‹ Tartuffe; ou, L'imposteur; comédie en cinq actes. Ed. nouv. à l'usage des classesChapitre 35 sur 122 · ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V

ORGON

Mon frère, vous seriez charmé de le connaître,

Et vos ravissements ne prendraient point de tin.

C'est un homme qui... Ah !...un homme... un homme enfin. ..i

Qui suit bien ses leçons, goûte une paix profonde.

Et comme du fumier regarde tout le monde'''.

Oui, je deviens tout autre avec son entretien,

11 m'enseigne à n'avoir affection pour rien;

De toutes amitiés il détache mon âme,

Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme,

Que je m'en soucîrais autant que de cela *.

CLÉANTE

Les sentiments humains, mon frère, que voilà !

ORGON

^h! si vous aviez vu comme j'en fis rencontre, Vous auriez pris pour lui l'amitié que je montre. Chaque jour à l'église il venait, d'un air doux *, Tout vis-à-vis de moi se mettre à deux genoux. Il attirait les yeux de l'assemblée entière Par l'ardeur dont au ciel il poussait sa prière * :

1. Un homme enfin. Presque toutes les éditions, comme celle de 1669, portent un point après ces mots. De là, les diverses interprétations qu'on leur a données. Les uns croient qu'Orgon les prononce sur un ton lyrique et -veut faire entendre que le Tartuffe résunie en lui toutes les vertus de l'humanité. D'autres pensent qu'il s'embarrasse tout simplement dans sa phrase et ne peut l'achever. D'après la lettre sur la comédie de l'Imposteur. Molière, qui créa le rôle d'Orgon, pronon çait ces mots de façon à leur donner celte valeur. Il n'y a point de raison pour ne pas accepter cette tradition. Aussi, pour mieux marquer le sens, nous avons cru pouvoir mettre plusieurs points après ce vers.

•1 Tout le monde. Il est impossible de ne pas reconnaître là une parodie de V Imitation de J.-C. (liv. lll, chnp. m) : « Orania terrena arbitratur ut stercora. » Il n'y a pourtant pas d'irrévérence; car Orgon repr;>duit le langage du Tartuffe, €t qu'est-ce que ce langage sinon une parodie de la vraie religion?

3. Que décela. L'acteur fait à cet endroit un geste traditionnel qui en explique le Sens. Cela, c'est le bruit de l'ongle du pouce qu'on fait glisser sous l'extrémité des dents d'en haut. Cf. V Etourdi:

Pourmoi, jd m'en soucie autant que de cela.

4. D'un air doux. C'est sur le même ton que le souriceau parle du chat de la fable de La Fontaine.

... Il est velouté eoinme nous, Mirquelé, loni'iie queue, une liuinble contenance. Un modeste regard...

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