‹ TartuffeChapitre 2 sur 4 · C. Petit · texte numérisé non relu

C. Petit

■ K. I Thédtret sous Louis XJY.

Siège, qui n'y voit non plus rien à dire : l'approbation reste inutile.

Madame désire connaître la pièce; Molière la lui donne — toujours les trois premiers actes — à Villers-Cotterets, le 25 septembre. Tartuffe a d'ailleurs la vogue des choses défendues; et comme une certaine liberté d'esprit subsiste encore, tout le monde veut avoir Molière pour le lui faire lire. Il le lit chez Montmor, un gassendiste; il le lit chez Ninon, qui lui raconte l'anecdote des deux cassettes, dont Voltaire fit une comédie plus tard, confiées par Gourville sur le point de s'expatrier par prudence, l'une à un ami, libertin comme lui, et sentant le fagot, qui rendit le dépôt plus tard; l'autre, à un dévot, qui le garda. Condé enfin, qui, comme on sait, tenu à l'écart par le roi, s'occupait, et fort noblement, des choses de l'esprit, et, selon la jolie expression de mon cher maître E. Thierry « n'ayant plus le champ de bataille, gardait le théâtre pour y décider encore la victoire1 », Condé à son tour désire entendre Tartuffe; la Palatine point convertie encore, et qui, selon son aveu,

1 Moliériste, n° 22.

avait grand'peine à se tenir de rire aux choses de la religion, prête son château du Raincy; et Molière et sa troupe y jouent la pièce entière. Le fait est consigné sur le registre de Lagrange ; il n'y a pas à en douter1.

Donc, à la date du 29 novembre 1664, jour de cette représentation mémorable, la pièce est non pas seulement achevée, mais prête, je veux dire sue et répétée.

Le roi a-t-il connaissance des deux derniers actes? On ne sait, mais l'interdit persiste.

Molière écrit Don Juan; la pièce est jouée en février 166o; elle suscite de nouvelles colères, et Tartuffe reste sous le boisseau. Au mois de septembre suivant, Molière ayant accompli, sur un ordre du roi, ce tour de force de composer, de faire apprendre et jouer en cinqjoursunepièce nouvelle :VA mour médecin, Louis XIV l'attache décidément à son service, et la troupe de Monsieur devient troupe royale avec six mille livres de pension. Haute faveur, qui toutefois ne ressuscite pas la pièce condamnée. Justement, vers cette époque,

1 ManuitrU de Laçrangt . prérace E. rhierrj p 78

Condé en réclame à Molière une seconde représentation. Et, chose curieuse ! il lui fait demander si son quatrième acte est fait, et s'il pourra le jouer. Molière ayant donné la pièce complète un an auparavant, il s'agit là évidemment d'un nouveau quatrième acte ; le remaniement de la pièce est commencé1.

La représentation a lieu, en cinq actes, le 8 novembre, et toujours au Raincv.

Puis le temps s'écoule ; de nouveaux chefsd'œuvre sortent des mains de Molière; il donne le Misanthrope, le Médecin malgré lui (1666), le Sicilien (1667), il ne donne point Tartuffe.

Tout à coup, le roi étant à l'armée de Flandre, le 5 août 1667, la troupe du Palais- Royal joue en public ÏImposteur, comédie en cinq actes, dont le héros est un certain M. Panulphe, gentilhomme et homme du monde, fort vilain sire du reste, et dans lequel la cabale reconnaît Tartuffe aussitôt. Et c'est Tartuffe, en effet, sous un autre titre, sous un autre habit; Tartuffe corrigé, déguisé, Tartuffe puni au dénouement, de par le roi,

1 Moliériste, N° 31, lettre publiée par M. le duc d'Aumale ; n<> 32. article de M. Résilier.

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