‹ Tartuffe; ou, L'imposteur; comédie en cinq actes. Ed. nouv. à l'usage des classesChapitre 61 sur 122 · ACTE III, SCICNE III. g · texte numérisé non relu

ACTE III, SCICNE III. g

C'est pousser bien avant la charité clirétienne' ; Et je vous dois beaucoup pour toutes ces bontés.

Je fais bien moins pour \ous que vous ne méritez.

ELMIRE

J'ai voulu vous parler en secret d'une affaire, El suis bien aise ici qu'aucun ne nous éclaire 2.

J'en suis ravi de même ; et sans doute il m'est doux, Madame, de me voir, seul à seul, avec vous : C'est une occasion qu'au ciel j'ai demandée, Sans que jusqu'à cette heure il me l'ait accordée.

Pour moi, ce que je veux, c'est un mot d'entretien Où tout votre cœur s'ouvre et ne me cache rien.

Et je ne veux aussi, pour grâce singulière, Que montrer à vos yeux mon âme tout entière ; Et vous faire serment que les bruits que j'ai faits Des visites qu'ici reçoivent vos attraits, Ne sont pas envers vous l'effet d'aucune haine, Mais plutôt d'un transport de zèle' qui m'entraîne, Et d'un pur mouvement...

ELMIRE

Je le prends bien aussi, Et crois que mon salut vous donne ce souci.

TARTUFFE, prenant la main J'EIraire et lui serrant les doigts

Oui, madame, sans doute ; et ma ferveur est telle...

1. Cnarilé chrétienne. Des le début, ce ton d'ironie, où perce le mépris, ne laisse aucun doute au spectateur sur l'espiit et la droiture d'Elmire. Aussi Tartuffe, iléconcerlé, bat-il en retraite dans le vers suivant, d'une politesse évasive Le mérite de cette scène consiste dans l'art avec lequel le poète soutient la dignité ironicjue et dédaigneuse d'Elmire. Il nous montre une femme d'esprit qui se joue d un méchant, dontla passion fait un sot, et une femme de cœur en même tiiniis qui se rési};iie à jouer un jeu scabreux, parce qu'elle est sûre d'ellemê ne et qu'elle n'a pas d'autre moyen de défendre les intérêts de ceux qu'elle ainic.

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