PRÉSENTÉ AU ROI SUR LA COMÉDIE DU TARTUFF
Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant, j'ai cru que, dans l'emploi ^ où je me trouve, je n'avais rien de mieux à faire que d'attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle ; et comme l'hypocrisie sans doute en est un des plus en usage, des plus incommodes et des plus dangereux, j'avais eu, Sire, la pensée que je ne rendrais pas un petit service à tous les honnêtes gens de votre royaume, si je faisais une comédie qui décriât les hypocrites, et mît en vue comme il faut toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance', toutes les friponneries couvertes de ces faux-monnayeurs* en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait" et une charité sophistique.
Je lai fuite, Sire, cette comédie, avec tout le soin, comme je crois, et toutes les circonspections que pouvait demander la délicatesse de la matière; et, pour mieux conserver l'eslime et le respect qu'on doit aux vrais dévots, j'en ai distin-