‹ Tartarie, Beloutchistan, Boutan et NepalChapitre 9 sur 53 · TARTARIE. U · texte numérisé non relu

TARTARIE. U

et alors couverte de neige. Avant de La reddition de Katta-Kou^an entraîna

Ïluitter Karschi , il eut soin de laisser celle de plusieurs villes voisines , et ene commandement de la ville et de la tre autres de Pendjeschambeh , de province à deux de ses partisans les Tscbelek, de Yengui-Kourgan et de plus dévoués. Le gouverneur de Sa- Nourata.L’émirdémitdeleursfonctions marcande, malgré l'ordre positif que les gouverneurs de toutes ces villes; et, lui avait donné Omar-Khan de bien dé- leur apnt donné l’ordre de le suivre , il fendre la place , et nonobstant les trou- se dirigea vers Boukhara, pcs qui lui avaient été envoyées comme Informé de ces événements , Omarrenfort, se rendit sans combattre. Le KhanconGalegouvernementdeKermiclergé et le peuple de Samarcande . na- neh à Abdoullali-Klian, fils du kouscliturellement portés pour Masr-Oullah, b^ui, et s'enferma lui-méme dans la caavaient encore été confirmés dans ces pitale.Abdoullab-KJian, agissant d’après dispositions par la lettre du grand cadi les instructions qu'il avait reçues de son de Karschi. Le gouverneur, connais- père, se rangea clu parti de Nasr-Oullah; sant ces dispositions qui se trouvaient et, loin de d^éfendre la place qu’il eomd’accord avec les siennes, ouvrit à mandait,ilensortitpourallerrejoin- A'asr-Oullah les portes de la ville. On dre le nouveau souverain. Celui-d, fit asseoir le prince sur la pierre bleue, fidèle à ses habitudes de défiance , lui usage qui, ainsi que nous avons déjk enleva le gouvernement de la ville pour eu occasion de le remarquer, équivaut en charger un homme qu’il supposait à la reconnaissance formelle du sou- plus dévoué à sa cause, et dont, eu cas verain. I.e nouvel émir, oubliant aus- de révolte, il aurait moins à craindre sitôt le service signalé que venait de lui que du fils du kousch-bégui , redoutable rendre le gouverneur de Samarcande, ^r le crédit et la puissance de son le priva de son emploi qu'il confia à père. AÜoullah-Kban alla grossir le Mobammed-Aliin-Beg, et il se fitaccom- nombre des gouverneurs dépossédés, et pagner par l'ancien gouverneur dans suivit l’émir jusqu’à ^ukliara, qui fut une exp^ition qu'il entreprit contre investie le 7 février 1826. Le siège dura Katta-Kourgan. Son intention était de quarante-quatre jours ; et la disette conserver auprès de sa personne un devint telle dans la capitale, qu'une livre homme qu'il avait payé de tant d'ingra- de viande oodtait 3 francs 4 centimes titude et dont il pouvait craindre le de notre monnaie, et même, si l'on en ressentiment. croit le témoignage de quelques |ier-

A peine informé de ces nouvelles, sonnes, jusqu'àâfrancs32centinies(l); Omar-Khan se porta sur Kermineii et taux excessif partout, mais princidétacha quelques-uns de ses lieutenanU paiement à Boukhara, où, dans les à KatUi-Kuurgan et dans les villes voi- temps ordinaires, les denrées sont tousines. Ceux-ci étaient chargés d'instruc- jours à fort bas prix. Les assiégés, pour tions pour les gouverneurs de ces dif- se procurer un peu de farine, en remférentes places auxquelles Omar-Khan plirent des cercueils que les assiégeants ordonnait de ne se rendre sous aucun laissèrent passer, croyant qu'ils renferprétexte. Ces émissaires partirent aus- niaient les corps de quelques personnes sitôt; mais, ayant appris en route la mortes dans les environs, prise de Samarcande et la nomination L’eau, qui n’avait pas été renouvelée de ?iasr-Oullah à la dignité d'émir, et dans les canaux et les fontaines depuis craignant de s'attirer la haine du nou- le commencement du si^e , avait conveau souverain, ils expédièrent un des tracté une puanteur insupportable. Le leurs à Omar-Khan pour l'instruire de kousch-bégui et le grand maître de l’arces événements , et se rendirent auprès lillerie adressèrent alors à Nasr-Oulde Nasr-Oullah pour faire leur soumis- lali une pétition par laquelle ils ténioision. Bientôt ce prince arriva devant gnaient le désir de rendre la ville, et de- Katta-Kourgan. Le gouverneur de la mandaient pour toute grâce à ce prince

S lace, entraîné par l'exemple de celui de vouloir bien épargner les habitantse Samarcande, se rendit après une ■

résistance qui ne dura qu'un jour. (i) s et 7 taogM.

59 L’UNIVERS

Cette démarche ne saurait en aucune façon être considérée comme un acte sérieux. Il est évident que le kouschbrgui aussi bien que le grand maître de l'artillerie, vendus depuis longtemps à Nasr-Oullah, ne cherchaient qu'un moyen de cacher leur trahison et de prouver aux habitants de Boukhara qu'ils avaient cédé à la nécessité, et voulaient ménagerautantqu'il était en eux le sang et les intérêts de leurs concitoyens. Nasr-Oullah, soit qu’il lui convint de faire croire à la sincérité de la conduite de ces deux hommes , soit que son caractère toujours sou|)Çonneux ne lui permît pas de se confier aux gens qui avaient trahi en sa faveur, exigea de la part des deux pétitionnaires la preuve de la loyauté de leurs intentions. Le grand maître de l'artillerie s'engagea à faire éclater une pièce de canon d’un calibre énorme et qui était considérée comme la meilleure défense de la place. Il tint

ftarole, et Nasr-Oullah donna aussitôt 'ordre d'attaquer par deux points différents. Ayaze lui ouvrit les portes de la ville, et le 22 mars 1826, Nasr-Oullah s'installa solennellement dans le palais de ses aïeux, après avoir donué l'ordre de livrer au pillage les appartements (ju'avait occupés Omar-Khan. Celui-ci était parvenu à s'enfuir. Il traîna pendant plusieurs années une existence misérable, réduitàeinprunter toutes sortes de déguisements pour éviter d’étre reconnu et livré à son frère. Kniln, il fut tué dans une bataille livrée par le khan de Kbiva aux troupes de Nasr-Oullah.

Si nous en croyons M. Wolff(l), auquel nous empruntons ces derniers détails , Nasr-Oullah fit périr son père et cinq de ses frères pour monter sur le tnîne et s’assurer la couronne.

Nasr-Oullah pensait que les premiers actes de son èouvernement devaient être empreints de la plus grande modération. Il ne s'était frayé tin chemin au pouvoir suprême qu’eii s’appuyant sur le crédit et la puissance de quelques personnages considérables; et la prudence exigeait qu'il les ménageât, parce que

• (Il yamiive of a miuion lo tokhara in tkt yenrt IB43-I84S, /o atetrinin tkr /air nf colonel Stnidarl and eaptain Conolly ; by tke Krv. Joteph M ot//. Loodres, ists, a vol. ln-8*; t. I, pages >23 et 331.

ceux-ci pouvaient encore le précipiter du trône comme ils l'y avaient élevé. Le kousch-bégui s’était flatté que, pour prix de sa trahison, le nouvel émir laisserait entre ses mains une partie de l 'autorité. Il fallait donc queNasr-Oiillah cachât son ambition effrénée et sa cruauté naturelle sous peine de mécontenter un ministre qui lui était encore si nécessaire. Il lui témoigna donc la plus grande confiance , et lui remit la direction des affairesdu khanat , tandis que lui-méme paraissait ne vivre que pour les plaisirs. Mais il saisissait toutes les occasions de se faire aux veux du peuple une grande réputation de justice, sans exciter les soupçons du kousch-bégui.

Ce fut pour cette raison que, fort peu de temps après être monté sur le trône, il

fiublia une, proclamation par laquelle il nvitait les habitants de la ville et du gouvernement de Karschi , qui avaient été dépouillés de leurs biens par les chefs militaires, à lui envoyer leurs réclamations, afin qu’il les examinât et en établît la validité.

Nasr-Oullah désirait très-vivement aussi d'affaiblir l'influencedes militaires, qui, sous le gouvernement de son père, iVinirSéid, s'étaient rendus redoutables au souverain lui-méme. Mais il fallait agir avec une grande circonspection.

En effet, les chefs de la milice étaient attachés à la personne du kousch-bégui par les liens de l'intérêt Ces chefs comprenaient très-bien que , livrés à eux-mêmes et sans l'appui du premier ministre , ils ne pouvaient rien malgré les forces dont ils disposaient. Le kousch-bégui, de son côté, n'ignorait pas non plus que la connai.s$ance qu'il avait des affaires' de l'adininistralioii et la position éminente qu'il occupait dans le khanat, devenaient inutiles sans le concours de l’armée. Nasr-Oullah, n'osant pas encore attaquer ouvertement le parti qu'il redoutait , continua de manoeuvrer en secret et toujours avec la même prudence. Ce ne fut qu’à la fin de 1837, plus de onze ans après être monté sur le trône, qu’il se crut assez fort pour renoncer à la feinte. Le kousch-bégui fut envoyé en exil à Karschi , sans aucune cause apparente. De Karschi on lerelégua à Nourata. Il était dans cette derniers ville lorsque le khan le rappela'

DiqiiiZ by Cjt " ->^I<

h Boukhara et le fit jeter dans la prison du palais. Mais , pour ne pas effrayer tous ses ennemis à la fois, et éviter que ceux-ci ne formassent un complot contre sa personne, Nasr-Oullah conféra la dignité de beg au grand maître de l'artillerie, Ayaze, beau-pèredu kou-schbégui, voulant le récompenser, disait-il , des services signalés rendus par lui à sa cause. Peu die temps après, il l'éleva au poste éminent de gouverneur de Samarcande^ et le combla de grandes richesses. Malgré toutes les faveurs dont il était l’objet, le grand maître de l’artillerie semblait pressentir par la disgrâce de son gendre que le moment de sa propre chute approchait.

Mais il n’était plus en état d'opposer la moindre résistance aux volontés de l'émir, dont la puissance était alors trop bien consolidée. Il reçut bientôt un ordre qui lui enjoignait de quitter Samarcandepourse rendre inimédiateraeot à Boukhara. Cet ordre n'était point encore cependant un arrêt de mort. L’émir voulait, au contraire , rassurer Ayaze, bien convaincu que, s’il excitait les soupçons de ce vieillard, criui-ci parviendrait a fai re disparaître une grande partie de ses biens ou à les placer sur la tête de son fils. De celte manière, le khan aurait laissé échapper d’immenses richesses qu’il convoitait et dont il voulait se rendre maître par la confiscation. Il fit donc à Ayaze un accueil affectueux ; et , au moment où celui-ci était sur le point de retourner à Samarcande, il lui donna une khilatou robe d’honneur de brocart d’or et un magnifique cheval turcomau superbement harnaché. Il sortit même de sou palais pour aider à Ayaze à monter sur ce bel animal. Le vieillard, surpris de tant de distinctions et de prévenances, conçut les plus grandes craintes pour sa personne ; et, descendant aussitôt de cheval, il pencha la tête vers la terre, en disant qu'il comprenait très-bien ue l’émir le regardait comme coupable e quelque crime; et il demanda a être puni sur-le-champ. Nasr-Oullah, toujours dissimulé, se jeta dans les bras du vieux gouverneur , le remercia de nouveau pour tous les services qu'il lui avait rendus, et parvint à force de perfides caresses à calmer ses soupçons.

Ayaze retourna à Samarcande; et.

après avoir reçu de l’émir des réponses très-bienveillantes à deux lettres qu'il lui avait adressées, il se flatta que l’orage était passé:, etque le khan ne voulait as l’envelopper dans la dÎMràce du ousch-bégui. Ces illusions neuirent pas delongue durée, Nasr-Oullah le rappela une seconde fois à Boukhara et le jeta dans la prison où se trouvait déjà son gendre le kousch-bégui. Ilsy furent mis a mort l’un et l’autre dans le printemps de l’année 1840.

A dater de cette époque, Nasr-Oullah, débarrassé des deux hommes dont l’infiuence lui paraissait le plus à redouter, commença à persécuter ouvertement les chefs militaires. Il fit tomber d’abord les effets de sa haine sur ceux qui avaient eu quelques relations d’amitié avec le kousch-bégui; il s’empara de leurs biens, les exila sur la rive gauche de rOxus , et fit mettre à mort un assez grand nombre d’entre eux. Ensuite, il tua ou chassa de l’armée toutes 1rs personnes qui avaient eu le malheur de lui déplaire, et cela sans prendre la peine de colorer ces actes odieux du moindre prétexte d’équité.

Le ministre le plus docile des volontés sanguiuaires du khan fut Rahim- Birdi-Mazem , le même qui , seize ans auparavant, avait été envoyé vers le gouverneur de Schéhérisebze ; l’émir avait besoin d’un homme sur lequel retombât le premier mouvement d’indignation qu’excitait sa conduite atroce, et nul ne convenait mieux à ce rôle que le Turcoman Rahim-Birdi-Mazem qui détestait et méprisait les Boukhares.

Ce misérable fut nommé réîs ou chef de la police , emploi qui lui donnait les moyens de sévir contre toutes les classes de la nation. Il étendit sa cruauté ju^ue sur les gens du peuple, qu'il faisait battre de verges pour la cause la plus futile. Les imlitaires étaient massacrés ou se trouvaient dans la nécessité de prendre la fuite. Le réïs était devenu l’objet de l’exécration universelle; mais bientôt on s’aperçut qu’il existait deux coupables , et la naine que les Boukhares portaient à Rahim-Birdi s’étendit jusqu’au monstre qui était sur le trône.

Un autre homme exerça une grande influence sur le règne de" Nasr-Oullah : c’est un aventurier persan , Abd-oul-

L'UNIVERS

.Samet-Rhan , né i Tauris ou Tébrize ; il servit d'abord dans l'armée persane; puis , ayant été condamné à mort pour un meurtre uu'il avait commis, il s'enfuit dans rinae , et entra au service d'un réfugié persan , pensionnaire du gouvernement britannique. Abd-oul-Sumet, s'étant adjoint quelques-uns de ses camarades, vola son maître et le tua.

Arrêté et condamné à être pendu, il s'érbappa de prison , s'enfuit auprès de Dost-Mohammed à Caboul , et parvint en très-peu de temps à obtenir les bonnes grâces de ce prince. .Mais bientôt son naturel féroce, qui l'avait contraint de quitter la Perse et l'Inde, le perdit à la cour de Caboul. Il se prit de querelle dans une revue avec Mohammed-Aebar-Kban, fils de Dost-Mohanimed , et lui tira un coup de pistolet à bout portant. Par un hasard aussi heureux qu'extraordinaire, la blessure ne fut pas mortelle. Dost-Mohammed ordonna aussitôt que l'on coupât les oreilles à ce misérable et qu'on le jetât en

firison. AI>d-oul-Samet auraitété infailiblcment mis à mort , s'il n’avait réussi à s'évader. Il sortit des États de Caboul et se dirigea vers Boukhara, où il arriva en 183.5. Ayant trouvé accès auprès du réïs et de quel(|ues autres personnages importants de la capitale, il sut [lar leur entremise faire persuader à Nasr-üullah de former un corps de soldats réguliers d'artillerie et d'infanterie. L’émir, qui redoutait et détestait en même temps les chefs de sa milice, adopta avec ardeur l'idée üecettenouvellecr^tion. Il espérait opposer les soldats réguliers aux corps militaires existants et se promettait les meilleurs effets de l'emploi de cette nouvelle troupe contre Ira ennemis du dehors et contre ceux de l’intérieur. Abd-oul-Samet gagna bientôt un ascendant si fort sur l'esprit de son maître, qu’il devint, après ISasr-Oullah, l'homme le plus influent de la Boukharie.

Après la mort du réïs llahim-Rirdi- Mazem, qui eut lieu en 1839, le khan se décida a ne plus déléguer à personne l'autorité civile, âlais, comme il était indispensable de conférer i quelqu’un le nom de ministre, pour sauver les apparences et ne pas paraître changer la forme du gouvernement, Nasr-Oullah donna ce titre à ses mignons, qui n'exer-

çaient aucun pouvoir. Ces hommes infâmes, tous fort jeunes, conservaient leur titre pendant qu’ils restaient en faveur. Mais, lorsque le khan venait à se dégoûter d'eux , ils étaient dépouillés de leurs richesses et de leurs dignités, qui passaient à d’autres. Après avoir réuni toute l’autorité sur sa tête, Nasr- Oullah tourna ses vues vers les exiiédilions militaires. Il lui aurait été facile de trouver des prétextes, sinon des causes de guerre, contre toutes les nations voisines. Mais il existait une haine rufonde entre lui et âlohammed-Ali i han de Khokande; ce fut celui-ci qu’il résolut d’abaisser. Outre la jalousie que lui inspiraient l'opulence de quelques villes de l'Ktat de Khokande et les succès militaires obtenus par le souverain de ce pays contre les Khiviens, Nasr- Oullah avait encore une raison de haïr Mohammed-Ali qui s’était déclaré le protecteur de son oncle. Celui-ci , contraint de quitter la Boukharie pour fuir le poignard de son neveu, avait cherché un refuge auprès du khan de Khokande, ui l’avait nommé gouverneur de la ville ’Yome, place frontière du pays de Khokande du côté de la Boukharie. Cependant Nasr-Oullah , qui se montrait si fort irrité de cette conduite, en avait donné lui-même l’exemple en recevant dans ses États un frère du khan de Khokande, qui avait tramé une conspiration contre celui-ci, pour s'emparer de la couronne. Indépenunmment de ce* griefs particuliers a Nasr-Oullah, les vexations et les perles auxquelles les marchands boukhares se voyaient exposés par les excursions fréquentes que les Khokandiens faisaient sur le territoire de la Boukharie, étaient une cause légitime de guerre. Il en existait encore une autre fort ancienne; le khan de Khokande avait fait élever, en 1819, une citadelle pour défendre un bourg a|>p«lé Pisehagar. Cetteforteresseétait 1^ tie sur un point tellement rapproché de la frontière boukhare, que Nasr-Oullah put soutenir qu’elle était construite sur son propre territoire, et exiger qu'on la rasât immédiatement. Cette demande ayant été rejetée, Nasr-Oullah se prépara aussitôt à commencer la guerre.

Informé des préparatifs que faisait son ennemi, le khan de KWkande prit

ses dispositions. Au début de la campagne il fit preuve d'activité et de courage. Il quitta sa capitale et se porta en toute hâte sur Khokande, où, après avoir réuni ses troupes à celles du bégler-beg commandant cette place, il marcha à la rencontre de l'enueini.

Mais, intimidé par un échec qu'il reçut dans une sortie que tirent les Boukbares d'une forteresse qu'il allait reconnaître, avec une escorte de queloues centaines d'hommes seulement, il abandonna son armée , laissa à ses généraux le soin de repousser l'ennemi et alla se cacher dans la capitale de ses États. Les troupes khokandiennes, surprises et découragées par la retraite subite de leur chef, se débandci'eut. Quelques soldats se jetèrent dans la forteresse de Pischagar; d'autres, en beaucoup plus grand nombre, se retirèrent dans leurs foyers, heureux d'avoir trouvé les moyens de se soustraire aux hasards de la guerre.

Telle était la position des choses lorsque Masr-Oullah entra sur le territoire de Ivhokande. Sun armée était composée d'Usbecks et de 300 serbazes (1), soldats réguliers , sous le commandement d'Abd-oul-Sainet-Khan, qui avait encore amené quelques pièces d'artillerie fondues sous su direction. Les lisbecks desiraient ardemment que les serbazes , organisés par un étranger qu'ils détestaient, éprouvassent un échec; mais le sort en décida autrement. Les Usbecks liren t plusieurs tentatives inutiles contre Pischagar. Quand ils eurent été humiliés de la sorte, l’émir leur intima l’ordre de se retirer; et la continuation du siège fut confiée à Abd-oul-Samet-Khan, qui, après une canonnade prolongée parvint, en aodt 1840, à contraindre la ville à se rendre. Cette victoire , remportée sans aucun danger, marqua la fin de la campagne.

Les Khokandiens renouvelèrent bientôt les hostilités, et pendant l’hiver de 1840 à 1841 , ils attaquèrent et pillèrent plusieurs villages de la Boukharie. L’émir cependant s’occupait avec ardeur d'augmenter le nombre des serbazes et de fondre de nouveaux canons , de telle

(I) Srriaze est une eipreuion persane qui veut dire un homme gui joue ta tiu. Les soldat.H ners.ms et Imiiknares ne méritent autre cette épitliéle. — L. D.

sorte qu’à l’automne de l’année 1841 , il avait sous ses ordres 1,000 serbazes, onze canons et deux mortiers. A ces forces régulières il faut ajouter 30,000 Usbecks. Le6 septembre, >’asr-Oullah, précédé de tambours et de timbales, sortit de Boukhara la route de Samarcande. Abd-oul-Samet-Khan remonta la rive droite du Zerafschane avec les serbazes pour aller à Djizah, où le khan avait indiqué le rendez-vous général de toute l’armée, biais les routes se trouvaient eu si mauvais éut et les affûts des pièces étaient si grossièrement faits, que I^asr-Oullah eut le temps d’aller à Samarcande et de retourner sur ses pas jusqu’à Yengui-Kourgan où Ahd-oul- Samet venait seulement d’arriver. L’armée étant enfin réunie à Djizah, Nasr- Oullah donna le commandement de l’avant-garde à Ibrahim Dodkba , gouverneur de Samarcande, et entra sur le territoire de Khokande; il se dirigea aussitôt vers la ville d’Yome, dont il se rendit maître le 31 septembre. Le premier acte de Nasr-Ouilab, après la prise de la ville , fut de faire mettre à mort sou oncle, qui était gouverneur de la forteresse. Le khan victorieux marcha ensuite sur Zamine. Les assi^és, uoique abattus par l’inaction honteuse e leur souverain, firent un dernier effort pour arrêter les progrès de l’armée boukbare. Mais l’artillerie d'Abdoul-Saniet les obligea bientôt à se rendre; et, le 27 septembre, Nasr- Oullah fut maître de la place. Des succès si rapides firent une impression rofonde sur l’esprit de tous les Khoandiens. Ouratoupah, qui à cette époque n’nppartenait pas à la Boukharie, se soumit à l'émir, après une très-courte résistance. Cette ville fut livréeau pillage, et l’armée boukhare se porta immédiatement sur Khodjande dont les habitants n’essayèrent pas même de se défendre.

Nasr-Oullab fit son entrée dans la ville le 8 octobre. Là, les Usbecks, rassasiés de gloire, demandèrent tumultueusement à retourner dans leurs foyers.

Nasr-Oullab, poussé par Abd-oul-Sainet, refusa d’écouter leurs réclamations, et leur ordonna de marcher en avant.

L’armée boukhare était à Mehrem, lorsque Nasr-Oullah reçut une députation de Mohammed-Ali pour demander

L’UNIVERS

la paix. Le ' souverain de Khokande proposait au khan de Boiikharie la cession de tout le territoire jusqu'à la ville de Khodjande inclusivement. Il s'engageait de plus à lui payer une somme considérai et à se reconnaître son vassal. Le nom de Nasr-Oullah devait être dorénavant prononcé dans les prières publiques et inscrit sur les monnaies. L'émir, quelque envie qu’il eût de pousser ses avantages, en fut empêché par les murmures toujours croissants des IJsbecks qui refusaient d'aller plus loin. Malgré cette contrariété, il se montra satisfait des résultats de la campagne ; et , pour assurer ses conquêtes, il choisit des hommes dévoués qu'il ibiit comme gouverneurs dans les places soumises par l'armée boukhare.

Enfin, il nomma Mahmoud, frère de Mohammed-Ali, gouverneur.de Khodjande, et le 26 octobre il reprit la route de Boukhara. '

Les Khokandiens ne tardèrent pas à se soulever. Mohammed-Ali, qui auparavant était en lutte ouverte avec son frère .Mahmoud, lit la paix avec lui; et CCS deux princes, après avoir réuni leurs forces , reprirent tout le pays dont les Boukhares s'étaient emparés jusques et y compris la ville d'Ouratoupali. Ces graves événements décidèrent Nasr- Oullah à recommencer la guerre. Il consacra tout l'hiver de 1841 à 1842 à faire ses préparatifs pour entrer en campagne; et a cette occasion il frappa les maisons d'une contribution de guerre, la; 2 avril, il sortit de Boukhara et entra à Khodjanile sans éprouver la moindre résistance, quoique l'armée de Khokande, forte de l.S,00u hommes, s’y trouvât réunie. La ville fut livrée au pillage. Khokande se rendit également sans coup férir. Une fois maitre de cette capitale, Nasr Oullah lit mettre à mort Mohammed-Ali et presque tous les membres de sa famille. A la lin de l'hiver de l’année 1842 il se trouvait maître du khanat entier de Khokande.

M. Joseph Wolff trace le portrait suivant de Nasr-Oullah (I) : • Ce prince « a environ cinq pieds deux à trois pou- « ces. Il est un peu gros; ses veux sont « petits et noirs il a le teint Brun. Les

(I) Voye* yarralivt qf a miaion lo Hokhara, im tkr yrars I>43-18I6, lome I, page 32S.

« muscles de son visage se contractent

• souvent par un mouvement convulsif, « surtout lorsnu'il est irrité. Sa voix

• est assez faible , et il parle avec volu-

• bilité. Son sourire parait forcé ; toute- « fois il a l'extérieur d'un bon vivant.

• Sa mise est extrêmement simple et « tout à fait semblable à celle d’un

• simple mollah. «

Cette bonhomie apparente que M. Wolff remarqua dans la personne de Nasr-Oullah. contraste d'une manière hideuse avec les habitudes sanguinaires de ce monstre. Nous avons remarqué qu’il fit périr successivement par le fer et par le poison son père , cinq de ses frères, un oncle, etenfln, les personnages influents qui l’avaient aidé à monter sur le trône. Lorsqu’il pensa n’avoir plus besoin de garder de ménagements, il ne se borna pas à ces exécutions individuelles et Qt massacrer un nombre considérable d'offleiers de l’armée et de personnes appartenant ad’autresclasses.

Nous venons de voir que le khan de Khokande et sa famille furent mis à mort par les ordres de ce tyran. Des étrangers, a|ipartenant aux nations les plus puissantes de l'Europe et revêtus de fonctions diplomatiques qui devaient les rendre inviolables, furent, au mépris du droit des gens et des lois de l'hospitalité, jetés dans des cachots et conduits avec tous les raflinements de la cruauté à une mort lente et douloureuse. Parmi les Européens immolés par Nasr-Oullah, les feuilles publiques ont spécialement signalé un Italien du iioni de Naselli, le lieutenant Wybiirt, de la marine de la compagnie des Indes- Orientales, le colonel .Stoddart et In capitaine Arthur Conolly. Le lieutenant Wvburt fut enlevé par' ordre de Nasr- Oiillah sur la route de Khiva. Des cavaliers ushecks se mirent à sa poursuite et le conduisirent à Boukhara, où il fut enfermé dans un cachot. Après lui avoir infligé les traitements les plus cruels et les plus ignominieux, l'émir le lit appeler et f engagea à embrasser l'islamisme et .à entrer à son service, lui promettant, s’il acceptait ces conditions , de le combler de bienfaits. Quoique affaibli par les souffrances et les privations de tout genre, le lieutenant Wybiirt répondit avec une noble fierté qu’il ne renonce-

rait jamais à sa double qualité de chrétien et d'Anglais, et qu'il ne voulait point servir un tyran. Quand il eut prononcé ces paroles , Nasr-Oullah le fit conduire au supplice. Le lieutenant Wyburt attenditla mort avec une fermeté qui ne se démentit pointjusqu’au dernier moment.

Stoddart et Conolly furent enfermés dans le même cachot. Au bout de peu de temps, le séjour de ce souterrain était devenu un supplice horrible et incessant. Les immondices et les ordures restaient accumulas dansle cacbot, et les maliieureux prisonniers y respiraient un air pestilentiel. La vermine avait rongé toutes les chairs de l'infortuné Stoddart. Son corps n’était plus qu’un squelette couvert d'horribles ulcères. Malgré ces souffrances , ni le colonel Stoddart, ni son compagnon d’iufortune, le capitaine Conoily , ne cherchèrent à attenter à leurs Jours. Tous les détails que l’on a pu recueillir sur leur captivité et leur mort attestent une résignation et un courage non moins dignes d’admiration que de pitié.

Les meurtres multipliés commis par Nasr-Oullah ont eu presque tous pour cause le naturel sanguinaire et vindicatif de ce tyran. Il en est quelques-uns toutefois qu'il faut attribuer à un sentiment de crainte. Mais, loin d'avoir réussi à calmer les terreurs nui l'assiègent, ce monstre passe sa vie dans des angoises continuelles. Toutes les lettres qui partent de Boukhara et celles qui arrivent dans cette capitale sont soumises a son inspection. Il a organisé un espionnage général pour connaître les actes et les paroles des moindres habitants de Boukhara. Des petits garçons appartenant à quelques tamilles pauvres lui rap-

fiortent ce qu’ils voient et entendent dans a rue. L’espionnage est établi Jusque dans l’intérieur des familles. Le frere dénonce son frère, et la femme son mari. On avait aposté des gens pour recueillir les moindres paroles que M. VVolff pourrait prononcer pendant son sommeil. Nasr-Oullah est soumis luiuiéme sans le savoir à l’odieux système qu’il a institué. Abd-oul-Samet, (|ui redoute la fin tragique du Kousch-bégui, se fait rendre un compte exact de toutes lesactions, même les plus indifférentes, dukhan. Les confidences que fait ou que

reçoit ce prince lui sont fidèlement rapportées. Les principaux espions d’AI)doul-Samet sont les épouses mêmes du khan. Ces femmes, toutes nées en Perse, éprouvent un sentiment de bienveillance naturellepouruncompatriote que le sort a Jeté comme el les dans un pays étranger et barbare. D’ailleurs, la cruauté de Nasr-Oullah et ses vices abominables suffiraient pour le rendre odieux. Abdoul-Samet est devenu aujourd’hui la terreur du khan. Celui-ci craint à chaque instant d’être assassiné par l’homme qui commande ses troupes régulières et son artillerie. Toutes les fois qu’Abdoul-Samet fait tirer le canon, pour exercer les serbazes, Nasr-Oullali dépêche aussitôt des gens sûrs pour s’informer s’il n’y a pas quelque soulèvement dans fa ville.

Tels sont les hommes qui gouvernent aujourd’hui Boukhara. S’ils ont succombé, depuis les dernières nouvelles reçues de l’Asie Centrale, on peut sans crainte leur prédire de dignes successeurs. Les souverains et les ministres des différentes contrées de la Tartarie ne voient dans le pouvoir souverain que le droit de spolier et de mettre à mort. Ces habitudes cruelles sont acceptées par les chefs comme par le peuple, et nul ne songe à les modifier, mais seulement à se venger sur un plus faible de l’injure reque d’un plus fort. Les éléments de régénération manquent dans les populations indigènes; l’Europe seule pourra dompter ces mauvais instincts par la force et amener graduellement la civilisation.

KHAMAT DE KHIVA OU KHIVIE.

Dénominatioivs. La Khivie , appelée aussi khanat de Khim et khanat (F Owguendije ( 1 ), du nom de ses deux capitales, portait, ily a plusieurs siècles, le nom de pays de Kharizme : c’est la Chorasmia de l’antiquité.

Limites. La Khivie est bornée au nord par le fleuve dTem, de DJem ou d’Ëmba et par la rivière d’Irguize.

A l’est la frontière n'est pas bien marquée; elle s’étend sur une ligne d’envi-

(1) Auioarri’hui encore les Boukharrs continuent designer les Kliiviens par ic nom h'OttrganUchi.

üogle

izoo :

L’UNIVERS

ron ccnt quarante lieues du nord au sud, dans le désert de sable situé à l’est de la ville de Khiva, jusqu’au bord de rOxus. Au delà de ce fleuve , la même ÜRne se prolonge à travers un désert de sable et atteint les districts montagneux des pays de Hérat et de Caboul. Au sud, les frontières se prolongent depuis la rivière d’Atrak jusqu’à la plaine de Peudjedeh. A l’ouest, le kbanatest borné par les côtes de la mer Caspienne (1).

La longueur du pays de Khiva est d’environ 310 lieues de poste de 3,000 toises et sa largeur de 360 (3).

Nature du sol bt aspect de la coNTitSB. Peu de pays offrent un aspect aussi uniforme et aussi monotone que celui de Khiva. Si l’on excepte la bande de terre située sur la rive gauche de rOxus et le canton assez bien arrosé de Merve, on peut dire que toute la Kkivie est une vaste plaine déserte, où la charrue n’a jamais tracé un sillon, et où l’industrie et la culture de l’homme ne se montrent nulle part. Ces déserts ne sont cependant pas entièrement semblables à ceux de la Libye et do l'Arabie; car on y trouve, dans queluues parties du moins, des sources, des buissons qui fournissent du combustible, et des plantes épineuses qui servent de nourriture aux chameaux.

Depuis Khiva jusqu’aux limites nord du knanat le sol est composé d’une argile dure, qui produit de l’absinthe et d’autres arbrisseaux.

Les parties sablonneuses des steppes

(l)Os iimilos i^iDl celles quedooDC M. Ja* mes AblHilt dans son cavra^e intitulé : tSarratiivo/a JourneyJrom Héraut to Khiva^^oecow ami St PeUrrsburgh , during ihe laie RuMiùtn itivasioH of tChiva: wiih wtne aeeomnt qf tbe court of Khiva and the kingdotn Khaurtstn, r.nndres, 5 vol. in*H*. Il blleruue Téteodue da klianatd^W''a,coniiDe celle de la plupart d» aiitf«. aî®!* Turiiiie.staa. peut varier dSin JottP,® I autre par la ri’Volte des tribus qui errtiit dans les steppes environnantes ou parmi almple coup de main. Ensuite, Iw vovagea» ont deux manière* de mesurer réteoaua d« ces El.ils situes au milieu det fteiM; oe

dans leurs otOcsiU* qw du pays cultivé et habité nar uns ÉooaMtaitawMolalre, établie dans des ntlraSMllVulâ^ et M. Abbott

est da O® isombre, considèrent comme faisant pMtie du psys les ooulréea désertes environ-

rutes, dont aucun pouvoir vuUia ne conteste

pOSSCR>i>)[).

(3) Le texte d’Abbott porte 7&0 et éoo milles. Voyez tome II, page iv de l'Appendice.

de la Khivie offrent une succession de monticules dont la cause est due , suivant quelques voyageurs, aux sables que le vent soulève. Le moindre obstade que le sable rencontre forme aussitôt un tourbillon, et sert de base à un tertre qui s’élève là où peu d’instants auparavant le sol était parfaitement uni. Cependant M. Abbott pense que les collines de sable de la Khivie excluent, par leur forme, toute idée qu’elles ont eu l'action des vents pour cause première.

Les parties argileuses des steppes sont quelquefois unies, mais plus généralement elles sont coupées par de.s ravins profonds dans la direction du sudsud-ouest.

La presqu’île entre Manguischlak et Tuk-Kar.'igan , sur laquelle est situé le fort russe de Nuov-Alexandrof, renferme une triplechaînede montagnes qui s’élèvent au-dessus de la mer Caspienne. Ces montagnes sont avec les Balkans les seules que l’on trouve dans le pays.

Le [dateau qui sépare la mer Caspienne et la mer d’Aral n’a pas moins de 600 pieds d’élévation. Il existe aussi quelques roclies calcaires sur la rive gauche oe l’Oxus au nord de Khiva. ün a trouvé, à ce que prétendent les habitanU du pays, de l’or dans ces roches; mais leur formation, comme le remarque M. Abbott, ne permet pas d’ajouter la moindre foi à une pareille assertion.

Fleuves et bivikhes. Nous avons déjà fait mention de l'Osus et du Mourgab ou rivière de Merve en parlant des fleuves et des rivières les plus considérables du Turqnestaii. l.es autres courants d’eau particuliers à la Khivie dont il nous reste à parler sont : l'Kmba, l’Irguizeet l’Atrak.

L'Emba, qui porte aussi les noms de Effem et Yem, est un petit fleuve qui se jette dans la mer Caspienne. Son cours est d’environ 150 lieues. Il traverse des pays en grande partie sablonneux et stériles, et passe dans quelques endroits sur des terrains salés qui altèrent la douceur de ses eaux. Quoique ce fleuve reçoive plusieurs affluents , la largeur de son lit ne dépasse pas cent pieds. F.n été ses eaux sont extronement nasses , mais au printemps elles débordent. L’Emba est très-poissonneux dans toutes les par-

ties de son cours , et près de son embouchure on trouve tous les poissons de la mer Caspienne.

L'Irpuize, que l’on appelle dans le pays Oulou-Irgulie ou Gratul-Irguize, |K)ur le distinguer de quelques autres rivtères de même nom , est peu considérable en été. A celte époque de l’année, son lit demeure à sec, excepté dans quelques endroits profonds, ou il reste toujours des mares d'une eau stagnante et saumâtre. Au printemps, l’Irguize acquiert un volume considérable. Cette rivière est assez poissonneuse; elle se jette dans la Tourgnï.

1/ Atrak prend sa source dans le Khornsan septentrional, et se jette dans la mer Caspienne.

Canaux. L’Oxus est sans contredit la cause la plus efficace de la fertilité de la Khivie. On a dérivé de ce fleuve, au sud de Rhiva , deux grands canaux , qui se partagent eux-méraes en plusieurs autres d'une moindre largeur, et ceux-ci se sulxlivisent à leur tour en petites rigoles, de.stinées à l'arrosement des champs et des jardins.

Le plus considérable de ces canaux est le Khan- Ab, ou Canal du Khan, qui passcà une très- petite distance deKhiva. Il est large d’environ quarante pieds et profond d^e douze ou treize; il se partage en différentes branches, dont les unes se perdent dans les sables, et les autres aboutissent à de petits lacs et à des étangs,

3ui servent de réservoirs pour les temps esecheresse. LeKhan-Abporte bateau, et il existe entre Khiva et Khanka, lieu prés duquel ce canal sort de l'Oxus , une navigation assez suivie. A l’époque de la crue des eaux du fleuve , le canal coule à pleins bords ; le courant devient alors extrêmement rapide, et pour le remonter, on haie les bateaux à la oordelle. Ia; canal estséparé du fleuve par une digue et une écluse que les habitants de Khanka entretiennent à leurs frais. Le gouvernement khivien les exempte d’impdts moyennant cette charge et l’obligation de faire curer le canal. Les eaux de l’Oxus, à l'époque de la crue, sont chargées d’une masse considérable de terre et de détritus qui auraient bientdt obstrué les canaux si on ne prenait pas soin de les curer tons les ans. Ce travail estexécuté par des esclaves.

Les bords des canaux et des rigoles sont ordinairement plantés d’arbres.

Région cultives. Nous ayons déjà remarqué qu’il n’existe dans l’étendue de la Khivie que deux seules oasis où l’on trouve les marques de la culture et de l’industrie humaine.

La plus importante de ces deux oasis est celle de Khiva, formée par une plaine basse et argileuse, arrosée à l’est par les eaux de l’Oxus et terminée à l’ouest par un désert de sable. Cette plaine s’étend jusqu’il Hezaraspe, à environ IG lieues de Khiva, au sud de la mer d’Aral.

L’oasis présente une longueur de 82 lieues ; sa largueur moyenne est de 25 lieues et sa surface de 4, «56 lieues carrées(t). Tout ce terrain est fertile et parfaitement arrosé, dans ses parties les plus éloignées de l’Oxus, par des canaux dérivés du fleuve. Le sol est bien cultive. Il y aurait cependant lieu de perfectionner encore la culture et surtout de la porter plus au loin. En effet, chaque année les habitants défrichent ces terres jusqu’alors désertes , et étendent leurs conquêtes sur la steppe. Si les défrichements sont lents et peu considérables, la cause en est principalement à l’apathie des Khivieiis. Ces gens aimaient mieux jusqu’à ces derniers temps se priver des objets les plus nécessaires à la vie que de cultiver la terre. Si nous en croyons M. Abbott, une révolution commence à s’opérer à cet ^ard. Le pâtre khivien, qui ne se nourrissait que de lait caillé et ne portait d’autre vêtement que la peau de ses brebis, commence à trouver agréable de manger du pain, du riz, des légumes, des fruits, et de pouvoir se couvrir des étoffes de l’Inde et de l’Europe. Ces nouveaux besoins doivent triompher de son indolence naturelle. L’agriculture, du moment où elle ne manquera pas de bras et ne sera plus exclusivement confiée au.x mains d'esclaves qui ne portent qu’un intérêt médiocre à la réussite de leur travail, ne peut manquer de faire de grands progrès.

Nous avons dit que pendant plusieurs mois la terre de l'oasis de Khiva était couverte de neige et de glace. Le sommeil de la nature dans ce pays semble

(1) Voyer. l'ouvrage d’Abbott, lometl, Appendice, page XXXIII.

L’UNIVERS

lui donner une force plus grande à son réveil , et lorsque le temps de la production est arrivé, les champs se couvrent de céréales et de légumes.

La plaine de Kbiva est coupée de nombreux canaux , et séparée en champs et en jardins par des petits murs de terre bien entretenus. Le pays est suffisamment pourvu d’arbres fruitiers; mais 011 manque de bons bois de charpente.

Pendant le printemps et l’été, les canaux sont pleins d’une eau fort belle et très-saine; mais en hiver ils gèlent, et la ville de Khiva n’est plus approvisionnée que par l’eau bourbeuse et saumâtre des puits et des étangs.

L’oasis de Merve est une plaine qui se développe sur une longueur de 2â lieues , sa largeur est de 16 lieues : cette plaine , formée d'un sable extrêmement lin , présente un aspect aussi triste et aussi aride que la steppe elle-même. Pas une feuille verte dans toute son étendue. Le sol ne produit ni une touffe de gazon ni même des mauvaises herbes ; mais les masses considérables d’eau que l'on dérive du Mourgab pour les verser sur ces terres altérées, les rendent fertiles, et elles produisent en abondance de l’orge, du djougara, des melons trèslins^ des raisins et quelques autres fruits. I.es céréales que l’on récolté dans l'oasis de Merve fournissent en grande partie les approvisionnements du district montagneux du pays de Hérat. Les troubles des soixantedernières annéosont fait négliger l’entretien des digues et des canaux du Mourgab , et les produits de la plaine ont décru dans une grande proportion.

La continuation de la plaine de Merve du côté du sud porte le nom de plaine d’Youllatan. Cette plaine est arrosée par les eaux du Mourgab et cultivée par des tribus nomades turcomanes.

La valIcedePeudjedeh, sur le Mourgab , était autrefois parfaitement cultivée. Aujourd’hui elle est abandonnée.

Climat. La Khivie jouit d’un climat plus varié que ne pourrait le faire supposer son étendue. Sur le plateau qui sépare la mer Caspienne de la mer d’Aral la neige se maintient à une hauteur de uatre à cinq pieds, et le thermomètre e Réaumur descend jusiiu’à 10 degrés ‘eu-dessous de zéro, üans les environs de

Khiva, rOxus reste gelé pendant quatre mois, bien que la latitude de cette ville soit la même quecelledeRome; et la neige couvre la terre pendant plusieurs mois.

Elle fond , il est vrai , lorsqu’elle est exposée aux rayons du soleil; mais à l’ombre elle prend la consistance de la glace. Les voyageurs et les bâcherons qui coupent du rois dams les steppes sont trèsfréquemment ensevelis sous des tourbillons de neige qui s’élèvent en peu d’instants à cinq et six pieds de hauteur.

On est encore exposé dans la Khivie à un vent glacial qui souffle du nord-est, et traverse, avant d’arriver dans ce pays, d’immenses régions couvertes de neiges et déglacés. Le froid est alors si vif et si pénétrant que les plus épaisses fourrures deviennent insufiisantes. Les voyageurs s’accordent à dire qu’on ne peut avoir aucune idée de l’action de ce vent lorsqu’on ne l’a point éprouvée soi-même. Toute partie du corps exposée à l'air ou même trop peu couverte est aussitôt paralysée.

Il y a peu d’années un nombre considérable de Turcomans envoyés par le khan de Khiva pour s’opposer à la marche de l’expédition russe sous le commandement du général Perowsky revinrent mutilés : les uns avaient perdu un bras , d’autres un pied, les joues, le nez, les lèvres et même la langue.

Le verglas arrête souvent la marche des caravanes : la neige durcie et la glace blessent les pieds des chameaux, qui se trouvent bientôt hors d’état de continuer leur route. Ces malheureux animaux sont alors abandonnés dans la steppe, où ils meurent de froid et de faim.

En été , la chaleur e.st intolérable à Khiva , et c’est àpeine si l'on peut supporter un léger vêtement de toile de lin. Il est impossible de dormir sous un toit. Il arrive souvent que les gens exposés au soleil meurent arôhyxiés par la chaleur. Ces extrêmes de froid et de chaud n’existent plus au même degré à mi-chemin entre Khiva et Merve. Dans ce dernier endroit, cependant, la chaleuresi encore assez violente en été, parce que les sables qui l’entourent s’échauffent facilement aux rayons du soleil et embrasent l’atmosphère; mais en hiver la neige fond immédiatement sur le sol. La cause des grandes variations de la température

: ;li

TARTARIE. et

à Khiva est facile à expliquer. Cette ville, située entre les steppes glacées de la Sibérie et les déserts brûlants de l’Arabie et de la Perse, est exposée aux venu qui Boufilent de ces deux points opposés.

L’été est plus chaud dans cette capitale que dans quelques steppes voisines, où la température est quelquefois rafraîchie par des nuages qui partent de la mer Caspienne et garantissent le sol de l’ardeur des rayons du soleil. Le printemps est une saison agréable dans l’oasis de Rhiva.

Les extrêmes de chaud et de froid que l’on éprouve dans la Khivie sont évidemment défavorables à la constitution de l’homme. La pureté de l'air compense cet inconvénient. On a observé que la peste ne visite jamais Khiva, et les habitants de cette capitale ont tous une ap-

fiarence de santé qui témoigne de la saubrité du climat.

La chaleur n’est point excessive sur le plateau situé entre la mer Caspienne et la mer d’Aral. Ce fait tient à 1 élévation du sol et aux nuages qui se promènent entre les deux mers.

PBODUCTIONS NATUBELLKS.

Régne minéral. — Règne vigélal.

Rbgnb MiNBB al.Lcs minéraux qu’on trouve dans la Khivie sont la pierre de taille, la pierre calcaire, l’argile et le sel.

L'argile sert , entre autres usages , à faire des vases de différentes formes que l'on recouvre ensuite d’émail et qui composent toute la vaisselle des habitants pauvres du khanat.

Rèons végétal. L’absinthe et l’épine de chameau couvrent les steppes, et poussent également bien dans l’argile et dans le sable. On trouve encore dans les déserts sablonneux deux ou trois variétés d’arbrisseaux, dont quelques-uns s’élèvent jusqu’à la hauteur d’un homme. On peut très-facilement les arracher avec la racine. Ils forment un exr.ellent combustible. On trouve çà et là de petites touffes de gazon au milieu des surfaces sablonneuses. On ne voit de prairies qu’aux environs de Koungrate et dans un petit nombre d’autres localités arrosées par l’Oxus.

La nourriture des animaux herbivores consiste principalement en absinthe et en épine de chameau. La contrée sablonneuse à l’ouest de Khiva produit de l’herbe au printemps. On y mène paître alors les chameaux et les bœufs; mais cette ressource est de peu de durée. Au bout d’un mois, la chaleur a totalement brûlé l’herbe; et alors les campagnes sont infestées de myriades de taons et d’autres insectes qui tourmentent tellement les animaux que les tribus turcomanes qui campent dans ce canton le quittent pour ny retourner que dans la saison froide.

Les habitants de Khanka, d'Ourfniendje, et de quelques autres endroits des environs donnent comme fourrage à leurs chevaux et à leur bétail des feuilles de réglisse. Les branches, dépouillées de ces feuilles', sont employées au chauffage.

Les champs de l’oasis de Khiva sont semés de froment , d’orge , de riz et de plusieurs autres céréales. On v trouve encore du coton, du trèfle, des pois, des lentilles, des pavots et du chanvre. Ces deux dernières plantes servent , la première pour l’opium , et le chanvre , ui parait être d’une qualité assez méiocre, est employé à faire de l’huile et aussi à la fabrication d’une boisson et d’une préparation particulière, dont l’effet n’est pas moins dangereux que celui de l’opium ; nous en parlerons plus bas. Les fliaments du chanvre servent encore pour tresser des cordes ; mais la consommation n’est pas considérable pour cet objet, parce que les Khiviens font un grand usage de cordes de laine.

On ne cultive pas l’orge en grand dans l’oasis de Khiva. Cette céréale ne se trouve que dans les propriétés des gens riches, qui la donnent en vert à leurs chevaux.

On récolte au mois d’août les capsules du coton, puis on les fait sécher sur les toits. La préparation ducoton se pratique dans la Khivie comme à Boukhara (1).

Le froment est le seul grain d’hiver que l’on trouve dans l’oasis de Khiva.

On le sème en octobre , et la moisson se fait en juillet. On sème immédiatement après du djougara, du coton et quelques (I ) Voyez d-d«v<nt page 22.

L’UNIVERS

autres plantes que l'on r^olte aux premières gelées; puis on laisse la terre en jachère jusqu'au mois d’octobre, où on la fume pour y semer de nouveau du froment. Les KJiiviens donnent quelquefois sept labours à leurs champs avant de les eiMemencer, puis ils brisent les mottes au moyen d’une herse de fer.

On remarquedans les jardins plusieurs sortes d’arbres, et entre autres le peu-

1)lier noir et lepeuplier ordinaire, lefnSne, e saule , le mûrier blanc, l'abricotier, le pommier, le poirier, le prunier, le cérisier, le groseillier et la vigne. 1^ fruits et les légumes sont d'excellente qualité, les melons et les raisins ont un goût et un parfum exquis II est certain que si le.s productions végétales de l’oasis de Khiva ne sont pas plus variées encore, la cause en est uniquement à la négligence des habitants. A l’époque où M. N. Mouraviev visita cette contrée, en 1820, on n’y cultivait ni les cJioux, ni les navels, ni les pommes de terres; depuis on y a introduit ce dernier légume, qui a réussi parfaitement.

On plante sur le bord des canaux et des rigoles des tamariscs, des saules et des peupliers. Ces arbres, d’un effet agréable, ont l’avantage de procurer de l’ombre dans les chaleurs ne l'été et de fournir du bois decharpente, qui manque dans le pays.

JiègM animal.

I.e règne animal est très-riche dans la Khivie. l,e$ animaux domestiques les

fdus communs dans cette contrée sont ; e chameau, le dromadaire, le cheval, r.lne , le bœuf, le mouton et la chèvre.

Chahrad. Le chameau de la Khivie appartient à la race kirguize; il est de petite taille, a les cuisses bien faites et recouvertes d’un poil extrétnement long. Une épai.sse crinière d’un pied et demi environ retombe sur son cou, et donne ù l’animal un aspect singulier. Os cliameaux sont très-dociles. La longueur de leur dos les rend plus propres (|ue le dromadaire à traîner des voitures: mais, comme bêles de somme, ils lu!

sont inférieurs, parce qu’ils ont moins de force.

Dbomadaibes. On distingue en Khivie deux sortes de dromadai res ou chameaux à uiiQ bosse : le mr et l’irkek :

le nar, d’ûne taille extrêmement élevée, est un bel et vigoureux animal.

Sa couleur tire ordinairement sur le rouge de feu. Ses Jambes et son cou sont couverts de touffes épaisses de poils bouclé.s qui contribuent à l’embellir. Le nar devient souvent indocile , surtout dans la saison du rut. Alors, il cherche toujours à mordre, et l’on est obligé de lui lier les mâchoires.

L’irkek, plus petit que le nar, supporte cependant très-bien la faim et la fatigue. On a remarqué que ces deux espèces de dromadaires sont extrêmement sensibles au froid. Pour les en préserver, on a soin de les envelopper d’épaisses couvertures de feutre. Les femelles sont aussi fortes et plus vives que les mâles.

Chevaux. Nous n’avons que peu de chose à ajouter à ce que nous avons dit sur ces animaux dans la description du khanat de Boukhara (1). Nous ferons observer seulement que la race la plus estimée à Kliiva est la race turcomane , a laquelle tous les peuples de l’Asie Centrale s’.iccordent à donner la préférence.

Les Kirguizes amènent aussi aux marchés de la Khivie de grands troupeaux de jeunes chevaux élevés dans les stepes et presque tous dressés à aller l’anile. Les Khiviens recherchent ces chevaux , non pour leur beauté , mais parce qti'il.s supportent très-bien et pendant longtemps la fatigue et les privations.

ArtES. On n’est pas dans l'usage de monter les âne.s dans la Khivie comme on fait à Boukhara. Ces animaux ne servent guèreqne comme bêtes de somme pour transporter îles denrées et des marchandises.

B(*i)fs. I.es Khiviens ont peu dé CTos Wlail. On ne trouve le bœuf que dans les parties cultivées du khanat et dans les districts voisins de In mer d’Aral.Ces animaux, dont le nombre est peu considérable , ne sont pas d’une belle espèce. On les fait travailler à la charrue.

Moutons. Les moutons de la Khivie .sont de la taille de nos montons Ordinaires , avec cette différence qu’ils ont les jambes plus courtes et le corps plus gros. I.eur queue est d’une grosseur

(I) Voyez ci-devant, page la.

énorme et formée d’une graisse extrêmement délicate. Elle pèse quelquefois jusqu'à dix etdouze livres. Cette graisse ressemble à de la moelle , et remplace souvent l'huile et le beurre dans les usages culinaires. Le mouton de Khiva est le même qu’on trouve sous toutes les latitudes dans les différentes parties de l'Asie Centrale.

Animaux sacvaobs. On voit dans les steppes et dans les montagnes de la Khivie le mouton et la chèvre sauvages, une sorte d’antilope appelée saïga, l’âne sauvage , dos renards , des loups , des lions , des tigres, des léopards, des ours, des sangliers et des lièvres. Les oiseaux les plus communs sont : le faisan , la perdrix , la caille, la bécasse , la bécassine , le cygne et l’oie sauvages , le corbeau, la corneille et la pie. Ces dernières se réunissent en troupes nombreuses autour des puits dans les déserts. Nous nous bornerons à parler de ceux de ces animaux qui offrent quelque caractère remarquable.

Mouton sauvage. Le mâle se distingue par une barbe blanche longue de plus d’un pied ; ses cornes ressemblent à celles du mouton domestique.

Les moutons sauvages fr^uentent les rares montagnes de la Khivie. Ils vont toujours par troupeaux.

On trouve la chèvre sauvage dans la partie la plus élevée de ces mêmes montagnes.

SaToa ou Saïgak. La saïga, un peu

&lu.s petite que le mouton , lui ressem- Ic à quelques égards; son muflle est extrêmement singulier : il est arqué et percé de deux larges et profondes narines recouvertes par un tégument flexible que la saïga comprime ou dilate à volonté. Cette antilope a des cornes de couleur blanche et en forme de lyre. Ses yeux sont tres-souvent voilés par des taies. La saïga a le poil doux , court et ordinairement de couleur jaune-foncé.

Son odorat est très-lin : elle sent à une grande distance les bêtes féroces et l’homme, et court avec une rapidité incroyable pour échapper à ces deux ennemis. Lorsqu’elle n^est point effrayée , elle interrompt sa course par des bonds et des sauts. Quand on la prend jeune. On parvient aisément à l’apprivoiser. La eaiga se nourrit de plusieurs sortes

d’herbes; mais elle préfère l'absinthe blanche et les algues marines. Elle est exposée à une maladie singulière; ce sont des vers qui se forment dans l’épine dorsale. En été, elle souffre extrêmement de la chaleur et est incommodée p.ar des essaims d’insectes, qui se logent dans ses narines, et l’obligent souvent à s'arrêter pour éternuer.

saïgas, pour éviter la chaleur et les insectes , cherchent des pays plus frais : elles émigrent par troupeaux de 4 à 6,000 bêtes. La chair de cet animal est très-succulentc.

Les habitants de la Khivie, et particulièrement les Kirguizes, lui font souvent la chasse. Voici comment ils s’y prennent :ilsenfoncent dans le sol, près des rivières et des lacs où les saïgas vont boire, plusieurs rangées de roseaux taillés en pointe et placés en demi-cercle.

Chaque rangée est à environ un pi(>d l’une de l’autre. Au delà de cette espèce de palissade ils élèvent des buttes de terre, derrière lesquelles se cachent des chasseurs. Quand les troupeaux de saïgas arrivent pour s’abreuver, quelques chasseurs se montrent, jettent (le grands cris et poussent les saïgas vers l'espace qui se trouve entre les buttes de terre et les roseaux. Ces animaux , effrayés par la présence des chasseurs qui se tiennent auprès des buttes, s’efforcent de .sauter pour franchir les palissades, et toujours il en reste un assez grand nombre enfoncés par le ventre sur les pointes des roseaux.

Anes .sauvages. L’âne sauvage erre par troupes de deux et de trois cents dans les steppes situées entre Kiiiva et la mer Caspienne. Cet animal diffère peu de l'âne domestique. Sa diair est tort estimée par les Tartares (1).

(1) L’usase de ae nourrir de la chair de l'iine sauvaae parait 4lru fort anriro, du luoiu» cliea les Peraaaa. Le poAte Ferdousi rapporte dans son Schah-Nanuh ou Livre des HoU ijue Rouslam mangea un Jour on Ane saiivaKe qu'il avait préaTablemeot ialtrotirA la liroehe. Voyei Soonrab, a poem, /féelu tramlahd fHwi the original persian o/ Firdouree , hy James Atkinson. (Atcutta, Pereira, ISI4, in s"', page 3 de la tradocllon et 166 du texte.

Voyez aussi U Livre des Rais, par Abou’ rkaslrn Firdou.sl , publié, traduit et commenté par .V Jules Mohl, membre del’InsUlut; Paris , Imprimerie royale , ist'i , tome U , page 74 et 76.

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L’ÜNIVERS.

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