ACTE V, SCÈNE VII
D'où vient que, pour parallre, il s'avise' d'attendre (jn'k poursuivre sa femme il ait su vous surprendre, Et que vous ne songiez à l'aller dénoncer Que lorsque son honneur l'ol^lijîe à vous chasser? Je ne vous parle point, pour devoir en distraire*, Du don de tout son bien qu'il venait de vous faire; Mais, le voulant traiter en coupable aujourd'hui. Pourquoi consentiez-vous à rien prendre de lui?
TABTCFFE, a l'exempt.
D 'iiviez-rnoi, monsieur, de la criaillerie,
Et daignez accomplir votre ordre,. je vous prie.
l'eïempt '.
•^'ui, c'est trop demeurer sans doute à l'accomplir : Vjtre bouche à propos m'invite aie remplir; Et, pour l'exécuter, suivez-moi tout a l'heure Dans la prison qu'on doit \ous donner pour demeure.
Qui? moi, monsieur?
l'kxempt.
Oui, vous.
TAETCFFE.
Pourquoi donc la prison?
L'eXEU?!.
Ce n'est pas vous à qui j'en veux rendre raison.
A Orgon . ) Roinettez-vous, monsieur, d'une alarme si chaude. Nous vivons sous un prince ennemi delà fraude, Un prince dont les yeux se font jour dans les cœurs El que ne peut tromper tout l'art des imposteurs. D'un fin discernement sa grande âme pourvue* Sur les choses toujours jette une droite vue ^ ;
1. S'avue, «onper à. Molière dit aussi avi',er a^ec le seD« neutre. Cf. Scapin. II, 1 : • Je Tais Tite coDîuiter od aTocat et aTiser du l/a « qoe j'ai à prendre. »
2. ùfTOvr en l'istraire. EipressioQ très obscure qui signifie ta.DS doute ; « Je n TOUS dirai i oiiit qae ce don de tout >od bien était fait pour tous détourner < -traire) de celte dénonciation. •
<. L'exempt, officier de police attaché à ta prérôté de ItiAtel, i laeonoétablie, '- an guiit. et chargé de n'^tifier les ordres do roi et de fajre les arrestafions. i portait une petite b guette à'éhene gnmie d'ÎToire aux extrémités.
4. Pourvue. Cette tirade de l'Exempt était autrefois abrégée de Tjngt vers à I» représentation, par diTerse» coupures. PendâLt la BévoJution cet rloge de Lvais XIV était remplacé par des Ters composés par CailbaTa, auteur d'ttude* s.r Molière.
ô.Lr'.i e vue. Jeterune vue pu^iT jeter un regard. « Cette louange sur le droit :us luturel et U modération du jugement du ouitre était méritée a U d&te de
r.licz elle jamais rien ne surprend trop d'accès, Et sa ferme raison ne tombe en nul excès.
II donne aux gens de bien une gloire immortelle ; Mais sans aveuglement il fait briller ce zèle,
Kt l'amour pour les vrais * ne ferme point son cœur
A tout ce que les faux doivent donner d'horreur.
Celui-ci n'était pas pour le pouvoir surprendre,
Et de pièges plus fins on le voit se défendre.
D'abord il a percé, par ses vives clarlos,
Des replis de son cœur toutes les lâchetés.
Venant vous accuser, il s'est trahi lui-môme,
Et, par un jusie trait de l'équité suprême,
S'est découvert au prince un fourbe renommé,
Dont, sous un autre nom, il était informé ;
Et c'est un long détail d'actions toutes noires.
Dont on pourrait former des volumes d'histoires.
Ce monarque, en un mol, a vers vous '^ détesté
Sa lâche ingratitude et sa déloyauté;
A ses autres horreurs il a joint celte suite,
Et ne m'a jusqu'ici soumis à sa conduite ^, ->
Que pour voir l'impudence aller jusques au bout,
Et vous faire par lui faire raison de tout.
Oui, de tous vos papiers, dont il se dit le maître,
Il veut qu'entre vos mains je dépouille le traître.
D'un souverain pouvoir*, il brise les liens
Du contrat qui lui fait un don de tous vos biens.
Et vous pardoime enfin cette offense secrète
Où vous a d'un ami fait tomber la retraite ;
Et c'est le prix qu'il donne au zèle qu'autrefois
On vous vit témoigner en appuyant ses droits,
Pour montrer que son cœur sait, quand moins on y pense,
D'une bonne action verser la récompense ;
1669; l'apparition du Tartuffe venait elle-même comme pièce à l'appui. • (Saintk-Bbuvb.)
1. Les vrais, les vrais gens de bien, ceux qui ont une véritable religion.