ACTE II, SCliiNF. III
MARIANË.
Hé ! Dorine, de grâce...
DORINE
Il faut, pour vous punir, que cette atl'aire passe.
MARIANE
Ma pauvre lille !
DORINE
Non.
MARIANE
Si mes vœux déclarés...
DORINE
Point. Tartuffe est votre homme, et vous en tàlerez',
MARIANE
Tu sais qu'à toi toujours je me suis confiée : Fais-moi...
DORINE
Non, vous serez, ma foi, tartuffiée*.
MARIANE
Eh Ijien, puisque mon sort ne saurait t'émouvoir, Laisse-moi désormais toute à mon désespoir. C'est de lui que mon cœur empruntera de l'aide; Et je sais de mes maux linfaillible remède.
{Mariane veut s'en aller.)
DORINE
Hé ! là, là, revenez, je quitte mon courroux. Il faut, nonobstant tout, avoir pitié de vous.
MARIANE
Vois-tu, sU'on m'expose à ce cruel martyre. Je te le dis, Dorine, il faudra que j'expire.
DORINE
Ne vous tourmentez point. On peut adroitement Empocher... Mais voici Valèré, votre amant.
1. En tâterez. Tout ce passage est conduit d'après un procédé familier à Molièi'e. Un personnage dans un moment d'embarras ou d'humeur feint de prendre une résolution qu'il est, au fond du cœur, décidé à ne pas exéculer. Son confideut ou sa confidente abonde dans son sens beaucoup plus qu'il ne voudrait, et ainsi les sentiments véritables sont contraints de se faire jour. Cf. la scène ix de l'acte III du Bourg, gentilh. entre Cléoiite et Covielle.
2. Tartnffiée. Molière a créé désosier et désamphitryonner. 11 a usé assez discrètement d'inventions de ce genre, malgré les exemples de Plaute, son devaucier, et de notre Rabelais.
',t L IMPOSTEUR.
SCÈiNE IV
VALÈRK, MAHIANE, DOlllNE.
VALÈRE
On vient de débiter, madame, une nouvelle
Que je ne savais pas, et qui sans doute est belle '.
MAUIANE.
Quoi?
VALÈRE
Que VOUS épousez Tartuffe.
MARIANE
Il est certain Que mon père s'est mis en tête ce dessein.
Votre père, madame...
MARIANE
A changé de visée :
La chose vient par lui de m'ôtre proposée.
VALÈRE
Quoi ! sérieusement ?
ilAHIANE.
Oui, sérieusement.
11 s'est pour cet hymen déchiré hautement.
VALÈRE
Et quel est le dessein où votre âme s'arrclc, Madame?
MARIANE
Je ne sais.
VALÈRE
La réponse est honnête.
Vous ne savez?
MARIANE
Non.
1. Kst belle. Valère doifdire ces mots sur un ton léper, parce que la nouvelle lui parait si iavraisembiable, qu'il refuse d'y croire. Maiiane, toute préoccupée de son entretien avec son père, ne peut comprendre celle légèreté et en est blessée. De là la froideur de ses réponses; de là ce « je uesais » qu'elle prononcera f)lus loin, qui pique Valère à son tour et qui ami'ne la querelle. Oraiidval, le céebre acti-ur du dir-huilièine siècle, débitail ces deux vers d'entrée en riant. Ceux qui ont rompu avec la tradition ont fuit un contre-sens qui rend inintelligible tout le début de cette Jolie scène.