ACTE I, SCÈNE I
DORINE
Certes, c'est une chose aussi qui scandalise,
De voir qu'un inconnu céans s'impatronise;
Qu'un gueux qui, quand il vint, n'avait pas de soulier;'
Et dont l'habit entier valait bien six deniers.
En vienne jusque-là que de se méconnaître.
De contrarier tout, et de faire le maître.
MADAME PERNELLE
Hé, merci de ma vie * ! il en irait ' bien mieux, Si tout se gouvernait par ses ordres pieux.
DORINE
Il passe pour un saint dans votre fantaisie * :
Tout son fait *, croyez-moi, n'est rien qu'hypocrisie.
MADAME PERNELLE
Voyez la langue !
DORINE
A lui, non plus qu'à son Laurent, Je ne me fierais, moi, que sur un bon garant.
MADAME PERNELLE
J'ignore ce qu'au fond le serviteur peut être ; Mais pour homme de bien je garantis le maître. Vous ne lui voulez mal et ne le rebutez Qu'à cause qu'il vous dit à tous vos vérités. C'est contre le péché que son cœur se courrouce, Et l'intérêt du ciel est tout ce qui le pousse.
DORINE
Oui ; mais pourquoi, surtout depuis un certain temps, Ne saurait-il souffrir qu'aucun hante céans?
très relevés et les manants des souliers plats. De là le sens injurieux de cette locution.
l. Souliers. Juvénal s'indigne aussi contre ces étrangers enrichis. arri\cs pieds nus à Rome.
Quos nudo Iraduxil Gallia lalo. (vu, 16.)
'2. Merci de ma vie. Exp. elliptique pour : faites-moi, mon Dieu, grâce pour ma -vie, c'est-à-dire : Dieu mè sauve. Mort de ma vie, juron fort en usagt aussi, eût élé déplacé dans la bouche de la dévote madame Pernelle.