-

AFGHAKISÏAN.

dent dans tout le Damân , depuis la frontière du Sind jusqu'aux montagnes des Marvdts. Leurs campements ont toujours la forme d’un cercle, au milieu duquel ils enferment leurs troupeaux pendant la nuit.

Puis quand la neige commence à fondre sur Trône de Salomon, sur le Takti-Souléiman , chaque campement envoie un homme à la tente du khan de la tribu, pour connaître le jour du départ général ; et à l'heure üxée tout le mçnde se remet en mouvement pour repasser les montagnes et rentrer dans le pays des Ghiidjis.

Bien que les Nassirs parlent le poushtou, ou dialecte de l'Afghanistan, on les regarde comme appartenant à une race distincte des Afghans ; quelques auteurs prétendent que c'est une tribu Beloutchie.

^ g 3. Des babiUnts des villes.

T-a population des villes de l'Afghanistan se composedes descendants des races vaincues, d'émigrés des autres pays, d'esclaves, et de marchands, qui sont tous des étrangers. L'importance politique desvilles est donc à peu près nulle: d'ailleurs il n'y a véritan'ement que trois villes dans l'Afghanistan ; Candahar, Gbazna et Caboul.

La ville de Candahar, située dans le pays des Dourônis, est grande et populeuse. M. Kennedy, médecin de l'armée de Bombay qui à fai t la campagne de 1839, estime la population de Candahar au chiffre de 80ou même de 100,000 habitants Quelques auteurs prétendent qu'elle fut fondée

fiar Lobrasp,roi persan de l’antiquité a plus recuW; mais ilest plus probable au’elle fut élevée par .Secander Zoulkarnym, c'est-à-dire Alexandre le Grand, dont elle porte encore le nom. L'ancienne ville exista jusqu'à l'établissement de In monarchie ghildjie, mais alors Shah Hussein la renversa pour établir à sa place llusseinabad.

Nadir Shah la ruina à son tour pour bôtir Nadirabad , et c'est Ahmed IShah qui en 1753 traça le plan de la ville actuelle, si remarqualde par sa régularité, surtout en Asie. Il donna à sa

nouvelle ville le titre de Ashref-el- Belâd, la plus noble des villes; c’est encore ainsi qu’elle est désignée dans les documents officiels, mais le peuple lui a conservé le vieux nom de Candahar, comme il a oublié aussi l'ancienne épithète de Dâr-el-Karrar, asile du repos , que d'ailleurs les circonstances ont bien peu justifié.

La forme de Candahar est celle d’un

rectangle bâti, comme nous l'avons dit, tres-régulièrement. Quatre larges et longs bazars viennent se réunir au milieu de la ville sur une place circulaire d'environ quarante ou cinquante pas de diamètre, couverte d'un grand dôme sous lequel débouchent les quatre rues principales. Cette place s'appelle le Chârsou ; elle est entourée de

boutiques, c’est le principal marché public. C’est là où se font les proclamations, où les cadavres des criminels

sont exposés aux yeux du peuple.

La plus grande partie des bazars contigus sont également convei'ts, comme

c'est l'usage à peu près universel de l'Asie.

Les quatre bazars ont à peu près chacun cinquante pas de large; ils sont bordésde bouiiquesde même grandeur et de même coustruction , audevant desquelles court un balcon uniforme sur toute la longueur de la rue. Ces boutiques n'ont qu’un étage.

A l'extrémité de chaque bazar sont des portes qui conduisent dans la campagne, excepté à celui du nord, qui conduit à la porte du palais du roi.

A l’extérieur ce palais a peu d'apparence, mais il contient plusieurs cours, beaucoup de bâtiments et un grand jardin réservé. Tous les bazars, excepté eeluiqui conduit au palais, étaient jadis plantes d'arbres, et nu milieu de chacun d'eux courait un canal d'eau

pure; mais les arbres et les canaux ont disparu. Il est juste de dire cependant que la ville est parfaitement arrosée par deux canaux dérivés de rUrghendâb, que l'on passe dans plusieurs rues sur de petits ponts. A ces canaux principaux on a fait des coupures qui amènent des ruisseaux dans presque toutes les rues de la ville ,

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L'UNIVERS

quelquefois a cid ouvert et quelque* fois sous terre. Toutes les rues prennent leur ouverture sur les quatre l>azars. Bien qu'étroites, elles sont régu- ^lières, et seooupent presque toujours a angle droit.

lai ville est divisée en un oertain nombre de mohallas ou quartiers , appartenant chacun à l'une des tribus ou des nations dont se compose la population de la ville. Presque tous les grands Dourânis ont des maisons k t^ndaliar, et quelques-unes sont grandes et belles.

Il y a à Candahar un grand nombre de caravansérais et de mosquées ; mais de celles-ci une seule mérite d’attirer l’attention : c'est celle qui est voisine du palais. Le tomlieau d’ Ahmed Shah est aussi prés du palais : ee n’est pas un grand monument , mais il a une belle coupole couverte de dessins et d'arabesques élégantes. Cest la ville où proportionnellement les Afghans , surtout les Dourânis, sont en plus grand nombre; mais cependant raspect général est plutôt persan qu’autrement. I>a grande masse des habitants se compose de TAdjiks, d'Indoiis , de Persans , de SeistAnis , de Beloutchis, d'Usbeks, d’Arabes, d’ Arméniens, de Juifs.

Ghazna, jadis la capitale d’un empire qui s'étendait depuis le Tigre jusqu’au Gange, etdepuis l’Oxus jusqu’au goifé Permque, q'mt plus aujourd'hui composé que de^inze cents maisons, sans compter las ftiubourgs en dehors des murs. La ville elle-même est bâtie sur une hauteur au pied de laquelle coule un ruisseau assez abondant, ^tle est entourée de murs en pierre, et contient trois bazars peu larges , avec do hautes maisons de chaque côté, et quelques rues obscures et étroites. On voit encore dans les environsquelques débris de l’ancienne splendeur de la ville, et entre autres deux grands minarets , dont le plus Mtit a au moins cent pieds de haut.

La tombe du grand sultan Mahmoud, le fondateur de la dynastie des Gliaznévides,est à trois milles de la ville.

C’est un spacieux bâtiment , mais sans

magniKcence et couvert seulement d’une coupole. Les porter, qui sont très-grandes , sont de bo» de saiidal, et ont été rapportées , dit-on , par le sultan comme un trophée de sa dernière expédition dans tlnde. La pierre tumulaire est de marbre blanc, sur leuel sont gravés quelques vers arabes uRoran, et est déposée la simple mais pesante masse d’armes que ce conquérant portait, dit-on, dans les batailles. On y voit aussi quelques sièges incrustés de nacre de perle, que la tradition dit avoir appartenus à Vlahnioud.

On trouve encore à Ghazna quelques ruines moins remarquables, parmi lesquelles nous citerons le tombeau de Behloli Dana, Beiiloli le Sage, et celui de Makim SanAi, poète encore estimé en Perse. Mais rien ne reste de la magnificence des anciens Ghaznévides, ni de leurs palais habités jadis par Firdoussi, rilomère de l'Asie, ni des mosquées, des bains, des caravansérais, qui embellissaient la capitale de l’Orient.

La ville de Caboul , bien qu'aujourd’hui la capitale , est peut-être la moins remarquable des villes de l'Afghanistan.Elle est entourée de trois côtés par un demi-cercle de collines peu élevées, sur le sommet desquelles se développe un mur peu épais. Du côté de l'est est uneouverUiredéfendus par un rempart :

c'est l'entrée principale de la ville. Le Bala hissar bâti sur une hauteur au nord de cette entrée est une espèce de citadelle qui renferme le palais du roi; aujourd’hui ce n’est guère plus qu'une rutne. Au centre de la ville est une place découverte , d'où partent quatre oazars élevés de deux étages , et couverts comme ceux de Candahar. La plupart des constructions de Caboul sont en bois , matière qui résiste mieux aux fréquents tremblements de terre qui désolent cette partie du pavs. La richesse et la disposition des bazars sont vantées par tous les voyageurs. La ville est partagée en deux parties par la rivière qui porte son nom , et est entourée surtout du côté du nord et da l’ouest par des jardins et des vergers. Le plus joli paysage des environs est

C; .;.Ic

AFGHANISTAN

à la tombe de l’empereur Biber, situde sur une colline qui domine la ville, et entourée de Heurs et d’arbres ma^nifiwes. La ville elle-même, les prairies et les vergers, entremêlés de nombreux villages et entourés de montagnes, donnent k ce point de vue un ospeot enchanteur. charmes du climat et du paysage de Caboul ont été célébrés par une fouie de poètes persans et iiioiens. La beauté et l’abondanee de ses fleurs sont proverbiales, et ses fruits jouissent d’une renommée sans rivale dans toute l’Asie.

Telles sontles villes de l’Afghanistan, habitées surtout, comme nous l'avons dit, pardes races vaincuesou étrangères au pap. Les seuls Afghans qui habitent les villes sont les grands personnages politiques, avec les gens de leur suite, les soldats, les mollahs, et enfin quelques pauvres, mais en très-petit nombre, qui louent leurs services comme journaliers. Il n’y a pas d’Afghan qui tienne boutique ou exerce un métier manuel. Les artisans ou les boutiquiers sont pour la plupart des Tâdiiks dans l’ouest, et des Hindkis dans l’est, population d’origine indienne.

La défense faite par le Koran de prêter de l'argent à intérêt a produit comme conséquence que tous les banquiers sont des Indous, que leurs habitudes de persévérance et d’économie rendent très-propres à ce genre d’aftaires. Ils prêtent de l’argent, font les opérations de change, escomptent les lettres de change , et gagnent quelquefois beaucoup d’argent a faire des avances au gouvernement sur les revenus à venir des provinces. Quelques-uns de ces banquiers sont trèsriches.

I.ie8 marchands sont en général des TDdJiks, des Persans ou d^ Afghans.

Quoique le eommerce ne soit pas méprisé dans le pays , on n’y voit pas de oes grandes fortunes qui sont assez fréquentes dans la Perse et surtout dans l’Inde. Les longue.s guerres ont ruiné le commerce. Les marchands ^ sont des gens simples, sans prétentions, et plus éclaires que les autres, grftce aux voyages qu’ils ont occasion

de faire pour leurs affaires. Us virent bien , mdis sans faste.

Le* autres habitants sont les boutiquiers et les artisans, partagés en trente-deux corporations, dont chacune à son Ketkhoda ou chef, chargé de toutes les affaires de sa corporation avec le gouvernement, ils ne pyent pas de axes régulières , mais iis sont exposés à des exactions beaucoup plus dangereuses pour eux que des impdtt réguliers. En temps de troubles surtout, ils deviennent victimes de l’avidité de tous les partis.

La plus grande oppression qui pèse sur les habitants des villes, c’est peutêtre la rigueur delà police, d'autant plus qu’elle est affermée, et que les fermiers ne se font aucun scrupule d’inventer de nouveaux moyens d'e.xtorquer l'argent de leurs administrés.

Sous les autres rapports la police est bonne; il sa commet peu de crimes, et on voit rarement des désord res dans les rues. Il se fait des rondes fréquentes pendant la nuit. Chaque quartier, comme dans la plupart des villes de l’Orient, a ses portes termées à une certaine heure, ce qui rend les vols presque impossibles.

Voici comme les heures se partagent dans l’Afghanistan. Le jour commence au5éAr,un peu avant l’aurore : c’est l'heure des premières prières. Ensuite vient V. lilràmad, ou lever du soleil ; puis le ChàsM, ou temps du déjeuner, à peu près â onze heures.

Nimrouz, ou midi, est la courte

fiériode qui sépare le chêsht de 'jlouali PesMn, ou moment auquel l’ombre commence à incliner vers l’ouest. Vient ensuite, vers quatre heures, l'instant où l’ombre d’un homme est aussi grande que lui ; on l’appelle Akhlri Pethln, après lequel vient V.4sr, k peu près à cinq heures. Shdm est la quatrième heure des prières, peu après le coucher du soleil.

Khouftàn est l’heure de la cinquième et dernière prière , à la tombée de la nuit. Tels sont les termes par lesouels on distingue le temps, au lieu d'employer le nombre des heures du jour, qu’on n'indique jamais dans le lan-

L’UNIVERS

ga<;e ordinaire. Ils savent cependant partager le jour en vingt-quatre neures, que Ton compte depuis six heuresdu matin jusqu'à six heures du soir, en recommençant à la nuit.

Les gens du commun se lèvent au sehr, et vont à la mosquée. Après la prière, ils se rendent à leurs boutiques, qui sont toujours distinctes de leurs liabitations. üans l’ouest, ils mangent un peu après la prière. A onze heures, ilsdéjeunentavecdu pain, des légumes et de la viande, quand ils peuvent s’en procurer. Pendant l'été, ils donnent une couple d’heures après déjeuner. Ceux qui ont des apprentis pour prendre soin de leurs boutiques vont déjeuner dans leurs l'amiiles.

Le principal repas s’appelle5/idm<, et se t'ait après les dernieres prières. Le peuple se baigne ordinairement deux fois par semaine, mais toujours au moins le vendredi. Uans l'est, on se baigne le plus souvent en plein air; mais, dans les montagnes, on va aux bains chauds ou Hammam. Ce sont les bains del'Orient si souvent décrits.

Le prix d’entrée ne s'élève pas à dix centimes; et, pour unbaincumpleten se faisant raser la tète, épiler lecorps, teindre la barbe, masser, etc., il n'en coûte pas plusdecentdinars, ou trentecinq centimes environ. Il y a des heures de la journée où les bains sont exclusivement réservés aux femmes.

La nourritureordinaire de la population se compose de pain levé, de riz, de viande , surtout de mouton , de légumes, quelquefois de fromage, et toujours de lait caillé. I.,es vivres sont à très-bon marché, surtout les fruits. A Cabdul, le raisin est cher quand on le vend plus d'un centime la livre; les pommes s'y vendent à une roupie (2 fr. &0) les* deux cents livres; les prunes , les abricots, les pèches, et notamment les melons, qui sont exellents, se vendent également à très-bas prix. I>e raisin se aonne quelquefois presque pour rien; et les qualités inférieures, qu'on exporte avec tant de peine et de soin dans l'Inde, sont souvent abandonnées au bétail. Il eu est de même des

légumes : pour la plus petite pièce de monnaie de cuivre, on peuten emportér la charge d’un homme. A Caboul, la glace ou plutôt la neige est abondante pendant toute l’année; à Candaliur elle est un peu plus chère, mais toujours à la portée des plus petites bourses. Un mets dont les habitants de Candahar paraissent très-friands pendant l'été, c’est le faladeh, espèce de gelée de farine bouillie, qui se mange avec de la glace et du jusde fruits; on y ajoute très-souvent de la crème. En hiver, la vie est plus chère, surtout à Caboul, où la saison force à prendre de chauds habits de laine ou des fourrures, et à entretenir des poêles dans les maisons; et telle est alors la rigueur du clim.it,

aue, dans la classe pauvre, beaucoup e gens émigrent , et vont attendre le printemps dans l’est.

Le peuple des villes, comme celui des tribus, a un grand nombre de jeux et d’ücÆasions de plaisir. Le vendredi, toutes les boutiques .sont fer nées, et chacun dans ses plus beaux habits, au sortir du bain, se réunit a quelqu'une des parties qui sont toujours faites, ce jour-lu, dans les montagnes ou les jardins du voisinage de la ville. On emorte des provisions, et, en payant une agatelle a la porte d'un jardin, on obtient la permission d'y manger autant de fruits qu'on veut. En général, on part le matin; on déjeuné au jardin, puis on va promener, manger des fruits , fumer , jouer au trictrac ou autres jeux , écouter les chansons ou la musique des artistes ambulants. Les gens de Caboul vont faire de ces parties jusque dans les vallées du Cohdilmen , à trente milles de la ville ; alors ils restent plusieurs jours hors de chez eux.

Quoique tiès-religieu\ et assez rigides dans leur conduite privée, ils .dînent beaucoup tous les plaisirs , les chants, les danses, les combats de coq et de cailles, etc.

Dans les villesde l’Afghanistan, chacun porte le costume et conserve les habitudes du pays où il est né; aussi les rues présentent-elles un curieux spectacle. Cependant, malgré les diversités de costumes, de langage et de reli-

AFGHANISTAN. U

gion que renferme une pareille société, tout le monde parait v vivre en bonne intelligence. Le seul fait qu’on puisse ci ter comme exception , c'est l'inimitié qui existe entre les Shiites et les Sunnites; encore cette inimitié est elle assez peu vive-pour qu on voie souvent des alliances entre des familles appartenant aux deux religions. Aussi, à tout prendre, la condition des habitants des villes de l'Alglianistan peutelle passer pour heureuse.

t 4. De quelques raen etrauRtrea, et de la populdUou eunquiae.

Aucuue partie de l’Afghanistan n'est habitée exclusivement parla race afghane : elle est toujours mélangée de ueluues races étrangères, et surtout es débris d'une population conquise qu'on appelle Tddjiks dans l'ouest et Uindkis dans l'est.

I.ia race des Tâdjiks mériterait d'attirer les investigations des savants. Elle n'est pas réunie en corps spécial comme la plupart des autres nations, ni conlinée dans un seul pays; mais elle est répandue, par fragments isolés, sur une grande partiede l'Asie. Elle est m^ lée aux Tartares Usbeks dans les pays où ceux-ci dominent. Les habitants Bxés s'appellent ndjiks en Perse, et sont tout à fait distincts de leurs conquérants tartares comme aussi des tribus nomades, qui semblent d'origine persane. On trouve des Tâdjiks dans le Turkestan chinois ; ils vivent indépendants dans les montagnes de Karateguiii, Badaksliân, etc. Excepté dans les pays défendus par la force de leur position naturelle, les Tâdjiks ne sont jamais constitués en sociétés indépendantes, mais sont mêles à une nation conquérante, dont ils ont, jusqu'à un certain point, adopté le costume et les moeurs.

I..e nom de Tâdjiks reçoit des applications ires-larges et tres-diverses.

Quelquefois il dé.signe, quelle que soit son origine, toute la population mélée aux Afghans; cependant il s'applique avecplusd'exactitndeaiix habitantsdes pays où l’on parle le turc et le pushtou, mais dont la langue primitive est le persan. Dans rAfghaiiistaii et le

ArUUASUTilf.

Turkestan, on se sert indifféremment des appellations de Tâdjik et de Parsiwân ou Persan.

On donne diverses étymologies do mot Tâdjik; la meilleure semble être cellequi le dérive de Tâsik Tâdjik, nom donné aux Arabes dans les livres Pehlvis.Cetteétymologies'accordeavec l’interprétation donnée dans la plupartdes dictionnaires persans, qui traduisent Tâdjik par descendant des Arabes né en Perse ou dans les pays voisins. Elle est aussi d’accord avec l’hypothèse historique la plus raisonnable qu’on puisse établir sur l’origine de cette singulière population. En effet, dans le premier siecle de l’hégyre, toute la Perse et le pays des Usbeks furent conquis par les Arabes , qui convertirent leurs habitants à rislamisme.

Dans l’Afghanistan , la victoire des Arabes ne fut pas si facile. Ils conquirent les plaines; mais pendant troissiècleslemabométismes’arréta au pied des montagnes sans pouvoir y pénétrer. Plus tard, les Afghansconvertis au m.ihométisme descendirent de leurs montagnes , s’emparèrent des plaines à leur tour, et en soumirent les habitants, descendants des conquérants arabes et de la population persane vaincue par eux.

Les Tâdjikssont en tout pars remarquables par leur goilt pour l’agriculture elles habitations fixes. Ilsconser- ' ent encore dans l’ouest de l’Afghanistan une certaine partie des terres dont ils furent jadis les seuls propriétaires , mais cependant l'immense majorité vit comme vassaux sur les terres de maîtres afghans.

Les Tâdjiks, nui habitent les terres des tribus afghanes, vivent comme Hamsayelis dans ces tribus, ou bien dans des villages sé|«rés. Nous avons dit ce que sont les Hamsayéhs. Dans les villages, l’autoritéest exercée parun Ketkodà elii par le peuple, et confirmée par le khan ou par le roi. Le principal office du K.ctkoda consiste à lever les impôts et à convoquer la milice. Il jnge aussi les débats de peu d'importance; mais les grandes affaires sont toujours soumises au

Digitsed Gc";lc

M L’injnys^.

gouverneur de la province, ou au cAdi le plut prochain. Les Tddjiks sont, en général, d'humeur pacilîque et docile. Ur.cupes, pour la plupart, des travaux de Pagnculture, ils exercent aussi les métiers, que les Afghans dédaignent. Geiieraieineut ils ont |>eu de goût pour leservi(<e militaire, quoiqu'un certain nombre d'entre eux se soient distingués par leur courage dans lesdernieres révolutions. Ils vi vent en paix arec les Afghans, qui les regardent coipme leurs inferieurs, il est vrai , mais ne les traitent jamais avec arrogance ou mépris, et même s’allient avec eux par des mariages.

^ Les Tildjiks payent une proportion d’impôts plus cousidérableque les Afghans; ils sontsurtoul nombreux aux environs des villes, et rares au milieu des tribus montagnardes.

Outre les Tôdjiks mêlés aux Af-

Jhans, il eu est encore qui funnent es sociétés presque indépendantes; ceux-ld sont retires dans les parties les plusdiflicilesdn pays. Les plus remarquables d'entre eux sont ceux qu'onap* ^lle CohisUiiis (montagnards), du nom du pays qu’ils habitent au nord de Caboul, le Cohistdn. Cette région est composée des trois longues vallées de Nidjrô, Pendelils et Uhorabeud.

Les parties cultivées produisent du tromeiit, et,cequi est assez extraordinaire pour une terre aussi élevée, du tabacet même du coton. La population de ce district est considérable , et estimée à

?|uarante mille familles au moins. La oroe naturelle du pays donne à ses habitants un caractère assez différent de celui des autres TAiljiks; ceux-ci sont presque indépendants, obéissent même a peine à leurs chels. C’est une race courageuse, violente, indocile, et si belliqueuse qu'ils regardent comme un malheur pour un homme de mourir dans son lit.C'esluiie excellente infanterie dans les montagnes; mais ils gaspillent leur courage dans des discordes intestines, non pas entre villages, mais , surtout, entre les familles et les individus. Comme tous les Tôdjiks, ils sont Sunnites, mais beaucoup plus intolérauts que les autres.

Le chiffre total de la population TAdjik dans l’Afghanistan s'éleva, diton , à un tnilliob cinq cent mille individus. ■ '■ ■■ J

Les Uindkis, moins nombreux aujourd’hui que les rôdjiks, sont tous d’origine indoue, comme l'indique leur nom. Ils sont plus maltraités que f-s TAijiks; et, il faut en convenir, ils n’ont pas leurs qualités murales. Ils parlent une sorte d'indoustani, comme dans le Pendjab.

Les Indous devraient peut-être être confondus avec les Hinilkis. On en trouve partout dans le royaume de Caboul. Dans les villes où ils sont tresnombreux, ils sont banquiers, orfèvres, négociants. etc. A peines’il est ua village où il n’y ait une ou deux familles indoues occupées du commerce et de l’industrie. Presque tous ces Indous appartiennent a la caste guerrière des Kslidtryas, mais il ne faut pas croire pour cela qu’ils soient soldats ; au contraire, on ferait rire les gens du Caboul en leur parlant d'un soldat indou. Ils conservent les moeurs de leur patrie, et quelques-uns même en conservent le costume; mais le lus grand nombre laisse croître sa arbe, et s’habille à peu près a la façon du pays. Là une partie de leurs préjugés s'effacent ; ainsi, ils ne font pas difficulté de manger du pain cuit dans un four commun , et encore moins se conformeut-ils au précepte qui leur enjoint de se purilier par le bain, lorsqu’ils ont été mis en état d’impureté par le contact d’un musulman. En général, ils vivent bien avec les disciples de Mahomet, quoique leur timidité et leur parcimonie les exposent au ridicule. Souvent ils sont employés a la cour comme trésoriers, coinptables, etc.

Après les liidous viennent les Kizzil-bôshis, descendants des tribus turiies qui dominent aujourd'hui en erse, et amenésdans l’Afghanistan oar NAdiret Ahmed Shah. Les Kizzil dAshis habitent presque exclusivement les villes. A Caboul seulement ou en compte à |>eu près dix ou douze mille : ils parlent persan avec la population, et

AFOnANlSTAN. ^

turc entre eux. Us sont tous Shiites zélés, quoiqu'ils soient ubli;{és <fe laire des coiivessioiis a la pupulatiou sunnite au milieu de laquelle ils vivent. Comme les Persans, ils sont vifs, ingénieux et même élégants; mais aussi taux, dissimules, cruels, rapaces, prodigues , voluptueux ; à la fois insolents et serviles; sans modération dans la prospérité et saiiscourage dans le malheur ; pleins de préjugés , et afliclia II t le plus grand liberal isme d’esprit ; charmants comme simples connaissances, mais dangereux comme amis.

I.a^s Kizzil-bdsliis, transportes dans l’Afghanistan par Addiret AlimedShah pour y être les soutiens de l'autorité et du gouvernement, sont en gênerai soldats attachés à la personne des princes et des khans. On en trouve cependant encore un assez grand nombre qui font le commerce, exercent des métiers, ou même sont domestiques, dans de grandes maisons. La grandé majorité des secrétaires, comptables, et autres agi-nts inferieurs du goiiver-. neinent, sont des Kizzil bdsnis; et tout personnage de distinction a ua mizza ou secrétaire, un nazir ou chef de ses domestiques, et peut-être un Devân ou intendant de race kizzil-hds-.

hie. Quelques-uns des grand.s emplois domestiques de la cour leur appartiennent encore, et même de grands emplois militaires. Cesderniers ont des terres et même des ch.iteaux qu’ils tiennent de la couronne; mais ils n’y résident presquejainais, et les alfermcnt à des Afg.ians on à des Fd I jiks.

Outre ces trois races, qui sont les principales de celles qui vivent au milieu des Afghans, on trouve encore dans le pays d'autres populations d'oriine étrangère. En Asie, où l’espèce umaine semble douée d'une faculté d'émigration iiidélinie, cela n’a rien d’elonnant, surtout quand on songe que souvent la politique des princes asiatiques déplacé les populations, suit pour fonder une colonie industrieuse dans un pays dont les habitants ne Savent pas exploiter les ressources , soit pour créer près d'eux une force armée toujours prête à les défendre.

soit encore (et c’est le plus souvent le véritable motif) pour affaiblir une tribu trop puissante.

C’est ainsi que les Rizzil-bdshis sont venusdans l'Afghanistan; les plus nombreux aprèseux, cesont les Arabes, qui ont, sans doute, émigré du Kliorassan persan. Ou trouveencore, danscepays, un assez grand nombre de tribus arabes, qui y sont probablement établies depuis la première période de la conquête par les mabométans. Il peut y en avoir dans l’Afghanistan deux mdle familles. Ils ont perdu leur langue primitive; mais, toutefois, ils forment une soeieté compacte , s’oceupent des travaux de l’agriculture, et habitent les environs de Caboul et de D|ellalabad.

On trouve encore, dans l’Afghanistan . beaucoup de Mongols et de Cha-

f;ataîes, et quelques centaines de familes lesghies amenées du Caucase par Nadir Shah, deux tribus ciirdes, des Arméniens, geusqu'oii rencontre dans toutes les parties de l'.Asie, partout où il y a de l’argent à gagner; des Abyssiniens, achetés comme esclaves ; et des Calmouks, enrôlés presque tous dans la garde du roi. Ils ont été amenés de Balk par Nadir Sliali ; et c’est à peines! les Algliansont encore pu se familiariser avec leurs larges faces, leurs yeux longs et étroits, et l’extrême noirceur de leur peau.

Enlin on rencontre encore dans l’Afghanistan Quelques Turcs eumpéeiis, des J uifs, des gens du Eadaksbau , de Kasligar, des Usbeks, une foule innombrable de voyageurs attires par le commerce, etc., etc.

g6. Moran, eoviUinin, littérature et caractéra des Afghans.

La manière de vivre des Afghans est loin d'être uniforme; et, apres avoir dit, en parlant des tribus, ce (|iii les distingue surtout les unes des autres, nous allons dire maintenant ce qui est commun aux Afghans.

Les Afghans sont bien faits , et généralement de taille a.ssez élégante, quoique le système osseux suit trèsdeveloppé chez eux. Ils ont de grands nez, les pommettes saillantes, et 1«

SA L’UNIVERS

tête lonsne; lescheveux ordinairement noirs, (luelquefois bruns et tres*raremeiit btunds. Leurs barbes sont lun> gués et touffues. Leur contenance a unair de vigueur et de résolution u.iie.s à la simplicité. Les Afghans de l'ouest sont plus grands et plus forts que ceux de l'est. Chez les Uourdnis et les Ghildiis, on trouve des hommes d'une graudeur et tfune force merveilleuses.

Les manières des Afgh.inssont franches et ouvertes. Les relations avec eux ont cela d’agréable qu'on peut, presque toujours , croire à leur véracité; c'est quelque chose d'extraordinaire pour des Asiatiques. Tous sont remarquablement hardis et actifs. Exposés, dans leur pays, à des alternatives de grandes chaleurs et de froids rigoureux ; accoutumés à courir dans les montagnes, à faire de longs voyages à

f)ied ou à cheval, à passer les torrents à a nage, on dirait qu'ils sont infatigables; et le fait est général, car riches ou pauvres, ils sont tous soumis à ces nécessités.

L'amour du gain semble être leur passion dominante. Beaucoup de chefs Dourânis préfèrent accumuler des trésors inutiles, plutôt que de chercher à acquérir la puissance, la popularité, l’estime qu’ils pourraient acheter avec une modique libéralité. Au dire des gens qui les connaissent le mieux, rargeiit a chez eux un pouvoir sans bornes : cela est d’ailleurs universel dans les pays asiatiques , et les Afghans en conviennent.

Qu'ils vivent sous des tentes ou dans des maisons, les Afghans n'ont en général d'autres meubles que des tapis qui leur servent de chaises, de ta- Mes et de lits. Ils s’asseyent, comme Im Turcs, sur leurs talons. Quand ils sont ainsi, leur plus grand plaisir est de causer, en fumant le rn/idnoupipe à eau des Persans. Toutefois, les Afghans ne fument pas autant que leurs voisins; il n'est pas rare d'en voir qui ne fument Jamais; et il y a des villages qui ne possèdent qu’une seule pipe, qui reste à la maison commune pour lu- •agedu public. Par compensation, ils

prennent du tabac à priser. Ils conservent leur tabac, noii pas dans des boites plates comme les nôtres, mais dans des b>dtes uvales ou rondes , faites avec l'écorce d'un fruit nommé bail dans l'Inde. Ces boites n'o<it pus de couvercle, mais a l’extrémité un petit trou par lequel on introduit et on retire le tabac. Quelquefois elles sont sculptées avec beaucoup de soin.

Lorsqu'un visiteur arrive, il salue du Salam-Àlélhom (que la paix soit avec vous!) les gens qu’il vient voir; et ceux ci lui répondent : 0 alalk assatam (et que la paix soit avec toi !). Le maître de la maison se lève, prend la main de l'étranger dans les siennes , lui souhaite la bienvenue, puis il l’invite à s’asseoir, et lui demande des nouvelles de sa santé; alors, seulement, la conversation commence. Tous les Afghans, même les plus pauvres, accoinpiissent religieusement ce cérémonial.

^ Ils sont très-sociables; outre les festins donnés lors des mari.'iges et d’autres grandes fêtes, ils invitent toujours des amis à dîner toutes les fois qu'ils tuent un mouton. Lors |ue les convives sont réunis, le maltrede la maison ou quelqu’un de sa famille apporte de l'eau piour laver les mains, et eusuite, fait servir. Ils disent une prière avant et après le repas ; et quand il est fini, ils ne manquent Jamais à remercier trèscordialement l'amphitryun. Après dîner, on reste assis encercle pour fumer, entendre de longs récits ou chanter des chansons. Ce sont ordinairement les vieillards qui racontent de longues histoires de rois, de vizirs, de fées et de génies, mais surtout de guerre et d’amour. Quelquefois ces récits sont mêlés de chants eide vers, et ils finissent toujours par une sentence morale. Leurs chants sont presque toujours des chants d'amour ; mais ils ont aussi des ballades qui célèbrent les guerres des tribnset le -exploits individuels de leurs chefs. 0.i accompagne ces chants avec la Hôte, le Ithe bôb (sorte de luth ou de guitare), le Comâncheh et le Sarindeli (d'-ux espèces de violon), ou le SoumAm, ins-

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trummt à vent qui ressemble à notre hautbois.

Mais le plaisir favori d<'toiis les Afghans, c'est la chasse qu'ils font, ‘le di* verses manières, suivant le pays le terrain, le gihier. Ils connaissent tout -s nos chasses à l'affiU et au courre; ils battent le glbit-r, le traquent à pieU ou a cht^val ; ils prennent les perdrix à force de les fatiguer, etc.

Outre ces plaisirs, qu’ils aiment avec passion, les Afghans, etsurtoutlespasteiirsde l'ouest, en connaissent encore bien d'autres qui suflisent à occuper presque tout leur temps. Les courses dechevaux sont assez cumniunes, principalement aux fêtes de mariages. Le marié donne un chameau pour prix de la course; et vingt ou trente chevaux s'élancent, sur un espace détruis ou quatre lieues, comme dans nos courses au clocher. Ils s'exercent encore au tir à pied et à cheval avec des fusils et des arcs. Dans cesjeu.\, ils se partagent souvent en deux bandes , dix ou vingt tireurs de chaque côté. Quelquefois ce sont des délis de village à village. L’enjeu ordinaire est un dîner que lesvaincusdoimentaux vainqueurs; rarement on pane de l’argent, et ce n'est jamais de grosses sommes. Leurs jeux, dans l'intérieurdes maisons, sont aussi très-nombreux, quoiqu'ils ne connaissent pas les cartes et cultivent peu les échecs. Le grand plaisir de tous les Afghans de l'ouest , c'est leurdanse nationale ou ÂUam. Dix ou vingt personnes, hommes et femmes, se forment en cercle (devant les maisons ou les tentes en été, autour du feu en hiver); l'une d'elles se place au centre, et donne la mesure eu cliautant et jouant d'un instrument. Les danseurs exécutent alors une foule de Qgures , qui se terminent toujours par une ronde que tout le mondedause en chantant.

Beaucoup de leurs jeux semblent puérils, et font un contraste singulier avec leurs longues barbes et leur gravité. Ainsi, des hommes d'un êge mdr jouent aux billes, à cloche-pied. Le joueur tient son pied gauche dans sa main droite, et essaye de renverser son

adversaire, qui se tient dans la même attitude. On joue le jeu à quinze ou vingt personnes à la fois, et l'on voit des vieillards y prendre part. Les Afghans jouent encore, aux barres, au petit palet, et a un jeu où un bonnet qui pa.sse dans toutes les mains et qu'il laut arrêter, rappelle le jeu européen de la savate Les combats de cailles, de coqs, de chiens, de béliers, et même de chameaux, ont aussi de très-fervents admirateurs.

L'un des traits les plus remarquablesdu caractèredes Afglians, c'est leur humeur hospitalière. Cette vertu est si générale, chez eux, qu'ils prétendent ue ceux qui y manquent ne sont pas es Afghans. Tout le monde, sans distinction de race ni de religion, est appelé àjouir du bénélicede cette vertu ; et un voyageur qui traverserait tout le pays sans argent ue serait jamais embarrassé pour trouver à n^mger, si ce n'est peut-être dans les villes. Le plus grand affront qu'on puisse faire a un Afghan, c'est de lui enlever son hôte ; et alors sa colère ne se tourne pas contre l'étranger qui l’a quitté, ■nais contre celui qui l'a enlevé à son hospitalité.

Une singulière coutume, fondée sur leurs sentiments hospitaliers, est celle qui s’appelle IVannawâti.Vue personne qui a une faveur à demander se rend a la tente de celui qui peut la lui accorder, et refuse de s’asseoir sur le tapis et de rien manger avant que sa pnère n'ait été exauce. L'honneur de la personne sollidtée serait vivement compromis si elle ne satisfaisait pas le solliciteur; et ce mode de supplication est tellement puissant, que souvent un homme, nesaehant pas comment résister à ses ennemis, se rend dans une tente dont le propriétaire ne le connaîtra peut-être pas, et sera cependant forcé par le Nannawôti de prendre part à sa querelle et de l'aider contre se& ennemis.

Il est encore une manière plus puissante peut-être de faire appel à la générosité d'autrui. Une femme envoie son voile à un Afghan, en lui demandant protection pour elle et pour sa

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famille. Il eA impoiaible de repousser une prière faite de cette manière, et u'est en l'employant que la femme de Tiinour Shah força Sarafraz Xlian à assurer l'élévation du shah Zeinan sur le trône.

Tout individu, quel qu'il soit, qui est entré dans la maison d'un Afxhan, est sdrd'y trouver prutection. Un est en sûreté dans la maison de son plus cruel ennemi tant qu'on est sous son toit ; à plus forte raison est-on engagé a défendre un fugitif qui vient demander asile, quel que soit d'ailleurs le crime dont il puisse être coupable.

Cependant , par une singularité bizarre, les droits que donnerhuspitalité ne s'étendent pas au delà du village ou, tout au plus, des terres de Ja tribu ; il y a nombre d’exemples d'Afghans recevant un voyageur de la façon la plus généreuse, le renvoyant charge de présents, et le dévalisant ensuite lorsque, par malheur pour lui, ils le rencontraieat hors du territoire de leurtribu.

L'impunité et la fréquence des vols commis par les Afghans sur les étrangers semble être une conséquence de riinperfeetlon du Pousthuunouali. Eu effet, cette loi coolie exclusivement le redressement des injures à la partie offensée, à ses parents, à ses amis, à sa tribu; et, par conséquent, elle laisse l'étranger sans protection. En preuve de ce fait, un peut remarquer que le plus souvent les Afghans ne pdlent pas les terres de leurs voisins, et que oe sont les voyageurs presque seuls qui ont à se piuindre de leurs rapines.

Les trilHis pastorales sont plus adonnées a la rapine nue la population agricole. Dans l'ouest, ce sont les AtcNalizis, les Nourzis, et cette partie des Ghiidjis fixée dans le voisinage des monts Paropamisus, qui sont les plus mal famés. Dans l'est, toutes les tribus des monts Soliman, surtout les Ehyberiset les Viziris, sont d'incorrigibles voleurs; et leur gouvernement, lui-méme, entretient chez eux cesdéplorables habitudes. Tous les autres Afghans de l'est sont disposes an pillage, et l'exercent quatid ils le peuvent.

On peut cependant, dans toutes lee,

tribus , excepté chez les Khyberis , obtenir le passage libre sur'leur territoire, en composant avec les chefs, qui,^ pour une faible soniiiie, fuurni.'iscntau voyageur une escorte, sous la garde de laquelle il peut voyager eu parfaite sécurité. Un seul bonime est une garde suflisante dans lu plupart des tribus; et ce qui est assez remarquable, c'est que généralement il en est ainsi dans les tribus réputées les plus sauvages.

Eu tout cas, il faut dire à l'Iionneur des Afghans que leurs rapines ne sont

aue très-rarement suivies de meurtre;

s peuvent tuer celui qui défend sa propriété les armes à la main, mais Jamais celui qui ne se défeud pas.

Les Afghans achètent leurs femmes.

C'est une, coutume autorisée par la loi mahoinétane , et à peu près générale en Asie. Le prix dépend des richesses du mari. Le résultatde cette coutume, c'est que. les femmes, quoique généralement bien traitées, sont regardées comme une propriété. Un mari peut divorcer avec sa femme, .sans être obligé de produire aucun motif; mais la femme ne peut réclamer le bénéfice du divorce sans exposer ses raisons, et intenter une action Judiciaire à son mari devant le côdi. Il est d'ailleurs très-rare de voir des femmes en venir à cette e.xtrémité. Si le mari meurt avant sa femme , ses parents reçoivent le prix payé pour elle, dans le cas où elle se remarie ; mais chez les Afghans comme chez les Juifs c'est le frère du mari qui doit épouser sa veuve, et c'est un affront mortel our lui, si uii autre homme épouse sa elle-sieur sans son consentement.

Cependant la veuve ne peut être contrainte à épou-er personne contre sou gré; et, dans le cas où elle a des enfants, il est regardé comme beaucoup plus convenable pour elle de rester veuve.

L’ilgeauquel la plupart des Afghans se marient est vingt afis pour les hommes, et quinze ou seize pour les femmes. Ceux qui ne sont pas assez richeÿ pour acheter une femme reSleht quelquefois suus se marier jusqif à qua'éautë

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ans; et l'on troure aussi des femmea qui persistent dans le célibat jusqu'à TiiiKt-cinq Par contre, les enfants des gens riches se marient, quelquefois fvant l'ége de la puberté. Les liabitants des villes se marient aussi de bonne heure; et les Afghans de l'est iiiarient soit vent des garçons de quinze ans à des filles de douze, lor.M|u'ils sont en état de faire les, frais du mariage. Dans l'ouest, les hommes se marient rarement avant d'avoir de la barbe; les Ghiidjis surtout ae marient tard. Comme réglé générale ^ on peutdire que l'àge légal du mariage pour riiomine, c'est l'époque où il est assez riche pour acheter une femme et entretenir son ménagé. Le plus souvent on se marie dans sa tribu ; mais il n'est pas rare non plus de voir des Afghans prendre des feqimes tddj'iks ou persanes. Ces mariages n'ont rien de contraire a l'opinion ; mais , d'un autre câté, il est regardé comme peu honorable de donner saillie à un homme d'une autre race : c'est ce que ne font jamais les Dourânis.

Dans les villes, les hommes n'ont aucune occasion de voir les femmes; et les mariages se contractent par des considérations de convenance réciproques pour les deux parties. Lorsqu'on homme a envie d'epouser une fille, il envoie une de ses parentes ou de ses voisines pourlavoir, et lui dire .si elle est belle ou laide : s'il est satisfait de ce qu'on lui rapporte, il renvoie la même personne pour sonder la mère de la jeune fille, etsavoirsi ses parents sont disposés à la marier. Si le résultat est favorable, la messagère fait alors une proposition en règle, et indique le jour où les parents du jeune homme viend ront faire une demande publique.

AujourUxé, le père du jeune homme arrive, en compagnie de ses |>arents , faire une visite air père de la jeune fille, tandis que, d’un antre côté, une députation de femmes, composée de la même manière, va faire visite à la mère de la jeune flilé, et la demander officiellement. Ensuite lejeune homme envoie à sa maîtresse un anneau; an châle ou quelque autre présent; et

il fait demander à son p^, par le sien , qu'il veuille bien l’accepter pour son serviteur. La fille répond par la formule consacrée : « Mobàrik bàshad, »Qiie cela puisse être heureux I Puis on fait venir des confitures, des gâteaux, dont tout le monde doit manger, après avoir récité le Fâtiha , et appelé les bénédictions du ciel sur les deux époux. Le père de la jeune fille fait, à son tour, quelques petits présents à son futur gendre, et, dès ce moment , les deux partis sont considérés comme fiancés. Cependant on laisse encore écouler, avant le mariage, un délai considérable, que les parents de la fiancée emploient à préparer sa dot, composée le plus souvent d’objets néces.vaires à son ménage, tapis, argenterie, vaisselle de cuivre et de fer, objets de toilette, etc. De son cdtè, le fiancé réunit la somme fixée pour le prix de sa femme, et oui est toujours beaucoup plus considérable que sa dot ; il fait préparer sa maison , et tout ce qui est nécessaire à sa future famille. S'il est pauvre, ces préparatifs lui demandent quelquefois une année ou deux; s'il est riche, ils ne durent pas plus de deux on trois mois. Les cérémonies du mariage sont presque complètement semblables à celles de la Perse.

Le contrat de mariage est dressé par le câdi, et solennellement accepté par l’homme et la femme , par eux seuls; car la loi n'exige pas le consentement de leurs parents. Les articles stipulent le douaire qui reviendra à là femme, en cas de divorce ou de mort de son mari; ils sont signés par les deux parties, par le câdi et les témoins nécessaires. Ensuite les fiancés se teignent les pieds et les mains avec la ménié décoction de henné. Le soir, l’épouse Sè fend en procession à la demeure de son mari, suivie d'une bande de musiciens et de chanteurs , accompagnée des parents des deux familles, de leurs voisins, courant autour d'elle à cheval, tirant des coups de fusil et de pistolets, brandissant leurs épées. Quand elle arrive à $3 future demeure, on la présenté à

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son mari; et le tout se termine par un souper de nocei que celui-ci offre aux conviés.

Le oéfémoninl est le même dans les campagnes; mais comme là les femmes ne sont pas voilées, et qu’il y a moins de sévérité dans tes rapports entre les sexes, le mariage vient ordinairement à la suite d’un attachement réciproque. Là aussi , un amoureux entreprenant peut obtenir sa maltresse, sans le consentement de ses parents, et même malgré eux. Il lui faut, pour cela, trouver l’occasion de lui enlever une boucle de cheveux ou son voile, exploits qui lui permettent de la considérer comme sa fiancée. Comme on est persuadé que tout cela ne s’est fait que du consentement de la jeune fille, personne ne vient plus la demander en mariage, et les parents sont à peu près forcés de la donner à son amant, niais comme aussi cela n’exempte pas de la nécessité de faclieter, et comme encore les parents y voient un affront pour eux, il est rare qu'on ait recours à ces moyens héroïques. Lorsqu’on ne peut obtenir le oonsentement des parents, c'est ordinairement à enlever sa maltresse u'il faut se résoudre. Dans les mœurs U pays, un enlèvement est considéré par la famille comme uneoffense mortelle , aussi grave que le meurtre d’uii de ses membres ; on le poursuit avec la même ardeur; mais cependant l'heureux amant n'en devient pas moins possesseur de sa maîtresse. Les fugitifs vont demander asile sur les terres do quelque autre tribu, et sont sûrs d'y trouver la protection que les mœurs du pays atxiordent à tous les hôtes, et surtout aux suppliants.

Cliex les Yousoufzis, personne ne peut voir sa femme avant le mariage; et, chez tous les Berdourânis, il y a toujoursun délai considérable, réservé entre les fiançailles et le mariage définitif. Quelques-uns vivent pendant ce temps avec leur futur beau-père, et gagnent leur fiancée par leurs services, comme autrefois Jacob gagna Rachel, mais sans qu'il leur soit jamais permis de la voir.

JJaus le reste de l'Afghanistan, chez

les Eïmaks, les Hazàrehs , les habitants du Khorassan, chez les Tàdjiks et les Iiidous établis dans le pays, il n'en est pas ainsi , et la coutume permet de secrets rapports entre les amoureux ; c'est ce qu'on appelle le Nàmzad Bàii, ou les jeux des fiancés. Dès que la cérémonie des fiançailles est accomplie, le fiancé se reno chaque nuit , et avec mystère, au domicile de sa maîtresse. La mère ou quelque autre de ses parentes favorise ses entreprises; mais on suppose toujours que les hommes n’en savent rien, car ils seraient forcés de les considérer comme des injures. Il est reçu avec de grandes précautions par la mère, qui l'introduit dans l'appartement de sa maltresse, où les amants restent seuls jusqu’aux approchesdu matin. Ils sont abandonnés a eux-mêmes; les baisers et toutes les libertés innocentes vont leur train; mais il est trés-sévèrement défendu d'aller au delà, et la mère prend toutes les précautions qu’elle peut imaginer pour empéclier les amants de succomber.

Ce^ndantla nature est ordinairement plus forte que toutes les injonctions delà sagesse maternelle; et le mariage se célèbre, bien souvent, au milieu des embarras que causent les suites d’un amour illicite. On a vu des fiancées apporter à leurs maris deux ou trois entants le jour delà célébration du mariage ; mais c'est là on scandale qui arrive rarement. Cette coutume est , comme on pense, très-chère aux hommes de tous les rangs ; et l’on a vu qiielmefois le roi exposer sa personne dans les aventures nocturnes du Nâmzad Bàzl.

La polygamie est , comme on sait , autorisée par la loi mahométaiie ; mais c’est une permission dont la plus grande partie de la population ne peut pas profiter. Les riclies, il est vrai , dépassent même le nombre de

Suatre épouses légales, et possèdent es troupeaux de femmes esclaves.

Mais les pauvres se contentent d'une femm% et deux femmes avec autant de concubines sont déjà considérées comme une grande maison.

La condition des femmes varie avec

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leur rang. Celles des hautes classes sont complètement séquestrées, mais elles jouissent de tout le luxe et le bienêtre de leur situation. Celles des pauvres ont le soin du ménage, vont chercher de l’eau , etc. Dans quelques tribus, elles ont leur part des travaux de la camjpague;mais nulle part on ne les emploie comme dans l'Inde, où la moitié des manoeuvres employés aux constructions sont des femmes, où il n’y a presque pas de différence entre les travaux qu’on exige des deux sexes. La loi mahométane permet au mari de battre sa femme, mais il est regardé comme peu honorable pour un homme d’user de cet odieux privilège.

Les femmes des hautes classes apprennent souvent à lire, et quelques unes d’entre elles possMent même , dit-on, une instruction littéraire assez avancée. Cependant on regarde comme immodeste, pour une femme, de savoir écrire ; car elle peut se servir de son talent pour correspondre avec un amant. Il n'est pas plus rare qu'en Kurope devoir des femmes occuper une grande situation dans une famille ; et toutes les prérogatives accordées aux maris par la loi mahométane ne font pas toujours qu'ils soient les véritables chefs de leurs ménages. Les femmes des classes inférieures partagent tous les plaisirs que prennent leurs maris dans l’inténeur de leurs maisons. Celles des villes sont toujours enveloppées dans un grand voile qui tombe jusqu'aux pieds, et leur cache complètement la ugure.

Elles voient à travers un trou brodé, pratiqué dans l'espèce de masque en étoffe blanche qui enveloppe leur tête.

Les femmes riches portent aussi la même coiffure quand elles sortent ; et comme alors elles sont le plus souvent à cheval, elles portent une paire d’immenses bottes en étoffe de coton,

Î|ui empêchent de deviner la forme de a jambe. Elles vovagent dans des cadjaouas ( espèce de bâts ou de paniers , dont un chameau porte une paire) presque assez grands et assez mngs pour qu’une femme puisse s’y

coucher dans toute sa longueur ; en été, elles duivent suffoquer dans ces paniers, qui sont recouverts d'etoffe.

Dans les villes , elles se promènent voilées, et sont toujours en grand nombre dans les foules qui se réunissent autour des marchands , des charlatans , etc. Elles font aussi des parties de plaisir dans les jardins du voisinage; et, quoi ju'elles soient plus soigneusement voilees que les femmes de l'Inde, elles nesont pas plus séquestrées qu’elles. En somme, leur condition est loin d'être malheureuse, comparée surtout à celle des femmes des pays voisins.

Dans la campagne les femmes ne sont pas même voilées, et ne sont séparées des hommes de leur camp ou de leur village que par l'opinion , qui trouve malséant pour elles de se laisser voir dans la compagnie des hommes. Elles se voilent la figure dès qu’elles aperçoivent un homme qui n’est pas de leur village, ou qu'elles ne connaissent pas. Il est rare de les voir dans l'appartementpublicde leurs maisons lorsqu'il s’y trouve un étran-

§er. Cependant elles ne font pas tant e cérémonie avec les Arméniens, les Persans ou les Indous, qu'elles comptent pour rien. Elles reçoivent les hôtes en l'absence de leurs inaris, et les traitent avec tous les égards qu'exigent les lois de l'hospitalité. La charité des femmes de la campagne , et surtout de celles des tribus pastorales , est universellement vantée par tous ceux qui sont au fait de leurs manières. Il n'y a de prostituées que dans les villes, et encore y sont-elles trèspeu nombreuses, surtout dans l’ouest.

Il est regardé comme très-peu honorable de les fréquenter, mais cependant leurconiiaissancedu monde, l'élégance de leurs manières, les talents qu'elles déploient pour captiver l’admiration des hommes, présentent à ceux-ci tant d’attrait et ae variété, que, malgré toute la latitude accordée par la religion, rien ne saurait empêcher les gens riches de rechercher leur société.

Dans toute l’Asie, il n’y a peut-être que les Afghans où l'on retrouve quel»

LUHIVERS.

que chose qui ressemble à ce oue nous autres Européens nous appelons l'amour. Ce sentiment est très-cultivé dans l'Afghanistan. Sans compter les nombreux enlèvements dont l'amour seul fait braver les périls très-redoutables, il n'est pas rare de voir un homme engager sa foi à une jeune fille, puis ùiler chercher fortune dans une ville éloignée , dans l'Inde même, pour gagner l'argent nécessaire à leur mariage. « J'ai vu à Pouna, dans l'Inde, dit .Muntstuart Elphinstone, un jeune homme qui était tombe amoureux de la fille d'un Mallek, la |uclle le payait de retour. Le pere consentait au mariage, mais cependant il préten- (fait que l'honneur de sa fille exigeait qu'elle épousât un homme aussi riche que les autres femmes delà famille.

Les deux amoureux étaient fort aflligés de cette prétention; car le jeune homme ne possédait rien autre chose qu'un coin de terre et quelques bœufs. Il se résolut donc à aller tetiter la fortune dans l'Inde. Sa maîtresse lui avait donné une des aiguilles dont elle se servait pour se teindre les paupières aveede ['antimoine, comme gage de sa foi, et il ne paraissait pas douter qu'elle ne restât fille jusqu'à son retour. • On ne trouve des amours de ce genre que parmi les gens de la campagne, où les femmes sont à la fois et assez séparées des hommes pour exciter leur esprit d'entreprise, et assez accessibles, cependant, pour qu’on puisse les admirer.

La plupart des chansons et des contes qu’aiment tous les Afghans sont consacrés à des histoires amoureuses, etquelques-uns sont, dit-on, pleins d’une véritable passion. Un poème chéri des Afghans , qui raconte l'histoire d'Aoudam et de Dourkhâni , est connu de presque tout le monde : on le lit, on le répète, on le chante dans tous les coins du pays. Aoudam était le plus beau et le plus brave des jeunes gens de sa tribu, et Oourkhàni la plus belle et la plus aimable des vierges; inai.s malheureusement une querelle qui séparait leurs familles lésât ait empêchés ue se voir. Enfin une rencon-

tre , causée par le hasard lui seul , détermine une passion mutuelle. Cependant la querelle qui sép irait leurs familles tient les amoureux éloignés l’un de l'anire, et dans l'ignorance réciproque de leurs sentiments jusqu'au' moment où les parents dé Dourkhâm la contraignent à épouser unchefdiir voisinage On imagine le désespoir de son amant, ses plaintes; les lettres qu'il échange avec Dourkhâni remp isseiit une bonne partie dn pnëme, et ce n’est qu'après avoir triomph^' d’innombrables obstacles qu'Aoudfam, réussit à obtenir une entrevue de sa maîtresse. Plusieurs ren lez-vous sé succèdent; mais Dourkhâni conservé toujours son honneur, et résiste aux prières de son amant, comme elle avait déjà résisté à celles, de son époux.

Les visites d'Aoudam ne sont pai longtemps ignorées du mari, dont la Jalousie et les désirs de vengeance vont jusqu’à la fureur. Il profite de la prochaine visite de son rival, pour l’attendre dans un endroit écarte, et l'attaquer à la tête de plusieurs de ses parents. Les assassins sont bravemeat repoussé.s, mais Aoudam ne s'échappe qu'avec une blessure mortelle. Aussi le mari, pour savoir jusqu'à quel point Aoudam était aime de sa femme, se fait un cruel plaisir de venir lui annoncer lui-même la mort de son amant.

Le seul plaisir d^ourkhâni, pendant les longs intervalles qui s'écoulaient entre les visitesdesonbien-airaé,' était de se retirer dans un jardin où elle cultivait deux fleurs, qu'elle avait nomméi-s, l'unede son nom, etl’autré d'après l'objet de ses affections. L4T jour du combat, elleétaitoccopéeàsolgner ses fleurs , lorsqu'elle voit tout 9 coup celle d'Aoudam languir; et avant qu'elle n'ait le temps de revenir de sa surprise, son mari arrive; il se présenté à elle le sabre à la main, et encore tout couvert, dit-il, du sang d’Aoudam. Cette épreuve est fatale à Dourkb.âni : elle tombe à terre, brisée par la douleur et l'effroi, et elle expire sur le lieu même. La nouvelleenest portéér à Aoudam, qui glt blessé près du théâtre du combat ; et à peine a-t-il apprit

AFGHANISTAN

l’affreiiseiMMiTelle, qa'il rend ledernier soupir, en prononçant le noiu rheri de sa niahrease. On' les ensevelit loin l'un de l'antre; mais leur amour était

f)lus fort que la mort, et on retrouva eurs deux cadavres réunisdans le même tombeau. Deux arbres sortirent spontanément de la terre qui les renfermait; ils mêlent encore leurs branches amourettsessur la tombe des deux amants.

Les funéraille.sdes Afghans ne diffèrent pas de celles des autres mahoinétans. Un mollah assiste le malade à ses derniers moments, et l'engage à se repentir de ses pêchés. Le moribond répète ses prières et expire, le visage tourné du côté de la Mecque, en proclamant qu’il n'y a de Dieu que t)n'u, et que Mahomet est son prophète.

Quand il a rendu le dernier soupir, on lave le corps , on l'enveloppe d.ms un linceul et on l'ensevelit , lorsque le mollah a récité les prières ordinaires, auxquelles assistent tous les parents ou voisins du défunt. S'il était riche, les heritiers payent un des mollahs pour reciter des prières petidant quelques jours sur son tombeau.

La cérémonie de la circoncision est la même dans tous les pays musulmans. C'est une grande fete et une occasion de réjouissance dans les familles.

Ce sont les mollahs qui sont chargés de l’éducation de tous les enfants.

Quelques-unA n'apprennent rien de plus que le i\amàz, quelques prières, ccrtai IIS passages d u Koran, les cérémonies de leur religion, et enlin lesobligations imposées a un musulman. Du côté de Péchaver, et chez les DOürônis, on apprend encore assez généralement S lire le Koraii, mais la plupart du!

temps sans le comprendre. Telle est l’éducation des gens du commun , dont un quart, à peine, sait lire sa propre langue.

Les gens riches ont des mollahs dans leurs maisons, pour élever leuri enfants.

Il y a un maître iPécole, danschaqué villJfje ef dans chaque campement; onliu doime,poursa paye, une certaine

étendue de terrain, et de plus il perçoit une certaine contribution sur chacuu de ses écoliers; souvent il réunit à culte fonction celle de prêtre du village, mais plus souvent encore les deux oflices sont séparés. Dans les villes, il y ades écoles comme celles de l'Europe, où le maître n'est payé que par ses écoliers. La somme ' qu on paye d'ordinaire à un maître d'ecule a Pechaverest d'environ un franc cinquante centime.s par mois. D'ailleurs cette contribution se règle ordinairement sur les ressources du père.

Presque toujours les enfants logent chez leurs parents, et ne vont à réc.ole que pendant le jour; mais chez les Berdourânis ou envoie qiicfqucfois les enfants à un village éloigne, où ils couchent dans la mosqnee , vivent d'aumônes , n'ont que peu de rapports avec leurs parents, et sont exclusivement conliés aux soins du maître dont ils suivent les leçons.

Voici à peu près le cours d'études qu'on suit à Pechaver. Suivant un commandement du prophète, conservé par la tradition, l'enfant commence è épeler ses lettres le jour où il a quatre ans, quatre mois et quatre jours; mais ce n’est qu'une cérémonie ce jour-là.

Les études réelles ne commencent qu’à l’àge de six ou sept ans ; alors on lui enseigne sérieusement ses lettres, et on lui apprend à lire un petit poème persan de Saadi, où les vertus sont exaltees et les vices honnis, dans un style trèssimple, maie qui ne manque pas d'élégance. Cette première étude exige de quatre mois à un an , suivant l'intelligence de l’enfant. Ensuite, les enfants pauvres apprennent à lire le Koran, et quelques livres écrits dans l'idiome national. Ceux qui appartiennent à dés familles aisées commencent l’étude des classiques persans et un peu de grammaire arabe. Ceux qu’on élève pour en faire des mollahs consacrent beaucoup de temps à cette dernière étude, qui , vu les dirffcul tés très-réelles qu’elle présente, exige quelquefois plusieurs années. Quand lejenne mollali est assez avancé dans cette .science, il va a Péchaver, à Mashtnaggar ou quelque autre

44 LURIVERS.

lieu célèbre par ses mollahs, et ilj commence l’étude de la loi , de la lojçiqiie et de la théoloKie. Avec ce ba)ia|<e, réducation d'un mollah est complété II y en a cependant qui ne se contentent pas de cela , et eludient encore lu métaphysique, la physique, au moins ce que fcs Asiaiique'ensarent, l'Iiistuire, la poésie, la mMecine, qui est la science

fiar excellence pour les gens de toutes es professions. Pour se livrer à ces études et approfondir leur science de la loi et de la théologie, lesAfghansentrepreunentsouveut de graiids voyages.

Quelques uns vont jusqu'à Bokhara, qui passe pour un foyer de science en Asie; mais cependant Péchaver était regardé jusque dans ces derniers temps comme la ville la plus savante de tous ces pavs . et il y venait peut-être plus d'étudiants de Bokhara même qu’il n’en allait de Péchaver à Bokhara. L'Inde jouit d’une très-faible réputation sous le rapport de la science, et l’héresie des Persans fait que tous les Sunnites méprisent leurs écoles.

Le Poushtou, l'idiome national des Afghans, est peut-être un peu dur; mais c’est une langue pleine de force , et qui ne déplaît pas aux personnes accoutumées aux idiomesde l’Asie. Lesdialectesde l’est et de l’ouest nediffèrentpas seulement par la prononciation, mais aussi par certainsradicaux. Aucun des auteurs célèbres qui ont écrit dans l'idiome poushtou ne compte plus d’un siècle et demi d’autiquilé, et il n’existe peut-être pas de livre écrit en cette langue qui puisse remonter au delà de trois siècles. Ce qu il y a de litlératuredansl’Afghanistan a été inspiré

par les Persans, et porte le caractère de rimitation.

Le plus populaire de tous les poetes afghans, c'est Helimàn, qui n’a composé que des mies calquées sur celles des Persans. Khoushàl serait peut-être, aux yeux des Européens, supérieur a Beliinàn ; car ses œuvres sont beaucoup plus originales, et plus caractéristiques du peuplequi lésa produites. Elles sont d'une simplicité qui dégénère souvent en rudesse; sa poésie est quelquefois plate et prosaïque, mais souvent aussi

pleine de l’indomptable esprit de son auteur, resplendissante des plus nobles inspirations de la liberté et de l’indéiieiidauce. Khoushàl ét.iit khan des Knattaks, tribu qui habite à l’eSt de Péchaver. Il passa sa vie à lutter contre le Grand- Mogol ; le seutiiiient qui l'anime dans sou poème d'Aureugzeb, comme dans la plupart de ses autres œuvres, c’est d’exciter ses compatriotes à défendre leur indepemlance, à leur recommander la concorde et l’union, comme leur seul moyen de succès. Il raconte toute sa vie dans sesvers : un de ses poèmes commence ainsi :

viens rl écoute l'hUtoiie de ma vie,

D.ms loquellrle bien el le m.il se mélangèrent. Tu y trouveras des prèoeplrs el des exrmplei Agréables tous les deux a l’esnrit du sage.

Je suis Ahoushal, nisdrShahbài Khan, Descendu d*une race de guerriers.

Shahbaa élail tlls de Yéhia Khan,

Un brave comme il n'en exista Jamaii.

Yèhia Khan élail llls d'Acora,

Qui élan sultan par I épée.

Il était, a la fois, terrible par l'épée Et maître dans l'art de l'archer.

Tout ennemi qui se présenlall à ses coups Avait blenlOi trouvé sa place dans le tombeau. Générenx dans la bataille et é la table,

Il avait le courage et la courtoisie.

Ses compagnons

EtaienI gens decorarqni jouaient avec la vie ;

Et, par-dessus tout , c'etafentdes gens alnoér^

lis descendirent dans la tombe couverts de

Cer c'é&ient tous des héros.

Ijk famille devint nombreuie.

Et loua furent des hommes dignei.

Unis en toutes leorsenlreprlseï,

LTiooneor et la gloire leur étalent obérée h loua.

Cétait dans l'an de l'hégire tua Que Je vins dans ce monde.

Etc., etc.

Il raconte ensuite comment, à la mort de son père, il devint grand klian de sa tribu; comment il commandait à trente mille Khattaks. et comment il a vrcudan.s une plus grande splendeur qu'aucun deses ancêtres. Il faitensuite le déiionibreiiient de ses chevaux, deses faucons, de ses chiens de chasse, et se gloriCe d'avoir donné une généreuse liospitalitéàdes milliers de gens.

Puis vient l'histoire de ses malheurs , accompagnée de torrents d'invectives contre les Mogols, mêlée d’amers

AFGHANISTAN

reproches contre ses fils, qui s’étalent laissés entraîner par des promesses d’avancement, à faire cause commune avec les ennemis de leur pays.

Je suie l'enaemi (TAareaitzeb le roi,

Quoi{ue j’nabUe de pauvres muntagoes déséfcLfs.

Jesuiji fX)ur l'honneur du nom afghan»

El cependaul lU ont pris parti avis: tes Ho- Rois!

Ils nlilent autour de leur camp comme des cliieiis affamés,

Pour vblenlr U soupe et le pain du Ho-

Tout cela dans l'espcrance de voir augmenU-r leur grandeur.

Tonjours Ils sont a ma poursuite avec mes ennemis.

Va main pourrait les atteindre;

Mais puiis-Je me détruire moi-oiéme dans mes eiifanis 7

n continua sa longue lutte avec le courage et l'héroïsme d'un Wallace, réussissant quelquefois à battre les années royales, et quelquefois aussi errant presque seul dans les montagnes. Enfin il tomba dans les mains d'Aureiigzeb, fut emmené captif dans lliide, et emprisonné pendant trois ans dans le fort de Gouatior, la grande prison d'Etat de ce temps.

Pendantsa captivité, il composa une élégie sur ses infortunes et celles de son pays; il la terniine par ces Hères paroles :

« Et cependant, malgré tous mes malheurs , je remercie encore Dieu de deux choses :

et La première, d’étre Afghan ; et la seconde , d'étre Khoushél K.hatt.ack • A la fin il fut relâché , et retourna dans son pays, où il publia un grand nombre de poèmes , et une histoire des Afghans depuis la captivité de Babylone.

Le poème, qui suit fut composé à une époque où Khoushâl et ses confédérés, après avoir gagné de brillantes victoires, s'étalent laissés enivrer par le succès. S'étant divisés et ayant attaqué l'ennemiséparément, ilss'étaient fait battre en détail, par suite de ce manque d'union. Rhoustiâl Khan se rendit alors au pays des Yoiisoufzis, et n'épargna nen pour déterminer cette puissante et nombreuse tribu à se réunir à lui contre l'ennemi commua , (Mais il semble qu'uiors tout le

monde inclinait a la paix ; disposition que le poète clierclie à combattre , en exaltnta le souvenir des victoires passées, en rappelant rimmeur cruelle et vindicative d'Aurengzeb, en cherchant à persuader à ses amis qu'il n'y a de ressource que dans la guerre, et de salut que dans l'union.

Poème.

D'où nous fient ce prialemps qui réparait au ciel»

Qui fait de la terre comme un Jardin de rines?

Voici Tanémone et les fleurs parfumées de la prairie,

Et le jasmin , et le narcisse, et la belle fleur du grenadier.

Les fleurs du printemps sont de toutes couleurs;

Mais la Joue de la tu!ipc*rose brille aU'des* sus de toutes les autres.

Les jeunes Ülles ont des bouquets de roses dans leur sein ;

Et les jeunes gens des branches de fleuri dans leurs turbans.

Le musicien promène son archet sur le Tciitfghaneh ,

El fait n^nner des mélodies sur cluiqoe corJe du son instrument.

Viens, ô mon échanson tidèle, rempila, remplis bien ma coupe ;

Que Je m'enivre de vm et des charmes de la nature !

Que Je m’enivre! car la Jeunesse de PAfghanlstan a rougi ses mains ,

Comme le faucon ses éperons, dans le sang de son ennemi ;

La brillante épée s'e»l rougie de sang,

Gomme un bouquet de tulipes pendant l'été.

Amail Khan et Derry Khan ont été des

héros:

Enflammés Pan et l’autre d'une noble rivalité,

lU ont fait couler un flenve de sang dans la vallée de Khyber,

El poussé le tumulte de la gaerre jusqu'é Carrepa.

De Carrepa à Badjour, les montagnes et lea plaines

Ont tremblé , comme agitées par un tremblement de terre.

Voici maintenant cinq ans que, dans ce» contrées.

Chaiiue jour a entendu le cliquetis des bnllanles épées.

Mais depuis que j'ai quitté ce pays «je suis anéanti !.

Suis-je mort, ou bien les autres sont-ils morU?

Je ne cesse d'appeler les guerriers au combat ,

Maisœut qui devraient m'entendre font sourdsa mes plaintes eta mes reproches.

Oh! si j'eusse connu tes dts)K»lUons d.*» Yousouf/ls,

J'aurais mieux aimi fuir à Dangtkar.

46 t’ÜNIVERS.

Lm chiens des Khi^ttacks vaadraient mieux

que Ihs Vousouf/is,

Lor» ioè n* (| le i«ti iChatUelui eux*ménses ne vaudraient pu mieux que de^cûteut.

Tou.<i le» Afghan», depuis CaudabarjU)qa*a AUock ,

*Sotil aiiochéf par les mêmes liens de Tbonoeur.

Vovex aiiul combien de batailles Ils ont livrém,

Et co.nbieo les Tousoofzls sont Insejuibla a la honte !

La première, c'élaU au delà des monta* gnes,

El «luiranle mille Mogols y furent taillés en pièees;

Leur» femmes el leurs lllles devinrent prisonnières des Afghans,

Qui em nenèreiit par longues liles des chevaux , des chameaux, des éléphant».

Và seconde haUille fut livrée par Mir Hussein dan» le Dou&h,

El sa télé y fut brisée comme celle d’un serpent.

Ensuite vint le coml>at <fu fort de Noosher.i ,

«Il désenivra la tête des Hogols ; uU vinrent OJeswant Sing et Sboudja Khan ,

Qu’Ainall détlt à ftundàh.

Li sixième b.»taille fut livrée à Mookerrim K.han,

QirAtiuil balUt à en devenir fou deloie.

Jusfu'ici nou» avons toiduurs victorieux d ms la h.ilaiile :

Ayons donc pour l’avenir conHance dans le Aei^nfiirl

L’an dernier, Aurengzebest venu planter se» iHiiles contre nous.

Troublé dans ses maniérés el troublé dans son esprit.

Car tou» ses nobles sont morts dans la bataille:

El ses soldais qui ont péri, qui pourrait les compter?

Les trésors de l’Indouslan ont été répandus oomroe la pfinssiêre.

Les Moliors d’or rouge se sont perdus dan» les inonlafjnes.

En vingt fols aucun homme n’aurait pu de viner

Que dépareillés choses se sont passées dans ce pays.

Cep ‘M lant ta malignité du roi n’a pas d!mlntié,

La malignité qui attira sur lui les malédicti>m» de son père.

Ne voiHOonne/ p,H»aii roi;

Cir il 4 de in mvais drâselns , c.nr II est faux el tromp'Mir.

Celle aff.dre ne peut se lermintr que de deux manières :

Il faut . nu que le» Mogols soient détruits, ou «lue le» AfghaiiHpérisseni.

SI c*e»l la ce «ue prédisent les autres du ciel.

Si c ***t In vofonlé <le Dieu i|tw noun pi*rinsioiM, Ih Jotirrn i*.! venu.

Le. d.at, n.>un amôneal chaque jour un ^Jour nouveau;

L'iinraiUle irirlaroae, et l'anlrelei^plnea. Jour du d.iii^ter eat le jour de rhmmeiir.

San. honneur, que deviendraient lee Âfghaoi^

D'aillean, U n’jr « de dillrranee pour eaz

que par l’épée.

Et les At^haiH août plue braves par l'épée

' que le. Moqola.

Si leur Intellii^euoe se réveillait ,

•Si lesOu ouaSes voulalenl s'enir'alder.

Le. roi. seraient bientdt humiliés devant eni.

Mal. la dissension el la concorde, la Uchelé et la prudence

Sont dans la main de Dieu , qui assigue à chacun sa part.

■Vous verrei ce que les Afridi., les Mohmends el les Chaiiuiiaris feront

U)rs<iue ririnée du Mogol viendra camper a .Viiigrah.ir.

Mai. Je suis seul h sentir l'honneur de notre nom;

Car les Youvvnrzis s'endorment dans la paix de leurs vallees.

Celui qui esl aujniinriiui coupable d'une si graude impruilenoe

Verra a la tiii le résultat de sa conduite.

Pour mol , la mort e.l ineilleiire que la vie,

Quanil la vie ne peu! pas se conserver avec riioniieur.

Nous ne vivrons pas toqjours dans ce monde;

Mais la mémoire de Khooshdl Khatlack J vivra.

Au nombre des poètes poushtous il faut compter aussi Ahmed Shah, qui composa un livre d'odes dans cette langue. Il a été fait de nombreux commentaires sur ces odes.

I.«s prosateurs afghans se sont surtout occupésde théologie et de jurisprudence. Il y a cependant aussi quelques ouvrages sur l'histoire du pays. Les livres écrits en poii.shtou ne doivent pas être pris comme mesure de l'instructioii de la nation ; car le persan est toujours la langue savante, et c'est en persan que suiit écrits la plupart des livres de science. Il n'est pas facile de dire le nombre des auteurs qui ont écrit en cette langue; et si l'on comprend dans la ouantité tous ceux qui vivaient dans r Afghanistan, on y trouvera queljues-uns des plus grands auteurs persans. Si , au contraire, on ne compte que ceux qui appartenaient à des tribus indigènes, le nombre total des écrivains afghans sera très-peu coiisidéruble. Ce qui est certain, c'est que la lecture desauteurs persans est familière à la plupart des Afghans ; mais, en même temps , que rinslruelion et In culture générale du peuple est inférieure à celle de la Perse. Les sciences qu'on cultive

AFGHANISTAN

dam t’A/ghanistan aont les mdoies m’en Perse, et la manière de les étumer est la même que dans tous les Wlres pays de l'Asie. Un savant de liés contrées, en vncontrant un autre ^'il ne connaîtra pas, lui demandera n(i elles sciencés il a étudiées, quels livres n a lus; et celui-ci répondra ; Depuis tel 'dyrejusqu'à tel autre. Réponse qui sera ^ûssltât comprise, car ils lisent tous l^bn un certain ordre lise et inva- ||iat>le, comme les écoliers. Cette métüddè les einpéchede posséder ces connaissances si variées qu'on trouve chez lès Européens ; mais aussi il est juste lie direquece qu'ils savent, en général Us lé savent bien. Toutefois, cette méthode en quelque sorte fatale éteint la Curiosité et détruit l'originalité de Tésprit. Aussi , les Asiatiques sonttlÉÎ généralement d'une intelligence Vès-paresseuse. Sous ce rapport, les Afghans sont comme les autres; Ils ne s'occupent avec quelque suite (Jüe 'de la métaphysique et de la dialectidUe , où ils ont fait quelques pro- 'grès.

" Les encouragements que les sciences'étla lîUératureontreçusdes roisaf- ^iaris méritent d'étrereiharquésàleur nbniieur. Ahmed Shahaimaitbeaucoup lès lettres, et tenait, chaque semaine.

Un Medjlissi Ouléma (ou assemblée de Ihva'nts), qui commençait toujours par ttes dissertations sur fa théologie et la jurisprudence, et se terminait par des cxmversations sur la science n la poésie, qui se prolongeaient liouTent jusqu'au lendemain matin.

'Timour .Shah conserva l'habitude de èes réunions, et il n'était pas rare de Ty voi r I i re quelques-unes de ses compo. ’sitions. Il a publié un livre d'odes per- ’sanes, dont on parle avec beaucoup d’éloges dans le pays, bien que la malignité ajoute qu'elles ont été revues et corrigées par FIroghi, poète célèbre de sa cour. Ahmed siiali a aussi écrit Q^uelques poèmes en persan. Shah Zemün, qui passait pour l'homme le plus lettre de sa famille, a aussi sa- CriQé aux Muses. Un jour ses mullalis lui persuadèrent de defendre par proclamatiou souveraine l'etude de la lo-

gique , contraire à la foi mahométane ; mais cet édit n'eut d'autre effet que de provoquer les rires et les plaisanteries de peux à qui i| était adressé. Shah Siioudja, qui vient de mourir, était un arabisant distingué , faisait des vers passables, et, a tout prendre, avait la réputation d'un homuie instruit.

8 e. Relkloo , seetm et lapentions des Afghun.

T.,a religion mahométane est si connue aujourd'hui , on en trouve les préceptes et la doctrine exposés dans Unt lie livres, qu'il est complètement inutile d'y revenir ici. Nous ne mentioiinerons donc que ce qui est particulier aux Afghans.

Tous les Atghaùs appartiennent à la secte sunnite, qui reconnaît les trois premiers califes comme successeurs légitimes de Mahomet, admet leur manière d'interpreter la loi du prophète, et les préceptes dont ils ont transmis tradition. Ils regardent comme hérétiques les Shiites, qui rejettent les trois premiers califes, comme rebelles et usurpateurs du trône d' Ali, le neveu de .Mahomet et le quatrième de ses successeurs. Cettedernière secte n'existe qu'en Perse; tous les autres m.ihoraétans sont Sunnites. La différence entre eux, quoiqu'elle ne soit pas assez forte pour produire de gran.ls dissentiments dans le dogme et la murale, est cependant assez vivepuuravoir engendre une haine profonde. La partie peu éclairée des Afghans considère certainement les Persans comme plus infidèles que les Indous, et les déteste assurément plus pour leur hérésie que pour tout le mal qu'ils ont fait à leur pays.

Cependant, chose assez étrange, les sentiments des Afghans pour les peuples d'une religion tout a fait differente de la leur sont des sentiments de tolérance plutôt qu'au trement, a moi ns qu'ils ne soient en guerre avec eux. Ils croient, comme le.s autres musulmans,

« qu'a.icun inli lèle ne sera sauvé;

3 U il est légitime et même mèriloire e faire la guerre aux nun croyants; qu'on doit ou les convertir ou leuriin-

• L'UNIVERS

poser an tribut, et même les mettre à regardent, au fond, comme appartenant mort, s'ils ne veulent pas subir l'une à une race inférieure; et uu'enfln ils ou l'autre alternative. • IVla.s il est vrai sont queluuel'ois exposés à la tyrannie aussi que Shah Zéiiidn, dans sa coiiqué- des iiiollans. Cette tyrannie s’eteree te du Pendjâb , montra la plus grande au nom de la loi, et l’^nec dote suivante tolérance pour les Sikhs, et défendit montrera coniinent elle se pratique, de les molester, à moins qu’ils ne pris* ■ Un mollah, supplantédansses amours sent les armes. U’un autre cdte, le par un Indou, informe le cddi que son même prince se laissa persuader par rival, apres avoir embrassé l’islamisme, un bigot mollah d'essaver de convertir était retombé dans l'idolâtrie. Le deux Sikhs, et de les faire périr dans câdi ayant examiné les témoins ( lesles tourments, parce qu'ils refusaient quels aflirmèrent sous serment la d’embrasser l’islamisme; et I histo- conversion de l’Indou, et Jurèrent qu’il rien indou de la bataille de Panipat ra- avait répété le symbole de la foi macoute lecruel massacre de fugitifs desar- hométane), ordonna que l’accusé serait mes, et même de prisonniers mis à circoncis malgré lui. La sentence demort, dit-il, |>ar la fureur religieusedes vait être exécutée par le magistrat drousulmans. Mais, quelle que suit leur vil; mais le gouverneur Dourâni de conduite à la guerre, la manière dont Pécliavers'yrefusa.Acettenouvelle.le les Afghans traitent dans leur pays mollah assembla ses confrères; et, endes gens qui à leurs yeux sont inlideles, trantdans la ville a la tête de quelques est très-douce et très-honorable pour milliers de mollahs (car ils abondeiiti des disciples du prophète. On connaît Péchaver), il se dirigea sur la principale leur haine pour les idolâtres, et cepen- mosquée. I.à il empêcha l'appel ordidant ils laissent aux Indous le libre naire à la prière, suspendit toutes les exercice de leur religion , et leurs tem- cérémonies de la religion, comme si le pies sont respectés ; seulement il leur pays était en interdit, et lit si bien que est défendu de foire des processions re- le gouverneur fut à 1a tin obligé d'apligieuses et d'exposer publiquement peler lu cause devant lui. Apres avoir leurs idoles. Les Indous sont regardés tait de vains efforts pour mettre les técoinme impurs, et aucun orthodoxe moinsencontradiction avec eux-mêmes ne voudrait manger d’un plut préparé et les convaincre de faux témoignage, par eux. Cependant, on ne les traite ni il ordonna que l'Indou serait ciravec mépris, ni avec rigueur; souvent concis. La cruelle opération s'arcoinils occupent des places de coiiQance, plit, et le nouveau converti s'enfuit à dont quelques-unes sont très lucrati- Lahore. où il reprit l'exercicede la reves; etceux qui habitent l'Afghanistan ligion de ses pères. • paraissent y vivre autantà leur aise que Pour les chrétiens, la tolérance est tous les autres haUtants. La meilleure parfaite. Un catholique de Constantipreuve de la tolérance des Afghans, nuple, qui comptait ijuinxe ou vingt c’est ce qu'en disent les Sikhs, qui ont ansdese|ourdausrAfghaiiistan,en ren- Toyagé dans l 'ur pays. Chez eux h>s daii témoignage a Moutstuart Klphins- Siklis sont habitues a traiter les mu- tone. Quelquefois il sc plaignait des sulmans comme leurs inférieurs, et se- Afghans sous d’autres rapport.s ; mais raient par conséquent très se.isibles il disait toujours qu'ils n'avaient auâ toute injure qui leur serait faite par cune antipathie pour les chrétiens. Il nu homme de cette religiou : cep-n prenait soin de ne jamais attaquer les dant tous ceux qui ont voyagé dans doctrines de I islamisme, à moins qu'il l’Afghanistan s'accordent a parler avec ne fût assuré des sentiments de son éloge de la façon dont ils y ont été auditoire; et, sous tous les rapports aureçus. tresquecenxdelareligion,iletaittrai-

Il faut direccpendantque les Indous té comme un miisulman originaire pavent une taxe légère, dont les mu- de pays étrangers. « J'ai eu plusieurs sulmans sont exemptés; que ceux-là les • occasions de mettre à l’épreuve dit

AFGHANISTAr». 49

a M. Elphinstone, la fidélité de ses • domestiques musulmans, auxquels a il confiait quelquefois des secrets a qui auraient pu lui coûter la vie. Il a était toujours traité avec considéraa tion par les gens de tout rang , et a entre autres par l'iman du roi, le chef a de la religion dans le Caboul. Ce qui a^ prouve combien la tolérance est a réelle, c'est qu’il était tout particulièa rement suspect au premier minisa tre, à cause de son attachement pour a .Moktar o-Doulet; il fut même, pour a ce motif, emprisonné quelque temps a au Bala-Hissar, mais jamais on ne a songea à l’inquiéter sous prétexte de a religion. »

Les Shiites sont plus mal vus que toute autre secte religieuse : cependant tous les Persans (et ils sont nombreux) qui habitent le pays sont Shiites, et quelques-uns y occupent de trèsbrillantes positions. Leur religion leur permet et même leur ordonne de dis- I simuler leur foi lorsqu'ils se trouvent en pays infidèle ou hérétique, et cette capitulation de conscience les met à couvert contre la persécution. C'est ainsi qu'on ne les voit jamais prier dans l'altitude particulièreàleur secte, qu'on n'entend jamais leurs malédictions contre les trois premiers califes, qu'ils n'observent pas les fêtes parti- .culières à ceux de leur religion pendant le Moharrem. Cependant les Shiites, sans doute parce qu'ils sont en flagrante minorité, sont beaucoup plus fanatiques que les Sunnites, et ne se fontjamais scrupulede lesattaquer et de les maudire lorsqu'ils se trouvent devant des gens d'une religion différente. D'après une certaine histoire d'un ambassadeur chrétien, qui, sous le cinquième calife, se déclara pour les fils d'Ali et souffrit le martyre plutôt que de renoncer à son opinion, ils croient que tous les chrétiens sont convaincus, par la force naturelle de la raison, qu’AH et ses fils étaient dans leur droit.

Une autre secte, qui compte quelques partisans à Caboul, c'est celle des Soufis, que l'on doit peut-être regarder comme des philosophes plutôt que Afchssistan.

desreligionnaires. Ce qui parait résulter de leur mystérieuse doctrine, c’est que tout le monde animé et inanimé n’est qu’une illusion des sens, et qu’il n’existe rien que l’Être suprême , le-

?[uel se présente sous une infinité de ormes a l'âme humaine, qui n'est ellemême qu'une émanation de l'essenee divine. La contemplation élève queluefois les Soufis au plus haut degré 'enthousiasme. Ils admirent Dieu dans toutes choses, et, par de fréquentes méditations sur ses attributs, ils imaginent pouvoir atteindre à I amour ineffable de la Divinité, et même à une absorption complète dans sa substance. Comme conséquence nécessaire de cette théorie, ils considèrent les préceptes de toute religion comme des superfluités , prétendant qu'il est fort peu important de savoir de quelle manière la pensée de l'hom me se tourne vers Dieu , pourvu qu'en réalité elle reste en contemplation devant sa grandeur et sa boute. Cette secte est persécutée en Perse; et quoiqu'elle ne soit pas inquiétée dans le Caboul , elle est cependant odieuse aux mollahs, qui l'accusent d'athéisme, et cherchent souvent à convaincre ses sectateurs des doctrines que punit la loi mahométane ; mais leurs tentatives sont rarement heureuses , car la plupart des Soufis sont de sincères musulmans , malgré l’incompatibilité réelle des deux doctrines.

Cependant cette secte gagne du terrain, surtout dans les classes élevées de la population, et même parmi ceux des mollahs qui étudient la littérature; car son obscure sublimité est très-séduisante pour les gens de cette cl.'isse. L’nmour du mystère, quiestsi remarquable chez eux, les conduit naturellement à se former la plus haute opinion de tout ce qui est caché ; et il a même entraîné quelques-uns d'entre eux à vouloir pénétrer avec une avide curiosité dans les secrets de la francmaçonnerie. Tout ce qui en est connu cependant aux Afglians leur a été communiqué par un certain derviche qui avait voyagé en Europe, et s'était fait initier. Il raconta > qu'on le fit entrer

L’UNIVERS

dans une certaine maison de mystérieuse apparence, et qu’après avoir traversé plusieurs cours etdrssuuterraiiks obscurs, on rintroduisitdans une pieue où huit personnes étaient assises. Elles semblaient abiiitées dans leurs contemplations, et portaient sur leurs visages tous les signes de l'inspiration.

La derviclie apprit là des choses inénarrables, et, dans un instant de conversation avec ces sages, il acquit plus de connaissances sur les plus sublimes sujets, qu'il n'aurait pu le faire en plusieurs années de laborieuse étude.

Une secte que l’on confond quelquefoisaveolesSoulis estcelle qui porte le nuindu inullali Zakki,qui l'iniroduisit le premier dans l'Aigbanistan.

Ses sectateurs croientque tous les prophètes ont été des imposteurs, et que fa révélation n'est qu'une invention. Iis semblent douter beaucoup de la vérité d’une vie future, et même de l’existence de Dieu. Cette doctrine parait être très-ancienne ; elle fut jadis professée par le poêle persan Klieiouin, dont les livres sont des tissus d'impiété tellequ'on n’en trouve probablement dans aucune autre langue. K.h8' iouni s’appesantit surtout sur l’existence du mal, et accuse l' Être-Supréme de l'avoir introduit dans le inonde, en des termes qu’on ne saurait imaginer. Les SouQs ont fort maladroitement voulu faire rentrer ce poêle dans leur système. Au moyen d’interprétations forcées ils expliquent quelquesuns de ses blasphèmes, et représentent les autres comme des libertés ou des reproches innocents, comme ceux qu’un amant adre-se à sa bien-aimée. 1.68 sectateurs du mollah Zakki prolitent, dit-on, amplement de la sécurité que leur donne leur doctrine, par rapport à l’enfer et à la vengeance de i)ieu; aussi p.assent-ils pour les gens les plus dissolus et les plus immoraux de 1 Afglianistan.

La secte Roushemia a fait grand bruitparmi les Afghans pendant le seizième siècle, mais elle est presque éteinte aujourd'hui. Elle fut fondée sous le règne de l'eiuiiereur Akhbar par Bayézid Ansiri , que ses ennemis

appelaient le Péri Târik, ou l’apôtre des ténèbres, pour se moquer du titre de Péri Hou-sheni, ou apôtre de lû lumière, qu’il avait pris. Il professait Ite mêmes principes que lés Soufls ; mais comme il y ajoutait la croyance à la transmigration des âmes. Il est probablequ’il s’éuit inspiré des Yôgis, secte de philosophes indous, dni ont mêlé les dogmes de la religion dans laquelle ils ont été élevés aux doctrines des Soulis. Bayézid Ansàri grèffa sur le tout quelques opinions a lui prcmres.

Ainsi il enseignait que les ilviOifestetions les plus completesdela Divinité s’étaient faites dans la personne de saints personnages, et Surtout dans la sienne ; que tous les hommes qui n’embrasseraientpas ses Idées devaient être considérés comme morts, et que leurs biens devaient par conséquent tomber à ses partisans , en qualité d’héritiers survivants : bien plus, ces héritiers improvisés avaient le droit de s’entparer de leur héritage quand bon leur semblerait , et cela sans s inquiéter aucunement des réclamations des propriétaires morts, qui pourraient peutêtre affecter de vivre, malgré la décision du Péri.

Bayézid était un homme de grand talent, et sa religion se répandit rapidement chez les Berdourânis, à tA point qu’il put lever des armées, et livrer bataille au gouverneoient. A la lîn, cependant, il fut défait par les troupes rovales, et mourut de misère et de fatigue. Ses flis essayèrent de continuer sa querelle, et ils y réussirent pendant quelque temps; mais ils furent presque tous tués; et l’on montre encore sur l’Iodus deux rochers noirs qui sont, dit-on , les corps transformés de DJelal-el-Din et de Kemalel-Din, deux fils du Péri Târik qui furent précipités dans ce fleuve, et noyés parordred'Akhouiid Derwezeh.

Ces rochers s’appellent encore Djelatlia et Kemallia, et Sont situés près des tourbillons occasionnés dans le fleuve par le confluent de la rivière de Caboul. Les orthodoxes prétendenl qu’il est tout naturel que les bateaux viennent se briser contre lei corps d«

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AFGFIANISTAN.

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CM hérétiques, qui ont pendant leur vie fait faite naufrage a tant d'âmes malheureuses. Le principal adversaire du Péri Târik fut Akhound üerwezeh, Tadjik deBounere, qui passe aujourd’hui pour le plus grand saint de l’Afghanistau. Il a coinpusé de nombreux ouvrages, qui jouissent maintenant d’une très-grande réputation parmi Ses compatriotes. Toutefois , à en juger pat ce qu’on en connaît, il est vraisemblable que le Péri Târik serait resté long-temps sans réfutation, si les arguments d’Akhound Derwezeh n’eusse'nt pas été appuyés par les armes des empereurs mogols.

Cependant on trouve encore quelques adhérents de cette secte dans le voisinage de Péchaver.

Il y a, sans doute, encore quelques autres sectes parmi les Afghans, mais on doit dire qu’en masse ils sont mahométans. sunnites orthodoxes , et pour la plupart assez tolérants. D'après le style crdinaire de leurs conversations, on croirait que toute la population , jusqu'au.t plus simples paysans , est sans cesse occupée de contemplations pieuses V ils ne prononcent pas une phrase sans y mêler quelque allusion à la Divinité, et le plus simple accident leur arrache une exclamation dévote. Ainsi ils ne parlent jamais d’un événement à venir, quelque certain qu’il puisse être, sans ajouter InslidUlah, s'il plaît à Dieu. Ils appliquent même cette formule aux faits accomplis; et un Afghan, interrogé sur son âge, répondra le plus souvent : « J’ai quarante-cinq ans, s'il platt à Dieu!

C’est la coutume de porter uii chapelet à sa ceinture, et de le réciter quand la conversation s’arrête. Ils afiirment toute chose sous serment , à tout propos, et avec autant de solennité que s’ils étaient devant le tribunal le plus grave. « Je jure par Dieu et par son Prophète. » « Puisse -je sortir de ce infidèle, si cela n’est pas vrai ! * « Que ma femme divorce trois fois, si je mens. • Un de leurs serments les {ilus solennels se fa'rt en invoquant le nom de Dieu trois fois de suite, et chaque fois d’une manière différente :

• Ouallah, Billah, 'Tiilah! • Ils ont aussi, eu commun avsc la plupart des musulmans, une singulière coutume, qui permet d’imposer quelque chose a quelqu’un au moyen d’an serment.

C’est une espèce d’adjuration qui oblige bon gré, mal gré, la personne à qui l’on récite la formule du serinent. Ainsi un homme dit à un autre : « Je jure, par le Corail, qoejadiais vous ne révélerez ce que je vous ai conUé. »

Ou bien encore, « Je jure par Jèsus- Christ , l’âme de Dieu, que vous m'accordez cequé je demande. » 11- est assez rare de voir des gens refuser ce qu’on exige d’eux par ce moyen-là ; et bien souveut on entend dire, comme pour se justifler d’avoir accédé à une requête déplacée : « Je ne l’aurais jam.nisfait, mais il me l'a imposé par serment. »

Les Afghans ne commencement jamais rien sans réciter le Fâtihah ; c’est le premier verset du Coran :« I.ouan- « ges à Dieu, le Seigneur de toutes les « créatures, le Très-Miséricordieux, « le Roi du jour du jugement. Nous « tJnduroDS ; nous te demandons asti sistance; dirigc-nous dans la voie « droite , dans la voie de ceux pour « qui tu as été gracieux , et non pas « de ceux contre qui tu es courrou- « cé , ni de ceux qui sont égarés. »

Si quelqu’un se met à réciter ce verset a haute voix, le reste des assistants dit Amen. Cette cérémonie se fait dans toutes les occasionâ'iinportantes , avantde commencer un voyage, de conclure un marché, un mariage , etc.

Il n’y a peut-être pas de peuple plus exact dans l’accomplis<ement de ses devoirs religieor. Ils font leurs prières cinq fois par jour : la première avant l’aurore, et la dernière peu après le crépuscule du soir. L’heure de la prière s’annonce toujoursdu haut des minarets par la voix des muezzins, qui orientaux fidèles ; « Allah ou Akhbar » (Dieo est très-grand ), et le répètent jusqu’à ce qn’ils supposent <|ue tous les fidèles ont pu les entendre. Cet appel à la prière a quelque chose de solennel, qui fait toujours impression sur les étrangers dans tous les pays musulmans. Chaque

L'UNIVERS

fidèle récite Sa prière la face tournée vers la Mecque; et dans l’Afghanistan tous les gens riches portent une boussole, surtout en voyage, qui leur indique la direction de la Mecque.

La prière se dit debout ; ensuite le fidèle s'assied sur ses talons, comme les Persans, et continue ses dévotions dans cette attitude, se prosternant assez souvent jusqu'à frapper la terre avec son front. Ce n'est pas seulement la religion , qui ordonne , dans l'Afghanistan, à chaque fldèlededire exactement ses prières; la loi civile Fordonne aussi, et il y a des officiers nommés Mouhtésibs qui sont chargés de poursuivre les délinquants, et de punir tous ceux qui manquent aux prescriptions religieuses.

Le jedne du Ramadân devient aussi une obligation ci vile : il est strictement observe^; et comme il interdit de boire de l’eau ou même de fumer depuis le lever Jusqu’au coucher du soleil , c'est réellement une observance rigoureuse. Cependant ce n’est pas une cause d’ennui pour les étrangers.

Le pèlerinage de la Mecque est une obligation imposée à tous les musulmans, une fois au moins dans leur vie. Beaucoup d'Afghans s'y soumettent. La route la plus ordinaire est par le Sind , où les pèlerins s'embarquent pour Mascat ou Bassora , et se rendent de là par terre à la Mecque.

Ceux qui habitent le nord-est descendent rindus par eau , et le saint objet de leur voyai^e leur assure le respect même des tribus les plus pillardes.

Beaucoup de pèlerins ne vivent que d'aumdnes pendant le voyage; à la Mecque, ils sont défrayés sur la rente d’un fonds créé par Ahmed Shah, qui fit élever dans cette ville une mosquée et une sorte de caravansérai pour l’usage de ses conrmatriotes. Lorsqu'il n’y a que peu d' Afghans présents à la Mecque à l'époque du pèlerinage, et qu’il reste des fonds libres, on les distribueaux Arabes, qui par conséquent ne sont jamais très-enchantés de voir venir un grand nombre de pèlerins afghans. Aussi emploient-ils tous les moyens de les dégoûter, surtout en

les accusant d'être Shiitai, parce que généralement ils parlent le persan.

Tous les pèlerins afghans parlent avec horreur de la barbarie et de la rapacité des Bédouins arabes, et ils prétendent que le plus déterminé pinard de la plus pillarde tribu de l’Afghanistan n'est qu’un innocent, auprès de ces enfants du désert.

Le mahométisme exige que chacun des fidèles dépense une partie de son revenu en oeuvres charitanles. Les présents aux saints personnages, les subventions régulières des mollahs, sont compris dans cette catégorie, aussi bien que les aumônes distribuées aux mendiants. Dans les lieux éloignés dc4 villes, où il n’y a pas de mendiants, on regarde l'argent dépensé en soins hospitaliers comme œuvre charitable.

Les dés sont prohibés , ainsi que tous les jeux de hasard où l’on ne peut jouer que pour gagner de l’argent. Cette interdiction est assez peu observée; mais cependant les Afghans sont très-peu adonnés au jeu. Le vin est aussi défendu, et il ny a que les gens riches qui en boivent; mais il est une drogue enivrante, nommée Beng, dont beaucoup trop de gens font usage, quoiqu’elle soit également défendue. Ce- ^ndant c’est un des peuples les plus sobres que l’on puisse voir; et, sous ce rapport, ils sont très-supérieurs aux Indous. Rencontrer dans les rues des ens ivres, comme cela se voit souvent ans les villes brahmaniques, serait un prodige dans l’Afghanistan.

Les Mouhtesibs, qui ont lachargede Iamoralepublique,sonten général des personnages tres-peu populaires. On les accuse de relâcher souvent des coupables moyennant finance, et d’extorquer de l'argent aux innocents par intimidation. Ils ont le droit de faire appliquer jusqu’à quarante coups, etd’ordonner l’exposition des coupables au mépris public, en les promenant par la ville sur un âne ou sur un chameau, la tête tournée du côté de la queue de l’animal. Les Mouhtesibs portent à la ceinture l'instrument du supplice qu’ils peuvent ordonner, en guise d’insignes de leurs fonctions.

AFGHAMSTAN.

Iaïs mollahs et tous les religieux pi^lient «n général une grande austérité de mœurs; il y en a qui, dans l’ardeur de leur zèle, font la guerre aux luths et aux violons. Cependant les tambours, les trompettes et les Dûtes sont exemptés de la proscription ; ce sontdes instruments guerriers, mais les autres pussent pour efféminés, et la musique est regardée comme indigne d’un vrai musulman. Le peuple parait avoir peu d'envie de se conformer à cette austérité excessive : en général, on ne lesécoute que pour les choses réellement sérieuses; et il y a même beaucoup d'endroitsou ils n’ont aucune inDuence.

Les mollahs sont très-nombreux, surtout dans les villes. Lorsqu’on en parle comme corps, on les appelle les oulémas (les savants).

Ce sont des gens actifs , capables comparés à jeurs compatriotes, trèsattachés aux intérêts de leur corps, et très-soigneux àdéfendre son influence.

Ils possèdent, à peu près exclusivement, toutes les lumières du pays.

L’éducation de la Jeunesse, la pratique de la jurisprudence et l’administration de la justice leur sont entièrement conliées: ces avantages. Joints au respect que la supériorité de leurs connaissances leur mérite au milieu d’un peuple ignorant et superstitieux, leur permet dans quelques circonstances d’exercer un pouvoir presque illimité sur les individus, et même sur certaines corporations. Ce pouvoir, ils l’emploient à punir toutes Tes contraventions à la loi mahométane , à réprimer les Shiites ou autres inOdèîes, et eafln à venger ou h défendre les intérêts de leur ordre. L’influence des mollahs s’emploie souvent encore d’une façon salutaireàaccommoderles différends des tribus. On voit des troupes de ces saints personnages s’avancer avec leurs grandes robes au milieu de deux Oulousses prêts à se livrer bataille. Ils portent devant eux le Coran, récitent des prières, exhortent le peuple à se rappeler leur Dieu et leur religion commune, et il est rare qu’ils ne réussissent pas à faire suspen-

dre les hostilités, si même ils ne parviennent pas à rétablir déünitivement la paix.

Les mollahs sont surtout puissants aux environs de Péchaver et dans tout le pays des Berdourûnis. Dans la ville de Pechnver, le gouvernement sikh a beaucoup diminue leur autorité; mais dans les campagnes voisines une insulte faite à un mollah suffit pour exciter une émeute. Dans ces occasions les mollahs convoquent leurs confrères, suspendent l’exercice du culte, refusent d’assister aux enterrements, déclarent leurs antagonistes iiindèles, et les excommunient formellement.

Si cela ne suffit pas, ils promènentdans le pays l'étendard vert du prophète , battent le tambour, et proclament le SiUU (cri de guerre des musulmans).

Ils annoncent « que tous ceux qui périront pour leur cause jouiront de la gloire des martyrs, tandis que les autres seront excommuniés. » Ils ont ainsi bientôt rassemblé une grande multitude, ou, comme ils l’appellent, une armée; et comme les Afghans redoutent encore beaucoup plus leurs anathèmes que les chances des combats, ils forcent ordinairement les adversaires des mollahs à la paix.

On raconte dans le peuple (et les mollahs cherchent à les accréditer, de bonne foi peut-être) d'étranges histoires de remparts qui s'écroulent d’eux-mêmes devant des armées de mollahs , d’epées qui se brisent, de balles qui se détournent plutôt que de frapper ces saints personnages. Cependant on osa une fois leur résister, et cela dans le voisinage de Péchaver.

L’Hâkim de Hashtnaggar mit en déroute une de leurs armees, qui voulait lui imposer, par la force, un contrat usuraire. Ils perdirent beaucoup de monde dans cette affaire, dont le résultat lit beaucoup de plaisir aux gens du voisinage; car, à tout prendre, les mollahs sont plus redoutes qu’aimés.

Dans l’ouest, leur puissance est moins considérable; mais en général leur caractère, comme hommes, y est plus recommandable. Aussi sont-ils trèspopulaires, surtout dans la campa-

L’UNIVERS

^ne, quoique cependant on y coiiualsse très-bien les vices de leur ordre, et qu’on se plaigne souvent des contributions forcées qu'ils imposent aux mœurs hospitalières des habitants.

Dans l’ouest aussi ils ont quelquefois fait sentir leur puissance, surtout sous le règne de Tiinour .Shah, dont le premier ministre était un mollah. A cette epoque, ils poussèrent l'insolence jusqu’à attaquer au milieu de Caiidahar la maison de Eefayet K.han , un noble, Shiite d'origine, qui avait été revêtu des plus hautes dignités du pays. Une bande de mollahs pénétra jusque dans son liarein, exigea une rançon considérable, et ne sortit qu’cn protestant contre l'injustice de la fortune, qui faisait qu’un Shiite se nourrissait de gras pilaus, tandis qu’eui-inéines ils n’avaient, disaient* ils, que du pain sec. Il fallut l’intervention du roi pour apaiser cette émeute; et encore n’en vint-il à bout que très-difficilement.

Les vices particuliers aux mollahs sont l'hvpocrisie , la bigoterie et l'avarice. Leur vie publique est le plus souvent celle de saints personnages ; mais en secret bon nombre d'entre eux se livrent à tous les vices qui peuvent se satisfairesans scandale; ils sont surtout accusés d'exercer généralement l'usure. Il est expressément défendu par le Coran de prêter de l’argent à intérêt, et il est peu de musulmans qui osent violer ouvertement les prescriptions d’une loi qu’il estai facile de tourner. Le plus souvent on se contente de prêter son argent aux commercants, en stipulant une certaine

fiart'daua leurs béiiélicais ; ou bien on e place dans les mains de banquiers,

a ni garantissent au préteur une part ans le résultat de leurs opérations.

C’est là ce que font ordinairement les gens riches : mais les mollahs, ou du moins un grand nombre d'entre eux , ne prennent pas tant de précautions ; ils prêtent ouvertement sur gages et à intérêt composé, et amas.sent ainsi des richesses incroyables. C’est par ce moyen qu'ils ont accaparé une notable portion des propriété iininobilières

du pays. Cependant ils ne se livrent pas tous à l’usure, et voici quels sont alors leurs moyens d’existence.

Outre ceux qui possèdent des bénéfices ecclésiastiques , outre les nombreux iinans de village, qui perçoivent une certaine part sur les moissons et les troupeaux des fidèles, il y en a qui reçoivent des terres des cliefs de villages, 'qui succèdent à des legs faits ar des individus. Il y en a qui vivent de enseignement et de la pratique de la jurisprudence, qui sont maîtres d'école , ou précepteurs dans les maisons des gens riclies : ceux-ci préclienl, et sont payés par leurs fidèles ; ceux-là vivent sur des fonds légués aux œuvres de bienfaisance , sur des subsides accordés par ieur village pour les mettre à même de faire leurs éludes , ou sur les aumônes et les mœurs hospitalières de la population; d'autres, enfin, font le commerce, deviennent fermiers, ou vivent de leur propre fortune.

Le grade de mollah est conféré, par une assemblée de personnes de l'ordre, à ceux qui prouvent avoir failles études nécessaires et passé les examens requis. L'adiuissiun d'un caqdidat .se fait suivant un cérémonial prescrit , dont le détail principal est la collation du turban de inolian , que le personnage le plus considérable de l'assemblee roule autour de la tête du récipiendaire.

I.es mollahs se distinguent par un costume particulier, qui se compose d'une grande robe de coton biaociie ou noire, et d’un immense turban blanc , de forme particulière.

Il n’existe pas de corporation de mollahs semblable aux ordres monastiques de l’Europe, et ils ne sont pas suumis à un ciief ou à une discipline particulière, comme les èglise.s chrétiennes. Excepté ceux qui exercent des fonctions civiles, iissont tous parfaitement indépendants , et leur violent esprit de corps ne vient que de la communauté de leurs intérêts. Ils se marient tous, et vivent à tous égards cninine les laïques. La plupart affectent une grande gravité de manières :

AFGHANISTAN. SS

mais on en Toitsuni qui fréquentent joyeuse compagnie et prennent part à tous les plaisirs. On en voit coiffés de leurs larges turbans blancs , une écharpe bleue passée sur l'épaule, un grand béton à la main, et un livre sous le bras, défilant la parade dans les rues, à la tête d’une douzaine de leurs disciples. Un autre, assis dans le divan d’un homme rione, harangue l'assistance, prêche sa doctrine; ou bien il amuse le maître de la maison avec ses plaisanteries et ses histoires, qu'il récite en faisant circuler son immense tabatière dans son auditoire. Les mollahs de cette sorte passent pour de trèsaimables compagnons.

Ce n'est pas chose facile de savoir si, à tout prendre, les mollahs sont, oui ou non , un corps utile de l'État. D'un côté, ils rendent des services très-réels, lorsqu'ils concilient les querelles des tribus ; ils se recommandent par les bonnes leçons qu’ils donnent, quoique peut-^tre ils n’y croient pas toujours eux-mêmes; et, enfin, ce sont eux qui conservent le peu de lumières qu’il y a dans le pays. Ce sont là des titres' réels; mais, d'un antrecôté, >1 est plus que probable qu'ils sont euxmêmes le plus grand obstacle à un meillegr ordre de choses; et il est certain que ni leur religion, ni eux, ne comportent un haut degré de civilisation , quoique d'ailleurs cette religion convienne parfaitement bien aux Arabes , pour qui elle fut d'abord inyentée.

Outre le clergé régulier, i| y a un grand nombre de gens qui sont respectés du peuple à c.ause de leur sainteté, ou même a cause de celle de leurs ancêtres. Dans celte dernière catégorie, les plus fameux sont les Seîdes, ou descendants de iMahomet. Dans la première figurent les derviches, fakirs, etc. Une espèce particulière est celle des Calenders , qui vont presque tout nus; d'autres errent de ville en ville, et visitent tous les lieux de pèlerinage. Ceux-ci vivent dans l'abstinence et le jeûne, au milieu des villes : ceux-là se retirent au désert, pour y mener une vie pleine d'austèrites. Ces ascétiques

ont toujours été fort estimés des Afghans ; et presque tous les contes populaires du pays sont remplis par les légendes des' saints mêles et femelles qu’il a produits. Les lieux où reposent les cendres de ces saints personnages sont regardés comme sacrés, et même quelques-ims des plus célèbres joui.ssent du droit d'asile. Une preuve du respect qui s’attache à ces lieux saints, c'est, parexemple. que quand les Yousoufzis, la plus turbulente et la moins scrupuleuse des tribus, entrent en campagne, on remet les femmes dans ces sanctuaires, persuadé qu’en cas de malheur elles y seront respectées.

On trouve encore, dans le pays, beaucoup de saints de cette espèce; et l’ignorance de leurs compatriotes leur attribue le don de prophétie, et le pouvoir de faire des miracles. Les gens des hautes classes , auxquels on àerait tenté de croire plus de lumières, ont foi dans leurs prMictlons, et trèssouvent les chefs du gouvernement les consultent sur les anaires les plus importantes.

Quelques-uns de ces gens doivent être et sont certainement des imposteurs; • mais les trois personnages « éminents queje visàPécliarer.ditun « voyageuranglals, d^avouaient toute « prétention à un pouvoir surnaturel.

" On les traitait avee le plus grand « respect, et le roi lui-même ne s'as- « seyaitjamais devant eux, avant d’en « avoir reçu l’invitation formelle, fis

• paraissaicntnesolliciteraucunement « ceshonneursextraordinaires;ilspar- « laient librement de la conduite du « gouvernement, et blâmaient ses dé- « tauts ainsi que ceux de la nation

• avec la plus grande liberté. Le seul

« qu’ils semblaient employer

« pour con.server leur haute réputa- > tlon, c’était une grande austérité.

« Les gens de cette sorte sont rare- « ment très- instruits, et les trois

• grands saints que l'ai vus étaient « parfaitement exempts de grimace et « d'affectation ; ils ne se distinguaient « des autres que par le charme et la

• douceur de leurs manières. *

SG

L’UNIVERS

La crovanee dans ces saints n'est pas la seule superstition des Afghans; nous allons en citer quelques autres exemples.

Tous les Afghans croientà la chimie et à la magie. Les Indiens passent, à leurs yeux, pour de ^ran<ü maîtres dans ces arts mystérieux. Quelques imans, malgré la prohibition du Coran, dépensent leur temps et leur argent à la recherche de la pierre philosophale.

« Un Afghan natif de Péchaver, « âgé d’environ soixante ans, dit

< Montstuart Elphinstona, et qui était « à mon service, s’éprit d’une belle « passion pour une fille de Pounah.

« Il y a quelque temps, plusieurs de ses « compatriotes le surprirent, enfermé

< avec un Indien, occupé à composer « des charmes qui devaient lui con- « quérir l'affection de sa maîtresse. »

Près de Candahar ,on voit une caverne qu’on appelle la caverne de Djemshid, et au fond de laquelle il est, dit-on, impossible de pénétrer : il paraît qu'on y est arrêté par un torrent souterrain. Les Afghans racontent qu'après s’y être avancé jusqu’à une certaine distance, on entend le sifflement des vents et le bruit des eaux : celui qui ne se laisse pas effrayer, et veut pousser plus loin l’aventure, voit bientôt se dresser devant lui une roue armée de sabres, et qui tourne avec tant de force et de rapidité, qu’elle menace d’anéantir le téméraire assez osé pour en approcher. Quelques esprits aventureux ont, dit-on, triomphé de ces obstacles, et out été récompensés de leur audace en arrivant dans un jardin enchanteur, caché dans les entrailles de la terre. Les Afghans vous décrivent la verdure de cette délicieuse région, ses arbres, ses bois, ses bosuets, ses ruisseaux transparents, ses eiirs aux mille couleurs brillantes, et surpassanttoutce que l'imagination humaine peut rêver de plus ravissant. Ses fruits exquis, ses brises parfumées, les concerts perpétuels qu’on y entend, réalisent les peintures les plus séduisantes que les musulmans aient faites de leur paradis.

Les Afghans croient encore que les

nombreuses solitudeades déserts et de i montagnes de leur pays sont habités chacune par un géme qu’ils appellent le Gouli Bialjdn{\a Goule, ou l’esprit du désert. ) Ils le représentent comme un spectre effrayant, aux proportions gigantesques, qui dévore les malheureux voyageurs amenés par le hasard dans son repaire. Ce génie cause les illusions qui trompent le voyageur, en lui faisantcroire qu’il voit devant lui de grands lacs au milieu du désert; et alors malheur à l’infortuné qui se laisse séduire par cette ruse ! conduit par le génie jusque dans des lieux inconnus aux mortels , il est bientôt terrassé et mis en pièces.

Tous les Afghans ont un grand respect pour les cimetières, qu’ils appellent souvent les villes du silence, et que leurs imaginations peuplent des spectres des morts. Chaque spectre se tient à la tête de son tombeau, invisible aux yeux des mortels, et s’y rassasie des parfums des Heurs , et de l'encens que ses parents viennent briller sur sa tombe. Ils croient encore à un très-grand nombre de génies et aux revenants. Une tradition rapporte que, dans une bataille entre les .Shiites et les Sunnites, on vit les esprits des quatre premiers califes apparaître sur une montagne près de Caboul , enveloppés chacun dans un nuage de feu.

Les Afghans attribuent aux songes une vertu prophétique; et, avec leur manière tres-large ae les interpréter, il est en effet assez difficile qu’ils ne puissent pas les appliquer à tous les evénemens.

Ils sont persuadés qu’on peut arriver à connaître l’avenir au moyen de calculs astrologiques et de sortilèges cabalistiques. Ils tirent des présages de mille manières, et surtout de leurs chapelets. Ils prennent un de ses grains au hasard, en songeant au projet qu’ils méditent ; puis , en comptant depuis ce grain jusqu’au premier, ils tirent des augures tavorables ou contraires à leurs désirs, selon qu’ils obtiennent un nombre pair ou impair.

Cependant, si adonnés qu’ils soient à

AFGHANISTAN

la divination, ils ne croient pas indispensable de faire des appels de cette sorte à la Providence, et ils se font un erand mérite de leur Tbuakkal HeK khouda , ou confiance en Dieu. Avant d’entreprendreun voyage, ils récitent ordinairement une courte prière qui commence par ces mots : • Je place ma confiance en Dieu tout-puissant. > Pour encourager un homme irrésolu, ils lui disent souvent : « Mettez votre confiance en Dieu, et essayez. »

Le plus recherché des moyens qu'ils emploient pour connaître l'avenir, ressemble fort à nos sortes yirgilianæ. On ouvre un livre au hasard, et on essaye d'appliquer la première phrase qu'on rencontreau projet dont on s'occupe. Le Coran est le livre par excellence pour ces sortes d'expériences, qui ne doivent se faire qu'après le jeune et de longues prières ; on emploie cependant aussi d'autres livres au même usage , et surtout les poèmes de Hàfiz :

Enfin les Afghans croient aux talismans , à la possibilité de dominer les génies et les démons, et à mille autres superstitions qui leursont communes avec tous les autres Asiatiques.

g 7. Agriculture.

n V a, dans l'Afghanistan, cinq classes de cnitivateurs :

t° Les propriétaires, qui font valoir eux-mêmes leurs terres;

3* Les fermiers, qui font valoir les terres des autres, et payent au propriétaire une somme fixe en argent, ou une quantité déterminée de produits;

3<> Les Bazgars, qui partagent avec le propriétaire, comme les métayers du midi de la France ;

4° Les ouvriers sans propriété , qui travaillent sur les terres des autres moyennant un salaire;

6° Enfin les débris de la population conquise , les esclaves qui vivent sur les terres de leurs seigneurs , et n'en revivent aucun salaire.

Les propriétés sont , comme on le pense bien, très-variables en étendue; mais, à tout prendre, la terreest peutêtre divisée dans l'Afglianistan d'une

manière plus égale qne dans beaucoup d'autres pays. On y voit un grand nombre de petits propriétaires qui font valoir leurs terres eux-mêmes , assistés des gens de leur famille, et quelquefois d'ouvriers à gages. La nature du gouvernement des tribus fait comprendre commentet pourquoi la terreest divisée presque également.

Cette distribution semble en effet avoir été dans l'origine fondée sur le principe de l'égalité, et ne s'être modifiée que par le développement naturel des faits. L'inconduite ou le malheur ont forcé et forcent encore des gens à vendre leurs terres; d'autres les quittent par amour du changement, ou sont obligés de les quitter, à la suite de querelles. Plus que toute autre cause, enfiiil'égalitédupartageentreles enfants, ordonnée par la loi mahométane, rend bientôt les lots trop petits pour que chaque propriétaire y puisse vi vre; et beaucoup sont dans la nécessité d'abandonner leur part à leurs frères, ou de la vendre. On trouve des acheteurs parmi ceux que la guerre, l'agriculture, le commerce ou même les fonctions publiques ont enrichis.

Le prix d'achat de la terre, dans le Caboul, est, selon M. Strachey, de neuf à douze fois la valeur de son produit annuel.

Le nombre des fermiers, dans l'acception ordinaire du mot, n'est pas considérable. La durée ordinaire d^un bail est d'un ou de deux ans, jamais de plusde cinq. Létaux de la rente payée au propriétaire est très-variable : dans l’aride pays des Stourianis il est du dixième du produit brut; dans la plaine de Badjour il est du tiers à la moitié du produit; et, dans le voisinage de la ville de Caboul, des deux tiers.

Les fermiers appartenant à la seconde des catégories que nous avons établies, payent une rente au propriétaire pour l'usage de sa terre, et ils ne lui doivent, comme ils n'ont à lui demander, rien de plus. Sur les terres cultivées par les Bazgars , c'est ordinairement le propriétaire qui fournit les semences', le bétail , les instruments

L’UNIVERS

d’agriculture , le Bazgar n’ayant rien à fôurnir de plus que son travail.

Quelquefois le Bazgar entre cependant dans une partie de oes frais; quelquefois même il fournit tout, esceutê les semences. La part du Bazgar dans la récolte est variable depuis le dixième jusqu'à la moitié.

Les journaliers sont aux gages des Bazgars; on Iss paye à la saison, qui dore neuf mois, depuis l’équinoxe du printemps jusqu'à l'biver. Ils sont nourris et souvent aussi habillés par ceux qui les emploient; de plus, ils reçoivent à titre de salaire une certaine uantité de grains, qui varie depuis eux Mânds KhAni et demi ( à peu près deux cents livres de grain) et une roupie (2 fr. 60 c. ) jusqu’àdix Mânds (huit cents livres) et deux roupies ( 6 fr. ) ; quand on les paye, seulement en argent, on leur donne le plus ordinairement trente roupies ( 46 fr. ), sans compter la nourriture et l’habillement.

Uans les villes, le salaire d'un journalier est d’à peu près cent dinars par jour (0,46 cent.) avec la nourriture.

A Candahar, où les bras sont chers , on paye trois Shâhis et douze dinars (environ 0,06 cent.) par journée.

Pour estimer la valeur rMlle de ce salaire, il faut savoir qu’à Caboul cinq livres de farine de froment ne valent pas beaucoup plus d’unShâhi. A Pécbaver les Anglais ont aciieté la farina de froment au prix de soisante-seiza livres pour une roupie (2 fr. 60 e. ).

Il y a deux moissons par an dans la plus grande étendue de l’Afghanistan.

Pour l'une an sème en automne et l’on récolte on été; elle se compose da Ué, d'orge, da lentilles, de pois, de harieots. Pour l’autre. Iss semences sa tot au printemps et la récolte en automne; elle se compose de riz , da millet, d'Imlcus sorghum, de maïs, etc.

La première s’appelle Bihdreh, ou moisson du printemps; c'est à beaucoup près la plus importante pour l'ouest de l’Afgliaiiistan , c'est-à-dire pour les pays situés à l’ouest des monts Soliman. Dans l'est, l'autre récolte, qui s'appelle Paiieh (delachutedes feuilles)ou Jirmai (de l'automne), est la plus con-

sidérable pour la généralité du pays.

Il y a cependant des exceptions. Dans leBadjour. le Pendjcora, les terres d'Othman-khail et du Makelwâd, c’est la première récolte qui est la plus importante. Dans le Pechaver, le Bongesh, le Daniân, les deux réooltes sont presque égales. Dans le haut pays, dans les montagnes surtout, il ya des contrées où les habitants n’ont qu’une moisson ; ils sèment au printemps pour recueillir en automne.

Les diverses sortes de groins s'emploient dans des proportions très-différentes. I.« froment est la base de la nourriture des habitants dans la plus grande partie du pays. L’orge se donne aux chevaux. Le' mil sert a faire du pain; à Péchaver, on mange beaucoup de pain de ma'is, tandis que dans l'ouest on ne le voit que dans les jardins. Le riz abonde en plusieurs endroits; le meilleurestcelui de Péchaver.

L’avoine se trouve seulement à l’état sauvage dans l'Afghanistan; on ne l'y cultive pas.

Parmi les plantes potagères , nous citerons la carotte, le navet, la betterave, la laitue , les oignons , l’ail, le fenouil, les épinards, les choux, les choux-fleurs, et toutes les especes de légumes. Dans quelque partie du pays, on cultive les navets en trèsgrande quantité, pour la nourriture des bestiaux. Aux environs de Péchaver on cultive la canne à sucre, mais en trop petite quantité pour les besoins du pays; le sucre s'importo de l'Inde.

Il eo est de même du coton; et la plus grande partie des cotonnades consommées dans l'ouest s’importent aussi de la péninsule.

La plante qui donne l’huile de

Palma-Chrisli est très-commune dans Afghanistan , où elle est connue sous le nom de Badandjir. C'est «Ile qui fournit la plus grande partie del’hutla consommée dans le pays , quoique la sésame, la moutarde et plusieqM autres oléagineuses soient très-abondantes. La garance est très-coininun« dans l'ouest. C'est une plante des climats tempérés; et celle qu’on cm-

AFGHANISTAN. S9

Ploie dans ITnde vient surtout de Afghanistan. On la sème en été, dans des terre.s préparées et fumées avec le plus grand soin Ses feuilles servent è la nourriture du bétail; mais sa racine, qui fournitia teinture, ne se récolte que la troisième année.

L'assa-fœtida est très-commun dans l’ouest, où on le trouve à l’état sauvage : on ne s’en occupe que pour en e.xtraire la sève. C’est un arbuste à longues feuilles, que l’on coupe très-

f>res de la tige; le suc qui coule de a taille est recueilli dans des vases, et se durcit cotnmel'opium. Il suffit de la simple exposition au soleil pour le purifier. On exporte dans l’Inde de grandes quantités de cette drogue, qui est un ass.iisonnement favori de la cuisine des Indous et des musulmans.

On récoltedii tabacpresque partout.

Parmi les plus importantes productions de l’agriculture de l'ouest, figurent la luzerne, et utie sorte de trèfle appelé sheftal. Le nom ()ersan de la luzerne est fiishka, et son nom pouslitou Spasta; on la sè ne ordinairement en automne, et elle passe l'hiver sous la neige; dans certains pays on la sème au printemps. Il lui faut trois mois pour arriver à maturité; alors on peut fa couper tous les quinze jours pendant trois mois encore, à condition toutefois qu’on aura sadi de l’arroser après chaque coilpe. La plante dure ordinairement cinq ans, sans qu’on ait besoin de faire de nouvelles semences; quelques auteurs affirment qu’elle dure jusqu’à dix et même uinze ans : elle consomme beaucoup ’engrais. Le sheftal se sème plus ordinairement au printemps qu’en automne. Deux mois après quai a levé, on peut le couper avec un ou deux regains pendant faiinée. Il ne dure Jamais plus de trois ans, et rarement plus d’un. Ces deux plantes se donnent vertes au bétail; mais on eu conserve aussi une partie à sécher dans les greniers pour l’hiver. Outre les herbages naturels et ceux que nous venons de nommer, il y a encore dans rAfghauistau d’autres végétaux qu'on utilise pour la nourriture des animaux.

Les diverses espèces de rail, l’holcuasorghum,se cultivent souvent pour leur paille, qui est très-nourrissante, et qui, sèche, se conserve tout l’hiver. Il n'est pas rare de voir couper le blé et l'orge avant qu’ils n'aient épié : on en nourrit les animaux; et les Afghans prétendent que cette opération, loin de nuire à la récolte, lui est favorable. On la répète même plusieurs fois sur l'orge; mais le blé ne peut pas la supporter plus d’une fois. Il est aussi oroinaire de mettre le bétail sur les grains semésen automne, pour lui faire manger les herbes qui poussent avant l’hiver.

Tels sont les principaux produits de l’agriculture des Afghans. Maintenant, nous allons essayer d’exposer leur système d’irrigation, qui est peutêtre leur principal moyen de culture.

Le mode le pfus général d’irrigation est fourni par les cours d’eau , que l’on détourne quelquefois tout simplement sur les champs, mais qu’on y amène le

fdus souvent a l’aide de cou|Hires. On esdétourneà l’aidedebarrages jetesen traversdu litdans les petits coursd’eau, et qui, dans la saison des hautes eaux , les déversent sur les terres, ou dans les eanaux d’irrigation. Dans les rivières un peu considérables, on établit des digues qui s’avancent jusqu’à un certain point dans leur ht, et qui, sans arrêter complètement tout le courant , le divisent cependant, et leforcentà se détourner. Ces canaux se subdivisent eux-mêmes en petites coupures , qui amènent les eaux dans toutes les parties des champs, entourés à cet effet de petits murs en terre, pour retenir le liquide.

C’est là le procédé le plus ordinaire d’irrigation; mais il en est un autre qu’on ap|>elle Côrai» ou CaAris.

Pour le pratiquer, il est nécessaire que le point par lequel on veut faire sortir les eaux sur les champs se trouve au pied d’une hauteur; qu’avant de le déterminer, on s’assure qu'il y a des sources souterraines , et enfin que l’on reconnaisse la direction qu’elles suivent. Après avoir pris ces renseignements et fixé le point qui doitssr-

L’UNIVERS

vir à l'ëcoiilempnt de ces sources, on y creuse un réservoir, et à quelque distance de celui-ci, en remontant la pente de la colline, un puits plus profond. On établit ainsi une série de puits liés entre eux pardes conduits souterrains.

La profondeur de ces puits augmente naturellement à mesure qu’on se rapproche du sommet de la hauteur; et ils sont faits de telle sorte que le canal souterrain qui les fait communiquer entre eux inclinesensiblementdu côté de la plaine. On découvre ordinairement un certain nombre de sources pendant la durée des travaux, mais on les comble au fur et à mesure, aQn qu’elles n’arrétent pas les ouvriers; on ne leur laisse la liberté de couler que quand le dernier puits est creusé.

Alors l’eau descend par les canaux de communication jusque dans la plaine.

Après l'achèvement des travaux les puits deviennent inutiles, excepté pour le nettoiement du canal. La distance entre les puits varie depuis vingt-cinq pieds jusqu’à deux cent cinquante ou trois cents. L’ouverture du canal n’est ordinairement que ce qu’il faut pour permettre à un homme d’y travailler; mais il y en a d’établis sur de beaucoup plus graqdes dimensions. On en cite un, près de Sabziwar, dans le Khorassan persan, dans lequel un homme à cheval peut se promener, la lance sur l’épaule. Le nombre des puits, et par conséquent la longueur du cahriz, dépend du nombre des sources qu’on rencontre; car ordinairement on en creuse jusqu’à ce qu’on ait obtenu assez d’eau, ou jusqu'à ce que la profondeur des puits à creuser force ne renoncer au travail.

Les gens du pays parlent de travaux de ce genre qui auraient jusqu’à douze lieues de long; mais nous ne savons pas <]u’aucun voyageur européen les ait jamais visités, ou du moins en ait fait mention dans ses livres.

On imagine facilement que la dépensede travaux si difficiles doit être considérable; mais les gens riches ne craignent pas d’avancer leur argent dans des entreprises qui peuvent leur créer de grandes et importantes pro-

priétés. Quelquefois aussi des pauvres s’associeiit pour creuser un cahriz, et se partagent ensuite les terres qu’il arrose.

C’est dans l’ouest de l’Afghanistan que les cahriz sont le plus nombreux; et il parait qu’ils s’y sont fort multipliés depuis un demi-siècle. Dans l'est ils sont encore fort rares. D'ailleurs c’est le mode d’irrigation le plus général en Perse, comme iadis dans le Turkestan, où ils semblent disparaître assez sensiblement; il est complètement inconnu dans l’Inde.

Ce sont lesseuls moyens important d'irrigation artificielle. Les puits et les étangs sont rares , et ne fournissent que de l'eau à boire. On trouve, dans rAfghanistan, très-peu de ces grands réservoirs qui sont si communs dans le sud de l’Inde, et où l’on conserve de grandes masses d'eaux, par de grandes digues jetées en travers des vallées. A Ghazna cependant le sultan Mahmoud avait entrepris un travail de ce genre. On en voit aussi quelques autres dans les montagnes du Parapomisus, mais ce sont des exceptions.

Une notable partie du pays est privée, ou n’a pas besoin d'irrigations artificielles. Certaines parties montagneuses, et même quelques-unes des plus riches plaines ne sont arrosées que par les eaux pluviales ; d’autres, situées au fond d’un bassin ou sur les bords d’un cours d’eau, conservent toujours assez d’humidité pour les besoins de la végétation.

Avant de donner un labour à la terre , on l’arrose toujours, toutes les fois du moins qu’on peut le faire. Les Afghans emploient une charrue assez lourde, et tracent des sillons assez profonds; mais toutefois leur terre est assez légère pour qu’ils n'aient jamais besoin d’atteler plus d’une paire de bœufs. L’ensemencement se tait à la main. Au lieu de herse, on emploie simplement une planche qu’on promène sur la terre; le charretier se tient sur la planche , et son poids contribue à en augmenter l’eftet. Après cette opération, quelques cultivateurs arrosent encore une lois; mais géné-

■ , lU

AFGHANISTAN

et

râlement on laisse le grain lever jusqu a une hauteur assez considérable , et alors on y met le bétail au vert.

Après cela on arrose encore; et même, dans quelques parties, on fait encore une troisième irrigation pendant l'hiver; mais presque partout on s’en dispense. La neige qui couvre la terre pendant cette saison, et les pluies qu'elle amène, sufGsent à entretenir l'nuinidité nécessaire à la végétation. Les pluies du printemps sont indispensaoles au froment; mais elles n'exeniptent pas le cultivateur de la nécessité d’arroser. Il y en a qui arrosent trois fois par mois. Jusqu’au moment où le blé commence à mûrir. La moisson se fait à la faucille, le seul instrument dont on se serve pour couper les herbages , et toute espèce de grains. On n’emploie pas le fléau pour s^arerle grain de la paille; on le fait fouler par des boeufs, ou bien par une espèce de cylindre en bois que les animau.x promènent dans un manégesurla paille.

On le vanne, comme en Europe; et quaud il a subi cette dernière opération, on le serre dans de grands paniers cylindriques, portés sur des

f lieds de bois et enduits de terre, pour e préserver du contact de l’air et de l’humidité. On le conserve aussi dans de grandes jarres en terre crue, et dans des sacs de poils de chameau; dans les villes on a de grands greniers.

On moud le grain avec des moulins à vent, à eau et à bras. Les moulins à vent ne sont assez communs que dans l’ouest , où il y a au moins quatre mois de l’année pendant lesimels on peut compter sur des vents suflîsants.

On trouve des ruines d'anciens moulins à vent jusqu’à Caboul et Gliazna, mais aujourd’hui ils paraissent abandonnés dans ce pays. On ne peut rien imaginer déplus différent du moulin à vent européen, que celui des Afghans. D'abord les ailes sont enfermées dbns la bâtisse, où elles reçoivent le vent par une ouverture ménagée à dessein. Elles sont carrées ou rectangulaires, placées debnut sur un axe vertical. Lorsque la machine est en mouvement chacune de ses ailes

passe successivement devant l'ouverture pratiquée pour recevoir le vent, qui agit sur elles comme l’eau sur les aubes d’un moulin à eau. La pierre meulière est au-dessous de ces ailes, et sur le même axe qui les met en action sans le secours d’aucun engrenage.

Les moulins à eau sont à peu près construits sur le même modèle. La roue est horizontale, et les aubes sont disposées obliquement. Elle est à l’intérieur du moulin, et au-dessous de la pierre meulière qui tourne sur le même axe que la roue. Elle n’a pas ordinairement plus de quatre pieds de diamètre. Cette espèce de moulins est employée dans tout l’Afghanistan , la Perse et le Turkestan. On en voit aussi quelques-uns dans le nord de l’Inde ; mais , dans le reste de la péninsule , on ne se sert que de moulins à bras.

C’est seulement dans les parties les

filus pauvres de l’Afghanistan qu’on aisse la terre en jachère de deux années l'une. L’usage le plus ordinaire est de faire une année la récolte d'automne, et celle du printemps la suivante. Dans les pays où les engrais sont abondants, on fait les deux récoltes chaque année. L’engrais se compose de fumier, de cendres, de vieux débris de construction, et de diversessubstances. On n’emploie pas le fumier de chameau, parce que l’expérience a démontré qu’il contient une lorte proportion de salpêtre. On ne se sert ni de chaux, ni de marne.

Ce sont les bœufs qui tirent ordinairement la charrue dans l'Afghanistan, quelquefois des ênes; dans le Shorâoàk et le Siouistân , on y attelle des buffles. L’usage des voitures est inconnu.

g 8. lodostrle et commerce.

Dans un pays méditerranéen, privé de rivières navigables, et où les voitures ne peuvent circuler, le commerce ne peut se faire qu’au moyen des bêtes de bât; de ces animaux, les chameaux .sont les plus utiles par leur force, par la patience avec laquelle ils

M L’ÜNIVERS.

supportent ta soif, comme aussi par , la facilité avec laouelle on les nourrit. Les tribus qui élèvent des troiipejux de chameaux , ou plutôt à qui la nature de leur pays ne permet pas d’élever d'autres animaux , les emploient au cumineree, et combinent souvent leurs transports avec les migrations

Î|u’ellcs entreprennent, en quête de ourrage pour leurs troupeaux, ou d'un climat plus agréable pourelles-mémes.

Lorsque les terres de ces tribus, comme cest le cas ordinaire, ne fournissent aucun produit qui puisse se Vendre dans le commerce , les pro-

firiétaires des troupeaux emploient enrs animaux à transporter les produits d’un pays dans un autre. Lorsqu’ils ont un petit capital, ils le consacrent à des spéculations de cette nature, e.scoriant et vendant euxmémes leurs marchandises; mais ceux (mi ne possèdent rien que (pielqiies cnajneaux se contentent de les louer aux marchands des tribus et des villes, qui accompagnent eiix-mémes leurs marchandises jus(|u’au lieu de destination, ou bien les envoient sous l’escorte de leurs domestiques, selon leurs moyens et les habitudes de leur commerce. Quelques-uns de ces marchands ont aussi des chameaux à eux, qu’ilsnourrissentdans les terrains va- ^es, prés des villes qu’ils habitent. Un trouve aussi dans les villes des gcjjs qui font métier d’entretenir des chameaux, et de les louer au commerce.

Les chameaux loués à une tribu voyagent ordinairement avec la tribu à laquelle ils appartiennent, et ceux (lui appartiennent à des marchands s arrangent le plus souvent pour suivre (pielque tribu dans ses migrations ; c'est une garantie de sécurité.

Le commerce qui se fait dans des contrées hors des lignes que parcourent les tribus errantes, exécute ses transports sur des chameaux qui appartiennent en propre aux marchands.

Ceux-ci ne voyagent jamais qu'en caravanes.

Pour faire mieux comprendre comment les voyages s’exécutent de con- (tert avec les migrations des tribus ,

nous prendrons pour exemple deux tribus, dont l’une vovage accompagnée seulement de quefques chameaux qui ne lui appartiennent pas, et l’autre, au contraire, compose sa caravane, pour la plus grande partie , d’animaux appartenant i des étrangers.

Ainsi la moitié des Miân-khaïls passent chaque année du üamén à Shilgar, avec leurs femmes et leurs familles. Dans ce voyage, ils sont commandés par quelques-uns de leurs chefs héréditaires , aidés dans l’exercice de leurs fonctions par des cfaejouashtis. Tout étranger qui vient se joindre à eux est obligé de se soumettre aux coutumes des Miankhaïls.

Au contraire, la caravane annuelle des Baubours se compose surtout de gens qui n’appartieunent pas à la tribu, et les Baubours eux-mémés n’emmènent ui leurs femmes, ni leurs familles. Un de leurs Mouchirs voyage toujours avec la caravane, et il est investi sur les hommes de sa tribu de l’autorité du khan; mais les étrangers ne lui obéissent que s’ils le veulent bien. Il est ordinaire cependant de le voir élu par la caravane comme CaJUa Hàrhi (chef de caravane), titre qui lui (ionne autorité sur tout le monde. Il maintient la paix, accommode les différends , impose des amendes aux récalcitrants, désigne les gardes et les escortes, choisit les lieux de campement , négocie les d roitsde passage ou de douane avec les tribus dont on traverse le territoire, perçoit l’argent nécessaire pour les payer, et en est responsable. Mais quand le Moucliir des Baubours n’a pas reçu ses pouvoirs de l’élection, chacun s’arrange é sa guise, et tout est désordre et confusion.

Les routes de Dam&n au Khorassan, ue suivent les tribus, sont les plus ifficiles qu’on puisse imaginer. Pour aller de l’Indus à Caboul, la route, sur la plus grande partie de son parcours, traversp des défilés fermes et étroits , des vallées stériles , des montagnes aride.s. Quelquefois elle suit le lit de torrents, ou passe sur les flancs de montagnes à pic.‘ Dans la

AFGHANISTAN

passe de Gomai , c’est le lit même de la Wvière qui sert de route'; et si, par liasard, il surrient un de ces orages qui font en quelques heures monter les eaux de plusieurs pieds , la caravane n'a d'autre ressource que de chercher à escalader une des hauteurs qui dominent cette gorge redoutable, et d'attendre que les eaux soient retombées à leur niveau ordinaire. Ges routes sont infestees par les Shirànis, et encore plus par les Viziris , qui acoonrent pour piller les caravanes.

Kii traversant le.x pays des tribus adonnées au brigandage, les caravanes marchent avec beaucoup d'ordre , précédées d'éclaireurs pour assurer leur marche. Dans les haltes, un certain nombre d’hommes reste toujours d cheval, pour empêcher l’ennemi d'enleVer les chameaux qui péturent. Des gardes nombreuses veillent pendant toute la nuit. .Mais dans les pays qu’on regardé comme sûrs , on n'observe que peu de précautions, et tout le monde dort pendant les nuits. Dans les passes étroites, les chefs déterminent l'ordre de la marche, et font quelquefois faire des détours à une partie de la caravane. On fait communément huit ou dix milles par jour. Lorsqu'on est arrivé à destination, les gens qui ont accompagné la caravane se dispersent, et ceux de la tribu envoient leurs ehameaux au pâturage, et prennent quelques jours de repos dans leurs camps.

Les caravanes qui font le commerce éntre l’Inde et la Perse sont à peu près soumises au même régime. Les ehameaux qu’elles emploient n’appartiennent pas aux tribus; ils sont loués dans les villes. Elles marchent sous la conduite d'un Cailla Bêchi , élu par les gens de la Caravane; dans celles qui sont composées en majorité d’Afghans, il n^y d souvent pas de Cailla Bêchi.

Elles marchent ordinairement la nuit. Arrivées à leur destination, elles ne campent pas, comme les tribus, mais se logent dans les caravaiisérais des villes. Ce sont de grands bâtiments carrés entourésd’appartements;

on y trouve quelquefois une mosquée, uiibaindiaud, et une grande salle commune. ils sont administrés par dea espèces de concierges qui louent les appartements aux voyageurs pour un prix modique. Un inarehand de la classe ordinaire loue deux chambres, dans lesquelles il dépose ses inarcliaiidises , fait sa cuisine, mange et dort. II y vend sa paeutille lui-ineme, en gros ou en détail , sans intermédiaire de courtiers. Les caravanes qui vont au Turkestan n’emploient guère que des chevaux ou des mulets, à cause, sans doute, dea montagnes neigeuses de rindou-Kouch qu'il faut traverser.

Celles qui vont au Turkestan chinois partent de Pécluver. Caboul est le grand entrepôt du Turkestan indépendant, Comme Candahar et Hérat pour la Perse. Le cominerce de l'Afbanistanavee i'Inde est plus divisé, eiuidu Pendjabetdunordde l'Indoustan vient à Pécbaver. Celui qui traverse le désert indien vient à Shikarpour ; celui qui se fait par mer aborde a Koratchi, et de ce point à Shirarpour et à Candahar.

Le principal commerce du royaume de Caboul se fait avec l'Iode, la Perse et le Turkestan. Il se tait un peu de commerce avec le CalSristan, le Thibet même, et par les ports du Sind avec l’Arabie.

Les exportations dans l’Inde ae oomiiosentde chevaux, de mules, de fourrures, de châles, de garance, A'assa-Jcilida. de tabac, d'amandes, de pistaches, ae noix , et de fruits. Les fruits , prunes , abricots , raisins et kUmUhei (espèce de raisin sans p^ pins) , sont ordinairement secs ; mais on en exporte aussi beaucoup de frais.

On le cueille avant qu’il ne soit arrivé à maturité complète , et Oh remballe soigneusement avec du eoton dans des boites de bois. C’est ainsi qu'on exporte des pommes , des poire.‘ et des raisins. Les grenades nont pas besoin d’être emballées, et lea autres fruits ne pourraient pas supporter le voyage.

Les importations de l'Inde se composent de cotonnades grossièées(étoffe

L’UNIVERS

dont s'habille la plus grande partie de la population de l’Afghanistan et du Turkestan), de mousselines, dequelues soieries et brocards, d’inaigo, 'ivoire, de bambous, de cire , d'étain, de bois de sandal , et enfin de sucre.

On importe aussi quelques étoffes grossières de laine ; mais cet article vient surtout de Bokhara. Une proportion considérable des importations I nd iennes, ce sont les épices, qui, venant de Bombay et autres ports de la cdte du Malabar, se débarquent à Roratchi et autres ports du Sind, pour être de là transportées parterre àCandahar et à Caboul. Presque toutes les épices consommées dans le pays viennent par cette route, qui sert aussi à l’exfiortation d'un grand nombre de chevaux.

L’exportation pour le Turkestan indépendant se compose surtout d'articles qui viennent de l’Inde : de cotonnades, de châles, de turbans, de mousselines, d'indigo, etc. On importe, en retour, des chevaux, de l’or et de l’argent, des tillahs ou monnaie d’or de Bokhara, des ducats de Hollande, des sequins de Venise, des yambous ou lingots d’argent de la Chine. De Bokhara on importe des cochenilles, des étoffes de laine, de la bijouterie commune, des v,ises de fonte, de la coutellerie, de la quincaillerie, qui vient de Russie par Orenbourg à travers le désert, ou par Astrakan et la mer Caspienne. Des aiguilles, des miroirs, des cuirs de Russie, des lunettes, et quelques autres produits de l’industrie européenne, suiventla même route. h'Ourmak , étoffe Bne de poil de chameau , du colon et des peaux d’agneau, viennent de Bokhara même.

Kn Perse on exporte des châles, de l’indigo, des lapis, des cotonnades, des brocards indiens, des mousselines.

On importe en retour des soies du Ghilân et de Resht, des soieries de ïezd et de Kashân , des mouchoirs de soie pour les femmes. On fait une granoe consommation de cea divers articles. Les satins brodés, les velours et les brocards de la Perse ne peuvent , à cause de leur prix, convenir qu'aux

gens riches. Il faut encore compter les espèces et les lingots parmi les articles d’importation; mais les plus curieux de tous, ce sont peut-être les mousselines de l’Inde, labriquées à Masulipatan, sur la côte de Coromandel, transportées par mer à Bouebir dans le golfe Persique , et de là sur le marché de Candahar, où il s’en débite beaucoup.

exportations pour le Turkestan chinois sont à peu près les mêmes que pour Bokhara. l^s importations se composent de certaines étoffes de laine, de soieries chinoises, de satin, tle thé, oui voyage dans des buites de plomb, ae porcelaines, de .soie brute, de cochenilles, de cristal, de poudre d’or, de lingots d’or et d’argent.

Le commerce avec le CaGristan est de peu d’importance : on y porte du vin, du vinaigre, du fromage, du beurre clariflé, qui s’échangent à la frontière contre des étoffes, du sel , de l’étain, de la quincaillerie. On en tire encore quelques esclaves, comme il en vient aussi de l’Arabie et de l’Abyssinie par les ports du Sind.

Le commerce intérieur de l’Afghanistan est considérable. Des provinces de l’ouest, on porte à celles de l’est des étoffes de laine, des fourrures, de la garance, du fromage, des tapis d’Hérat et tous les articles de I uxe pour la toilette et la maison des grands personnages. De l’est on reçoit des loungis, de la soie, des cotonnades du Moultan , des étoffes de soie et coton de Bahuual|)our, de l’indigo, du coton en laine. Le fer vient de l'Indou-Kouch et des monts Soliman. Le sel se tiredes montagnes qui portent le nom de ce minéral ; l’alun et le soufre, de Calla- Bâgh ; les chevaux, de Balk; les dattes, du Beloutchistân.

Avant de Unir, nous dirons encore un mot du commerce des chevaux, qui , par son importance politique et commerciale, mérite une mention particulière. Tous les ans on vend, dans le nord et l’ouest de l’Imle, un grand nombre de chevaux, sous la désignation de chevaux de (^bnul et de Candahar : la presque totalité de ces che-

AFGHANISTAN. «S

vaux vient du Turkestan. A Caboul, il ii’y a (|ue les gens riches <|uielèvcut des chevaux, par conséquent en trèspetit nombre et seulement pour leur usage personnel. Ue même les chevaux élèves dans la campagne de Candahar ne se vendent pas. Quelques-uns des beaux chevaux que produit lu province d'ilérat sont exportés à l'étranger; maisdeceux-là il n’en vientpresque pas dans rinde. Ou Béloutchistan il s'importe une grande quantité de chevaux ; mais c'est surtout de Balk et du Turkestan, des bords de l'Oxus ue viennent la plus grande partie es animaux qui sc vendent dans l’Inde. Il y en a deux espèces principales : l’une petite de taille, mais trèsforte et d'un très-bon service ; l’autre beaucoup plus grande et plus estimée à causede cela, quoiqu'elle soit moins robuste, et ne rendant de bons services qu’a la guerre, où, grâce nu mode de combat des Asiatiques, la taille est une question importante. La prémière espèce s'appelle Tourhi ou Uzbeki, on l’élève a Balk et dans le voisinage de Bokhara ; la secon ’e vient des pays situés sur le cours inférieur de l’üxu.s ; ce sont les Turcomans qui l’élèvent, aussi ses produits portent-ils le nom de Turcomans. Balk et Bokh.nra sont les deux principaux marchés pour ce commerce.

Les chevaux s'y vendent de cent à cinq cents francs les Tourkis, et de cinq cents à deux mille cinq cents francs les Turcomans. Les mauignons les achètent à bas prix et ans un assez piteux état pour les engraiss'erdans les prairies de Caboul; il ne faut pas plus de quarante jours pour rcmettreen excellente apparence de santé le cheval le plus maigre, et cela à très-peu de frais : huit ou dix francs peut-être! On nourrit d'abord l'animal de trèfle et ensuite de luzerne.

On envoie un grand nombre décès chevaux dans l’Inde; mais, dans ces dernières années, la vente a beaucoup diminué. Partout où s'étend la domination anglaise, les grandes armées de cavalerie asiatique font place à des corps d'infanterie disciplinée; et, de

plus, on a fuit venir un assez grand nombre de chevaux d'Arabie. Kniin, les armées des princes indigènes se réduisent chaque année, etlesnarasde la compagnie, s'ils n’ont pas complètement réussi, lui fournissent cependant un nombre déjà considérable d’élèves.

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