I. — ENFANCE ET ÉDUCATION DE M 0 T. 1 K B E
En 1821, M. Beffaia découvrait l'acte de baptême de Molière. II n'y a donc plus de doute sur le lieu et la date de sa naissance. « Du samedi 15 janvier 1622, fut baptisé Jean, fils de Jean Pouguelin, tapissier, et de Marie Cressé, sa femme, demeurant rue Saint-Honoré. » Molière est un enfant de Paris, comme Rutebœuf, Villon, Voltaire. On a remarqué que les écrivains nés dans les capitales ont en général une singulière liberté desprit. L'observation est-elle juste? Eu tout cas, Molière ne serait pas pour la démentir.
Marie Cressé étant morte en 1G32, le jeune Poquelin vit son père se remarier l'année suivante, bien qu'il lui restât quatre enfants de sa première union. C'est peut-être ce qui a invité quelques biographes à supposer que Molière eut une enfance malheureuse ; ils nous l'ont représenté souffrant d'être condamné à d'obscurs travaux dans la boutique paternelle, impatient de l'ignorance où l'on tenait son génie précoce. Ce n'est là qu'une hypothèse romanesque. Sans doute, en 1637, Jean Poquelin fit obtenir à son fils aîné la survivance de sa charge de valet de chambre du roi ; mais c'était faire œuvre de bon père que d'assurer ainsi au jeune homme un emploi lucratif et honorable pour un bourgeois : rien ne nous montre que, jusqu'à ce moment, on lui ait interdit l'étude, et nous savons que son éducation, commencée peut-être un peu tard, fut à coup sûr très soignée et digne en tout d'un fils de famille.
Il eut pour premiers maîtres les jésuites du collège de Clermont (aujourd'hui Louis-le-Grand), un des plus célèbres du temps, un des plus fréquentés aussi ; car il comptait trois cents maîtres et quatre cents internes ; ajoutons, un des mieux fréquentés, puisque Jlolière y trouva parmi ses camarades les enfants de la haute bourgeoisie du temps, comme Chapelle, et même un prince du sang, Armand de Bourbon, prince de Conti.
Le père de Chapelle, le conseiller Luillier, ayant persuadé au philosophe Gassendi, qu'il logeait chez lui, de donner des leçons à son fils, Molière fut admis à y assister avec Dernier, Hesnault et Cyrano deBergerac. Vraisemblablement, cet enseignement ne continuait pas celui des jésuites : il n'en profita pas moins au jeune Poquelin, puisqu'il lui inspira un vif enthousiasme pour Lucrèce. Il commença
II MOLIKRE.
alors une traduction du poète latin, et en conserva q'ielques vers cliarmanls en les plaçant au second acte du Mi<(in<hn})ii;.
Ses humanit 'S finies, Molière alla «tudier le droit ;'i Orléans. Fut-il reçu avocat, comme l'aflinne un contemporain, Le Boulanger de Glialussay, dans un libelle contre Molière Elomire hypocoiidrel? C'est possible; ce qui est certain, c"o>t que ces études ne lui furent pas inutiles, car, dans son théâtre, il paile la langue juridique avec autant d'exactitude et de propriété qu'un homme du métier. (V. La langue du droit daus le t/n'dtre de Molii'r;, par E. Paringaut. Paris. Durand.) Entre temps, en 1741, il aurait remplacé son père prèsde LouisXUI, dans le voyage que ce prince lit dans le midi de la France. Ce n'est là qu'une conjecture; mais un ensemble d'indicesla rend assez vraisemblable. Elle est de plus fort séduisante : si ce voyage eut lieu, l'observation naissante de Molière y dut faire un singulier profil à contemplerlimpuissance mélancolique du roi, et l'infatigable énergie de Richelieu, qui, miné par la maladie, luttait contre ses ennemis et ceux de la France, et ne devait être vaincu que par la mort.