‹ Tartuffe; ou, L'imposteur; comédie en cinq actes. Ed. nouv. à l'usage des classesChapitre 33 sur 122 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

DORINE

Le soir, elle eut un grand dégoût, Et ne put, au souper, toucher à rien du tout, Tant sa douleur de tête était encor cruelle!

Et Tartuffe?

DORINE

Il soupa lui tout seul, devant elle; Et fort dévotement il mangea deux perdrix, Avec une moitié de gigot en hachis.

ORGON

Le pauvre homme !

DORINE

La nuit se passa tout entière Sans qu'elle pût fermer un moment la paupière ; Des chaleurs l'empêchaient de pouvoir sommeiller, Et jusqu'au jour près d'elle il nous fallut veiller.

ORGON

Et Tartuffe?

DORINE

Pressé d'un sommeil agréable, 11 passa dans sa chambre, au sortir de la table ; El dans son lit bien chaud il se mit tout soudain, Où sans trouble il dormit jusques au lendemain.

ORGON

Le pauvre homme !

DORINE

A la fin, par nos raisons gagnée,

coninic un emprunt de Molière. D'après Bret, c'est le roi lui-même qui l'aurait fourni au poète. Pendant la campagne de 1662, Louis XIV invita l'évêque de Rho^ez, Pérér.xe, à se mettre à table avec lui. Le prélat se relira en s'excusant sur le jeûne qu'il était obligé d'observer. Un courtisan, qui se trouvait présent à cette scène, raconta en riant que l'évêque n'avait pas un jiùiie fort rude et fit le détail du dîner de Péiélixe, dont le hasard l'avait rendu témoin. A chaque mets nouveau que le conteur nommait, Louis XIV s'écriait sur un ton plaisant: Le pauvre homme! — Aimé Martin 7oit là une allusion à la façon ridicule dont Anne d'Autriche ne manquait pas de s'apitoyer sur ce « pauvre monsieur le Cardinal ». 11 elle à l'appui une jolie scène des Mémoires de Retz. — M. Paul Mcsnard rapporte une anecdote de Tallcniant sur h; P. Joseph, où l'on voit le prieur d'un couvent parler tout juste comme Orgon : i< Ne nous apprendrcz-vous rien de notre bon P. .loseph ? — Il se porte fort bien, il est cxompt de toute sorte d'austérités. — Le pauvre homme ! — Il a une bonne litière quand on voyage. — Le piu^re homme ! — Un mulet porte son lit. — X.e pauvre homme ! » etc. 11 est diflicile d'admettre que Molière n'ait pas connu quelqu'une do ces anecdotes. Mais s'il n'a pas inventé le mot, il l'a fait sien ; il lui donne unn valeur loule nouvelle par la place où il le met. Ce mot lui sert à nous révéler tout l'engouemcut d'Orgoii, et en même temps, mettant la scubvelte en humeur de raillerie, il l'amène à nous mieux faire connaître la sem sualilé du Tartuffe.

l.llc se résolut h souiïrir la saignée, VA le soulagement suivit tout aussitôt.

ElTarluiïe?

11 reprit courage comme il faut, Et contre tous les maux fortifiant son âme, Pour réparer le sang qu'avait perdu madame, l!ut, à son déjeuner, quatre grands coups de vin.

ORGON

Le pauvre homme !

DORINE

Tons deux se portent bien enGn; Et je vais à madame annoncer, par avance, La part que vous prenez à sa convalescence.

SCRNE V !

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